Triste fin de règne

[Photo fournie par Top Rank]

« Voyons, ça ne se peut pas. C’est impossible. Impossible que ça se termine ainsi, aussi bêtement. Et après seulement six mois comme champion? »

C’est un peu le genre de réaction qu’ont pu avoir les couche-tard qui ont regardé le combat revanche tant attendu entre Eleider Alvarez (24-1, 12 K.-O.) et Sergey Kovalev (33-3-1, 28 K.-O.), disputé au Ford Center at The Star de Frisco, au Texas, dans la nuit de samedi à dimanche.

À la lumière de la victoire du Colombien lors du premier combat, d’aucuns croyaient que ce dernier n’aurait aucun mal à défendre sa ceinture WBO des mi-lourds, qu’il avait justement acquise de manière spectaculaire aux dépens de Kovalev après avoir poireauté pendant presque trois ans, en espérant d’avoir l’occasion de se battre pour un titre mondial.

Et pourtant… Opposé à un Kovalev en grande forme, Alvarez, éteint et passif, a été détrôné dès la première défense de sa ceinture, s’inclinant par décision unanime et subissant ainsi un premier revers en carrière.

Deux juges ont remis des cartes de 116-112, tandis que le troisième a donné tous les rounds à Kovalev, 120-108 – un verdict pour le moins sévère, il faut l’avouer. Ringside, pour sa part, avait le Russe gagnant à 115-113.

Disons-le sans détour : malgré ces résultats serrés, Alvarez a été mauvais. Méconnaissable, même.

Où diable étaient passés ces jabs précis et incisifs qui ont fait sa renommée? Où se cachait donc cette étincelle, cette rage de vaincre qui lui avait permis d’envoyer Kovalev trois fois au tapis lors de leur premier duel?

Tenez, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Alvarez n’a lancé que 369 coups au total dans ce combat, soit à peine plus de 30 par round en moyenne. Kovalev, lui? Pas moins de 816 coups lancés, pour une moyenne de 68 par assaut. Inutile de chercher plus loin pour comprendre la décision des officiels.

Une chance, d’ailleurs, que plusieurs attaques de Kovalev ont atterri sur les gants d’Alvarez, qui a au moins fait preuve de belles habiletés défensives. Autrement, cet affrontement n’aurait jamais atteint la limite.

« Va falloir que tu commences à travailler! », a d’ailleurs prévenu avec véhémence l’entraîneur Marc Ramsay pendant qu’il tentait de réanimer Alvarez entre deux rounds, alors que ce dernier s’était encore montré complètement amorphe pendant trois minutes de boxe. Vers la fin du combat, on a de nouveau pu entendre Ramsay tancer généreusement son protégé qui venait de disputer, selon lui, « un round de paresseux ».

Alvarez a-t-il trop cherché à infliger un autre knock-out à Kovalev, délaissant au passage son plan de match? Possible. Le problème, c’est qu’Alvarez n’a jamais été reconnu comme un grand cogneur. Sans dire que l’issue de son premier choc avec Kovalev était le fruit de la chance, et au risque de se répéter, le principal atout d’Alvarez est sa virtuosité technique. Celle-là même qui lui avait permis de détrôner Kovalev en l’usant à la corde en août dernier. Pourquoi donc ne pas la mettre à profit? Allez savoir…

Parions que les gens de Top Rank ont avalé quelques gorgées de bière de travers en assistant à cette performance d’Alvarez, à qui ils viennent d’accorder un juteux contrat de sept combats lui garantissant un million de dollars par sortie. Pas exactement la façon optimale de souligner les débuts d’une entente aussi lucrative.

L’effet McGirt

Cela dit, rendons quand même à Kovalev le mérite qui lui revient. Alors que plusieurs le croyaient en fin de parcours, il a trouvé un second souffle en revenant à une boxe de base, et en privilégiant une approche stratégique plutôt que de s’en remettre outre mesure à sa force de frappe et viser le coup de circuit à tout prix.

Son nouvel entraîneur Buddy McGirt, premier à s’être mérité les remerciements de Kovalev après le combat, n’est certainement pas étranger à cette étonnante résurrection. Grâce à ses judicieux conseils, un boxeur bientôt âgé de 36 ans qui semblait au bord d’une retraite forcée vise désormais un combat d’unification des titres de l’une des catégories de poids les plus en vue de la boxe professionnelle. Faut le faire.

Conséquemment, ceux qui songeaient à une trilogie pugilistique impliquant Alvarez et Kovalev peuvent oublier ça pour l’instant. De toute façon, avant même de penser à se frotter une autre fois au nouveau champion WBO, Alvarez a tout un travail d’introspection qui l’attend. Il devra d’abord se regarder dans le miroir, longuement et intensément, avant de s’asseoir avec son équipe pour décortiquer cet échec et comprendre ce qui a bien pu se passer.

Et c’est sans doute ce qui est le plus triste dans cette défaite. Après tout le temps et tous les efforts qu’il a investis pour atteindre son but de devenir champion du monde, voilà qu’Alvarez est contraint de repartir pratiquement à zéro. Tant sur le plan athlétique que psychologique.

Ce sera à lui de prouver que le boxeur qu’on a vu dans ce combat n’était pas le véritable Eleider Alvarez.

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Le triomphe de Rivas… et de Ramsay

[Photo Mikey Williams, fournie par Top Rank]

« T’es-tu capable de la lancer, ta droite? Ben, lance-la! »

Insatisfait de ce qu’il venait de voir de la part de son boxeur, Marc Ramsay avait le front presque collé à celui d’Oscar Rivas lorsqu’il lui a prodigué, avec vigueur et conviction (c’est bien le moins qu’on puisse dire), cette directive vendredi soir, entre deux rounds du combat opposant Rivas et l’Américain Bryant Jennings au Turning Stone Resort & Casino de Verona, dans l’État de New York.

Cette consigne et toutes les autres que l’entraîneur a imposé à son poulain au cours du duel, avec une fougue frisant parfois l’exaspération, sont directement responsables de l’improbable victoire de Rivas, qui l’a emporté par arrêt de l’arbitre à 54 secondes du 12e et dernier round. En plus de conserver son titre NABF des poids lourds, Rivas s’est du même coup emparé des ceintures NABO et IBF International de la catégorie.

Loin d’être spectaculaire, le combat a plutôt pris les allures d’une partie d’échecs, chaque boxeur cherchant patiemment la faille dans la défense de son adversaire qui lui permettrait de s’imposer. À l’évidence, Rivas (26-0, 18 K.-O.) savait quoi faire pour museler Jennings (24-3, 14 K.-O.), qui n’a jamais semblé être en mesure de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui. C’était particulièrement évident en première moitié d’affrontement, alors qu’on se demandait par moments si le pugiliste de Philadelphie savait que le combat était commencé.

Au moment où l’arbitre Gary Rosato a mis un terme aux hostilités, deux des trois juges avaient Rivas gagnant sur leur carte. Les pointages serrés – 105-104 et 106-103 pour Rivas, et un 106-103 pour Jennings – illustrent bien le genre de choc que les deux hommes nous ont offert, avec plusieurs rounds difficiles à juger.

Cela dit, ne nous méprenons pas. Si c’est Rivas qui a stoppé Jennings dans le ring et qui est reparti avec trois ceintures, le vrai vainqueur de ce combat, c’est Ramsay.

Oh, attention, ça n’enlève rien à la performance du Colombien. Après tout, c’est bien beau recevoir les instructions de son entraîneur, encore faut-il les appliquer de la bonne façon et au moment opportun. D’autant que Jennings ne constituait pas un client facile, loin de là.

Mais malgré tout le talent de Rivas, si son coach n’avait pas trouvé les mots et la méthode pour le motiver comme il l’a fait, le résultat aurait fort probablement été différent. Bien appuyé par ses adjoints Samuel Décarie-Drolet et Luc-Vincent Ouellet, Ramsay est parvenu à garder Rivas concentré sur la tâche à accomplir, tout en lui injectant la juste dose d’énergie lorsque cela s’avérait nécessaire.

La boxe québécoise est choyée de pouvoir compter sur plusieurs entraîneurs de qualité – Stéphan Larouche, Rénald Boisvert, Mike Moffa… Mais si ce n’était pas déjà clair dans l’esprit de certains, il serait à peu près temps de considérer Ramsay comme étant le meilleur de ce groupe d’élite. Ce qu’il a démontré au cours du duel Rivas-Jennings relevait ni plus ni moins de la classe de maître de coaching.

Et ça, c’est simplement ce qu’on a vu pendant le combat : on ne parle même pas de tout le travail effectué au préalable, que ce soit au gymnase ou en vidéo pour décoder Jennings. Ce n’est pas un hasard si Ramsay a réussi à amener quatre boxeurs – Jean Pascal, David Lemieux, Artur Beterbiev et Eleider Alvarez – à des titres mondiaux.

Quant à Rivas, même s’il était confronté à un défi de taille, il ne pouvait se permettre d’échapper ce combat. Avec un parcours déjà hypothéqué par plusieurs blessures au cours des dernières années, une défaite aurait encore davantage compromis la suite des choses. Au lieu de cela, il a triomphé de belle façon d’un rival plus que crédible sur les ondes américaines, et pourra grimper un peu plus haut dans les classements mondiaux. Le résultat rêvé.

Le contrat du duel contenait une clause qui prévoyait que Jennings pouvait se prévaloir d’un combat revanche s’il le souhaitait. Or, selon ce que rapporte le Journal de Montréal, celui-ci pencherait davantage pour la retraite. Quoi qu’il en soit, on est déjà curieux de voir ce qui s’en vient pour Rivas qui, à 31 ans, entre dans les années charnières de sa carrière. Surtout qu’il a terminé le combat en santé, ce qui est toujours digne de mention dans son cas.

Chose certaine, tant qu’il pourra compter sur Marc Ramsay dans son coin, Rivas pourra entrevoir l’avenir avec optimisme.

Les bons (et moins bons) coups de 2018

[Photo fournie par HBO]

Encore une fois cette année, la boxe québécoise nous aura offert son lot de moments mémorables, autant dans le ring qu’à l’extérieur. Ringside vous offre son palmarès des pugilistes de chez nous qui se sont illustrés en 2018 – pour le meilleur et pour le pire -, ainsi que quelques souhaits pour l’année à venir.

LE BOXEUR DE L’ANNÉE – Eleider Alvarez

La patience d’Eleider Alvarez aura largement été récompensée en 2018. Le boxeur colombien est non seulement devenu champion du monde après avoir attendu pendant deux ans d’avoir la chance de se battre pour une ceinture, sa victoire décisive contre Sergey Kovalev le 4 août l’a fermement ancré au sein de l’élite des mi-lourds, ainsi que dans le cœur des amateurs d’ici. Et pour couronner le tout, le voilà qui vient de signer un lucratif contrat avec le promoteur américain Top Rank. Cette année, Alvarez aura prouvé au centuple que tout vient à point à qui sait attendre. Tous les yeux de la planète boxe sont maintenant tournés vers le 2 février, date du combat revanche contre Kovalev au Texas.

LA MENTION HONORABLE – Marie-Ève Dicaire

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Marie-Ève Dicaire est devenue championne IBF des super-mi-moyens. / Photo Bob Lévesque

Quand on y pense, ce que Marie-Ève Dicaire a accompli depuis le début de sa carrière relève de l’exploit à tous points de vue. Presque à elle seule, elle a réussi à faire connaître la boxe féminine professionnelle, sport qui était jusque-là largement méconnu du public québécois. Chemin faisant, et victoires aidant, elle s’est bâti une réputation enviable et un bassin de partisans considérable. Puis, le 1er décembre, elle est passée à l’histoire en devenant la première championne du monde québécoise aux dépens de Chris Namus. On a déjà hâte de voir ce que 2019 lui réserve.

LA SURPRISE – Mathieu Germain

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Mathieu Germain a remporté ses quatre combats en 2018. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Ce qui fut étonnant dans le cas de Mathieu Germain, ce n’est pas qu’il ait remporté ses quatre combats en 2018 – le jeune homme a du talent, quand même. C’est plutôt la manière dont il s’est établi dans le paysage pugilistique de la province au cours de la dernière année. Bien peu de gens s’attendaient à ce que son combat du 23 juin contre Christian Uruzquieta, pour prendre cet exemple, se solde par la spectaculaire pétarade à laquelle on a pu assister ce soir-là. Cette victoire a confirmé ses dons de showman dans un ring, et n’est certes pas étrangère au fait qu’il disputera la première finale de sa carrière le 26 janvier au Casino de Montréal, alors qu’il fera face à Steve Claggett.

LA DÉCEPTION – Custio Clayton

 

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Custio Clayton (à droite) lors de son combat contre Stephen Danyo, le 26 mai. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

On ignore quelle mouche a piqué Custio Clayton en 2018, mais elle devait être grosse en s’il-vous-plaît pour qu’elle fasse dérailler sa carrière de la sorte. Tout semblait lui sourire depuis qu’il avait quitté les rangs du Groupe Yvon Michel pour joindre ceux d’Eye of the Tiger Management. Des combats, des titres mineurs, il en était même venu à se classer aspirant obligatoire au titre WBO des mi-moyens après avoir vaincu Stephen Danyo le 26 mai. Mais après cette victoire, pour des motifs qui n’ont jamais été clairement expliqués, il a refusé un pactole de Top Rank qui lui aurait permis de se mesurer à Terence Crawford, en plus de larguer son entraîneur Daniel Trépanier et son gérant Douggy Bernèche. Et on ne l’a pas revu dans l’arène depuis. Vraiment, c’est à n’y rien comprendre. Et c’est bien dommage.

LE HÉROS OBSCUR – Patrice Volny

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Patrice Volny a mis la main sur les titres NABA et NABO des poids moyens cette année. / Photo tirée de Facebook

Si les trois combats que Patrice Volny a disputés en 2018 avaient eu lieu au Québec plutôt qu’en Ontario, on aurait fait bien davantage état de ses exploits cette année. Après avoir défendu avec succès son titre canadien des poids moyens contre Janks Trotter le 19 mai, le boxeur montréalais s’est emparé des titres NABO et NABA de la catégorie en triomphant d’Albert Onolunose le 29 septembre. Ceintures qu’il a par la suite défendues avec succès contre Ryan Young le 15 décembre. Avec tout ça, le nom de Volny figure désormais aux classements mondiaux (10e WBO, 14e IBF et WBA).

LE COMBAT DE L’ANNÉE – Adonis Stevenson-Badou Jack

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Le combat entre Badou Jack (à gauche) et Adonis Stevenson s’est soldé par un verdict nul majoritaire. / Photo fournie par Showtime

Allez, soyez honnêtes. Quand ce combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack a été annoncé, vous avez sans doute été plusieurs à vous dire : « Bon, encore un combat inégal pour Adonis, qui va régler le cas de Jack comme si de rien n’était ». Ou encore : « Si ce combat d’Adonis est comme ses derniers, ça va tellement finir vite que ça en sera ennuyeux ». Non, mais, qu’est-ce qu’on s’est trompés! Le choc entre Stevenson et Jack, qui s’est soldé par un verdict nul majoritaire le 19 mai à Toronto, nous a gardés au bout de notre siège de la première à la dernière seconde. Et, disons-le, nous a un peu réconciliés avec Stevenson, sans qu’on se doute du drame qui surviendrait quelques mois plus tard…

LE KNOCK-OUT DE L’ANNÉE – Arslanbek Makhmudov c. Andrew Satterfield

Il y avait quelques bons candidats pour recevoir cette mention cette année. Simon Kean qui envoie Adam Braidwood valser dans les câbles (une image qui rappelait vaguement le jeu vidéo Punch-Out!!). David Lemieux qui passe près d’arracher la moustache de Gary O’Sullivan en l’assommant d’un vicieux crochet gauche. Mais ne serait-ce que parce qu’on se demande comment la tête du pauvre Andrew Satterfield a pu rester vissée au reste de son corps, accordons l’honneur au terrifiant Arslanbek Makhmudov, qui a fermé les lumières de l’Américain en 35 petites secondes. Encore aujourd’hui, on a mal juste en revoyant la séquence.

LE PLUS BEAU RETOUR – Erik Bazinyan

Vincent Ethier/EOTTM©2018
Erik Bazinyan (à droite) a stoppé le vétéran Francy Ntetu le 13 octobre. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

La carrière d’Erik Bazinyan faisait plus ou moins du surplace avant qu’il ne joigne les rangs d’Eye of the Tiger en début d’année. Depuis, son parcours a viré du tout au tout. Il a livré pas moins de cinq combats en 2018, et les a tous remportés avant la limite. On a encore en mémoire ce duel épique du 13 octobre contre le vétéran Francy Ntetu. Mine de rien, Bazinyan pointe maintenant au 3e rang de la WBO dans la catégorie des 168 lb, de même qu’au 12e échelon de la WBA. Âgé de seulement 23 ans, il pourrait réaliser de grandes choses en 2019.

L’ESPOIR À SURVEILLER – Sadriddin Akhmedov

Vincent EthierEOTTM©2018
Sadriddin Akhmedov saluant la foule après sa victoire du 24 novembre à Rimouski. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

On a vite compris pourquoi Sadriddin Akhmedov avait été champion du monde junior avant de faire le saut chez les professionnels en 2018. Et on ne parle pas seulement ici du fait qu’il ait profité de l’année pour remporter ses six premiers combats en carrière. Le jeune Kazakh de 20 ans a tout pour lui : la carrure, le style, la puissance, le petit côté juste assez arrogant quand il le faut… En voilà un qui sera hautement intéressant à suivre au cours des prochaines années. Ne soyez pas étonnés si on le voit avec une ceinture – pas nécessairement mineure – autour de la taille avant longtemps.

QUELQUES SOUHAITS POUR 2019

-Avant tout, on espère que la suite des choses ne sera pas trop pénible pour Adonis Stevenson et son entourage, en dépit des circonstances. Cette grave blessure subie lors de son combat contre Oleksandr Gvozdyk nous a cruellement rappelé que derrière les boxeurs, il y a d’abord et avant tout des êtres humains. Et quelle que soit notre opinion de l’individu, on ne peut que souhaiter qu’il retrouve une certaine qualité de vie le plus rapidement possible.

-Du succès pour David Lemieux chez les 168 lb. Quoique la tâche s’annonce d’ores et déjà ardue pour le nouveau trentenaire…

-Que la dure défaite contre Dillon Carman ait servi de leçon pour Simon Kean afin qu’il retrouve ses repères et remonte dans le ring de façon convaincante.

-Si, dans le temps des Fêtes, on a l’habitude de souhaiter la santé à nos proches, on va faire de même pour Oscar Rivas, qui n’a certes pas été épargné par les blessures au cours des dernières années.

-Plus de combats dans l’arène pour Artur Beterbiev, et un peu moins dans les palais de justice.

-Des combats d’envergure pour Yves Ulysse fils et Steven Butler, qui s’imposent de plus en plus dans les classements mondiaux.

-Un règlement rapide et positif de la dispute entre Batyr Jukembayev et EOTTM, conséquence du congédiement de Stéphan Larouche par le promoteur. On comprend les raisons qui motivent les deux camps, mais ce serait quand même bête de laisser filer un joli talent comme celui du Kazakh.

-Et, bien sûr, une bonne et heureuse année 2019 à vous tous!

Le roi déchu

[Photo Bob Lévesque]

QUÉBEC – C’est quand même incroyable, quand on y pense. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, Adonis Stevenson, affrontait son aspirant obligatoire pour la première fois depuis… Tony Bellew, en 2013 ! Un événement à ce point rare qu’on a choisi de surnommer le gala «Obligatoire». C’est dire…

Et l’aspirant en question pour cette fois-ci, l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, n’avait pas volé sa place. Invaincu en 15 sorties professionnelles, le médaillé de bronze aux Jeux de Londres en 2012 s’amenait même dans le ring en tant que favori, selon différents preneurs aux livres. Et avec le légendaire entraîneur Teddy Atlas dans son coin, par-dessus le marché.

Gvozdyk (16-0, 13 K.-O.) allait-il réussir là où neuf autres boxeurs avaient échoué avant lui ? Réponse : oui, et de brillante façon. Au terme d’un duel âprement disputé, l’Européen est venu à bout de Stevenson (29-2-1, 24 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :49 du onzième round pour devenir le nouveau champion WBC des mi-lourds.

Au moment de l’arrêt, deux juges avaient Stevenson en avance sur leur carte, 96-94 et 98-92 (on a de la difficulté à la comprendre, celle-là, monsieur Jack Woodburn…). Le troisième avait un combat nul à 95-95, tout comme Ringside.

Après le combat, Stevenson a quitté le Centre Vidéotron sur une civière en direction de l’hôpital pour y passer différents tests. S’il semblait aller après le combat, le promoteur Yvon Michel a confié que le boxeur était ensuite devenu confus dans le vestiaire. On soupçonnait une sérieuse commotion cérébrale, et l’inquiétude régnait dans le camp Stevenson. Rien de bien rassurant pour le boxeur de 41 ans, en effet.

Si les premiers rounds sont allés à l’avantage du champion en titre, qui coupait admirablement bien le centre du ring en tentant de placer sa redoutable main gauche sur la cible, les assauts subséquents se sont avérés beaucoup plus serrés. Mais c’est au septième que Gvozdyk a véritablement ouvert la machine, plaçant Stevenson dans un véritable pétrin pour la première fois de l’affrontement.

Déjà qu’on sentait le champion ralentir, ce septième round aura ultimement signifié le début de la fin de Stevenson. Il a bien bataillé comme il l’a pu, rebondissant chaque fois qu’on le croyait fini pour de bon. Mais à un moment donné, la magie n’opérait plus. Le poids des années commençait-il à se faire sentir sur ses épaules ?

«Il était fatigué au 11e round. Mais la performance qu’il a livrée me dit qu’il est encore au niveau de l’élite. Gvozdyk est aussi bon que [Dmitry] Bivol, sinon plus.»

-Yvon Michel

Toujours est-il que Gvozdyk, qui n’en demandait pas tant, ne s’est pas fait prier pour en profiter, usant peu à peu son adversaire jusqu’à ce onzième round fatidique. À ce moment, il a solidement atteint Stevenson au visage d’une main droite. Ébranlé, Stevenson s’est mis à reculer jusque dans un coin. Il s’est ainsi retrouvé pris au piège.

Gvozdyk s’est aussitôt mis à le pilonner, heurtant à nouveau Stevenson de plein fouet au visage avec de puissantes droites. La dernière fut la bonne : Stevenson s’est effondré au tapis, et l’arbitre Michael Griffin a jugé que celui-ci en avait eu assez. Le règne du roi Adonis venait de prendre fin.

«Adonis gagnait pendant 10 rounds sur les cartes des juges. Ce fut un match d’escrime dans lequel Gvozdyk tentait de minimiser les erreurs», a analysé Michel.

La défaite et la perte de la ceinture fait évidemment mal à Stevenson. Mais on peut se demander s’il sera en mesure de poursuivre sa carrière, surtout si la gravité de ses blessures se confirme. À 41 ans, et maintenant père de cinq enfants, Stevenson serait fou de prolonger indûment son parcours en mettant ainsi sa santé en danger. Attendons de voir, mais pour l’instant, ça ne sent pas bon du tout.

Dicaire championne !

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Marie-Ève Dicaire était tout sourire en recevant sa nouvelle ceinture. / Photo Bob Lévesque

Il y avait un autre combat de championnat mondial samedi, chez les femmes, celui-là. Marie-Ève Dicaire, qui en était à une première expérience en pareilles circonstances, tentait de ravir le titre IBF des super-mi-moyens à l’Uruguayenne Chris Namus.

La pugiliste de Saint-Eustache attendait depuis longtemps l’occasion de se battre en championnat mondial, et elle n’avait certainement pas l’intention de rater sa chance. Disputant l’un de ses meilleurs combats jusqu’à présent, Dicaire (14-0) a accompli sa mission : elle a défait Namus (24-5, 8 K.-O.) par décision unanime (97-93, 97-93, 96-64) – et, du même coup, a en quelque sorte sauvé la soirée du Groupe Yvon Michel.

Ringside avait pour sa part un match nul à 95-95 sur sa carte. Comme quoi même les meilleurs ( !) peuvent se tromper.

«On l’a fait !, s’est exclamé la nouvelle championne à sa sortie du ring. Il y a quatre ans, on m’a dit que je n’allais plus boxer de ma vie. Mais il y a une équipe qui a cru en moi. […] Qui aurait cru qu’un jour, on aurait une championne de boxe féminine au Québec ?»

«Elle a livré la meilleure performance de sa carrière contre la meilleure adversaire qu’elle ait rencontré.»

-Yvon Michel

Il faut dire que les deux belligérantes se sont livré une bagarre endiablée – certainement l’un des très bons combats de boxe de l’année au Québec. L’action, tantôt à l’avantage de la Québécoise, tantôt à celui de la Sud-Américaine, a tenu le public sur le bout de son siège du début à la fin.

Namus avait peut-être l’avantage de l’expérience, mais au final, elle n’a pu neutraliser le talent de Dicaire pour esquiver ses attaques. Sans parler de la gauche de la Québécoise, d’une redoutable efficacité en contre-attaque.

«On savait que Namus mettrait de la pression et qu’elle était pesante dans ses coups, mais elle n’a pas l’intelligence que Marie-Ève peut avoir dans un ring», a décrit l’entraîneur de la gagnante, Stéphane Harnois.

Le duel ne fut pas de tout repos pour Dicaire qui, de son propre aveu, a dû puiser au plus profond de ses ressources pour résister à la pugnacité de sa rivale.

«Je n’avais plus de jambes au septième ou au huitième round. Mais la foule criait tellement fort. Je me disais que je ne pouvais pas laisser tomber ces gens-là.»

-Marie-Ève Dicaire

Et comment ! Au dixième et dernier round, Dicaire a livré ce qu’on pourrait décrire comme étant le meilleur round de sa carrière, passant bien près de coucher Namus – et, qui sait, récolter un premier knock-out à sa fiche. Namus a cependant résisté, de peine et de misère, jusqu’à la limite.

«Entre le neuvième et le dixième, on m’a motivée. On m’a dit : ‘tu vas être championne.’ J’ai seulement essayé de survivre, et ça a donné ce que ça a donné», a indiqué Dicaire.

On soulignera à juste titre le caractère historique de cette victoire de Dicaire, qui devient la première Québécoise championne du monde. Mais cette ceinture, c’est aussi la preuve de la vitesse à laquelle sa carrière a progressé depuis ses débuts professionnels en 2015. Un tel essor n’est pas le fruit du hasard : il témoigne d’abord et avant tout d’une attitude et d’une éthique de travail irréprochables

«Elle a fait tout ce qu’il fallait qu’elle fasse. Elle a été disciplinée dans le ring et dans tous les aspects de sa carrière», a fait valoir Michel.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (18-1, 8 K.-O.) a réglé le cas du Brésilien Vitor Jones Freitas (15-3, 9 K.-O.) en lui passant le knock-out à 1 :53 du troisième round grâce à un vif coup au corps.

Mikaël Zewski (32-1, 22 K.-O.) n’a eu aucun mal à disposer du Mexicain Aaron Herrera (35-9-1 24 K.-O.), l’emportant par décision unanime (100-90 partout). Il conserve ainsi sa ceinture WBC International des mi-moyens. Il s’agit d’une cinquième victoire consécutive pour Zewski depuis son retour au Québec, en juin 2017.

À son premier combat depuis le mois de mai, alors qu’il s’était blessé au bras à Toronto, Oscar Rivas (25-0, 17 K.-O.) a à peu près tout fait avec son adversaire, le Brésilien Fabio Maldonado (26-1, 25 K.-O.), sauf lui passer le knock-out. Il l’a bien envoyé au tapis au cinquième round, mais le Colombien a finalement dû se contenter d’une victoire par décision unanime (100-89, 99-90, 99-90). Rivas a cependant ralenti considérablement le tempo à partir du septième assaut, laissant même présager une autre blessure. Son combat du 18 janvier face à Bryant Jennings serait-il menacé ?

Prenez deux taupins qui sortent de leur débit de boisson favori complètement saouls à 3h du matin, offrez leur un peu d’argent pour qu’ils se tapent dessus, et vous devriez assister à un duel semblable à celui que nous ont offert l’Américain Aaron Pryor fils (21-11-2, 13 K.-O.) et le Brésilien Gilberto Pereira (14-9, 10 K.-O.). Duel qui est allé à l’avantage de Pryor par décision unanime (59-55 partout). Si Pryor, qu’on ne confondra jamais avec son illustre paternel, n’était pas le partenaire d’entraînement de Stevenson depuis longtemps, il n’aurait jamais été ajouté à la carte. Une vraie farce, ni plus ni moins.

Shakeel Phinn (19-2-1, 13 K.-O.) et Dario Bredicean (17-0-1, 5 K.-O.) s’affrontaient pour l’obtention du titre vacant IBF des super-moyens. Or, les deux pugilistes se sont livrés un combat nul majoritaire. Deux juges ont remis des cartes de 95-95, tandis que le troisième a vu Phinn gagnant à 98-92. Si Bredicean semblait avoir le dessus lors des premiers rounds, Phinn a repris le dessus à mesure que le duel avançait.

En lever de rideau, le poids lourd torontois d’origine ukrainienne Oleksandr Teslenko (15-0, 12 K.-O.) a forcé le Brésilien Edson Cesar Antonio (40-8-1, 31 K.-O.) à l’abandon à 2 :55 du troisième round. L’entraîneur du Sud-Américain a sagement lancé la serviette en voyant son boxeur aller au plancher pour une deuxième fois dans ce combat. Notons que Teslenko est un protégé de l’entraîneur Marc Ramsay.

Un Lafrenière nouveau… et victorieux

[Photo fournie par le Groupe Yvon Michel]

Cela faisait un bon moment qu’on avait vu Francis Lafrenière dans le ring. Il fallait en effet remonter au 15 mars, date de son amère défaite face à Albert Onolunose, qui lui a ravi son titre NABO des poids moyens.

C’est donc avec une certaine curiosité qu’on assistait à son retour dans l’arène samedi après-midi, au Casino de Montréal, alors qu’il affrontait le Brésilien Samir Barbosa. Lafrenière allait-il réussir à se relever de ce cruel revers ? Allait-il être rouillé après tous ces mois d’inactivité ?

Pas exactement, non. En fait, celui qu’on appelle The People’s Champ était visiblement affamé et n’avait pas l’intention d’éterniser le combat indûment. Ça tombe bien : il a réglé ça par arrêt de l’arbitre à 2 :29 du premier round.

«Beaucoup de gens m’ont fait remarquer à la pesée que j’étais extrêmement heureux d’être là. Il y en a qui ont dû se dire : « est-ce qu’il a fait ça pour le show ? » Pas du tout. J’étais vraiment content. Je veux boxer, je m’entraîne super fort», a expliqué le toujours sympathique Lafrenière (17-6-2, 10 K.-O.), qui était bien anxieux de pouvoir enfin reprendre du service.

Il faut dire que Barbosa (37-15-3, 26 K.-O.) était encore plus rouillé que son adversaire, alors qu’il n’avait pas vu d’action depuis plus de deux ans. Mais bien franchement, l’inactivité de l’un ou de l’autre n’aura pas été un facteur de quelque manière que ce soit dans ce duel.

Nouveau style

Dès la première cloche, le pugiliste de Coteau-du-Lac s’est rué sans hésiter sur son rival. Mais contrairement à ses sorties précédentes, lors desquelles il passait le plus clair de son temps le front collé sur celui de son opposant, il a travaillé en distance, utilisant son jab de belle façon.

«Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler à l’intérieur avec moi, a-t-il fait valoir. […] On a vu dernièrement des gars qui accrochaient beaucoup. Ça fait mal paraître et les amateurs n’ont pas un super combat pendant ce temps. Je ne voulais plus leur redonner ça. Ils paient des billets, ils veulent voir du spectacle. C’est ce que je veux amener.»

Lafrenière l’admet, ce changement de style a en partie été motivé par sa défaite contre Onolunose, qui l’avait déjoué en adoptant une stratégie similaire. Et si on se fie aux dires du boxeur et de son camp, il semble bien qu’il faudra s’y habituer à plus long terme.

«On a eu des lumières dans le passé [qui nous ont indiqué] qu’on s’était fermé les yeux. Onolunose a fait en sorte qu’on a grandi de ça. On a eu une bonne réunion avec toute l’équipe après ça.»

-Francis Lafrenière

«Il y a eu de la reconstruction à faire, a pour sa part indiqué le promoteur Yvon Michel. Francis a eu du succès avec un style, et il a fini par penser que ce style serait bon tout le temps. Lorsqu’il s’est battu contre Onolunose, il était souvent en déséquilibre, échevelé, désorganisé et pas structuré. L’objectif, maintenant, est qu’il soit capable d’être structuré et organisé. Il a travaillé autour du jab, il variait ses combinaisons et surtout, il était en équilibre.»

Poursuivant son bon travail, Lafrenière est parvenu à emprisonner Barbosa dans le coin, avant de se mettre à le marteler de toutes parts, tant et si bien que l’arbitre Alain Villeneuve s’est interposé pour mettre un terme aux hostilités.

Arrêt un peu hâtif de la part de l’officiel ? On peut en débattre. Mais quoi qu’il en soit, il était déjà clair que ce combat qui, avec Barbosa, mettait en scène un boxeur à la fiche respectable et affichant plus d’une cinquantaine de combats au compteur – dont certains contre des noms connus tels Hassan N’Dam -, n’atteindrait pas la limite des huit rounds.

«[Barbosa] n’est peut-être pas le même gars que par le passé, mais moi non plus, je ne suis pas le même, a souligné Lafrenière. On ne rencontre jamais deux fois le même boxeur. Quand on parle d’un vétéran de 54 combats… J’ai livré la marchandise contre un gars comme celui-là.»

Lafrenière n’aura pas beaucoup de temps pour récupérer de ce combat – bien que ce ne fut certainement pas le plus épuisant. Il sera de retour dans un peu plus d’un mois, le 24 novembre, encore une fois au Casino. Après quoi, selon Yvon Michel, il pourrait croiser le fer avec Patrice Volny en février ou mars, question d’avoir la chance de récupérer sa ceinture NABO.

Peu importe l’identité de son prochain adversaire, Lafrenière entend bien poursuivre dans cette veine victorieuse. Mais attention, pas à n’importe quelle condition.

«On va rester sur cette lancée et travailler sur le même chemin, explique-t-il. En même temps, si on me donne un adversaire qui se crampe les pieds et que c’est mieux [de boxer avec mon ancien style], on va revenir au bon vieux taureau d’avant.»

Phinn expéditif lui aussi

En demi-finale, Shakeel Phinn (19-2, 13 K.-O.) n’a presque pas eu à forcer pour liquider l’Argentin Crispulo Javier Andino (20-12-1, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :30 du premier round.

Le champion canadien des super-moyens a envoyé son adversaire au tapis une première fois, avant de remettre ça quelques instants plus tard. Phinn a d’abord ébranlé Andino à l’aide d’une solide droite en plein visage, avant de l’achever d’une gauche tout aussi rude. L’officiel Martin Forest a jugé que le Sud-Américain avait assez souffert au cours de ce bref affrontement.

Après le combat, on a appris que Phinn aurait rendez-vous avec Dario Bredicean, qui a été l’un de ses partenaires d’entraînement, le 1er décembre au Centre Vidéotron, en sous-carte du combat entre Adonis Stevenson et Oleksandr Gvozdyk

Les deux hommes se disputeront le titre IBF Intercontinental des super-moyens. Celui-là même que Phinn aurait pu obtenir le 21 juillet en Nouvelle-Zélande, si son combat contre Mose Auimatagi fils n’avait pas été annulé.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (17-1, 7 K.-O.) n’a pas perdu de temps pour régler le cas du Mexicain Carlos Gorham (16-5-1, 10 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1 :17 du deuxième round. L’athlète de Baie-Saint-Paul a servi une violente combinaison droite-gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré de tout son long. En voyant Gorham tenter péniblement de se relever, l’arbitre Yvon Goulet a préféré mettre un terme au duel.

Jean-Michel Bolivar (5-1, 3 K.-O.) a rapidement disposé du vétéran Mexicain Adriel Juzaino (26-18-3, 12 K.-O.) en lui passant le knock-out à 2 :51 du premier round. Bolivar, de Pointe-Calumet, a envoyé son rival au tapis grâce à une série de coups dans le coin de l’arène. Juzaino n’a jamais pu se relever à temps.

À défaut de récolter un premier knock-out en carrière, Tommy Houle (4-0) a tout de même pris la mesure du Mexicain Rafael Ortiz (3-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (39-37 partout). Le boxeur de Sainte-Béatrix, dans la région de Lanaudière, a ainsi ravi ses partisans venus l’encourager depuis les hauteurs du Cabaret du Casino.

Au nombre de coups qu’il reçoit sur le museau pendant un combat, c’est à croire que Yan Pellerin (3-1) éprouve un malin plaisir à se faire taper dans la figure. Ça ne l’a toutefois pas empêché de défaire le Mexicain Fidel Toscano (0-4) par décision unanime (40-36, 39-37, 39-37). Le pugiliste de Granby rebondit après avoir subi une première défaite à sa dernière sortie, le 20 juillet.

Les boxeurs ontariens Alex Dilmaghani (18-1, 7 K.-O.) et Kane Heron (12-0-1, 6 K.-O.) ont été à l’œuvre pour les deux premiers combats de la journée. Ils ont respectivement stoppé les Mexicains Cristian Arrazola (24-16-3, 17 K.-O.) et Carlos Lopez Marmolejo (9-6-1, 5 K.-O.) dès le premier round.

Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !

Tout est bien qui finit bien

[Photo Bob Lévesque]

D’aucuns, à commencer par l’auteur de ces lignes, croyaient que le combat entre Jean Pascal et Steve Bossé aurait des allures de cirque. Se mesurer à un ex-combattant d’arts martiaux mixtes avec un seul combat de boxe à sa fiche : dans quelle genre de galère Pascal allait-il s’embarquer pour sortir de sa retraite ? Et que dire de Bossé, qui ose se frotter à un ancien champion du monde ?

Or, force est d’admettre que les deux hommes nous ont offert un affrontement fort divertissant vendredi soir, à la Place Bell de Laval. Peut-être pas le plus joli sur le plan technique, mais le spectacle y était, aucun doute là-dessus. Et le tout s’est conclu à l’avantage de Pascal (33-5-1, 20 K.-O.), qui a envoyé Bossé (1-1, 1 K.-O.) au tapis en toute fin de huitième round pour l’emporter par arrêt de l’arbitre.

«Un arbre solide ne tombe pas au premier coup de hache. Bossé était un arbre solide, mais ma hache était très aiguisée», a illustré Pascal en conférence de presse.

«J’aurais aimé que ça se termine autrement, mais quand je me présente, ma priorité est de donner un spectacle. Je n’ai pas affronté un ancien champion pour rien. […] C’est du gros bagage que je suis allé chercher. Ma priorité était de montrer à tout le monde que j’étais capable de boxer», a quant à lui expliqué Bossé, qui avait le visage lourdement tuméfié après le combat.

Étonnamment, les 3206 spectateurs réunis dans les gradins s’étaient majoritairement rangés derrière Bossé, servant leurs huées les plus nourries à son adversaire. Pascal, rappelons-le, est originaire de Laval. Et la victoire de ce dernier a suscité une réaction quelque peu mitigée.

«J’ai rarement été autant satisfait d’un événement que celui-ci [de vendredi]. Les gens ont embarqué dans tous les combats.»

-Yvon Michel

Dès la cloche initiale, Bossé a montré qu’il était prêt à se battre et qu’il n’avait nullement l’intention de se laisser manger la laine sur le dos. L’ex-matamore de la Ligue nord-américaine de hockey s’est rué sur son adversaire, plutôt passif en début de combat, et a décoché les meilleures attaques. Ringside lui a même concédé les deux premiers assauts sur son humble carte.

Mais au troisième, l’ancien champion WBC des mi-lourds a repris le contrôle du duel. Il a choisi ce moment pour ouvrir la machine, avec comme résultat une visite de Bossé au tapis après que celui-ci eut reçu deux solides gauches au menton. Des gauches qui s’avéreront être la kryptonite de Bossé et de sa défense.

Bossé s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Plus les hostilités progressaient, plus Pascal faisait ce qu’il voulait avec son adversaire. Il a poursuivi ce petit manège jusqu’au moment d’asséner cette gauche fatidique au visage de Bossé, qui l’a renvoyé au plancher. Bien qu’il ait réussi à se relever, il était trop chancelant pour que l’arbitre Michael Griffin lui permette de continuer à se battre.

Rendons d’ailleurs au combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu ce qui lui revient : en plus d’avoir encaissé un nombre effarant de violentes baffes au visage, on a plus tard appris qu’il s’était déchiré le tendon du biceps droit à 50% pendant son camp d’entraînement à Detroit – blessure pour laquelle il sera opéré lundi. Qu’il ait réussi à tenir huit rounds dans de telles conditions impose le respect.

«Steve m’a vraiment surpris par sa solidité.»

-Jean Pascal

Ce dernier a du même souffle annoncé qu’il n’avait pas l’intention de retourner à sa vie de retraité après ce combat. Reste à voir à quoi ressemblera l’avenir pour lui. Chose certaine, il entend revenir chez les mi-lourds.

«C’est ma meilleure chance de redevenir champion du monde. On va en discuter avec [mon entraîneur] Stéphan Larouche et mon équipe. […] Ce sera important pour moi de demeurer prêt dans le gymnase», a-t-il fait valoir.

Domination totale de Dicaire

À l’origine, la demi-finale du gala devait mettre en scène le combat revanche entre Francis Lafrenière et Albert Onolunose. Or, le report de l’événement a obligé Lafrenière à s’en désister, puisqu’il célébrait son mariage le lendemain (on en profite d’ailleurs pour le féliciter !).

Ainsi, Marie-Ève Dicaire (13-0) s’est amenée à la rescousse à moins d’un mois d’avis pour sauver la mise. Pour l’occasion, elle affrontait la Mexicaine Alejandra Ayala (9-4, 5 K.-O.), qu’elle avait déjà vaincu de manière convaincante en juin 2017. La pugiliste de Saint-Eustache a remis ça vendredi, l’emportant de nouveau par une décision unanime sans appel (100-90 partout).

De toute évidence, Dicaire n’avait pas l’intention de laisser la moindre chance à Ayala dans cet affrontement. Jamais l’avait-on vue faire preuve d’autant d’agressivité dans le ring, confinant sa rivale dans l’un des coins pendant de longues secondes lors de chaque engagement. Le contrôle de Dicaire était total.

Notons que le titre NABF des super-mi-moyens que détient Dicaire n’était pas à l’enjeu pour ce combat.

Les autres résultats

Dans un combat d’arts martiaux mixtes qui ne passera certainement pas à l’histoire, Yoni Sherbatov (8-1-1, 4 K.-O., 1 SUB) est venu à bout du Mexicain Luis Solorzano (5-4, 3 K.-O., 1 SUB) par décision unanime (30-27, 29-28, 29-27). Le premier pointage a de quoi étonner quelque peu, puisque le Lavallois a été ébranlé par son adversaire lors du second assaut.

Jordan Balmir (10-0, 7 K.-O.) a mis un terme hâtif à la soirée de l’Allemand Vito Vendetta (12-5-1, 7 K.-O.) – assurément le nom le plus spectaculaire du gala – en lui passant le knock-out à 1 :16 du deuxième round, grâce à un dur crochet droit au visage. Celui qui se fait aussi appeler «Italian Stallion», et dont les adversaires précédents cumulaient une fiche de 70-368-7, a eu toutes les misères du monde à rester sur ses deux pieds en se relevant.

Peu après sa victoire, Balmir est revenu dans le ring pour s’adresser à la foule et lancer une invitation à Steven Butler. «Il y a quelqu’un en avant de moi au Canada et je veux l’affronter, a dit Balmir. Je suis là. Je suis prêt pour toi. On va y aller.» Quelques secondes plus tard, par l’entremise de sa page Facebook, Butler a interpellé Balmir en disait qu’il allait «[lui] faire mal». À suivre…

Vous connaissez le jeu Rock ‘em Sock ‘em, où un robot bleu et un robot rouge se tapent sur le menton jusqu’à ce que la tête de l’un d’eux saute ? Voilà à quoi ressemblait le combat entre Yan Pellerin (2-1) et le Mexicain Fernando Galvan (3-1, 1 K.-O.), que ce dernier a remporté par décision unanime (39-37 partout). Les deux ex-combattants d’arts martiaux mixtes sont demeurés statiques tout au long du duel, s’échangeant les coups à la figure en espérant faire tomber l’autre. Pas le genre de recette qui fonctionne en boxe. Espérons que Pellerin a pris des notes à cet égard.

Jean-Michel Bolivar (4-1, 2 K.-O.) ne regrettera pas trop longtemps d’avoir dû annuler ses vacances pour affronter Michaël Cyr (1-1), puisqu’il a vaincu ce dernier par arrêt de l’arbitre à 1 :09 du troisième round d’un des meilleurs combats de la soirée. Cyr, de Saint-David, est allé au tapis à trois reprises au cours de ce violent duel, dont deux fois au second engagement.

Roody Pierre-Paul (16-4-2, 6 K.-O.) a été surpris par le Roumain Oszkar Fiko (32-25-1, 17 KO), qui lui a arraché une victoire par décision majoritaire (59-55, 59-55, 57-57). Le boxeur de 24 ans, qui a tout près de 60 combats dans le corps malgré son jeune âge, s’est montré dynamique et a donné du fil à retordre à Pierre-Paul à quelques reprises. Un combat serré dans l’ensemble.

En lever de rideau, le Lavallois Whitney Baille (7-0, 2 K.-O.) l’a emporté face au Mexicain Victor Hugo Lorenzo (9-4, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Et c’est franchement tout ce qu’il y a à dire sur ce combat des plus ennuyants. On oserait bien un petit jeu de mots en disant que Victor Hugo a eu l’air misérable dans le ring, mais on va se garder une gêne… ou pas.