Premier test réussi pour Dicaire

[Photo capture d’écran]

C’est venu un peu plus tard que prévu, gracieuseté de Lina Tejada qui a malencontreusement omis de préciser qu’elle était borgne avant de s’amener à Montréal, mais Marie-Ève Dicaire a finalement pu défendre pour une première fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Casino de Montréal. Et l’attente en aura valu la peine.

Mettant à profit sa vitesse et son talent d’esquive, ses deux principaux atouts dans un ring, la boxeuse de Saint-Eustache a triomphé de son aspirante obligatoire, la Suédoise Mikaela Lauren (31-6, 13 K.-O.), par décision unanime (97-93, 98-92, 99-91), pour ainsi conserver son titre acquis face à Chris Namus, le 1er décembre dernier.

«Avant ce combat, beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau parce que j’avais seulement 14 combats [à ma fiche]. [Lauren] disait qu’elle avait plus de knock-outs que j’avais de victoires. Mais je viens de lui infliger une défaite à sa fiche, et la mienne est toujours immaculée», a fièrement résumé Dicaire (15-0).

On se demandait si la championne réagirait bien aux attaques de Lauren, réputée pour sa force de frappe. Or, c’est plutôt un coup de tête accidentel au deuxième assaut qui a ébranlé Dicaire, profondément coupée au-dessus de l’oeil gauche.

Aussitôt, son entraîneur Stéphane Harnois et elle ont dû modifier leur plan de match pour mettre encore plus l’accent sur le jeu d’évasion, question de ne pas aggraver la blessure et devenir ainsi victime d’un arrêt hâtif de l’affrontement.

«Ç’a été un gros apprentissage, a confié Dicaire. […] La stratégie a été faite pour éviter de recevoir des coups. J’étais un peu plus conservatrice. J’ai accroché beaucoup. Des fois, [ça donne] un combat un peu moins spectaculaire, mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est la victoire.»

«J’ai eu une frousse, car je pensais qu’on arrêterait le combat au deuxième round, a de son côté avoué Harnois. J’avais plusieurs cartes dans mon jeu pour changer la stratégie du combat. On savait que Lauren est une fille tough. Je pensais qu’on aurait pu l’arrêter avec notre stratégie.»

Mission accomplie: plutôt que de se laisser distraire par sa coupure, Dicaire a décidé d’ouvrir la machine, pinçant joliment une Lauren qui semblait de plus en plus fatiguée à mesure que le combat progressait.

Une revanche? Pas question!

Parlant de Lauren, pour une boxeuse qui n’a eu que deux semaines pour se préparer à un combat de championnat du monde, elle n’a pas mal paru du tout. L’ex-championne WBC, qui avait choisi la retraite en juin avant de revenir sur sa décision récemment, est cependant convaincue que le résultat aurait été fort différent si elle avait pu profiter d’un camp d’entraînement digne de ce nom.

«Il faut me donner une vraie chance, a plaidé la Scandinave de 43 ans. Deux semaines, ce n’est rien. Et je n’avais pas été dans le ring pendant presqu’un an. Ils m’ont donné deux semaines et je lui ai quand même donné un dur combat.»

Vous aurez évidemment compris que Lauren aimerait bien profiter d’une revanche contre Dicaire. Cette dernière n’est cependant pas intéressée du tout par un tel projet.

«Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher une revanche, a-t-elle expliqué. Elle n’a aucune ceinture à mettre en jeu. Moi, j’ai fait ma défense de titre. J’ai gagné ce combat. Je suis prête à autre chose, à relever de vrais défis et aller mettre la main sur d’autres ceintures.»

En lieu et place, Dicaire s’accordera un temps de repos bien mérité. Après quoi, si tout va comme prévu, elle pourrait remonter dans l’arène le 15 juin, au Stade IGA.

Les autres résultats

En demi-finale, David Théroux (16-3, 11 K.-O.) a vaincu le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco (19-9-2, 14 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). La fierté de Sorel-Tracy a malmené son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, visant surtout le corps, mais Orozco a fait preuve d’une remarquable ténacité dans les circonstances et n’a jamais visité le plancher.

Terry Osias (8-0, 4 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à s’imposer devant l’Argentin Juan Cruz Correa (4-2-1), triomphant par arrêt de l’arbitre à 0:52 du sixième round. Dominant du début à la fin, le Longueuillois a envoyé son rival au plancher à deux reprises durant cet affrontement. Peu après la seconde chute, l’officiel Martin Forest a jugé que Correa en avait eu assez pour la soirée

Le Granbyen Yan Pellerin (6-1, 2 K.-O.) l’a emporté sur le Mexicain Eduardo Valencia Aguilar (2-2, 2 K.-O.) par décision unanime (39-36, 40-35, 40-35). Seul moment vraiment marquant de ce duel: lorsque le protecteur buccal d’Aguilar a effectué un vol plané loin dans la foule au deuxième round, semant à la fois confusion et hilarité au sein du public. Buzz Lightyear aurait été jaloux.

Mazlum Akdeniz (9-0, 4 K.-O.) a tout fait, sauf envoyer son rival Jose Guillermo Garcia (9-6-1, 5 K.-O.) au tapis au cours de leur combat. Le jeune Montréalais a donc dû se contenter d’une victoire facile par décision unanime (80-72 partout).

En lever de rideau, Diizon Belfon (2-0, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Gerardo Aldama (1-3) en lui passant le knock-out à 2:59 du deuxième round. Le Montréalais a matraqué son adversaire d’une série de crochets dans le coin de l’arène jusqu’à ce qu’il s’écroule. Aldama n’a jamais pu se relever avant la fin du compte de dix.

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Beterbiev champion!

[Photo tirée du compte Twitter de Top Rank Boxing]

Il faut croire que les douze étaient frimés pour Artur Beterbiev.

Confronté à un adversaire davantage préoccupé par sa survie que par une victoire, le boxeur montréalais d’origine russe a signé un 12e knock-out en autant de combats aux dépens de l’Allemand Enrico Koelling (23-2, 6 K.-O.), à 2 :33 du 12e round, pour s’emparer du titre vacant IBF des mi-lourds au Save Mart Center de Fresno, en Californie.

C’était la première fois de sa carrière professionnelle que Beterbiev (12-0, 12 K.-O.) se battait au-delà du septième engagement. D’aucuns croyaient que le duel serait beaucoup plus bref, en phase avec ce à quoi il nous a habitués par le passé. Mais le Tchétchène a dû composer avec un adversaire qui avait opté pour une stratégie purement défensive.

Koelling, sans doute conscient de la terrifiante force de frappe de son rival, a en effet passé le combat à encaisser – ou à se sauver, c’est selon – et n’a décoché aucune attaque digne de ce nom. Il n’a donné que 252 coups, atteignant son opposant à 54 reprises.

À l’inverse, Beterbiev a lancé pas moins de 1111 coups au total, dont 322 ont atteint la cible, essentiellement des jabs qui lui ont permis de dicter le tempo du duel et de percer la muraille qui se dressait devant lui.

Au round final, Beterbiev, décidé à ouvrir la machine pour de bon, a envoyé Koelling au plancher à deux reprises. À sa seconde chute, l’arbitre a mis fin au combat.

Le problème, c’est que la tactique de Koelling nous a donné un spectacle ennuyeux au possible, au cours duquel les étincelles ont été à peu près inexistantes. Résultat : l’affrontement s’est déroulé presque d’un bout à l’autre sous les huées aussi nourries que méritées de la foule. Dommage pour Beterbiev, qui profitait d’une tribune intéressante alors que le gala était présenté sur les ondes d’ESPN aux États-Unis.

Avec ce sacre de Beterbiev, l’entraîneur Marc Ramsay voit ainsi un autre de ses poulains devenir champion du monde, après David Lemieux en juin 2015. Un scénario qui, sait-on jamais, pourrait se reproduire le mois prochain…

Une pensée pour Yvon

Au Québec, le combat était présenté en direct à l’antenne de RDS2. Comme le veut la tradition, le tandem composé de Jean-Paul Chartrand et d’Yvon Michel était réuni pour la description de l’événement.

Impossible, dans les circonstances, de ne pas avoir une petite pensée pour le promoteur devant analyser le travail de Beterbiev, qui tente par tous les moyens de se sortir de son association avec le Groupe Yvon Michel. Le litige est toujours débattu devant les tribunaux à l’heure actuelle.

Bien sûr, Michel a évité d’aborder la question durant le combat, jouant son rôle d’analyste de façon tout à fait professionnelle au demeurant. N’empêche, on aurait voulu pouvoir se transformer en télépathe d’un soir afin d’entendre ce qu’il pouvait bien se dire en voyant Beterbiev, ce formidable monstre de boxe qu’il a amené à Montréal et pour qui ce n’était qu’une question de temps avant d’être couronné champion, enfiler la ceinture, le poing triomphant en l’air.

Notons enfin qu’un autre boxeur montréalais, Vislan Dalkhaev (9-1, 2 K.-O.), était également en action à Fresno samedi soir. Il a toutefois encaissé une première défaite en carrière, s’inclinant devant Fernando Fuentes (14-7-1, 4 K.-O.) par décision unanime. Dalkhaev a entre autres visité le tapis au cinquième round.