Le roi déchu

[Photo Bob Lévesque]

QUÉBEC – C’est quand même incroyable, quand on y pense. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, Adonis Stevenson, affrontait son aspirant obligatoire pour la première fois depuis… Tony Bellew, en 2013 ! Un événement à ce point rare qu’on a choisi de surnommer le gala «Obligatoire». C’est dire…

Et l’aspirant en question pour cette fois-ci, l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, n’avait pas volé sa place. Invaincu en 15 sorties professionnelles, le médaillé de bronze aux Jeux de Londres en 2012 s’amenait même dans le ring en tant que favori, selon différents preneurs aux livres. Et avec le légendaire entraîneur Teddy Atlas dans son coin, par-dessus le marché.

Gvozdyk (16-0, 13 K.-O.) allait-il réussir là où neuf autres boxeurs avaient échoué avant lui ? Réponse : oui, et de brillante façon. Au terme d’un duel âprement disputé, l’Européen est venu à bout de Stevenson (29-2-1, 24 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :49 du onzième round pour devenir le nouveau champion WBC des mi-lourds.

Au moment de l’arrêt, deux juges avaient Stevenson en avance sur leur carte, 96-94 et 98-92 (on a de la difficulté à la comprendre, celle-là, monsieur Jack Woodburn…). Le troisième avait un combat nul à 95-95, tout comme Ringside.

Après le combat, Stevenson a quitté le Centre Vidéotron sur une civière en direction de l’hôpital pour y passer différents tests. S’il semblait aller après le combat, le promoteur Yvon Michel a confié que le boxeur était ensuite devenu confus dans le vestiaire. On soupçonnait une sérieuse commotion cérébrale, et l’inquiétude régnait dans le camp Stevenson. Rien de bien rassurant pour le boxeur de 41 ans, en effet.

Si les premiers rounds sont allés à l’avantage du champion en titre, qui coupait admirablement bien le centre du ring en tentant de placer sa redoutable main gauche sur la cible, les assauts subséquents se sont avérés beaucoup plus serrés. Mais c’est au septième que Gvozdyk a véritablement ouvert la machine, plaçant Stevenson dans un véritable pétrin pour la première fois de l’affrontement.

Déjà qu’on sentait le champion ralentir, ce septième round aura ultimement signifié le début de la fin de Stevenson. Il a bien bataillé comme il l’a pu, rebondissant chaque fois qu’on le croyait fini pour de bon. Mais à un moment donné, la magie n’opérait plus. Le poids des années commençait-il à se faire sentir sur ses épaules ?

«Il était fatigué au 11e round. Mais la performance qu’il a livrée me dit qu’il est encore au niveau de l’élite. Gvozdyk est aussi bon que [Dmitry] Bivol, sinon plus.»

-Yvon Michel

Toujours est-il que Gvozdyk, qui n’en demandait pas tant, ne s’est pas fait prier pour en profiter, usant peu à peu son adversaire jusqu’à ce onzième round fatidique. À ce moment, il a solidement atteint Stevenson au visage d’une main droite. Ébranlé, Stevenson s’est mis à reculer jusque dans un coin. Il s’est ainsi retrouvé pris au piège.

Gvozdyk s’est aussitôt mis à le pilonner, heurtant à nouveau Stevenson de plein fouet au visage avec de puissantes droites. La dernière fut la bonne : Stevenson s’est effondré au tapis, et l’arbitre Michael Griffin a jugé que celui-ci en avait eu assez. Le règne du roi Adonis venait de prendre fin.

«Adonis gagnait pendant 10 rounds sur les cartes des juges. Ce fut un match d’escrime dans lequel Gvozdyk tentait de minimiser les erreurs», a analysé Michel.

La défaite et la perte de la ceinture fait évidemment mal à Stevenson. Mais on peut se demander s’il sera en mesure de poursuivre sa carrière, surtout si la gravité de ses blessures se confirme. À 41 ans, et maintenant père de cinq enfants, Stevenson serait fou de prolonger indûment son parcours en mettant ainsi sa santé en danger. Attendons de voir, mais pour l’instant, ça ne sent pas bon du tout.

Dicaire championne !

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Marie-Ève Dicaire était tout sourire en recevant sa nouvelle ceinture. / Photo Bob Lévesque

Il y avait un autre combat de championnat mondial samedi, chez les femmes, celui-là. Marie-Ève Dicaire, qui en était à une première expérience en pareilles circonstances, tentait de ravir le titre IBF des super-mi-moyens à l’Uruguayenne Chris Namus.

La pugiliste de Saint-Eustache attendait depuis longtemps l’occasion de se battre en championnat mondial, et elle n’avait certainement pas l’intention de rater sa chance. Disputant l’un de ses meilleurs combats jusqu’à présent, Dicaire (14-0) a accompli sa mission : elle a défait Namus (24-5, 8 K.-O.) par décision unanime (97-93, 97-93, 96-64) – et, du même coup, a en quelque sorte sauvé la soirée du Groupe Yvon Michel.

Ringside avait pour sa part un match nul à 95-95 sur sa carte. Comme quoi même les meilleurs ( !) peuvent se tromper.

«On l’a fait !, s’est exclamé la nouvelle championne à sa sortie du ring. Il y a quatre ans, on m’a dit que je n’allais plus boxer de ma vie. Mais il y a une équipe qui a cru en moi. […] Qui aurait cru qu’un jour, on aurait une championne de boxe féminine au Québec ?»

«Elle a livré la meilleure performance de sa carrière contre la meilleure adversaire qu’elle ait rencontré.»

-Yvon Michel

Il faut dire que les deux belligérantes se sont livré une bagarre endiablée – certainement l’un des très bons combats de boxe de l’année au Québec. L’action, tantôt à l’avantage de la Québécoise, tantôt à celui de la Sud-Américaine, a tenu le public sur le bout de son siège du début à la fin.

Namus avait peut-être l’avantage de l’expérience, mais au final, elle n’a pu neutraliser le talent de Dicaire pour esquiver ses attaques. Sans parler de la gauche de la Québécoise, d’une redoutable efficacité en contre-attaque.

«On savait que Namus mettrait de la pression et qu’elle était pesante dans ses coups, mais elle n’a pas l’intelligence que Marie-Ève peut avoir dans un ring», a décrit l’entraîneur de la gagnante, Stéphane Harnois.

Le duel ne fut pas de tout repos pour Dicaire qui, de son propre aveu, a dû puiser au plus profond de ses ressources pour résister à la pugnacité de sa rivale.

«Je n’avais plus de jambes au septième ou au huitième round. Mais la foule criait tellement fort. Je me disais que je ne pouvais pas laisser tomber ces gens-là.»

-Marie-Ève Dicaire

Et comment ! Au dixième et dernier round, Dicaire a livré ce qu’on pourrait décrire comme étant le meilleur round de sa carrière, passant bien près de coucher Namus – et, qui sait, récolter un premier knock-out à sa fiche. Namus a cependant résisté, de peine et de misère, jusqu’à la limite.

«Entre le neuvième et le dixième, on m’a motivée. On m’a dit : ‘tu vas être championne.’ J’ai seulement essayé de survivre, et ça a donné ce que ça a donné», a indiqué Dicaire.

On soulignera à juste titre le caractère historique de cette victoire de Dicaire, qui devient la première Québécoise championne du monde. Mais cette ceinture, c’est aussi la preuve de la vitesse à laquelle sa carrière a progressé depuis ses débuts professionnels en 2015. Un tel essor n’est pas le fruit du hasard : il témoigne d’abord et avant tout d’une attitude et d’une éthique de travail irréprochables

«Elle a fait tout ce qu’il fallait qu’elle fasse. Elle a été disciplinée dans le ring et dans tous les aspects de sa carrière», a fait valoir Michel.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (18-1, 8 K.-O.) a réglé le cas du Brésilien Vitor Jones Freitas (15-3, 9 K.-O.) en lui passant le knock-out à 1 :53 du troisième round grâce à un vif coup au corps.

Mikaël Zewski (32-1, 22 K.-O.) n’a eu aucun mal à disposer du Mexicain Aaron Herrera (35-9-1 24 K.-O.), l’emportant par décision unanime (100-90 partout). Il conserve ainsi sa ceinture WBC International des mi-moyens. Il s’agit d’une cinquième victoire consécutive pour Zewski depuis son retour au Québec, en juin 2017.

À son premier combat depuis le mois de mai, alors qu’il s’était blessé au bras à Toronto, Oscar Rivas (25-0, 17 K.-O.) a à peu près tout fait avec son adversaire, le Brésilien Fabio Maldonado (26-1, 25 K.-O.), sauf lui passer le knock-out. Il l’a bien envoyé au tapis au cinquième round, mais le Colombien a finalement dû se contenter d’une victoire par décision unanime (100-89, 99-90, 99-90). Rivas a cependant ralenti considérablement le tempo à partir du septième assaut, laissant même présager une autre blessure. Son combat du 18 janvier face à Bryant Jennings serait-il menacé ?

Prenez deux taupins qui sortent de leur débit de boisson favori complètement saouls à 3h du matin, offrez leur un peu d’argent pour qu’ils se tapent dessus, et vous devriez assister à un duel semblable à celui que nous ont offert l’Américain Aaron Pryor fils (21-11-2, 13 K.-O.) et le Brésilien Gilberto Pereira (14-9, 10 K.-O.). Duel qui est allé à l’avantage de Pryor par décision unanime (59-55 partout). Si Pryor, qu’on ne confondra jamais avec son illustre paternel, n’était pas le partenaire d’entraînement de Stevenson depuis longtemps, il n’aurait jamais été ajouté à la carte. Une vraie farce, ni plus ni moins.

Shakeel Phinn (19-2-1, 13 K.-O.) et Dario Bredicean (17-0-1, 5 K.-O.) s’affrontaient pour l’obtention du titre vacant IBF des super-moyens. Or, les deux pugilistes se sont livrés un combat nul majoritaire. Deux juges ont remis des cartes de 95-95, tandis que le troisième a vu Phinn gagnant à 98-92. Si Bredicean semblait avoir le dessus lors des premiers rounds, Phinn a repris le dessus à mesure que le duel avançait.

En lever de rideau, le poids lourd torontois d’origine ukrainienne Oleksandr Teslenko (15-0, 12 K.-O.) a forcé le Brésilien Edson Cesar Antonio (40-8-1, 31 K.-O.) à l’abandon à 2 :55 du troisième round. L’entraîneur du Sud-Américain a sagement lancé la serviette en voyant son boxeur aller au plancher pour une deuxième fois dans ce combat. Notons que Teslenko est un protégé de l’entraîneur Marc Ramsay.

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Un Lafrenière nouveau… et victorieux

[Photo fournie par le Groupe Yvon Michel]

Cela faisait un bon moment qu’on avait vu Francis Lafrenière dans le ring. Il fallait en effet remonter au 15 mars, date de son amère défaite face à Albert Onolunose, qui lui a ravi son titre NABO des poids moyens.

C’est donc avec une certaine curiosité qu’on assistait à son retour dans l’arène samedi après-midi, au Casino de Montréal, alors qu’il affrontait le Brésilien Samir Barbosa. Lafrenière allait-il réussir à se relever de ce cruel revers ? Allait-il être rouillé après tous ces mois d’inactivité ?

Pas exactement, non. En fait, celui qu’on appelle The People’s Champ était visiblement affamé et n’avait pas l’intention d’éterniser le combat indûment. Ça tombe bien : il a réglé ça par arrêt de l’arbitre à 2 :29 du premier round.

«Beaucoup de gens m’ont fait remarquer à la pesée que j’étais extrêmement heureux d’être là. Il y en a qui ont dû se dire : « est-ce qu’il a fait ça pour le show ? » Pas du tout. J’étais vraiment content. Je veux boxer, je m’entraîne super fort», a expliqué le toujours sympathique Lafrenière (17-6-2, 10 K.-O.), qui était bien anxieux de pouvoir enfin reprendre du service.

Il faut dire que Barbosa (37-15-3, 26 K.-O.) était encore plus rouillé que son adversaire, alors qu’il n’avait pas vu d’action depuis plus de deux ans. Mais bien franchement, l’inactivité de l’un ou de l’autre n’aura pas été un facteur de quelque manière que ce soit dans ce duel.

Nouveau style

Dès la première cloche, le pugiliste de Coteau-du-Lac s’est rué sans hésiter sur son rival. Mais contrairement à ses sorties précédentes, lors desquelles il passait le plus clair de son temps le front collé sur celui de son opposant, il a travaillé en distance, utilisant son jab de belle façon.

«Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler à l’intérieur avec moi, a-t-il fait valoir. […] On a vu dernièrement des gars qui accrochaient beaucoup. Ça fait mal paraître et les amateurs n’ont pas un super combat pendant ce temps. Je ne voulais plus leur redonner ça. Ils paient des billets, ils veulent voir du spectacle. C’est ce que je veux amener.»

Lafrenière l’admet, ce changement de style a en partie été motivé par sa défaite contre Onolunose, qui l’avait déjoué en adoptant une stratégie similaire. Et si on se fie aux dires du boxeur et de son camp, il semble bien qu’il faudra s’y habituer à plus long terme.

«On a eu des lumières dans le passé [qui nous ont indiqué] qu’on s’était fermé les yeux. Onolunose a fait en sorte qu’on a grandi de ça. On a eu une bonne réunion avec toute l’équipe après ça.»

-Francis Lafrenière

«Il y a eu de la reconstruction à faire, a pour sa part indiqué le promoteur Yvon Michel. Francis a eu du succès avec un style, et il a fini par penser que ce style serait bon tout le temps. Lorsqu’il s’est battu contre Onolunose, il était souvent en déséquilibre, échevelé, désorganisé et pas structuré. L’objectif, maintenant, est qu’il soit capable d’être structuré et organisé. Il a travaillé autour du jab, il variait ses combinaisons et surtout, il était en équilibre.»

Poursuivant son bon travail, Lafrenière est parvenu à emprisonner Barbosa dans le coin, avant de se mettre à le marteler de toutes parts, tant et si bien que l’arbitre Alain Villeneuve s’est interposé pour mettre un terme aux hostilités.

Arrêt un peu hâtif de la part de l’officiel ? On peut en débattre. Mais quoi qu’il en soit, il était déjà clair que ce combat qui, avec Barbosa, mettait en scène un boxeur à la fiche respectable et affichant plus d’une cinquantaine de combats au compteur – dont certains contre des noms connus tels Hassan N’Dam -, n’atteindrait pas la limite des huit rounds.

«[Barbosa] n’est peut-être pas le même gars que par le passé, mais moi non plus, je ne suis pas le même, a souligné Lafrenière. On ne rencontre jamais deux fois le même boxeur. Quand on parle d’un vétéran de 54 combats… J’ai livré la marchandise contre un gars comme celui-là.»

Lafrenière n’aura pas beaucoup de temps pour récupérer de ce combat – bien que ce ne fut certainement pas le plus épuisant. Il sera de retour dans un peu plus d’un mois, le 24 novembre, encore une fois au Casino. Après quoi, selon Yvon Michel, il pourrait croiser le fer avec Patrice Volny en février ou mars, question d’avoir la chance de récupérer sa ceinture NABO.

Peu importe l’identité de son prochain adversaire, Lafrenière entend bien poursuivre dans cette veine victorieuse. Mais attention, pas à n’importe quelle condition.

«On va rester sur cette lancée et travailler sur le même chemin, explique-t-il. En même temps, si on me donne un adversaire qui se crampe les pieds et que c’est mieux [de boxer avec mon ancien style], on va revenir au bon vieux taureau d’avant.»

Phinn expéditif lui aussi

En demi-finale, Shakeel Phinn (19-2, 13 K.-O.) n’a presque pas eu à forcer pour liquider l’Argentin Crispulo Javier Andino (20-12-1, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :30 du premier round.

Le champion canadien des super-moyens a envoyé son adversaire au tapis une première fois, avant de remettre ça quelques instants plus tard. Phinn a d’abord ébranlé Andino à l’aide d’une solide droite en plein visage, avant de l’achever d’une gauche tout aussi rude. L’officiel Martin Forest a jugé que le Sud-Américain avait assez souffert au cours de ce bref affrontement.

Après le combat, on a appris que Phinn aurait rendez-vous avec Dario Bredicean, qui a été l’un de ses partenaires d’entraînement, le 1er décembre au Centre Vidéotron, en sous-carte du combat entre Adonis Stevenson et Oleksandr Gvozdyk

Les deux hommes se disputeront le titre IBF Intercontinental des super-moyens. Celui-là même que Phinn aurait pu obtenir le 21 juillet en Nouvelle-Zélande, si son combat contre Mose Auimatagi fils n’avait pas été annulé.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (17-1, 7 K.-O.) n’a pas perdu de temps pour régler le cas du Mexicain Carlos Gorham (16-5-1, 10 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1 :17 du deuxième round. L’athlète de Baie-Saint-Paul a servi une violente combinaison droite-gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré de tout son long. En voyant Gorham tenter péniblement de se relever, l’arbitre Yvon Goulet a préféré mettre un terme au duel.

Jean-Michel Bolivar (5-1, 3 K.-O.) a rapidement disposé du vétéran Mexicain Adriel Juzaino (26-18-3, 12 K.-O.) en lui passant le knock-out à 2 :51 du premier round. Bolivar, de Pointe-Calumet, a envoyé son rival au tapis grâce à une série de coups dans le coin de l’arène. Juzaino n’a jamais pu se relever à temps.

À défaut de récolter un premier knock-out en carrière, Tommy Houle (4-0) a tout de même pris la mesure du Mexicain Rafael Ortiz (3-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (39-37 partout). Le boxeur de Sainte-Béatrix, dans la région de Lanaudière, a ainsi ravi ses partisans venus l’encourager depuis les hauteurs du Cabaret du Casino.

Au nombre de coups qu’il reçoit sur le museau pendant un combat, c’est à croire que Yan Pellerin (3-1) éprouve un malin plaisir à se faire taper dans la figure. Ça ne l’a toutefois pas empêché de défaire le Mexicain Fidel Toscano (0-4) par décision unanime (40-36, 39-37, 39-37). Le pugiliste de Granby rebondit après avoir subi une première défaite à sa dernière sortie, le 20 juillet.

Les boxeurs ontariens Alex Dilmaghani (18-1, 7 K.-O.) et Kane Heron (12-0-1, 6 K.-O.) ont été à l’œuvre pour les deux premiers combats de la journée. Ils ont respectivement stoppé les Mexicains Cristian Arrazola (24-16-3, 17 K.-O.) et Carlos Lopez Marmolejo (9-6-1, 5 K.-O.) dès le premier round.

Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !

Tout est bien qui finit bien

[Photo Bob Lévesque]

D’aucuns, à commencer par l’auteur de ces lignes, croyaient que le combat entre Jean Pascal et Steve Bossé aurait des allures de cirque. Se mesurer à un ex-combattant d’arts martiaux mixtes avec un seul combat de boxe à sa fiche : dans quelle genre de galère Pascal allait-il s’embarquer pour sortir de sa retraite ? Et que dire de Bossé, qui ose se frotter à un ancien champion du monde ?

Or, force est d’admettre que les deux hommes nous ont offert un affrontement fort divertissant vendredi soir, à la Place Bell de Laval. Peut-être pas le plus joli sur le plan technique, mais le spectacle y était, aucun doute là-dessus. Et le tout s’est conclu à l’avantage de Pascal (33-5-1, 20 K.-O.), qui a envoyé Bossé (1-1, 1 K.-O.) au tapis en toute fin de huitième round pour l’emporter par arrêt de l’arbitre.

«Un arbre solide ne tombe pas au premier coup de hache. Bossé était un arbre solide, mais ma hache était très aiguisée», a illustré Pascal en conférence de presse.

«J’aurais aimé que ça se termine autrement, mais quand je me présente, ma priorité est de donner un spectacle. Je n’ai pas affronté un ancien champion pour rien. […] C’est du gros bagage que je suis allé chercher. Ma priorité était de montrer à tout le monde que j’étais capable de boxer», a quant à lui expliqué Bossé, qui avait le visage lourdement tuméfié après le combat.

Étonnamment, les 3206 spectateurs réunis dans les gradins s’étaient majoritairement rangés derrière Bossé, servant leurs huées les plus nourries à son adversaire. Pascal, rappelons-le, est originaire de Laval. Et la victoire de ce dernier a suscité une réaction quelque peu mitigée.

«J’ai rarement été autant satisfait d’un événement que celui-ci [de vendredi]. Les gens ont embarqué dans tous les combats.»

-Yvon Michel

Dès la cloche initiale, Bossé a montré qu’il était prêt à se battre et qu’il n’avait nullement l’intention de se laisser manger la laine sur le dos. L’ex-matamore de la Ligue nord-américaine de hockey s’est rué sur son adversaire, plutôt passif en début de combat, et a décoché les meilleures attaques. Ringside lui a même concédé les deux premiers assauts sur son humble carte.

Mais au troisième, l’ancien champion WBC des mi-lourds a repris le contrôle du duel. Il a choisi ce moment pour ouvrir la machine, avec comme résultat une visite de Bossé au tapis après que celui-ci eut reçu deux solides gauches au menton. Des gauches qui s’avéreront être la kryptonite de Bossé et de sa défense.

Bossé s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Plus les hostilités progressaient, plus Pascal faisait ce qu’il voulait avec son adversaire. Il a poursuivi ce petit manège jusqu’au moment d’asséner cette gauche fatidique au visage de Bossé, qui l’a renvoyé au plancher. Bien qu’il ait réussi à se relever, il était trop chancelant pour que l’arbitre Michael Griffin lui permette de continuer à se battre.

Rendons d’ailleurs au combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu ce qui lui revient : en plus d’avoir encaissé un nombre effarant de violentes baffes au visage, on a plus tard appris qu’il s’était déchiré le tendon du biceps droit à 50% pendant son camp d’entraînement à Detroit – blessure pour laquelle il sera opéré lundi. Qu’il ait réussi à tenir huit rounds dans de telles conditions impose le respect.

«Steve m’a vraiment surpris par sa solidité.»

-Jean Pascal

Ce dernier a du même souffle annoncé qu’il n’avait pas l’intention de retourner à sa vie de retraité après ce combat. Reste à voir à quoi ressemblera l’avenir pour lui. Chose certaine, il entend revenir chez les mi-lourds.

«C’est ma meilleure chance de redevenir champion du monde. On va en discuter avec [mon entraîneur] Stéphan Larouche et mon équipe. […] Ce sera important pour moi de demeurer prêt dans le gymnase», a-t-il fait valoir.

Domination totale de Dicaire

À l’origine, la demi-finale du gala devait mettre en scène le combat revanche entre Francis Lafrenière et Albert Onolunose. Or, le report de l’événement a obligé Lafrenière à s’en désister, puisqu’il célébrait son mariage le lendemain (on en profite d’ailleurs pour le féliciter !).

Ainsi, Marie-Ève Dicaire (13-0) s’est amenée à la rescousse à moins d’un mois d’avis pour sauver la mise. Pour l’occasion, elle affrontait la Mexicaine Alejandra Ayala (9-4, 5 K.-O.), qu’elle avait déjà vaincu de manière convaincante en juin 2017. La pugiliste de Saint-Eustache a remis ça vendredi, l’emportant de nouveau par une décision unanime sans appel (100-90 partout).

De toute évidence, Dicaire n’avait pas l’intention de laisser la moindre chance à Ayala dans cet affrontement. Jamais l’avait-on vue faire preuve d’autant d’agressivité dans le ring, confinant sa rivale dans l’un des coins pendant de longues secondes lors de chaque engagement. Le contrôle de Dicaire était total.

Notons que le titre NABF des super-mi-moyens que détient Dicaire n’était pas à l’enjeu pour ce combat.

Les autres résultats

Dans un combat d’arts martiaux mixtes qui ne passera certainement pas à l’histoire, Yoni Sherbatov (8-1-1, 4 K.-O., 1 SUB) est venu à bout du Mexicain Luis Solorzano (5-4, 3 K.-O., 1 SUB) par décision unanime (30-27, 29-28, 29-27). Le premier pointage a de quoi étonner quelque peu, puisque le Lavallois a été ébranlé par son adversaire lors du second assaut.

Jordan Balmir (10-0, 7 K.-O.) a mis un terme hâtif à la soirée de l’Allemand Vito Vendetta (12-5-1, 7 K.-O.) – assurément le nom le plus spectaculaire du gala – en lui passant le knock-out à 1 :16 du deuxième round, grâce à un dur crochet droit au visage. Celui qui se fait aussi appeler «Italian Stallion», et dont les adversaires précédents cumulaient une fiche de 70-368-7, a eu toutes les misères du monde à rester sur ses deux pieds en se relevant.

Peu après sa victoire, Balmir est revenu dans le ring pour s’adresser à la foule et lancer une invitation à Steven Butler. «Il y a quelqu’un en avant de moi au Canada et je veux l’affronter, a dit Balmir. Je suis là. Je suis prêt pour toi. On va y aller.» Quelques secondes plus tard, par l’entremise de sa page Facebook, Butler a interpellé Balmir en disait qu’il allait «[lui] faire mal». À suivre…

Vous connaissez le jeu Rock ‘em Sock ‘em, où un robot bleu et un robot rouge se tapent sur le menton jusqu’à ce que la tête de l’un d’eux saute ? Voilà à quoi ressemblait le combat entre Yan Pellerin (2-1) et le Mexicain Fernando Galvan (3-1, 1 K.-O.), que ce dernier a remporté par décision unanime (39-37 partout). Les deux ex-combattants d’arts martiaux mixtes sont demeurés statiques tout au long du duel, s’échangeant les coups à la figure en espérant faire tomber l’autre. Pas le genre de recette qui fonctionne en boxe. Espérons que Pellerin a pris des notes à cet égard.

Jean-Michel Bolivar (4-1, 2 K.-O.) ne regrettera pas trop longtemps d’avoir dû annuler ses vacances pour affronter Michaël Cyr (1-1), puisqu’il a vaincu ce dernier par arrêt de l’arbitre à 1 :09 du troisième round d’un des meilleurs combats de la soirée. Cyr, de Saint-David, est allé au tapis à trois reprises au cours de ce violent duel, dont deux fois au second engagement.

Roody Pierre-Paul (16-4-2, 6 K.-O.) a été surpris par le Roumain Oszkar Fiko (32-25-1, 17 KO), qui lui a arraché une victoire par décision majoritaire (59-55, 59-55, 57-57). Le boxeur de 24 ans, qui a tout près de 60 combats dans le corps malgré son jeune âge, s’est montré dynamique et a donné du fil à retordre à Pierre-Paul à quelques reprises. Un combat serré dans l’ensemble.

En lever de rideau, le Lavallois Whitney Baille (7-0, 2 K.-O.) l’a emporté face au Mexicain Victor Hugo Lorenzo (9-4, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Et c’est franchement tout ce qu’il y a à dire sur ce combat des plus ennuyants. On oserait bien un petit jeu de mots en disant que Victor Hugo a eu l’air misérable dans le ring, mais on va se garder une gêne… ou pas.

Un permis, c’est bien, mais…

[Photo tirée de la page Facebook de GYM]

BILLET – Steve Bossé a fini par l’avoir, son permis de boxe. Il a convaincu la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) de lui donner une chance. Il pourra donc se battre contre Jean Pascal tel que prévu, le 20 juillet à la Place Bell.

Le combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu a réussi à démontrer au tribunal qu’il n’entretenait aucun lien avec le crime organisé, malgré le fait que son agent, Dan Fontaine, soit considéré comme une « personne d’intérêt » par la Sûreté du Québec à cause de ses contacts avec les Hells Angels. La SQ évoquait pour cette raison la possibilité que le groupe criminel soit impliqué dans le gala.

On ne peut toutefois pas dire que la RACJ a été entièrement rassurée, loin de là.

« Nous sommes préoccupés par les relations que vous avez. Lors de vos prochaines demandes de permis, les policiers continueront de faire enquête sur vous », a prévenu l’un des juges administratifs de l’audience, tel que cité par le Journal de Montréal.

Pas exactement le vote de confiance le plus senti, disons.

Le permis que Bossé vient de recevoir est valide pour un an. Va-t-on devoir se taper un autre feuilleton judiciaire mettant en vedette le « Boss » en 2019? Espérons que non.

Le problème reste entier

Ainsi donc, Bossé a maintenant le droit de se battre la semaine prochaine. Grand bien lui fasse.

Tant mieux pour lui. Tant mieux pour Jean Pascal, qui pourra sortir de sa retraite devant ses partisans lavallois comme il le souhaitait. Tant mieux pour les amateurs – pas très nombreux, nous dit-on – qui ont payé leur billet et qui auront droit à la finale à laquelle ils s’attendaient.

Sauf que…

Sauf que ça n’enlève rien au cœur du problème : le gala du 20 juillet, à sa face même, n’offre que bien peu d’intérêt pour le partisan de boxe moyen.

Outre le duel Pascal-Bossé, qui a surtout fait jaser pour les mauvaises raisons jusqu’ici et que plusieurs apparentent à un freak show, on aura droit à une demi-finale entre Marie-Ève Dicaire, arrivée à la rescousse après le désistement de Francis Lafrenière, et une adversaire dont on ignore toujours l’identité à 10 jours du combat.

Ouf…

Le retrait tout à fait logique et compréhensible de Lafrenière – il croyait se battre le 29 juin, mais le gala a finalement été reporté à la veille de son mariage – a du même coup fait tomber le combat le plus intéressant de la soirée, et de loin. Nous étions tous bien curieux de voir ce dont aurait l’air sa revanche face à Albert Onolunose. Bien plus que de savoir qui l’emporterait entre un ex-champion du monde WBC et un ancien combattant d’arts martiaux mixtes/goon de la Ligue nord-américaine de hockey.

Pétard mouillé, hélas.

Rien de personnel contre Dicaire, cela dit. Bien au contraire. Elle a accepté volontiers de donner un coup de main à son promoteur, dans des circonstances loin d’être optimales. C’est tout à son honneur. Mais c’est plutôt difficile de vendre un combat qui ne devait même pas avoir lieu il y a un mois, surtout quand l’un des deux belligérants se résume pour l’instant à un gros point d’interrogation.

Besoin d’une surprise

Mais revenons à la carte du gala. Après Pascal, Bossé et Dicaire, on a quoi? Euh, attendez… Ah oui! Il y a Yoni Sherbatov, qu’on connaît un peu. Ensuite… Euh… Bien, ensuite… C’est plutôt tranquille, finalement.

Vous vous demandez encore pourquoi les sièges de la Place Bell ont autant de difficulté à trouver preneur? De prime abord, du premier combat jusqu’au dernier, la carte n’a rien d’attirant. En tout cas, rien d’assez aguichant pour convaincre le fan de boxe de ressortir son portefeuille, sans doute déjà éprouvé par les nombreux galas des dernières semaines. C’est aussi simple que ça.

En plus, comme c’est trop souvent le cas depuis les dernières années, le Groupe Yvon Michel s’est de nouveau empêtré dans toutes sortes de déboires hors du ring qui ont entaché l’image de l’événement. Que ce soit la faute de GYM ou non, ça s’appelle se tirer dans le pied, chers amis.

Ah oui, c’est vrai! Olivier Primeau, grand manitou de cette foire aux pectoraux qu’est le Beachclub, s’est joint à l’équipe pour lui faire bénéficier de son expertise promotionnelle et ainsi revigorer la vente de billets.

Outre un entraînement tenu sur les plages de Pointe-Calumet le week-end dernier, avez-vous senti une quelconque influence jusqu’à présent?

Remarquez, si le cerveau du Beachclub est de la partie, on suppose que ça signifie que le DJ sera bon, n’est-ce pas? L’histoire ne dit pas si les boxeurs seront les seuls à être torse nu sur place, cependant. Peut-être que le Banana Boat sera fourni, qui sait?

Trêve d’ironie, on va se souhaiter que quelques-uns des combats de la sous-carte nous surprennent et offrent un spectacle enlevant. Sinon, il se pourrait qu’on entende une mouche voler dans l’amphithéâtre. Et pas seulement parce qu’il n’y a personne dans les gradins.

«Il n’y a que des perdants»

[Photo archives Bob Lévesque]

Samedi soir, le Groupe Yvon Michel (GYM) présentait son plus récent gala de sa série au Casino de Montréal. Or, le boxeur qui a le plus retenu l’attention pour l’occasion n’est jamais monté dans le ring.

N’en déplaise aux athlètes qui étaient à l’œuvre, c’est le nom d’Artur Beterbiev qui a alimenté les discussions, alors qu’il avait subi la première défaite de sa carrière professionnelle la veille – non pas dans l’arène, mais plutôt devant le tribunal.

Le juge Frédéric Bachand, de la Cour supérieure, a en effet servi une rebuffade au Tchétchène dans le litige qui l’opposait à GYM. Beterbiev, rappelons-le, réclamait d’être libéré du contrat le liant au promoteur, alléguant que ce dernier n’aurait pas rempli ses obligations.

Beterbiev reprochait entre autres à Yvon Michel de ne pas lui avoir versé sa bourse à temps après son combat face à Isidro Prieto, le 23 décembre 2016, et de ne pas lui avoir offert le minimum de quatre combats par année, tel que le prévoyait leur entente signée en 2015.

Dans sa décision rendue vendredi, le juge Bachand explique que même si GYM a effectivement tardé à verser l’entièreté de la bourse de 250 000$ de Beterbiev en vertu des modalités de paiement établies avant le duel contre Prieto, il ne s’agit pas d’un manquement assez grave au contrat pour l’invalider, comme le prétendait le boxeur.

Le magistrat souligne par ailleurs qu’en raison des différentes blessures qu’il a subies au cours des dernières années, Beterbiev n’aurait pas été en mesure de livrer quatre combats de toute façon.

«On ne peut nier que le partenariat avec GYM a été bénéfique pour [Beterbiev]. En effet, il a atteint son objectif ultime à la fin de 2017, alors qu’il a remporté le titre IBF des mi-lourds au terme de ce qui était seulement son douzième combat professionnel», écrit le juge.

La réconciliation est-elle possible ?

Malgré un verdict qui lui est favorable dans les faits, Yvon Michel refuse de se réjouir.

«On ne peut pas dire qu’il y a des gagnants dans cette cause. Il n’y a que des perdants. On a perdu un an et demi d’énergie et d’argent, de part et d’autres», a-t-il résumé lors d’un point de presse donné peu avant le gala de samedi.

Le promoteur se dit tout à fait disposé à travailler de nouveau avec Beterbiev, dont le contrat avec GYM est théoriquement valide jusqu’en 2021. Mais un conflit aussi acrimonieux que celui que les deux hommes viennent de traverser laisse forcément des traces. Pour ne pas dire de profondes cicatrices.

Est-il vraiment réaliste de croire que Beterbiev et Michel pourront de nouveau collaborer, presque comme s’il ne s’était rien passé ?

«On était des adversaires. Maintenant, c’est terminé. C’est comme un combat de boxe. Nous sommes prêts à poursuivre avec le même enthousiasme et le même intérêt que lorsqu’il a commencé avec nous.»

-Yvon Michel

«On est convaincus que nous sommes l’organisation la mieux placée pour faire avancer Artur. On est convaincus d’avoir les ressources et les contacts, que ce soit avec des promoteurs ou la télé américaine, pour qu’Artur Beterbiev réussisse finalement à performer au niveau de son talent et démontre qu’il peut être une grande star en boxe professionnelle.»

Reste à voir si le boxeur sera du même avis. Son camp a déjà annoncé qu’il interjetterait appel du jugement rendu vendredi.

Dicaire défend sa ceinture

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Marie-Ève Dicaire a défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens. / Photo archives Bob Lévesque

Avec tout ça, on oublie presque qu’il y avait des combats hors des tribunaux samedi soir, à commencer par celui opposant Marie-Ève Dicaire (12-0) et l’Argentine Yamila Belen Abellaneda (6-2, 3 K.-O.). La boxeuse de Saint-Eustache a ainsi défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens en prenant la mesure de la Sud-Américaine par décision unanime (100-90, 99-91, 98-92).

Cela dit, ne vous fiez pas trop aux apparences : malgré ce qu’indiquent les cartes de pointage, le duel a été plutôt serré du début à la fin. Confrontée à une rivale qui s’était visiblement donné la mission d’appliquer un maximum de pression sur elle, Dicaire a dû user de stratégie – et encaisser quelques jolis coups au passage – pour contenir les assauts d’Abellaneda. Ce qu’elle est parvenue à faire avec brio.

«On savait qu’elle allait mettre de la pression, a mentionné Dicaire. On savait qu’elle allait venir ici pour se battre et qu’elle avait un bon bagage amateur. C’était le fun, parce que je pouvais boxer dans le ring. Ce n’était pas des coups qui venaient de n’importe où, n’importe comment. C’était de la belle boxe, et ça m’a permis de bien travailler.

«Pour moi, c’était important de donner une coche de plus qu’à mon dernier combat. On a apporté beaucoup de changements. Je voulais voir la différence pour mes entraîneurs.»

-Marie-Ève Dicaire

Parmi ces nouveautés, on a ajouté un psychologue sportif à l’équipe de la pugiliste. Aux dires de Dicaire, l’arrivée de cet expert lui a injecté une dose appréciable de confiance.

«Autrefois, je n’osais pas trop essayer des choses dans le ring parce que je doutais, ce qui fait que j’étais toujours une fraction de seconde trop tard. Là, j’étais sans pression dans le ring. J’étais libre. J’aimais ce que je faisais», a-t-elle expliqué.

«J’ai travaillé fort parce que je l’ai voulu. Parce que je voulais en donner plus. Et je suis vraiment satisfaite. Ce combat, c’est vraiment une belle façon de dire que ma ceinture NABF, je l’ai gagnée», a-t-elle conclu avec son éternel sourire.

Les autres résultats

En demi-finale, Shakeel Phinn (18-2, 12 K.-O.) a vaincu le Croate Mirzet Bajrektarevic (18-6, 10 K.-O.) lorsque celui-ci a été contraint à l’abandon à 39 secondes du sixième round. Bajrektarevic s’est blessé à la main gauche après avoir lancé un coup. Il a aussitôt reculé vers son coin, grimaçant de douleur et incapable de poursuivre le combat.

Dario Bredicean (17-0, 5 K.-O.) a récolté une rare victoire avant la limite en forçant le Mexicain Jonathan Tavira (17-5, 13 K.-O.) à l’abandon après six rounds d’action. Le protégé de Lucian Bute a pu profiter des largesses défensives de Tavira pour malmener à souhait celui-ci, qui a néanmoins tout encaissé sans tomber. Après le sixième round, cependant, le Mexicain en avait eu assez.

Louisbert Altidor (9-2, 4 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Manuel Beltran (5-1, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (60-53 partout). Celui qu’on surnomme «Ti Kouto» a envoyé son rival au tapis au troisième round au terme d’un minutieux travail au corps.

Terry Osias (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en prenait la mesure du Français Augustin Malecot (3-7-1) par décision unanime (40-35 partout). Malecot, désormais établi à Montréal, est allé visiter le plancher dès le premier round. Il encaisse ainsi un septième revers consécutif.

En début de gala, Tommy Houle (3-0) s’est montré sans pitié envers Adam Ayoubi (1-1-1), l’emportant par décision unanime (40-35, 39-36, 38-37). Le boxeur de Joliette a malmené son adversaire pratiquement du début à la fin. La chute d’Ayoubi au quatrième round, de même que son œil gauche sévèrement tuméfié, en ont témoigné.

À cause des juges? Vraiment?

[Photo tirée de Twitter]

Si un ou des juges du combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack avait été canadien, le champion aurait eu davantage de chances d’être sacré vainqueur plutôt que de devoir se contenter d’un verdict nul majoritaire.

C’est du moins ce qu’ont prétendu Stevenson et son promoteur Yvon Michel en conférence de presse jeudi, cinq jours après le duel face à Jack disputé au Air Canada Centre de Toronto. En vertu de ce résultat nul, Stevenson a pu conserver son titre WBC des mi-lourds.

Deux des trois juges sélectionnés par le WBC pour cet affrontement venaient des États-Unis, tandis que le troisième était d’Italie. Deux d’entre eux ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a donné Jack gagnant à 115-113. L’arbitre Ian John Lewis, quant à lui, est un Britannique.

« Moi, je trouve que j’ai gagné. […] Mais Floyd Mayweather [le promoteur de Jack] a joué un petit tour. Il n’y en avait pas un seul qui était canadien. C’est Floyd qui s’est arrangé. Comment se fait-il qu’on est en sol canadien et qu’il n’y a pas un seul juge qui est canadien? », a déploré Stevenson.

Or, quiconque ayant vu le combat vous dira que le résultat nul n’a absolument rien de scandaleux. Les deux hommes se sont livré une rude bagarre tout au long des 12 rounds. Et si les six premiers ont été l’affaire de Stevenson dans l’ensemble, les six suivants (ou presque) sont nettement allés à Jack. Difficile de déterminer un gagnant sans équivoque dans ces circonstances.

Yvon Michel, lui, a reproché au patron de la Commission athlétique de l’Ontario, Ray Dempster, d’avoir laissé le WBC lui imposer ses juges sans rechigner. Si le combat avait eu lieu au Québec, dit-il, Michel Hamelin, responsable des sports de combat pour la Régie des alcools, des courses et des jeux, n’aurait jamais accepté une telle situation.

Il y a effectivement fort à parier qu’au moins un des juges aurait été québécois si le duel avait été présenté, disons, à Montréal comme prévu au départ. Cela dit, la déclaration du promoteur a de quoi faire sourciller. Des juges québécois auraient-ils été plus favorables à Stevenson simplement parce qu’il est lui-même Québécois?

La réputation et le professionnalisme des officiels de la RACJ ne font aucun doute dans l’univers de la boxe. De tels propos frisent les allégations de chauvinisme.

Yves Ulysse a-t-il été privilégié lorsqu’il a affronté Steve Claggett? Et Francis Lafrenière, quand il s’est frotté à Albert Onolunose? Et Shakeel Phinn, lors de son choc face à Ramon Aguinagua?

Poser ces questions, c’est y répondre, comme on dit. Ce n’est pas parce qu’un juge a la même nationalité qu’un boxeur qu’il favorisera nécessairement ce dernier. Sauf parfois à Las Vegas, mais ça, c’est une autre histoire…

Stevenson a aussi plaidé qu’il avait été ralenti par un rhume pendant le combat et les jours qui ont précédé. Il n’y aucune raison de douter qu’il ait en effet été malade. Mais quand on en est rendu à montrer les juges du doigt, alors que leur décision n’a révolté personne, soyons francs : ça ne fait pas très sérieux.

Pourtant, le champion n’a pas à rougir de sa performance dans le ring. Il a connu quelques difficultés, certes, mais il a malgré tout fini le combat sur ses deux pieds. Et surtout, il a montré qu’il était encore capable de rivaliser avec les meilleurs de sa division, en dépit de ses 40 ans et de tout ce qu’on a pu dire sur lui à ce sujet.

Dommage qu’il semble préférer trouver des excuses.

Pascal-Bossé à Laval

Dans un autre ordre d’idées, le Groupe Yvon Michel a finalement confirmé jeudi que le combat du 29 juin entre Jean Pascal et Steve Bossé allait bien avoir lieu à la Place Bell, à Laval.

Le choix de cet amphithéâtre tombe sous le sens. D’une part, cela permettra à Pascal de se battre chez lui, dans son patelin. D’autre part, l’événement sera à l’abri d’éventuels caprices de la météo, ce qui n’aurait pas été le cas s’il avait eu lieu au stade IGA, comme on l’envisageait.

Par ailleurs, et puisqu’on parlait d’eux plus haut, on a appris que Francis Lafrenière et Albert Onolunose se livreraient un combat revanche en demi-finale de ce gala. Rappelons qu’à leur première confrontation, le 15 mars, Onolunose avait surpris Lafrenière par décision majoritaire pour lui ravir sa ceinture NABO des poids moyens.

En plus de mettre un terme à une séquence de 13 victoires consécutives, cette défaite avait laissé un goût amer dans la bouche de Lafrenière, qui avait reproché à Onolunose un manque d’activité au cours du duel. Il faut dire que ce dernier avait réussi à jouer un vilain tour au Québécois en adoptant un style similaire au sien, dans lequel les corps à corps et les accrochages sont légion.

Chose certaine, Lafrenière sera très certainement affamé au moment de remonter dans le ring pour y croiser Onolunose à nouveau. Les probabilités de voir des flammèches durant ce combat sont plutôt fortes.