Les bons (et moins bons) coups de 2019

[Photo fournie par Top Rank]

Établir notre désormais traditionnel palmarès de fin d’année de la boxe québécoise n’a pas été une mince tâche, cette fois. Quantité d’athlètes ont fait leur marque au cours des 12 derniers mois, chacun à leur manière. Mais bon, puisqu’il faut bien trancher, voici les bons (et moins bons) coups de 2019 selon Ringside.

LE BOXEUR DE L’ANNÉE – Artur Beterbiev

Après la victoire d’Artur Beterbiev contre Radivoje Kalajdzic, le 4 mai en Californie, Ringside regrettait que cette autre solide performance du champion IBF des mi-lourds passe à nouveau sous le radar, le public québécois ne semblant pas intéressé du tout au parcours du Russe. Quelques mois plus tard, le 18 octobre, Beterbiev a ravi le titre WBC des mains d’Oleksandr Gvozdyk, devenant ainsi le tout premier champion unifié issu du Québec. Beterbiev est ainsi devenu un incontournable de la boxe, tant pour les Québécois que pour le reste du monde. Plus jamais ce monstre du pugilat ne sera indûment balayé sous le tapis. Il était temps. Voilà pourquoi Artur Beterbiev est sacré boxeur de l’année 2019.

LA MENTION HONORABLE – Jean Pascal

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En plus de devenir champion WBA des mi-lourds, Jean Pascal a défendu son titre avec succès en 2019. / Photo tirée de la page Facebook de Jean Pascal

C’est un choix déchirant qu’a imposé à Ringside Jean Pascal avec sa victoire contre Badou Jack, il y a quelques jours. Il se voulait déjà un candidat plus qu’intéressant au titre de boxeur de l’année après avoir obtenu sa ceinture WBA des mi-lourds contre Marcus Browne, le 3 août. Son gain in extremis contre Jack est venu bien près de lui permettre de se hisser au sommet. Au final, la première historique réussie par Beterbiev aura fait pencher la balance en sa faveur. Mais malgré tout, c’est une exceptionnelle année 2019 qu’a connu Pascal, de sorte que vous le verrez cité à quelques reprises plus bas. On s’en voudrait, cela dit, de ne pas adresser ici un clin d’œil à Marie-Ève Dicaire, qui a quand même défendu trois fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens cette année.

LA SURPRISE – Jean Pascal

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Jean Pascal (à gauche) a vaincu Marcus Browne le 3 août. / Photo tirée de la page Facebook de Jean Pascal

Bien sûr que la « vraie » surprise de 2019 dans le monde de la boxe, c’est cette victoire d’Andy Ruiz fils contre Anthony Joshua, le 1er juin. Mais puisqu’on traite ici de la boxe québécoise, pas le choix d’y aller avec Jean Pascal, que tout le monde croyait fini ou presque avant qu’il ne vienne à bout de Marcus Browne. Le polarisant Lavallois aura toujours sa part de détracteurs quoi qu’il fasse, mais plusieurs ont sans doute changé leur fusil d’épaule après ce triomphe.

LA DÉCEPTION – Eleider Alvarez

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Eleider Alvarez (à gauche) a perdu son combat revanche contre Sergey Kovalev. / Photo fournie par Top Rank

De boxeur de l’année en 2018, voilà qu’Eleider Alvarez dégringole tout à l’opposé du palmarès. Ce n’est pas tant le fait que le Colombien a perdu le titre de champion WBO des mi-lourds dès sa première défense, le 2 février, lors de la revanche contre Sergey Kovalev. La déception relève beaucoup plus de la façon dont il s’est incliné : avec une performance en demi-teinte, sans âme ni rage de vaincre apparente. Bref, tout à l’opposé de la façon dont il avait vaincu Kovalev lors du premier duel. Dommage, quand on se souvient de tous les efforts accomplis pour décrocher cette ceinture. Inactif depuis ce revers, Alvarez sera de retour dans le ring le 18 janvier pour affronter Michael Seals.

LE HÉROS OBSCUR – Erik Bazinyan

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Erik Bazinyan après sa victoire contre Alan Campa. / Photo fournie par Golden Boy Promotions

Son entente avec Golden Boy Promotions fait en sorte qu’on le verra un peu moins souvent se battre au Québec, à l’instar de ses collègues Steven Butler et Yves Ulysse fils. Mais ça ne veut pas dire qu’Erik Bazinyan n’a rien fait qui vaille au cours de la dernière année, bien au contraire. Il a d’abord facilement vaincu Alan Campa par décision unanime le 2 mai, avant de passer le knock-out au vétéran Saul Roman le 12 décembre. Et, mine de rien, il cimente sa place un peu partout dans les classements mondiaux. On serait bien dus pour le revoir chez nous.

LE COMBAT DE L’ANNÉE – Jean Pascal c. Badou Jack

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Jean Pascal (à gauche) a vaincu Badou Jack par décision partagée le 28 décembre. / Photo tirée du compte Twitter de Showtime

La dernière année nous a offert plusieurs bons candidats pour l’obtention de cette récompense. Le choc Beterbiev-Gvozdyk était certainement méritant. Même le combat du 7 décembre entre David Lemieux et Max Bursak, hautement divertissant à défaut d’être élégant, aurait aussi pu être considéré. Mais difficile de laisser de côté ce superbe duel que viennent de nous offrir Jean Pascal et Badou Jack, un festival de feux d’artifice au cours duquel l’émotion et l’excitation ont été à leur comble. Notons au passage que Jack avait été du combat de l’année 2018 selon Ringside, à l’issue de son match nul contre Adonis Stevenson.

LE KNOCK-OUT DE L’ANNÉE – Andranik Grigoryan c. Jorge Garcia Jimenez

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Andranik Grigoryan (à gauche) a passé un knock-out aussi spectaculaire qu’inattendu à Jorge Garcia Jimenez. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

C’est déjà étonnant lorsqu’Andranik Grigoryan ajoute un K.-O. à sa fiche, imaginez quand il s’en paie un aussi spectaculaire que celui qu’il a servi au pauvre Jorge Garcia Jimenez, le soir du 15 juin à Shawinigan. Une main droite vive et puissante, sortie de nulle part pour atterrir sur le menton de Jimenez, tombé à la renverse comme si une folle bourrasque venait de déferler sur le ring. Il fallait voir Grigoryan ému aux larmes après cette victoire, qui lui procurait la ceinture NABA des poids plumes. La séquence est disponible sur le site de TVA Sports.

LE PLUS BEAU RETOUR – Jean Pascal

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Jean Pascal en préparation pour son combat contre Badou Jack. / Photo tirée du compte Twitter de Showtime

Entre nous, y avait-il vraiment un autre choix possible pour cette mention? Allez, on ne s’étendra pas davantage sur les raisons qui expliquent pourquoi Pascal mérite le titre du plus beau retour de l’année. C’est assez évident, disons.

L’ESPOIR À SURVEILLER – Lexson Mathieu

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Lexson Mathieu a été parfait à ses huit premiers combats en carrière. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Il y a de ces expressions anglaises qui sont difficilement traduisibles en français. Comme lorsqu’il est question du swag que peut dégager un individu, par exemple. Existe-t-il un terme francophone approprié pour décrire la chose? Si c’est le cas, on l’ignore. Mais ce qu’on sait, c’est que Lexson Mathieu en a tellement, de swag, que ça lui sort par les oreilles. Sans oublier, bien sûr, le talent, la puissance et l’attitude. Avec huit victoires en autant de sorties en 2019 – ses huit premiers combats en carrière –, on a eu amplement le temps de le surveiller, direz-vous. Or, quelque chose nous dit que le jeune homme de 20 ans n’a pas fini de nous épater.

QUELQUES SOUHAITS POUR 2020

-Que Steven Butler se serve de la douloureuse leçon que lui a servi Ryota Murata la veille de Noël pour améliorer sa boxe encore davantage. Il l’a fait une fois après Brandon Cook, il peut très bien répéter l’expérience à la suite de cette défaite en combat de championnat, au cours de laquelle il n’a quand même pas si mal paru.

-Un peu dans la même veine, que Simon Kean conserve les aptitudes qu’il a démontrées en l’emportant contre Siarhei Liakhovich, le 7 décembre, notamment sur le plan de sa défense. Il y a encore du chemin à faire, on s’entend, mais c’est certainement un début.

-Qu’Oscar Rivas puisse mettre derrière lui son revers contre Dillian Whyte – et toute la controverse qui a suivi – pour revenir en force l’an prochain. Il mérite une deuxième chance de se faire valoir sur la scène internationale.

-Que Michel Villeneuve et tous les autres Australopithèques du même acabit qui croient que les femmes n’ont pas leur place dans la boxe se taisent à jamais. Marie-Ève Dicaire, Kim Clavel et toutes les autres boxeuses prouvent lors de chacun de leurs combats qu’elles ont autant de mérite que n’importe lequel de leurs confrères masculins. Non mais, vraiment, à quel point y a-t-il des imbéciles en ce bas monde?

-Que le Groupe Yvon Michel se déniche malgré tout un ou une autre athlète pour faire office de tête d’affiche de l’organisation aux côtés de Dicaire. Que ce soit Rivas, Eleider Alvarez ou quelqu’un autre… Ça prend quelqu’un, et vite. Ce sera bon pour GYM, et pour la boxe en général.

-Que la difficile sortie de David Lemieux contre Max Bursak, une première en plus d’un an, soit effectivement attribuable à la rouille et non un présage de ce qu’il l’attend chez les 168 lb.

-Que le gagnant du combat revanche entre Deontay Wilder et Tyson Fury en février accepte les 20 millions d’Eye of the Tiger Management pour venir affronter Arslanbek Makhmudov au Centre Bell. Quoi, on peut rêver, non?

-Et, bien sûr, une bonne année 2020 à vous tous!

Une promenade dans le parc

[Photo tirée de la page Facebook du Groupe Yvon Michel]

QUÉBEC – Non, le combat entre Marie-Ève Dicaire et Ogleidis Suarez ne passera pas à l’histoire. La Québécoise a néanmoins réussi une troisième défense de son titre IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, au vif plaisir des quelques amateurs demeurés sur place jusqu’à la fin…

Jamais inquiétée, la pugiliste de Saint-Eustache n’a fait qu’une bouchée de la Vénézuélienne, filant tout droit vers une victoire par décision unanime (100-90, 100-90, 99-91).

«Je pense sincèrement que j’ai montré de nouvelles habiletés, des choses que je ne faisais pas dans le passé. Je pense par contre qu’on a de petites choses à travailler. Je n’ai pas été en mesure d’appliquer la stratégie à la lettre», a décrit Dicaire après le combat.

Il faut dire que Suarez (28-4-1, 13 K.-O.) n’a rien fait pour aider sa cause… en ne faisant rien, justement. Passive au point de se demander si elle avait entendu la cloche, elle a carrément laissé Dicaire (17-0) faire ce qu’elle voulait avec elle dans le ring.

«J’ai été vraiment déçue [de Suarez] et j’avouerai que ça m’a peut-être un peu déstabilisée. Je la touchais tellement facilement. C’est peut-être pour ça que je me dis que j’aurais pu en faire plus.»

-Marie-Ève Dicaire

«Marie-Ève était extrêmement rapide. [Suarez] a vu qu’elle ne pouvait pas boxer contre Marie-Ève. Elle devait essayer de la coincer, de la laisser entrer à l’intérieur pour placer ses coups. Mais Marie-Ève était tout simplement trop rapide pour elle», a pour sa part analysé l’entraîneur de Dicaire, Stéphane Harnois.

Forte de cette autre victoire, Dicaire vise désormais un combat d’unification contre l’Américaine Raquel Miller, devenue championne intérimaire de la WBA pendant le gala grâce à une victoire par décision unanime aux dépens de la Mexicaine Alma Ibarra. Le duel aurait lieu en mars, si tout va comme prévu.

Bien des choses peuvent changer d’ici là, mais à la lumière de ce qu’on a vu de Miller samedi, on peine à imaginer de quelle façon elle pourrait constituer une menace pour Dicaire. Terne, sans grande vigueur, son duel contre Ibarra a été à peu près aussi excitant que de regarder une mouche mourir dans un luminaire.

«Je n’ai vraiment pas été impressionné, a d’ailleurs admis Harnois. Je m’attendais vraiment à quelqu’un de beaucoup plus rapide. C’est une fille qui est à la portée de Marie-Ève.»

Le public répond… absent

Vendredi, lors de la pesée, on disait avoir vendu 1500 billets pour le gala. Selon le promoteur Yvon Michel, ce sont finalement 2369 spectateurs qui étaient réunis dans les gradins du Centre Vidéotron, configuré pour en accueillir 3400.

Près de 1000 billets supplémentaires auraient ainsi été écoulés en moins de 24 heures? Difficile d’évaluer le tout à l’oeil nu, bien sûr, mais le chiffre final peut sembler un brin costaud.

Michel a avoué que le gala n’avait pas été rentable pour son organisation. Il s’est néanmoins dit satisfait de la soirée dans l’ensemble.

«On a atteint nos objectifs. On voulait donner une plateforme importante à nos boxeurs. On voulait qu’ils avancent dans les classements.»

-Yvon Michel

N’empêche, il y avait quelque chose d’à la fois désolant et inquiétant à la vue de toutes ces rangées de sièges dégarnies. D’autant que le nombre total et officiel de spectateurs, en lui-même, fait plutôt piètre figure pour un combat de championnat du monde. Pour vous donner une idée, le Cabaret du Casino de Montréal, lorsqu’il est rempli à pleine capacité pour un gala de boxe, peut accueillir 600 personnes.

Pis encore, bon nombre d’amateurs ont carrément quitté les lieux en plein combat final, laissant encore davantage de trous béants derrière eux un peu partout dans l’amphithéâtre. Pourquoi un tel désintérêt? Est-ce parce que les gens n’ont que faire de la boxe féminine? À cause de l’heure un peu tardive (environ 23h30) à laquelle le combat s’est mis en branle? Ou est-ce l’allure plutôt couci-couça du duel qui a refroidi la foule?

«Ce n’est pas Marie-Ève ou la boxe féminine. C’est dur de vendre la boxe, point. Si on enlève les deux ou trois meilleurs boxeurs au Québec, combien, hommes ou femmes, peuvent attirer 2000 ou 3000 personnes? Il n’y en a pas beaucoup. C’est donc déjà un exploit, ce qui a été fait là», a fait valoir Michel.

Quoi qu’il en soit, avec ce qu’on a constaté, une chose apparaît plus claire que jamais: le Groupe Yvon Michel doit impérativement se trouver une nouvelle tête d’affiche, et vite. À l’évidence, Marie-Ève Dicaire ne pourra à elle seule maintenir l’organisation à flot, en dépit de sa ceinture et de son charisme débordant. Le public québécois en veut davantage.

Reste à voir qui pourra occuper ce poste. Adonis Stevenson n’est évidemment plus dans le portrait. Artur Beterbiev non plus. Eleider Alvarez et Oscar Rivas ont été quelque peu relégués au second plan à la suite de leurs défaites respectives. Pas facile…

Zewski s’illustre

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Mikaël Zewski (à gauche) et Alejandro Davila se sont livrés un rude combat. / Photo tirée de la page Facebook du Groupe Yvon Michel

En demi-finale du gala, Mikaël Zewski (34-1, 23 K.-O.) a défendu avec succès ses titres NABO et IBF nord-américain des mi-moyens en stoppant le Mexicain Alejandro Davila (19-1-2, 7 K.-O.) au dixième round, dans ce qui fut le meilleur combat de la soirée.

Le Trifluvien s’est fort bien tiré d’affaire devant un adversaire hargneux et coriace. Les deux belligérants se sont échangé les politesses avec vigueur et à un rythme endiablé tout au long de l’affrontement, jusqu’à ce que Zewski prenne le dessus en envoyant Davila au tapis au neuvième round, gracieuseté d’un joli crochet gauche.

Zewski a remis ça au round suivant, encore là à l’aide d’un crochet gauche. Davila s’est relevé, mais n’avait plus les jambes tout à fait solides. Pas assez, en tout cas, pour que l’arbitre Martin Forest lui permette de continuer. C’était la fin des émissions.

«J’ai été en contrôle durant tout le combat. […] J’ai parfois tendance à m’essouffler dans des combats comme celui-là. Et là, malgré la bataille, je respirais et je prenais le temps de regarder où je frappais», a relaté le gagnant.

Classé au huitième rang de la WBO, Zewski devrait pouvoir se hisser quelque part dans le top-5 avec cette victoire. Questionné sur ce qu’il voudrait trouver sur sa route pour la suite, il n’a pas hésité une seconde à nommer Terence Crawford, actuel tenant du titre au sein de la fédération.

«Je vais [l’affronter] gratuitement s’il le faut, a-t-il lancé. Ce que je veux, c’est accomplir quelque chose, et ça passe par un championnat du monde.»

Chose certaine, on ne pourra pas l’accuser de manquer d’ambition.

Vive déception pour Bouchard

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Sébastien Bouchard (à droite) a dû déclarer forfait en raison d’une blessure. / Photo tirée de la page Facebook du Groupe Yvon Michel

Les partisans de la Vieille Capitale avaient hâte d’assister au duel entre Sébastien Bouchard, originaire de Baie-Saint-Paul, et le Montréalais Ayaz Hussain. Mais le moment tant attendu s’est soldé par une amère déception pour tout le monde.

Bouchard (18-2, 8 K.-O.) s’est sectionné un tendon au biceps gauche en lançant un coup sur Hussein (14-1, 11 K.-O.) au quatrième round. Il a aussitôt retraité vers son coin avant de déclarer forfait. Résultat: Hussein, qui en était à un premier combat en près de deux ans et demi, a été sacré vainqueur.

«Ça me fait mal au coeur. […] Le plan de match se déroulait comme prévu. Quand j’ai frappé, je l’ai senti tout de suite. Ça a snappé et ça a brûlé», a regretté Bouchard.

Il avait d’ailleurs subi la même blessure il y a deux ans, au bras droit, cette fois. Il s’en était remis après une chirurgie et une convalescence de six mois. Bouchard s’attend donc à une réhabilitation similaire avant de reprendre du service.

«Ça faisait six mois que je m’entraînais pour [ce combat]. On a tout fait. J’étais un peu stressé avant le combat, et on me disait: arrête, tout a été fait, on ne peut rien changer. Et là, c’est le corps qui a lâché…», a laissé tomber Bouchard.

Les autres résultats

Wilfried Seyi (8-0, 4 K.-O.) a mis un peu de temps à se mettre en marche, mais il a finalement triomphé de l’Ontarien Devin Tomko (7-1, 3 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2:56 du huitième et dernier round. Seyi est d’abord venu tout près de passer son rival par-dessus les câbles, avant que celui-ci tente de revenir dans l’affrontement. Mais l’arbitre Steve St-Germain a sagement décrété la fin des hostilités, alors que Tomko titubait dans l’arène. Seyi, pour sa part, obtient un premier titre mineur en carrière, soit la ceinture WBC Jeunesse des mi-lourds.

Marie-Pier Houle (2-0-1, 1 K.-O.) et la Tchèque Linda Dostalkova (2-0-1) se sont bien battues, mais elles ont dû se contenter d’un verdict nul majoritaire après les quatre rounds de leur affrontement. Deux juges ont remis des cartes de 38-38, tandis que le troisième a vu Houle gagnante à 39-37.

Rarement a-t-on vu un boxeur garder le sourire en recevant autant de claques sur la gueule que Yan Pellerin (9-1, 3 K.-O.). Le pugiliste de Granby a eu une autre raison d’être de bonne humeur après son combat, puisqu’il a vaincu le Mexicain Maximiliano Corso (6-5-1, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1:59 du sixième round. Corso est allé au tapis lors de cet ultime assaut, et en voyant de quoi il avait l’air une fois debout, l’arbitre Martin Forest a choisi d’arrêter le combat.

Une délégation de spectateurs venus de Thetford Mines était sur place afin d’encourager le boxeur local Dave Leblond (4-7, 1 K.-O.). Malheureusement pour eux, leur favori s’est incliné devant le Brossardois Chann Thonson (6-0, 4 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2:17 du quatrième round. Thonson a envoyé Leblond au plancher avec une solide droite. Leblond s’est relevé, mais comme il n’était plus vraiment en mesure de se défendre, l’arbitre a préféré mettre un terme au duel.

En ouverture de gala, le Français Simon Pierre Adde (7-1, 3 K.-O.) a facilement disposé du Mexicain Jair Sena (8-5-2, 6 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Un combat qui a tout intérêt à être oublié rapidement, et qui le sera assurément.

Dicaire, sans problème

[Photo archives]

Mine de rien, il y a sept mois à peine, Marie-Ève Dicaire devenait championne du monde. Quatre mois plus tard, elle défendait sa ceinture avec succès face à son aspirante numéro un. Et voilà que vendredi soir, au Casino de Montréal, elle avait rendez-vous avec sa deuxième aspirante. Plutôt exigeant comme emploi du temps, n’est-ce pas?

Mais de toute évidence, même un agenda aussi relevé ne suffit pas pour ralentir les ardeurs de la boxeuse de Saint-Eustache. En livrant une performance presque sans failles contre la Suédoise Maria Lindberg (17-5-2, 9 K.-O.), Dicaire (16-0) s’est encore une fois assurée de conserver son titre IBF des super-mi-moyens en remportant une victoire par décision unanime (98-92, 99-91, 99-91). Ringside avait Dicaire gagnante à 97-93.

«Ça s’est passé exactement comme prévu, a réagi la gagnante au sortir du ring. Ce n’était pas plus facile qu’on pensait. J’ai dû travailler fort du début à la fin. Même si [Lindberg] ne gagnait pas un round, elle était là pour se battre et elle m’a fait travailler.»

Dicaire dominait largement l’affrontement lorsque Lindberg s’est décidée à ouvrir un tant soit peu la machine vers la mi-parcours. Fonçant constamment en direction de sa rivale, la Scandinave a maintes fois démontré qu’elle n’était pas venue à Montréal en touriste.

Mais Dicaire, avec sa maîtrise technique, a fait le nécessaire pour repousser sans aucune difficulté les assauts de Lindberg, et ainsi en profiter pour décocher quelques bonnes attaques à son tour.

«Contre [Chris] Namus et [Mikaela] Lauren, je ne pense pas que j’étais aussi en contrôle que [vendredi] soir, a décrit Dicaire. Même si elle fonçait, je savais que j’avais un plan de match, une stratégie.»

«[Marie-Ève] se devait de rester vigilante en tout temps, parce qu’on savait exactement que [Lindberg] était quelqu’un qui lançait [ses coups] à tout moment, a pour sa part souligné l’entraîneur de Dicaire, Stéphane Harnois. Elle n’a pas pu lancer ses rafales de coups parce que Marie-Ève était toujours en mouvement.»

Maintenant qu’elle a réglé le cas de ses deux premières aspirantes, qu’est-ce que l’avenir peut bien réserver à Dicaire? À (très) court terme, des vacances. Mais à un peu plus long terme, un duel d’unification est évoqué. On peut notamment penser à la Polonaise Ewa Piatkowska, tenante du titre WBC. L’objectif ultime demeure toutefois un retour chez les 147 lb pour affronter la quadruple championne Cecilia Braekhus.

«Si on me dit que c’est une unification, tant mieux. Si on me dit que c’est une autre boxeuse, je sais qu’elle sera là pour une raison. Ça voudra dire que j’ai des apprentissages à faire. Je sais qu’on me mettra dans le ring au moment opportun pour un combat d’unification, et je serai prête pour ce combat-là», a expliqué Dicaire.

«À 154 lb, je prends n’importe qui, et à 147 lb, je prends n’importe qui, a résumé Harnois. On approche de plus en plus de notre but ultime, et on va l’avoir.»

Zewski s’en tire bien

Tenant de la ceinture WBC International des mi-moyens depuis sa victoire face à Diego Gonzalo Luque, le 19 mai 2018, Mikaël Zewski (33-1, 22 K.-O.) avait l’occasion d’ajouter deux autres titres à sa collection, à savoir l’IBF nord-américain et celui de la NABO. Le Trifluvien a réussi sa mission en signant une victoire par décision unanime (96-93, 97-92, 97-92) contre l’Américain Abner Lopez (27-10-1, 23 K.-O.)

Mais, disons-le, ce résultat a de quoi surprendre. Souvent dans ce combat, Lopez a placé son adversaire en bien fâcheuse posture grâce à sa pugnacité et son menton étonnamment résistant.

«Je suis entré un peu dans son jeu, a admis Zewski. Je suis un gars qui aime se battre. […] C’est dommage pour moi et ma famille, mais j’aime boxer comme ça. J’aime aller dans des guerres. Je suis capable d’être un technicien, mais quand il faut puiser dans les ressources, je le fais.»

Sauf qu’en dépit de ce qu’indiquent les pointages des juges, Zewski est passé bien près de la perdre, cette guerre.

Il a d’abord mis plusieurs minutes à se mettre en marche, alors qu’il semblait désarçonné par le style complexe et énigmatique de son adversaire. Lopez, en effet, se plaisait à s’accrocher à son vis-à-vis et faire venir ses attaques de tous côtés.

Zewski a connu un bref regain de vie au quatrième round, mais a dû poser un genou au sol lors du sixième, alors que Lopez le pilonnait dans le coin de l’arène.

«Il m’a atteint solidement et j’étais ébranlé, a reconnu Zewski. Ça allait venir tôt ou tard, alors il valait mieux mettre un genou par terre et bien récupérer.»

Le Québécois s’est ensuite battu avec l’énergie du désespoir jusqu’au bout. Ce fut visiblement suffisant pour convaincre les juges de lui accorder leur faveur.

Mais, soyons honnêtes, Lopez méritait tout autant de gagner cet affrontement.

Lafrenière tient le coup

En début de semaine, Francis Lafrenière apprenait que le boxeur qu’il devait affronter était aveugle d’un oeil – ça vous rappelle quelque chose? Deux jours avant le gala, il a su qu’il se mesurerait plutôt au Mexicain Jose Luis Zuniga. Pas tout à fait les conditions optimales pour qui que ce soit avant de monter dans l’arène, disons.

Il ne fallait donc pas s’attendre à un combat des plus élégants, et c’est précisément ce que les deux hommes nous ont offert: une bagarre de rue au cours de laquelle personne ne s’est fait de cadeaux. Au terme des huit rounds, le pugiliste de Coteau-du-Lac a été sacré vainqueur par décision unanime (79-73, 78-74, 78-74).

«Mon ami m’a demandé de faire ça vite parce qu’on a de la tourbe à poser demain!», a lancé Lafrenière avec son humour habituel dans l’arène après l’annonce des pointages.

Fidèle à ses habitudes, Lafrenière (19-7-2, 10 K.-O.) a passé de longues minutes collé à Zuniga (16-5-1, 9 K.-O.), tout en laissant partir des rafales de coups. Sa main droite, notamment, s’est avérée des plus efficaces. Mais Zuniga, tout aussi teigneux, a assuré une réplique très respectable.

Plus le combat avançait, plus on sentait que les deux hommes, exténués, voulaient en finir. Mais leur ténacité respective aura finalement fait en sorte qu’ils sont demeurés debout jusqu’à la dernière cloche.

Les autres résultats

Yan Pellerin (8-1, 2 K.-O.) a vaincu le Mexicain Michel Mejia Borja (1-2) par décision unanime (40-36). Et parce qu’on ne veut pas être inutilement méchants envers les pugilistes qui se sont exécutés dans le ring, nous ne nous étendrons pas davantage sur ce combat.

Wilfred Seyi (6-0, 3 K.-O.) est demeuré parfait en prenant la mesure du Mexicain Brian Galvez (4-1-1, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Le boxeur d’origine camerounaise a aisément dominé son adversaire, aucun doute là-dessus. Mais il a néanmoins été atteint beaucoup plus souvent que nécessaire durant cet affrontement. Largesses défensives? Trop-plein de confiance qui l’a mené à sous-estimer son rival? Allez savoir…

En lever de rideau, Marie-Pier Houle (2-0, 1 K.-O.) a inscrit un premier knock-out à sa fiche aux dépens de la Mexicaine Veronica Diaz Marin (0-3) en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1:46 du quatrième et dernier round. La Trifluvienne a malmené son opposante du début à la fin, jusqu’à ce que celle-ci se retrouve au plancher à la suite d’une gauche au visage. Marin s’est relevée, mais l’officiel Martin Forest a sagement décrété la fin du duel.

Premier test réussi pour Dicaire

[Photo capture d’écran]

C’est venu un peu plus tard que prévu, gracieuseté de Lina Tejada qui a malencontreusement omis de préciser qu’elle était borgne avant de s’amener à Montréal, mais Marie-Ève Dicaire a finalement pu défendre pour une première fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Casino de Montréal. Et l’attente en aura valu la peine.

Mettant à profit sa vitesse et son talent d’esquive, ses deux principaux atouts dans un ring, la boxeuse de Saint-Eustache a triomphé de son aspirante obligatoire, la Suédoise Mikaela Lauren (31-6, 13 K.-O.), par décision unanime (97-93, 98-92, 99-91), pour ainsi conserver son titre acquis face à Chris Namus, le 1er décembre dernier.

«Avant ce combat, beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau parce que j’avais seulement 14 combats [à ma fiche]. [Lauren] disait qu’elle avait plus de knock-outs que j’avais de victoires. Mais je viens de lui infliger une défaite à sa fiche, et la mienne est toujours immaculée», a fièrement résumé Dicaire (15-0).

On se demandait si la championne réagirait bien aux attaques de Lauren, réputée pour sa force de frappe. Or, c’est plutôt un coup de tête accidentel au deuxième assaut qui a ébranlé Dicaire, profondément coupée au-dessus de l’oeil gauche.

Aussitôt, son entraîneur Stéphane Harnois et elle ont dû modifier leur plan de match pour mettre encore plus l’accent sur le jeu d’évasion, question de ne pas aggraver la blessure et devenir ainsi victime d’un arrêt hâtif de l’affrontement.

«Ç’a été un gros apprentissage, a confié Dicaire. […] La stratégie a été faite pour éviter de recevoir des coups. J’étais un peu plus conservatrice. J’ai accroché beaucoup. Des fois, [ça donne] un combat un peu moins spectaculaire, mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est la victoire.»

«J’ai eu une frousse, car je pensais qu’on arrêterait le combat au deuxième round, a de son côté avoué Harnois. J’avais plusieurs cartes dans mon jeu pour changer la stratégie du combat. On savait que Lauren est une fille tough. Je pensais qu’on aurait pu l’arrêter avec notre stratégie.»

Mission accomplie: plutôt que de se laisser distraire par sa coupure, Dicaire a décidé d’ouvrir la machine, pinçant joliment une Lauren qui semblait de plus en plus fatiguée à mesure que le combat progressait.

Une revanche? Pas question!

Parlant de Lauren, pour une boxeuse qui n’a eu que deux semaines pour se préparer à un combat de championnat du monde, elle n’a pas mal paru du tout. L’ex-championne WBC, qui avait choisi la retraite en juin avant de revenir sur sa décision récemment, est cependant convaincue que le résultat aurait été fort différent si elle avait pu profiter d’un camp d’entraînement digne de ce nom.

«Il faut me donner une vraie chance, a plaidé la Scandinave de 43 ans. Deux semaines, ce n’est rien. Et je n’avais pas été dans le ring pendant presqu’un an. Ils m’ont donné deux semaines et je lui ai quand même donné un dur combat.»

Vous aurez évidemment compris que Lauren aimerait bien profiter d’une revanche contre Dicaire. Cette dernière n’est cependant pas intéressée du tout par un tel projet.

«Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher une revanche, a-t-elle expliqué. Elle n’a aucune ceinture à mettre en jeu. Moi, j’ai fait ma défense de titre. J’ai gagné ce combat. Je suis prête à autre chose, à relever de vrais défis et aller mettre la main sur d’autres ceintures.»

En lieu et place, Dicaire s’accordera un temps de repos bien mérité. Après quoi, si tout va comme prévu, elle pourrait remonter dans l’arène le 15 juin, au Stade IGA.

Les autres résultats

En demi-finale, David Théroux (16-3, 11 K.-O.) a vaincu le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco (19-9-2, 14 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). La fierté de Sorel-Tracy a malmené son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, visant surtout le corps, mais Orozco a fait preuve d’une remarquable ténacité dans les circonstances et n’a jamais visité le plancher.

Terry Osias (8-0, 4 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à s’imposer devant l’Argentin Juan Cruz Correa (4-2-1), triomphant par arrêt de l’arbitre à 0:52 du sixième round. Dominant du début à la fin, le Longueuillois a envoyé son rival au plancher à deux reprises durant cet affrontement. Peu après la seconde chute, l’officiel Martin Forest a jugé que Correa en avait eu assez pour la soirée

Le Granbyen Yan Pellerin (6-1, 2 K.-O.) l’a emporté sur le Mexicain Eduardo Valencia Aguilar (2-2, 2 K.-O.) par décision unanime (39-36, 40-35, 40-35). Seul moment vraiment marquant de ce duel: lorsque le protecteur buccal d’Aguilar a effectué un vol plané loin dans la foule au deuxième round, semant à la fois confusion et hilarité au sein du public. Buzz Lightyear aurait été jaloux.

Mazlum Akdeniz (9-0, 4 K.-O.) a tout fait, sauf envoyer son rival Jose Guillermo Garcia (9-6-1, 5 K.-O.) au tapis au cours de leur combat. Le jeune Montréalais a donc dû se contenter d’une victoire facile par décision unanime (80-72 partout).

En lever de rideau, Diizon Belfon (2-0, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Gerardo Aldama (1-3) en lui passant le knock-out à 2:59 du deuxième round. Le Montréalais a matraqué son adversaire d’une série de crochets dans le coin de l’arène jusqu’à ce qu’il s’écroule. Aldama n’a jamais pu se relever avant la fin du compte de dix.

L’authentique champion

[Photo tirée du compte Instagram de Lucian Bute]

BILLET – Lucian Bute avait à peine commencé à parler mercredi que déjà, les émotions lui nouaient la gorge. Pendant qu’un diaporama des meilleurs moments de sa carrière défilait derrière lui, il cherchait les mots qui allaient le mener, entre deux sanglots, à nous confirmer ce qu’on savait tous depuis un moment : qu’il raccrochait les gants pour mettre un terme à une brillante carrière de 15 ans en boxe professionnelle.

Avant d’en arriver à cette déclaration officielle et solennelle, celle qui allait finalement le faire craquer, Bute avait évidemment pris soin de procéder aux remerciements d’usage destinés à sa famille ainsi qu’aux entraîneurs, promoteurs et autres intervenants qui l’ont suivi pendant ce temps. Mais c’est d’abord le public qu’il a tenu à remercier.

À plusieurs reprises au cours de sa poignante allocution, l’ex-champion IBF des super-moyens aura exprimé sa gratitude aux nombreux partisans qui l’ont épaulé tout au long de son parcours. De son premier combat au Centre Bell en 2003 jusqu’à l’apogée de sa gloire, en passant par son amère défaite contre Carl Froch en 2012 et son ultime tour de piste en 2017, contre Eleider Alvarez à Québec.

«Quel souvenir j’ai avec vous. Vous étiez toujours là, de plus en plus nombreux. Il y avait 2000 personnes au début et le Centre Bell était plein à la fin. »

-Lucian Bute

Il n’a pas tort, loin de là. Dans ses meilleures années, le Roumain pouvait attirer sans problème 16 000 personnes dans l’amphithéâtre. Nommez donc un boxeur québécois capable d’en faire autant à l’heure actuelle.

Cela illustre à quel point la relation entre Bute et le Québec fut une grande histoire d’amour comme on en voit de moins en moins dans le sport professionnel.

« Il a été le boxeur le plus rassembleur et certainement le plus aimé », a décrit le promoteur Yvon Michel, qui a convaincu Bute de s’établir chez nous à l’époque où il dirigeait Interbox.

C’est non sans fierté que Bute a raconté que la frustration de ne pouvoir accorder une entrevue en français à ses débuts l’a convaincu de s’inscrire à des cours du soir pour apprendre la langue, en marge de son entraînement durant la journée. Et le public, touché par l’initiative, a toujours chaleureusement récompensé ses efforts d’intégration. On sait que ce ne sont pas tous les athlètes qui acceptent d’en faire autant.

Bute aurait facilement pu s’enivrer du succès et de la gloire, se laisser corrompre par l’arrogance et la suffisance. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Il est demeuré humble et affable avec tout le monde en dépit des bourses et de la ceinture. Un alliage parfait de talent et d’élégance. De puissance et de grâce. À bien des égards, Lucian Bute fut à la boxe ce que Jean Béliveau aura été au hockey. Et Dieu sait que ce genre d’individu ne court pas les rues.

« J’étais moi-même. C’était ma personnalité. Je n’ai jamais refusé [de parler à] personne. J’ai toujours été respectueux, honnête et sincère. Je pense que ça a touché les Québécois. »

-Lucian Bute

Ses détracteurs, pour autant qu’ils existent, diront que Bute avait perdu de sa superbe ces dernières années, soulignant qu’il s’est incliné dans quatre de ses cinq derniers combats. Oui, et alors? Muhammad Ali a subi la défaite trois fois à ses quatre dernières sorties. Son prestige a-t-il été terni? On ne compare pas ici Bute à Ali, on s’entend, mais vous comprenez le principe. Un athlète doit être jugé sur l’ensemble de sa carrière, pas seulement la période qui fait notre affaire.

Un confrère faisait d’ailleurs remarquer que Bute a subi toutes ses défaites devant des champions du monde : Froch, Jean Pascal, James DeGale, Badou Jack et Alvarez. Il y a de pires taches à avoir dans son CV, vous en conviendrez.

« [La défaite contre Froch] a été le début de la fin, a reconnu Bute. Je n’ai jamais été comme avant par la suite. Ç’a été dur. Ça m’a fait mal. Je pensais pouvoir passer par-dessus. »

Peut-être différent sur le plan pugilistique. Mais même ce cruel revers n’aura pas réussi à altérer l’essence de l’homme et l’affection réciproque entre lui et son public.

Malgré son statut de nouveau retraité, Bute n’a pas l’intention de laisser tomber la boxe. Œuvrant déjà comme agent des frères Dario et Bruno Bredicean, il entend continuer de s’impliquer dans le développement du sport au Québec, d’une façon ou d’une autre. Bien sûr, il prendra aussi le temps de s’occuper de ses deux jeunes enfants. Ceux qui, ultimement, l’ont convaincu que l’heure était venue de ranger les gants pour de bon.

On ne reverra plus Bute dans un ring. Mais tous les bons souvenirs, eux, vont demeurer bien ancrés dans nos mémoires. Et ils sont nombreux. Car rarement aura-t-on vu un athlète, à plus forte raison un boxeur, faire sien un peuple qui lui était alors étranger et le fédérer derrière lui de manière aussi lumineuse.

« On pensait qu’il serait champion du monde, mais il a été plus grand que son sport », a résumé avec émotion l’entraîneur Stéphan Larouche, qui fut aux côtés de Bute pour les grandes occasions.

Bonne retraite, Lucian. Profites-en bien. Et merci pour tout.

Triste fin de règne

[Photo fournie par Top Rank]

« Voyons, ça ne se peut pas. C’est impossible. Impossible que ça se termine ainsi, aussi bêtement. Et après seulement six mois comme champion? »

C’est un peu le genre de réaction qu’ont pu avoir les couche-tard qui ont regardé le combat revanche tant attendu entre Eleider Alvarez (24-1, 12 K.-O.) et Sergey Kovalev (33-3-1, 28 K.-O.), disputé au Ford Center at The Star de Frisco, au Texas, dans la nuit de samedi à dimanche.

À la lumière de la victoire du Colombien lors du premier combat, d’aucuns croyaient que ce dernier n’aurait du mal à défendre sa ceinture WBO des mi-lourds, qu’il avait justement acquise de manière spectaculaire aux dépens de Kovalev après avoir poireauté pendant presque trois ans, en espérant d’avoir l’occasion de se battre pour un titre mondial.

Et pourtant… Opposé à un Kovalev en grande forme, Alvarez, éteint et passif, a été détrôné dès la première défense de sa ceinture, s’inclinant par décision unanime et subissant ainsi un premier revers en carrière.

Deux juges ont remis des cartes de 116-112, tandis que le troisième a donné tous les rounds à Kovalev, 120-108 – un verdict pour le moins sévère, il faut l’avouer. Ringside, pour sa part, avait le Russe gagnant à 115-113.

Disons-le sans détour : malgré ces résultats serrés, Alvarez a été mauvais. Méconnaissable, même.

Où diable étaient passés ces jabs précis et incisifs qui ont fait sa renommée? Où se cachait donc cette étincelle, cette rage de vaincre qui lui avait permis d’envoyer Kovalev trois fois au tapis lors de leur premier duel?

Tenez, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Alvarez n’a lancé que 369 coups au total dans ce combat, soit à peine plus de 30 par round en moyenne. Kovalev, lui? Pas moins de 816 coups lancés, pour une moyenne de 68 par assaut. Inutile de chercher plus loin pour comprendre la décision des officiels.

Une chance, d’ailleurs, que plusieurs attaques de Kovalev ont atterri sur les gants d’Alvarez, qui a au moins fait preuve de belles habiletés défensives. Autrement, cet affrontement n’aurait jamais atteint la limite.

« Va falloir que tu commences à travailler! », a d’ailleurs prévenu avec véhémence l’entraîneur Marc Ramsay pendant qu’il tentait de réanimer Alvarez entre deux rounds, alors que ce dernier s’était encore montré complètement amorphe pendant trois minutes de boxe. Vers la fin du combat, on a de nouveau pu entendre Ramsay tancer généreusement son protégé qui venait de disputer, selon lui, « un round de paresseux ».

Alvarez a-t-il trop cherché à infliger un autre knock-out à Kovalev, délaissant au passage son plan de match? Possible. Le problème, c’est qu’Alvarez n’a jamais été reconnu comme un grand cogneur. Sans dire que l’issue de son premier choc avec Kovalev était le fruit de la chance, et au risque de se répéter, le principal atout d’Alvarez est sa virtuosité technique. Celle-là même qui lui avait permis de détrôner Kovalev en l’usant à la corde en août dernier. Pourquoi donc ne pas la mettre à profit? Allez savoir…

Parions que les gens de Top Rank ont avalé quelques gorgées de bière de travers en assistant à cette performance d’Alvarez, à qui ils viennent d’accorder un juteux contrat de sept combats lui garantissant un million de dollars par sortie. Pas exactement la façon optimale de souligner les débuts d’une entente aussi lucrative.

L’effet McGirt

Cela dit, rendons quand même à Kovalev le mérite qui lui revient. Alors que plusieurs le croyaient en fin de parcours, il a trouvé un second souffle en revenant à une boxe de base, et en privilégiant une approche stratégique plutôt que de s’en remettre outre mesure à sa force de frappe et viser le coup de circuit à tout prix.

Son nouvel entraîneur Buddy McGirt, premier à s’être mérité les remerciements de Kovalev après le combat, n’est certainement pas étranger à cette étonnante résurrection. Grâce à ses judicieux conseils, un boxeur bientôt âgé de 36 ans qui semblait au bord d’une retraite forcée vise désormais un combat d’unification des titres de l’une des catégories de poids les plus en vue de la boxe professionnelle. Faut le faire.

Conséquemment, ceux qui songeaient à une trilogie pugilistique impliquant Alvarez et Kovalev peuvent oublier ça pour l’instant. De toute façon, avant même de penser à se frotter une autre fois au nouveau champion WBO, Alvarez a tout un travail d’introspection qui l’attend. Il devra d’abord se regarder dans le miroir, longuement et intensément, avant de s’asseoir avec son équipe pour décortiquer cet échec et comprendre ce qui a bien pu se passer.

Et c’est sans doute ce qui est le plus triste dans cette défaite. Après tout le temps et tous les efforts qu’il a investis pour atteindre son but de devenir champion du monde, voilà qu’Alvarez est contraint de repartir pratiquement à zéro. Tant sur le plan athlétique que psychologique.

Ce sera à lui de prouver que le boxeur qu’on a vu dans ce combat n’était pas le véritable Eleider Alvarez.

Le triomphe de Rivas… et de Ramsay

[Photo Mikey Williams, fournie par Top Rank]

« T’es-tu capable de la lancer, ta droite? Ben, lance-la! »

Insatisfait de ce qu’il venait de voir de la part de son boxeur, Marc Ramsay avait le front presque collé à celui d’Oscar Rivas lorsqu’il lui a prodigué, avec vigueur et conviction (c’est bien le moins qu’on puisse dire), cette directive vendredi soir, entre deux rounds du combat opposant Rivas et l’Américain Bryant Jennings au Turning Stone Resort & Casino de Verona, dans l’État de New York.

Cette consigne et toutes les autres que l’entraîneur a imposé à son poulain au cours du duel, avec une fougue frisant parfois l’exaspération, sont directement responsables de l’improbable victoire de Rivas, qui l’a emporté par arrêt de l’arbitre à 54 secondes du 12e et dernier round. En plus de conserver son titre NABF des poids lourds, Rivas s’est du même coup emparé des ceintures NABO et IBF International de la catégorie.

Loin d’être spectaculaire, le combat a plutôt pris les allures d’une partie d’échecs, chaque boxeur cherchant patiemment la faille dans la défense de son adversaire qui lui permettrait de s’imposer. À l’évidence, Rivas (26-0, 18 K.-O.) savait quoi faire pour museler Jennings (24-3, 14 K.-O.), qui n’a jamais semblé être en mesure de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui. C’était particulièrement évident en première moitié d’affrontement, alors qu’on se demandait par moments si le pugiliste de Philadelphie savait que le combat était commencé.

Au moment où l’arbitre Gary Rosato a mis un terme aux hostilités, deux des trois juges avaient Rivas gagnant sur leur carte. Les pointages serrés – 105-104 et 106-103 pour Rivas, et un 106-103 pour Jennings – illustrent bien le genre de choc que les deux hommes nous ont offert, avec plusieurs rounds difficiles à juger.

Cela dit, ne nous méprenons pas. Si c’est Rivas qui a stoppé Jennings dans le ring et qui est reparti avec trois ceintures, le vrai vainqueur de ce combat, c’est Ramsay.

Oh, attention, ça n’enlève rien à la performance du Colombien. Après tout, c’est bien beau recevoir les instructions de son entraîneur, encore faut-il les appliquer de la bonne façon et au moment opportun. D’autant que Jennings ne constituait pas un client facile, loin de là.

Mais malgré tout le talent de Rivas, si son coach n’avait pas trouvé les mots et la méthode pour le motiver comme il l’a fait, le résultat aurait fort probablement été différent. Bien appuyé par ses adjoints Samuel Décarie-Drolet et Luc-Vincent Ouellet, Ramsay est parvenu à garder Rivas concentré sur la tâche à accomplir, tout en lui injectant la juste dose d’énergie lorsque cela s’avérait nécessaire.

La boxe québécoise est choyée de pouvoir compter sur plusieurs entraîneurs de qualité – Stéphan Larouche, Rénald Boisvert, Mike Moffa… Mais si ce n’était pas déjà clair dans l’esprit de certains, il serait à peu près temps de considérer Ramsay comme étant le meilleur de ce groupe d’élite. Ce qu’il a démontré au cours du duel Rivas-Jennings relevait ni plus ni moins de la classe de maître de coaching.

Et ça, c’est simplement ce qu’on a vu pendant le combat : on ne parle même pas de tout le travail effectué au préalable, que ce soit au gymnase ou en vidéo pour décoder Jennings. Ce n’est pas un hasard si Ramsay a réussi à amener quatre boxeurs – Jean Pascal, David Lemieux, Artur Beterbiev et Eleider Alvarez – à des titres mondiaux.

Quant à Rivas, même s’il était confronté à un défi de taille, il ne pouvait se permettre d’échapper ce combat. Avec un parcours déjà hypothéqué par plusieurs blessures au cours des dernières années, une défaite aurait encore davantage compromis la suite des choses. Au lieu de cela, il a triomphé de belle façon d’un rival plus que crédible sur les ondes américaines, et pourra grimper un peu plus haut dans les classements mondiaux. Le résultat rêvé.

Le contrat du duel contenait une clause qui prévoyait que Jennings pouvait se prévaloir d’un combat revanche s’il le souhaitait. Or, selon ce que rapporte le Journal de Montréal, celui-ci pencherait davantage pour la retraite. Quoi qu’il en soit, on est déjà curieux de voir ce qui s’en vient pour Rivas qui, à 31 ans, entre dans les années charnières de sa carrière. Surtout qu’il a terminé le combat en santé, ce qui est toujours digne de mention dans son cas.

Chose certaine, tant qu’il pourra compter sur Marc Ramsay dans son coin, Rivas pourra entrevoir l’avenir avec optimisme.