Le meilleur, point

[Photo Mikey Williams, fournie par Top Rank]

Mais qui donc arrêtera Artur Beterbiev?

La question est sérieuse. Connu depuis longtemps comme une terrifiante force de la nature dans un ring de boxe, le Québécois d’origine tchétchène a une fois de plus démontré à quel point il maîtrise son art vendredi soir, au Liacouras Center de Philadelphie, en stoppant l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk (17-1, 14 K.-O.) à 2 :49 du 10e round

Ce faisant, Beterbiev (15-0, 15 K.-O.), qui était déjà champion IBF des mi-lourds, s’empare du titre WBC qui appartenait à Gvozdyk et inscrit son nom dans les annales du pugilat québécois en devenant le tout premier champion unifié de l’histoire de la province.

Le combat en tant que tel, fascinant au possible, se résume pourtant assez simplement. D’un round à l’autre, Beterbiev a usé Gvozdyk à la corde en appliquant une pression constante, bonifiée par sa force de frappe qui n’a plus besoin de présentations.

Gvozdyk, qui s’est néanmoins défendu de façon admirable dans les circonstances, a fini par flancher au dixième engagement, forcé trois fois de poser un genou au sol. L’arbitre Gary Rosato, qui ne devrait être félicité que par sa mère pour sa performance dans ce duel, a signalé la fin des hostilités à la troisième chute.

Fait à noter, deux des juges avaient Gvozdyk gagnant sur leur carte de pointage (87-84 et 86-85) au moment de l’arrêt du combat. Le troisième favorisait Beterbiev à 87-83, tout comme Ringside, qui le plaçait en avance à 87-84.

Message clair

La victoire et les ceintures, tout cela est bien beau. Mais ce que Beterbiev a accompli avec ce gain dépasse largement les frontières de la fiche parfaite et des titres mondiaux.

D’abord, il a encore mieux prouvé que d’habitude qu’il était doté d’un talent pugilistique exceptionnel, presque surnaturel. Ce n’est pas qu’on en doutait, au contraire, mais ce fut encore plus évident contre Gvozdyk.

Peu importe l’identité de l’adversaire qui ose se dresser devant lui, Beterbiev ne se contente pas de le vaincre : il le domine. Tel un python, il s’empresse d’étouffer sa proie et ne lui laisse à peu près aucune chance de répliquer. Même si celle-ci est du calibre de Gvozdyk, qui est loin d’être un pied de céleri – il a mis fin au règne d’Adonis Stevenson, rappelons-le.

Mais plus important encore, Beterbiev a lancé un message à toute la planète boxe, et plus particulièrement à sa division des mi-lourds.

En pourfendant Gvozdyk comme il l’a fait pour devenir champion unifié, il s’est assuré de faire connaître son nom une fois pour toutes auprès du public. Et il a prévenu ses éventuels rivaux qu’il constituait désormais un obstacle incontournable dans cette catégorie fort contingentée, eux qui l’ont si souvent évité par le passé, conscients du risque énorme qu’on court en le croisant dans l’arène.

Justement, que réserve l’avenir pour Beterbiev? Pour le moment, il semble que sa prochaine cible soit le Chinois Meng Fanlong, qui est son aspirant obligatoire du côté de l’IBF. Les deux hommes devraient croiser le fer quelque part au début de 2020. Si Beterbiev relève ce défi, d’autres combats d’unification l’attendront, c’est certain.

Avec son remarquable triomphe de vendredi, on pourrait affirmer sans grand risque de se tromper que Beterbiev est actuellement le meilleur boxeur chez les 175 lb. Nul doute que certains trouveront des arguments pour débattre de ce postulat, citant notamment le nom de Saul « Canelo » Alvarez. Il y a toutefois moins de sceptiques au sujet du Tchétchène qu’il y en avait avant vendredi.

Peu importe votre opinion sur cette question, peut-on à tout le moins convenir que Beterbiev est, au moment où on se parle, le meilleur boxeur issu du Québec, toutes catégories confondues?

Oh, bien sûr qu’il y en a plusieurs autres qui sont très bons et talentueux, aucun doute là-dessus. Mais y en a-t-il un seul ces jours-ci qui soit aussi dominant que Beterbiev dans un ring? Y en a-t-il un seul qui constitue un mélange aussi quasi-parfait de puissance, de technique, d’intelligence et de discipline? Non, ne cherchez pas, il n’y en a pas d’autres. Et il a Marc Ramsay dans son coin, en plus? Alors, là…

Oui, c’est tout ça, Artur Beterbiev. Tout ça, et sûrement plus encore. Le meilleur boxeur mi-lourd. Le meilleur boxeur québécois. Le meilleur, point.

Dicaire, sans problème

[Photo archives]

Mine de rien, il y a sept mois à peine, Marie-Ève Dicaire devenait championne du monde. Quatre mois plus tard, elle défendait sa ceinture avec succès face à son aspirante numéro un. Et voilà que vendredi soir, au Casino de Montréal, elle avait rendez-vous avec sa deuxième aspirante. Plutôt exigeant comme emploi du temps, n’est-ce pas?

Mais de toute évidence, même un agenda aussi relevé ne suffit pas pour ralentir les ardeurs de la boxeuse de Saint-Eustache. En livrant une performance presque sans failles contre la Suédoise Maria Lindberg (17-5-2, 9 K.-O.), Dicaire (16-0) s’est encore une fois assurée de conserver son titre IBF des super-mi-moyens en remportant une victoire par décision unanime (98-92, 99-91, 99-91). Ringside avait Dicaire gagnante à 97-93.

«Ça s’est passé exactement comme prévu, a réagi la gagnante au sortir du ring. Ce n’était pas plus facile qu’on pensait. J’ai dû travailler fort du début à la fin. Même si [Lindberg] ne gagnait pas un round, elle était là pour se battre et elle m’a fait travailler.»

Dicaire dominait largement l’affrontement lorsque Lindberg s’est décidée à ouvrir un tant soit peu la machine vers la mi-parcours. Fonçant constamment en direction de sa rivale, la Scandinave a maintes fois démontré qu’elle n’était pas venue à Montréal en touriste.

Mais Dicaire, avec sa maîtrise technique, a fait le nécessaire pour repousser sans aucune difficulté les assauts de Lindberg, et ainsi en profiter pour décocher quelques bonnes attaques à son tour.

«Contre [Chris] Namus et [Mikaela] Lauren, je ne pense pas que j’étais aussi en contrôle que [vendredi] soir, a décrit Dicaire. Même si elle fonçait, je savais que j’avais un plan de match, une stratégie.»

«[Marie-Ève] se devait de rester vigilante en tout temps, parce qu’on savait exactement que [Lindberg] était quelqu’un qui lançait [ses coups] à tout moment, a pour sa part souligné l’entraîneur de Dicaire, Stéphane Harnois. Elle n’a pas pu lancer ses rafales de coups parce que Marie-Ève était toujours en mouvement.»

Maintenant qu’elle a réglé le cas de ses deux premières aspirantes, qu’est-ce que l’avenir peut bien réserver à Dicaire? À (très) court terme, des vacances. Mais à un peu plus long terme, un duel d’unification est évoqué. On peut notamment penser à la Polonaise Ewa Piatkowska, tenante du titre WBC. L’objectif ultime demeure toutefois un retour chez les 147 lb pour affronter la quadruple championne Cecilia Braekhus.

«Si on me dit que c’est une unification, tant mieux. Si on me dit que c’est une autre boxeuse, je sais qu’elle sera là pour une raison. Ça voudra dire que j’ai des apprentissages à faire. Je sais qu’on me mettra dans le ring au moment opportun pour un combat d’unification, et je serai prête pour ce combat-là», a expliqué Dicaire.

«À 154 lb, je prends n’importe qui, et à 147 lb, je prends n’importe qui, a résumé Harnois. On approche de plus en plus de notre but ultime, et on va l’avoir.»

Zewski s’en tire bien

Tenant de la ceinture WBC International des mi-moyens depuis sa victoire face à Diego Gonzalo Luque, le 19 mai 2018, Mikaël Zewski (33-1, 22 K.-O.) avait l’occasion d’ajouter deux autres titres à sa collection, à savoir l’IBF nord-américain et celui de la NABO. Le Trifluvien a réussi sa mission en signant une victoire par décision unanime (96-93, 97-92, 97-92) contre l’Américain Abner Lopez (27-10-1, 23 K.-O.)

Mais, disons-le, ce résultat a de quoi surprendre. Souvent dans ce combat, Lopez a placé son adversaire en bien fâcheuse posture grâce à sa pugnacité et son menton étonnamment résistant.

«Je suis entré un peu dans son jeu, a admis Zewski. Je suis un gars qui aime se battre. […] C’est dommage pour moi et ma famille, mais j’aime boxer comme ça. J’aime aller dans des guerres. Je suis capable d’être un technicien, mais quand il faut puiser dans les ressources, je le fais.»

Sauf qu’en dépit de ce qu’indiquent les pointages des juges, Zewski est passé bien près de la perdre, cette guerre.

Il a d’abord mis plusieurs minutes à se mettre en marche, alors qu’il semblait désarçonné par le style complexe et énigmatique de son adversaire. Lopez, en effet, se plaisait à s’accrocher à son vis-à-vis et faire venir ses attaques de tous côtés.

Zewski a connu un bref regain de vie au quatrième round, mais a dû poser un genou au sol lors du sixième, alors que Lopez le pilonnait dans le coin de l’arène.

«Il m’a atteint solidement et j’étais ébranlé, a reconnu Zewski. Ça allait venir tôt ou tard, alors il valait mieux mettre un genou par terre et bien récupérer.»

Le Québécois s’est ensuite battu avec l’énergie du désespoir jusqu’au bout. Ce fut visiblement suffisant pour convaincre les juges de lui accorder leur faveur.

Mais, soyons honnêtes, Lopez méritait tout autant de gagner cet affrontement.

Lafrenière tient le coup

En début de semaine, Francis Lafrenière apprenait que le boxeur qu’il devait affronter était aveugle d’un oeil – ça vous rappelle quelque chose? Deux jours avant le gala, il a su qu’il se mesurerait plutôt au Mexicain Jose Luis Zuniga. Pas tout à fait les conditions optimales pour qui que ce soit avant de monter dans l’arène, disons.

Il ne fallait donc pas s’attendre à un combat des plus élégants, et c’est précisément ce que les deux hommes nous ont offert: une bagarre de rue au cours de laquelle personne ne s’est fait de cadeaux. Au terme des huit rounds, le pugiliste de Coteau-du-Lac a été sacré vainqueur par décision unanime (79-73, 78-74, 78-74).

«Mon ami m’a demandé de faire ça vite parce qu’on a de la tourbe à poser demain!», a lancé Lafrenière avec son humour habituel dans l’arène après l’annonce des pointages.

Fidèle à ses habitudes, Lafrenière (19-7-2, 10 K.-O.) a passé de longues minutes collé à Zuniga (16-5-1, 9 K.-O.), tout en laissant partir des rafales de coups. Sa main droite, notamment, s’est avérée des plus efficaces. Mais Zuniga, tout aussi teigneux, a assuré une réplique très respectable.

Plus le combat avançait, plus on sentait que les deux hommes, exténués, voulaient en finir. Mais leur ténacité respective aura finalement fait en sorte qu’ils sont demeurés debout jusqu’à la dernière cloche.

Les autres résultats

Yan Pellerin (8-1, 2 K.-O.) a vaincu le Mexicain Michel Mejia Borja (1-2) par décision unanime (40-36). Et parce qu’on ne veut pas être inutilement méchants envers les pugilistes qui se sont exécutés dans le ring, nous ne nous étendrons pas davantage sur ce combat.

Wilfred Seyi (6-0, 3 K.-O.) est demeuré parfait en prenant la mesure du Mexicain Brian Galvez (4-1-1, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Le boxeur d’origine camerounaise a aisément dominé son adversaire, aucun doute là-dessus. Mais il a néanmoins été atteint beaucoup plus souvent que nécessaire durant cet affrontement. Largesses défensives? Trop-plein de confiance qui l’a mené à sous-estimer son rival? Allez savoir…

En lever de rideau, Marie-Pier Houle (2-0, 1 K.-O.) a inscrit un premier knock-out à sa fiche aux dépens de la Mexicaine Veronica Diaz Marin (0-3) en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1:46 du quatrième et dernier round. La Trifluvienne a malmené son opposante du début à la fin, jusqu’à ce que celle-ci se retrouve au plancher à la suite d’une gauche au visage. Marin s’est relevée, mais l’officiel Martin Forest a sagement décrété la fin du duel.

Si seulement…

[Photo fournie par Top Rank]

BILLET – On l’a dit et on va le répéter : Artur Beterbiev est une prodigieuse machine de boxe. Puissance, précision, intelligence du ring – ce que les Albanais appellent le boxing IQ -, condition physique, discipline… Il a tous les outils nécessaires pour gagner. Le kit complet.

Il l’a encore démontré samedi soir dernier, au Stockton Arena de la ville californienne du même nom, alors qu’il défendait pour la deuxième fois son titre IBF des mi-lourds. Pour l’occasion, le Tchétchène de 34 ans a terrassé le Bosniaque Radivoje Kalajdzic (24-2, 17 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 13 secondes du cinquième round.

Autre combat, autre knock-out à la fiche de Beterbiev (14-0, 14 K.-O.), donc, et c’est à se demander si le boxeur qui saura lui résister jusqu’à la limite est né.

Si seulement…

***

La première cloche venait à peine de se faire entendre lorsque Beterbiev s’est lancé sur Kalajdzic, l’atteignant d’un solide crochet. Ce dernier s’est rabattu sur son agilité pour tenter de repousser le char d’assaut russe qui roulait en sa direction.

La stratégie de Kalajdzic n’aura toutefois connu qu’un succès limité. Au troisième engagement, Beterbiev l’a forcé à mettre un genou au sol, le dos dans les câbles, après lui avoir asséné une série de coups.

Kalajdzic s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Ses jambes se sont subitement transformées en ancres. Il n’en fallait pas plus pour que Beterbiev ait le champ libre pour terminer le travail. Le cinquième round était à peine commencé que l’arbitre Dan Stell mettait fin aux hostilités, voyant que Kalajdzic n’arrivait tout simplement plus à suivre le rythme.

Et le pire, c’est qu’on avait déjà vu Beterbiev être encore meilleur dans un ring. Contre le Bosniaque, le champion a parfois eu l’air brouillon. Ou un peu trop pressé d’en finir. Imaginez ce que ça aurait donné s’il avait pris le temps encore davantage de mieux faire les choses.

Si seulement…

***

En joignant l’écurie de Top Rank, Beterbiev devrait livrer la majorité de ses futurs combats aux États-Unis, ou ailleurs à l’étranger. Ce qui ne change rien au fait qu’à la base, il est un boxeur québécois d’adoption, dirigé par le meilleur entraîneur québécois, Marc Ramsay. A-t-on répudié ne serait-ce qu’une seconde les racines du regretté Arturo Gatti simplement parce qu’il boxait chez les Américains? De surcroît, avec Adonis Stevenson et Eleider Alvarez qui ont été détrônés, Beterbiev est le seul champion du monde masculin – n’oublions pas Marie-Ève Dicaire, tout de même – issu de la province.

Et pourtant, tout le monde au Québec, ou presque, se balance d’Artur Beterbiev. Mais alors là, à un point… Le confrère Mathieu Boulay, du Journal de Montréal, écrivait d’ailleurs avoir reçu quantité de messages d’amateurs de boxe québécois témoignant de cette triste et inquiétante indifférence.

C’est quand même sidérant, non? On parle d’un gars de chez nous, champion du monde dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle! Vous le réalisez, dites donc?

En même temps, on peut comprendre pourquoi les gens n’ont que faire de Beterbiev. Ses longues disputes judiciaires, d’abord avec son ex-gérante Anna Reva, puis avec le Groupe Yvon Michel, l’ont contraint à se battre plus souvent en cour que dans l’arène. Sa carrière pugilistique a ainsi été éclipsée pendant ce qui a semblé une éternité. Rien pour intéresser les gens à son parcours, disons.

Il a aussi joué de malchance en subissant une blessure à l’épaule qui l’a gardé sur la touche plusieurs mois. Puis, il faut bien l’admettre, Beterbiev n’est pas l’individu le plus charismatique de la planète. La barrière linguistique n’aide pas en ce sens, c’est certain. Or, quand on prend la peine de lui parler un peu, on découvre un homme fort sympathique – pas mal plus qu’il peut l’être dans un ring, en tout cas.

On regarde Beterbiev tout détruire sur son passage, on repense à tout ce qui est arrivé avec lui ces dernières années, et on se dit : si seulement…

Si seulement il n’y avait pas eu tous ces feuilletons judiciaires. Si seulement il avait pu se battre un peu plus souvent. Si seulement on avait pu sentir un petit, juste un tout petit effort supplémentaire de sa part pour mieux s’intégrer à son public – Lucian Bute aurait pu lui donner quelques suggestions à ce sujet. Si seulement on avait pu mieux le vendre aux amateurs.

Si seulement l’histoire avait pu être un peu différente, Beterbiev serait probablement la plus grande vedette de la boxe québécoise aujourd’hui. Ça n’enlève rien à la popularité que ses collègues ont méritée au fil des ans. Mais pour le plaisir, nommez donc un boxeur québécois aussi dominant que Beterbiev l’est dans sa catégorie à l’heure actuelle. Pas évident.

Au lieu de ça, on a un champion qu’on ignore. Un champion qui pourrait l’être encore longtemps, soit dit en passant. Mais un champion qui se bat dans les ténèbres. Les nôtres, à tout le moins.

Vous trouvez vraiment que ça fait du sens?

Premier test réussi pour Dicaire

[Photo capture d’écran]

C’est venu un peu plus tard que prévu, gracieuseté de Lina Tejada qui a malencontreusement omis de préciser qu’elle était borgne avant de s’amener à Montréal, mais Marie-Ève Dicaire a finalement pu défendre pour une première fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Casino de Montréal. Et l’attente en aura valu la peine.

Mettant à profit sa vitesse et son talent d’esquive, ses deux principaux atouts dans un ring, la boxeuse de Saint-Eustache a triomphé de son aspirante obligatoire, la Suédoise Mikaela Lauren (31-6, 13 K.-O.), par décision unanime (97-93, 98-92, 99-91), pour ainsi conserver son titre acquis face à Chris Namus, le 1er décembre dernier.

«Avant ce combat, beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau parce que j’avais seulement 14 combats [à ma fiche]. [Lauren] disait qu’elle avait plus de knock-outs que j’avais de victoires. Mais je viens de lui infliger une défaite à sa fiche, et la mienne est toujours immaculée», a fièrement résumé Dicaire (15-0).

On se demandait si la championne réagirait bien aux attaques de Lauren, réputée pour sa force de frappe. Or, c’est plutôt un coup de tête accidentel au deuxième assaut qui a ébranlé Dicaire, profondément coupée au-dessus de l’oeil gauche.

Aussitôt, son entraîneur Stéphane Harnois et elle ont dû modifier leur plan de match pour mettre encore plus l’accent sur le jeu d’évasion, question de ne pas aggraver la blessure et devenir ainsi victime d’un arrêt hâtif de l’affrontement.

«Ç’a été un gros apprentissage, a confié Dicaire. […] La stratégie a été faite pour éviter de recevoir des coups. J’étais un peu plus conservatrice. J’ai accroché beaucoup. Des fois, [ça donne] un combat un peu moins spectaculaire, mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est la victoire.»

«J’ai eu une frousse, car je pensais qu’on arrêterait le combat au deuxième round, a de son côté avoué Harnois. J’avais plusieurs cartes dans mon jeu pour changer la stratégie du combat. On savait que Lauren est une fille tough. Je pensais qu’on aurait pu l’arrêter avec notre stratégie.»

Mission accomplie: plutôt que de se laisser distraire par sa coupure, Dicaire a décidé d’ouvrir la machine, pinçant joliment une Lauren qui semblait de plus en plus fatiguée à mesure que le combat progressait.

Une revanche? Pas question!

Parlant de Lauren, pour une boxeuse qui n’a eu que deux semaines pour se préparer à un combat de championnat du monde, elle n’a pas mal paru du tout. L’ex-championne WBC, qui avait choisi la retraite en juin avant de revenir sur sa décision récemment, est cependant convaincue que le résultat aurait été fort différent si elle avait pu profiter d’un camp d’entraînement digne de ce nom.

«Il faut me donner une vraie chance, a plaidé la Scandinave de 43 ans. Deux semaines, ce n’est rien. Et je n’avais pas été dans le ring pendant presqu’un an. Ils m’ont donné deux semaines et je lui ai quand même donné un dur combat.»

Vous aurez évidemment compris que Lauren aimerait bien profiter d’une revanche contre Dicaire. Cette dernière n’est cependant pas intéressée du tout par un tel projet.

«Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher une revanche, a-t-elle expliqué. Elle n’a aucune ceinture à mettre en jeu. Moi, j’ai fait ma défense de titre. J’ai gagné ce combat. Je suis prête à autre chose, à relever de vrais défis et aller mettre la main sur d’autres ceintures.»

En lieu et place, Dicaire s’accordera un temps de repos bien mérité. Après quoi, si tout va comme prévu, elle pourrait remonter dans l’arène le 15 juin, au Stade IGA.

Les autres résultats

En demi-finale, David Théroux (16-3, 11 K.-O.) a vaincu le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco (19-9-2, 14 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). La fierté de Sorel-Tracy a malmené son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, visant surtout le corps, mais Orozco a fait preuve d’une remarquable ténacité dans les circonstances et n’a jamais visité le plancher.

Terry Osias (8-0, 4 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à s’imposer devant l’Argentin Juan Cruz Correa (4-2-1), triomphant par arrêt de l’arbitre à 0:52 du sixième round. Dominant du début à la fin, le Longueuillois a envoyé son rival au plancher à deux reprises durant cet affrontement. Peu après la seconde chute, l’officiel Martin Forest a jugé que Correa en avait eu assez pour la soirée

Le Granbyen Yan Pellerin (6-1, 2 K.-O.) l’a emporté sur le Mexicain Eduardo Valencia Aguilar (2-2, 2 K.-O.) par décision unanime (39-36, 40-35, 40-35). Seul moment vraiment marquant de ce duel: lorsque le protecteur buccal d’Aguilar a effectué un vol plané loin dans la foule au deuxième round, semant à la fois confusion et hilarité au sein du public. Buzz Lightyear aurait été jaloux.

Mazlum Akdeniz (9-0, 4 K.-O.) a tout fait, sauf envoyer son rival Jose Guillermo Garcia (9-6-1, 5 K.-O.) au tapis au cours de leur combat. Le jeune Montréalais a donc dû se contenter d’une victoire facile par décision unanime (80-72 partout).

En lever de rideau, Diizon Belfon (2-0, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Gerardo Aldama (1-3) en lui passant le knock-out à 2:59 du deuxième round. Le Montréalais a matraqué son adversaire d’une série de crochets dans le coin de l’arène jusqu’à ce qu’il s’écroule. Aldama n’a jamais pu se relever avant la fin du compte de dix.

Beterbiev champion!

[Photo tirée du compte Twitter de Top Rank Boxing]

Il faut croire que les douze étaient frimés pour Artur Beterbiev.

Confronté à un adversaire davantage préoccupé par sa survie que par une victoire, le boxeur montréalais d’origine russe a signé un 12e knock-out en autant de combats aux dépens de l’Allemand Enrico Koelling (23-2, 6 K.-O.), à 2 :33 du 12e round, pour s’emparer du titre vacant IBF des mi-lourds au Save Mart Center de Fresno, en Californie.

C’était la première fois de sa carrière professionnelle que Beterbiev (12-0, 12 K.-O.) se battait au-delà du septième engagement. D’aucuns croyaient que le duel serait beaucoup plus bref, en phase avec ce à quoi il nous a habitués par le passé. Mais le Tchétchène a dû composer avec un adversaire qui avait opté pour une stratégie purement défensive.

Koelling, sans doute conscient de la terrifiante force de frappe de son rival, a en effet passé le combat à encaisser – ou à se sauver, c’est selon – et n’a décoché aucune attaque digne de ce nom. Il n’a donné que 252 coups, atteignant son opposant à 54 reprises.

À l’inverse, Beterbiev a lancé pas moins de 1111 coups au total, dont 322 ont atteint la cible, essentiellement des jabs qui lui ont permis de dicter le tempo du duel et de percer la muraille qui se dressait devant lui.

Au round final, Beterbiev, décidé à ouvrir la machine pour de bon, a envoyé Koelling au plancher à deux reprises. À sa seconde chute, l’arbitre a mis fin au combat.

Le problème, c’est que la tactique de Koelling nous a donné un spectacle ennuyeux au possible, au cours duquel les étincelles ont été à peu près inexistantes. Résultat : l’affrontement s’est déroulé presque d’un bout à l’autre sous les huées aussi nourries que méritées de la foule. Dommage pour Beterbiev, qui profitait d’une tribune intéressante alors que le gala était présenté sur les ondes d’ESPN aux États-Unis.

Avec ce sacre de Beterbiev, l’entraîneur Marc Ramsay voit ainsi un autre de ses poulains devenir champion du monde, après David Lemieux en juin 2015. Un scénario qui, sait-on jamais, pourrait se reproduire le mois prochain…

Une pensée pour Yvon

Au Québec, le combat était présenté en direct à l’antenne de RDS2. Comme le veut la tradition, le tandem composé de Jean-Paul Chartrand et d’Yvon Michel était réuni pour la description de l’événement.

Impossible, dans les circonstances, de ne pas avoir une petite pensée pour le promoteur devant analyser le travail de Beterbiev, qui tente par tous les moyens de se sortir de son association avec le Groupe Yvon Michel. Le litige est toujours débattu devant les tribunaux à l’heure actuelle.

Bien sûr, Michel a évité d’aborder la question durant le combat, jouant son rôle d’analyste de façon tout à fait professionnelle au demeurant. N’empêche, on aurait voulu pouvoir se transformer en télépathe d’un soir afin d’entendre ce qu’il pouvait bien se dire en voyant Beterbiev, ce formidable monstre de boxe qu’il a amené à Montréal et pour qui ce n’était qu’une question de temps avant d’être couronné champion, enfiler la ceinture, le poing triomphant en l’air.

Notons enfin qu’un autre boxeur montréalais, Vislan Dalkhaev (9-1, 2 K.-O.), était également en action à Fresno samedi soir. Il a toutefois encaissé une première défaite en carrière, s’inclinant devant Fernando Fuentes (14-7-1, 4 K.-O.) par décision unanime. Dalkhaev a entre autres visité le tapis au cinquième round.