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Stevenson, toujours roi et maître

[Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]

Le premier affrontement entre Adonis Stevenson et Andrzej Fonfara, il y a trois ans, avait laissé un goût amer dans la bouche du Québécois. Ce dernier l’a emporté, certes, mais pas avant d’avoir visité le tapis et que le combat se rende à la limite. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le scénario a été tout autre samedi soir, au Centre Bell.

Impitoyable envers son rival, Stevenson (29-1, 24 K.-O.) a ressorti sa main gauche dévastatrice pour hacher menu Fonfara (29-5, 17 K.-O.) et signer une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à seulement 27 secondes du deuxième round.  Une victoire suscitant à la fois les acclamations et les huées chez les 6183 spectateurs réunis dans les gradins.

Il fallait voir Stevenson parader dans l’arène avec une couronne sur la tête et une cape sur les épaules, quelques instants après qu’on eut confirmé son triomphe, question de rappeler à tout le monde qu’il continue de régner en tant que champion WBC des mi-lourds. On aura beau le critiquer, lui reprocher de ne pas se battre assez souvent ou contre des adversaires de second ordre, on ne peut lui enlever ses aptitudes pugilistiques, pas plus que les huit défenses victorieuses de son titre.

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Adonis Stevenson portait fièrement la couronne après sa victoire face à Andrzej Fonfara. [Photo Jean-Philippe Arcand]
«J’ai eu l’opportunité de finir [Fonfara], et je l’ai fini. La différence [avec le premier combat], c’est que j’ai pris mon temps pour finir la job», a résumé Stevenson, 39 ans, sous le regard amusé du promoteur Yvon Michel.

Dès les premiers instants du duel, le champion s’est rué à toute allure sur son aspirant de 29 ans, l’envoyant au tapis grâce à cette redoutable gauche. Fonfara peinait tellement à demeurer debout que personne n’aurait été surpris de voir l’arbitre Michael Griffin décréter la fin des hostilités à ce moment.

Mais Fonfara est revenu tant bien que mal pour le second engagement. Le retour aura cependant été bref. Voyant que son protégé était tout simplement incapable de se défendre, l’entraîneur de Fonfara, Virgil Hunter, a sagement demandé à l’officiel de mettre un terme au duel.

Pascal-Alvarez : les attentes comblées

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Eleider Alvarez (à droite) a vaincu Jean Pascal par décision majoritaire des juges. [Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]
Si la brève finale a pu en laisser certains sur leur appétit, la demi-finale opposant Eleider Alvarez (23-0, 11 K.-O.) et Jean Pascal (31-5-1, 18 K.-O.) valait presque à elle seule le prix d’entrée.

Les deux hommes se sont livré un combat épique, enflammé, et qui s’est conclu à l’avantage d’Alvarez par décision majoritaire des juges. Deux d’entre eux ont donné le Colombien de 32 ans gagnant, 117-111 et 116-112 (le même pointage que Ringside avait sur sa carte), tandis que le troisième a vu un match nul à 114-114.

Plusieurs se demandent bien, d’ailleurs, ce qui a convaincu ce juge d’y aller d’un verdict nul, car Alvarez a largement dominé le combat dans l’ensemble. Son jab, qui constitue de loin sa meilleure arme, a donné du fil à retordre à Pascal tout au long des 12 rounds.

Cela dit, Pascal n’a pas été mauvais pour autant durant cet affrontement. Il a connu sa part de bons moments, surtout aux septième et huitième rounds. Mais devant un as technicien comme Alvarez, le Lavallois a souvent semblé être à court de ressources, incapable de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui.

Fait rare, Pascal a préféré ne pas rencontrer les médias après la soirée. «Il n’a rien à dire de plus que ce qu’il a déjà dit cette semaine», a expliqué Yvon Michel.

Mais en matinée dimanche, le boxeur de 34 ans a publié un message sur sa page Facebook dans lequel il laisse entendre que l’option de la retraite semble pour le moment exclue. «Je crois avoir bien boxé hier, mais pas assez bien. Il y a plusieurs choses que j’aurais pu mieux faire. Je vais donc retourner dans le ‘lab’ dès que possible», a-t-il écrit.

«Il n’a pas perdu contre le 40e au monde. Il a perdu contre l’un des meilleurs mi-lourds. J’aimerais certainement le revoir dans le ring», a quant à lui fait savoir Michel.

De son côté, Alvarez s’est donc assuré de conserver son titre d’aspirant obligatoire à Stevenson, qu’il détient depuis deux ans. Après avoir patienté tout ce temps et accepté de mettre son titre en jeu à deux reprises, Alvarez veut désormais passer aux choses sérieuses.

«Je veux le combat maintenant. J’ai mérité mon combat maintenant.»

-Eleider Alvarez

Le boxeur pourrait bien voir son souhait exaucé, aux dires d’Yvon Michel, qui a indiqué qu’un tel affrontement pourrait avoir lieu à l’automne. À moins que Stevenson opte pour un combat d’unification des titres WBA, WBO et IBF des 175 livres, propriété d’Andre Ward depuis sa victoire contre Sergey Kovalev en novembre. Tous deux croiseront à nouveau le fer le 17 juin.

Stevenson n’a d’ailleurs pas caché sa préférence pour cette avenue, bien qu’il se dise prêt à toute éventualité. «Je suis ouvert à n’importe quoi. Je suis là pour boxer. Je suis là pour être dans le ring avec n’importe quel boxeur. Mais ce n’est pas moi qui négocie. Je laisse ça entre les mains [de mon gérant] Al Haymon.»

Les autres résultats

À son premier combat en 18 mois, Mikaël Zewski (28-1, 21 K.-O.) a réussi un retour victorieux face au Mexicain Fernando Silva (15-11-3, 6 K.-O.). Mais il a néanmoins dû composer avec un adversaire sans doute beaucoup plus coriace et féroce que prévu. Le Trifluvien est quand même sorti du ring avec une victoire par décision unanime (80-71 partout).

Dans un duel tout à fait oubliable, Dario Bredicean (14-0, 4 K.-O.) a vaincu le Mexicain Manuel Garcia (15-14-2, 6 K.-O.) par décision unanime des juges (80-72 partout). La plupart des rarissimes étincelles de ce combat sont venues de la part du protégé de Lucian Bute, et ce fut suffisant pour lui permettre de l’emporter.

En lever de rideau, Christian M’Billi (4-0, 4 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Cesar Ugarte (4-2, 2 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 47 secondes du deuxième round. M’Billi a rapidement imposé son rythme grâce, entre autres, à sa main droite percutante. Ugarte a visité le tapis deux fois au premier engagement.

Rappelons que deux autres combats devaient être présentés au cours de cette soirée avant qu’ils ne soient annulés. D’abord, le poids lourd Oscar Rivas a dû prendre un congé forcé puisqu’on a été incapable de lui trouver un adversaire à temps.

Puis, lors de la pesée officielle, le boxeur qui devait en découdre avec Custio Clayton, le Mexicain Oscar Cortez, a fait preuve d’un incroyable professionnalisme (!) en montant sur le pèse-personne avec un surpoids de… 24 livres ! En voilà un qui doit avoir sa carte de fidélité au buffet du coin…

Pas trop de regrets, cependant, puisque Rivas et Clayton seront en action le 15 juin pour le prochain gala du Groupe Yvon Michel, au Casino de Montréal.

De la parole aux actes

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

SHAWINIGAN – Après des mois d’invectives et de défis verbaux lancés ici et là, c’était finalement l’heure pour Simon Kean et Adam Braidwood d’en venir aux faits – et aux poings – samedi soir, au Centre Gervais Auto de Shawinigan, dans ce qui était sans contredit le duel de poids lourds canadiens le plus attendu depuis des années.

Tout était donc en place pour que les deux hommes se livrent une véritable guerre dans le ring. Et c’est précisément ce à quoi on a eu droit : un combat furieux, sanglant, qui s’est soldé par une victoire sans merci de Kean par arrêt de l’arbitre à 1 :32 du troisième round. En plus de défendre son titre IBO Intercontinental, le Trifluvien obtient la ceinture WBC Francophone des lourds.

«Enfin, j’ai pu mettre un point d’exclamation sur ce combat qui était tant attendu, s’est réjoui Kean. J’ai prouvé au monde que j’étais 100 fois meilleur que lui. J’ai dominé sur toute la ligne. C’est ce que je vaut. Je suis soulagé, content et fier.»

«Je crois que [samedi] soir, nous avons vu le meilleur Simon que nous avons vu jusqu’ici, a pour sa part analysé Braidwood. J’aime penser que nous avons fait ressortir ce qu’il y a de mieux en chacun de nous. Il était le meilleur ce soir. Il était très rapide, très difficile à atteindre. Il a neutralisé mon jab.»

Dès le départ, le Grizzly a montré qu’il n’avait pas l’intention de décevoir les 4862 bruyants partisans venus l’encourager. Il s’est rué sur Braidwood comme s’il n’y avait de lendemain, ne laissant aucune chance à son rival d’imposer quelque tempo que ce soit.

«Je trouvais qu’il encaissait et qu’il avait une bonne mâchoire. Quand j’ai commencé à l’atteindre, je croyais que j’allais finir par le faire tomber dans les secondes suivantes. Mais il faut rendre hommage à Adam. C’est un guerrier.»

-Simon Kean

Tôt au deuxième assaut, un coup de Kean a coupé le pugiliste de Victoria à l’œil gauche. Ce dernier s’est alors mis à saigner abondamment, mais le médecin a jugé qu’il était en mesure de continuer le combat.

Kean en a évidemment profité pour poursuivre son travail de démolition pour le reste du combat, jusqu’au moment où il a violemment atteint Braidwood d’un crochet gauche en plein visage. Ce dernier, titubant, est allé s’échouer dans les câbles. L’arbitre Michael Griffin a ainsi décrété la fin du combat.

«Je pense que son expérience a paru ce soir. C’était un honneur de se battre contre le numéro un canadien et le 25e au monde. […] Trois ans, je n’étais rien. Je ne m’entraînais même pas, alors je suis heureux d’être ici», a souligné Braidwood, philosophe dans la défaite.

Celui-ci a laissé entendre après le combat qu’il serait ouvert à en découdre de nouveau avec Kean l’an prochain. Utopie ou projet réaliste ? Chose certaine, à en juger par l’engouement que l’événement a suscité chez eux, les gens de Shawinigan seraient tout à fait preneurs.

En attendant, le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, a fait savoir qu’il aimerait voir Kean remonter dans le ring en septembre et en décembre. Mais surtout, il a avoué être ému pour son boxeur, qui a fait taire, selon lui, bon nombre de détracteurs grâce à cette victoire.

«Les gens ne croyaient pas vraiment en lui. Il y a eu des commentaires très cinglants envers Simon de la part d’autres personnes jalouses. Et là, [ces gens] voudraient maintenant être de notre bord», a-t-il dit avec une fierté évidente.

Retour réussi pour Ulysse

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Yves Ulysse fils (à droite) a vaincu Ernesto Espana par décision unanime. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Cela faisait six mois jour pour jour qu’on n’avait pas vu Yves Ulysse fils dans le ring, soit depuis son éclatante victoire face à Cletus Seldin, à Laval. Victoire au cours de laquelle il avait subi une entorse ligamentaire au poignet droit.

Pleinement rétabli de sa blessure, Ulysse (16-1, 9 K.-O.) est remonté dans l’arène pour y affronter le Vénézuélien Ernesto Espana (25-1-1, 20 K.-O.), dans ce qui constituait essentiellement un combat de remise en forme. Sans surprise, le Québécois est sorti vainqueur de cet affrontement par décision unanime (100-90, 100-90, 99-91), et met ainsi la main sur le titre WBC Fecarbox des poids super-légers.

«C’était comme un piranha. Il n’arrête pas de mordre. Il fallait que j’aille le chercher en faisant des feintes. […] C’était un bon test pour montrer que je peux entrer dans les classements mondiaux et me battre avec l’élite.»

-Yves Ulysse fils

Nullement intimidé par un rival plus grand de près d’une tête, Ulysse s’est montré patient et méthodique dans le ring, attendant que l’ouverture se crée devant lui. Et chaque fois qu’elle se créait, il fonçait en plein dedans comme un taureau. Avec des résultats souvent probants.

Il faut dire que malgré sa fiche en apparence impressionnante, Espana n’avait affronté jusqu’ici que très peu de boxeurs présentant une fiche positive. En fait, moins de la moitié de ses adversaires possédaient au moins une victoire au compteur avant de croiser le fer avec eux. Cela dit, on doit lui reconnaître une étonnante ténacité, qui lui a permis de demeurer debout tout au long du duel.

«Il est invaincu. Crois-tu qu’il aura son zéro gratuitement ? Il préfère mourir sur le ring. Vous avez vu les coups avec lesquels je l’ai ébranlé ? Il ne voulait rien savoir. Il m’a dit de venir le chercher.»

«On pensait que j’avais un deux de pique devant moi. Il vous a montré que ce n’est pas un deux de pique», a insisté Ulysse.

Les autres résultats

Le Trifluvien François Pratte (7-0) a réjoui le public local en venant à bout de l’Albertain Eric Taylor (8-2-2, 4 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Le combat a toutefois paru beaucoup plus serré que ce que les cartes de pointage laissent croire. En cas de victoire, Pratte avait la possibilité de se mériter un contrat avec Eye of the Tiger Management. Sa performance contre Taylor aura-t-elle été suffisamment convaincante ? La réponse sous peu, on présume.

À défaut d’être mémorable, le combat entre Andranik Grigoryan (7-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Daniel Olea (13-5-2, 5 K.-O.) aura au moins permis au Montréalais d’origine arménienne d’ajouter une victoire à sa fiche, celle-là par décision unanime (80-72 partout). Sans faire d’étincelles, Grigoryan est néanmoins parvenu à tenir son rival en échec du début à la fin.

Nurzat Sabirov (7-0, 6 K.-O.) a racheté un lent début de combat de belle façon en obligeant le Mexicain Guillermo Romero (12-7, 9 K.-O.) à abandonner à 2 :37 du quatrième round. Celui-ci est allé deux fois au tapis lors de cet ultime assaut, se retrouvant littéralement les quatre fers en l’air après sa seconde chute. C’était assez pour convaincre le coin de Romero de réclamer l’arrêt des hostilités.

Artur Ziyatdinov (6-0, 5 K.-O.) s’est carrément moqué du Mexicain Mario Aguilar (18-5, 16 K.-O.), l’emportant par décision unanime (60-54, 60-54, 59-55). C’est à se demander comment Aguilar a fait pour ne jamais aller au plancher, tant Ziyatdinov l’a malmené tout au long de cet excitant combat. Le teint cramoisi du visage du Mexicain au terme du duel était assez éloquent à cet égard…

En début de gala, Saddridin Akhmedov (3-0, 3 K.-O.) a livré une autre magnifique performance, forçant le Mexicain Gustavo Garibay (13-11-2, 5 K.-O.) à déclarer forfait à 2 :24 du cinquième round. Garibay a visité le tapis à trois reprises durant l’affrontement, impuissant devant les attaques aussi violentes que sournoises de son adversaire.

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«Il n’y a que des perdants»

[Photo archives Bob Lévesque]

Samedi soir, le Groupe Yvon Michel (GYM) présentait son plus récent gala de sa série au Casino de Montréal. Or, le boxeur qui a le plus retenu l’attention pour l’occasion n’est jamais monté dans le ring.

N’en déplaise aux athlètes qui étaient à l’œuvre, c’est le nom d’Artur Beterbiev qui a alimenté les discussions, alors qu’il avait subi la première défaite de sa carrière professionnelle la veille – non pas dans l’arène, mais plutôt devant le tribunal.

Le juge Frédéric Bachand, de la Cour supérieure, a en effet servi une rebuffade au Tchétchène dans le litige qui l’opposait à GYM. Beterbiev, rappelons-le, réclamait d’être libéré du contrat le liant au promoteur, alléguant que ce dernier n’aurait pas rempli ses obligations.

Beterbiev reprochait entre autres à Yvon Michel de ne pas lui avoir versé sa bourse à temps après son combat face à Isidro Prieto, le 23 décembre 2016, et de ne pas lui avoir offert le minimum de quatre combats par année, tel que le prévoyait leur entente signée en 2015.

Dans sa décision rendue vendredi, le juge Bachand explique que même si GYM a effectivement tardé à verser l’entièreté de la bourse de 250 000$ de Beterbiev en vertu des modalités de paiement établies avant le duel contre Prieto, il ne s’agit pas d’un manquement assez grave au contrat pour l’invalider, comme le prétendait le boxeur.

Le magistrat souligne par ailleurs qu’en raison des différentes blessures qu’il a subies au cours des dernières années, Beterbiev n’aurait pas été en mesure de livrer quatre combats de toute façon.

«On ne peut nier que le partenariat avec GYM a été bénéfique pour [Beterbiev]. En effet, il a atteint son objectif ultime à la fin de 2017, alors qu’il a remporté le titre IBF des mi-lourds au terme de ce qui était seulement son douzième combat professionnel», écrit le juge.

La réconciliation est-elle possible ?

Malgré un verdict qui lui est favorable dans les faits, Yvon Michel refuse de se réjouir.

«On ne peut pas dire qu’il y a des gagnants dans cette cause. Il n’y a que des perdants. On a perdu un an et demi d’énergie et d’argent, de part et d’autres», a-t-il résumé lors d’un point de presse donné peu avant le gala de samedi.

Le promoteur se dit tout à fait disposé à travailler de nouveau avec Beterbiev, dont le contrat avec GYM est théoriquement valide jusqu’en 2021. Mais un conflit aussi acrimonieux que celui que les deux hommes viennent de traverser laisse forcément des traces. Pour ne pas dire de profondes cicatrices.

Est-il vraiment réaliste de croire que Beterbiev et Michel pourront de nouveau collaborer, presque comme s’il ne s’était rien passé ?

«On était des adversaires. Maintenant, c’est terminé. C’est comme un combat de boxe. Nous sommes prêts à poursuivre avec le même enthousiasme et le même intérêt que lorsqu’il a commencé avec nous.»

-Yvon Michel

«On est convaincus que nous sommes l’organisation la mieux placée pour faire avancer Artur. On est convaincus d’avoir les ressources et les contacts, que ce soit avec des promoteurs ou la télé américaine, pour qu’Artur Beterbiev réussisse finalement à performer au niveau de son talent et démontre qu’il peut être une grande star en boxe professionnelle.»

Reste à voir si le boxeur sera du même avis. Son camp a déjà annoncé qu’il interjetterait appel du jugement rendu vendredi.

Dicaire défend sa ceinture

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Marie-Ève Dicaire a défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens. / Photo archives Bob Lévesque

Avec tout ça, on oublie presque qu’il y avait des combats hors des tribunaux samedi soir, à commencer par celui opposant Marie-Ève Dicaire (12-0) et l’Argentine Yamila Belen Abellaneda (6-2, 3 K.-O.). La boxeuse de Saint-Eustache a ainsi défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens en prenant la mesure de la Sud-Américaine par décision unanime (100-90, 99-91, 98-92).

Cela dit, ne vous fiez pas trop aux apparences : malgré ce qu’indiquent les cartes de pointage, le duel a été plutôt serré du début à la fin. Confrontée à une rivale qui s’était visiblement donné la mission d’appliquer un maximum de pression sur elle, Dicaire a dû user de stratégie – et encaisser quelques jolis coups au passage – pour contenir les assauts d’Abellaneda. Ce qu’elle est parvenue à faire avec brio.

«On savait qu’elle allait mettre de la pression, a mentionné Dicaire. On savait qu’elle allait venir ici pour se battre et qu’elle avait un bon bagage amateur. C’était le fun, parce que je pouvais boxer dans le ring. Ce n’était pas des coups qui venaient de n’importe où, n’importe comment. C’était de la belle boxe, et ça m’a permis de bien travailler.

«Pour moi, c’était important de donner une coche de plus qu’à mon dernier combat. On a apporté beaucoup de changements. Je voulais voir la différence pour mes entraîneurs.»

-Marie-Ève Dicaire

Parmi ces nouveautés, on a ajouté un psychologue sportif à l’équipe de la pugiliste. Aux dires de Dicaire, l’arrivée de cet expert lui a injecté une dose appréciable de confiance.

«Autrefois, je n’osais pas trop essayer des choses dans le ring parce que je doutais, ce qui fait que j’étais toujours une fraction de seconde trop tard. Là, j’étais sans pression dans le ring. J’étais libre. J’aimais ce que je faisais», a-t-elle expliqué.

«J’ai travaillé fort parce que je l’ai voulu. Parce que je voulais en donner plus. Et je suis vraiment satisfaite. Ce combat, c’est vraiment une belle façon de dire que ma ceinture NABF, je l’ai gagnée», a-t-elle conclu avec son éternel sourire.

Les autres résultats

En demi-finale, Shakeel Phinn (18-2, 12 K.-O.) a vaincu le Croate Mirzet Bajrektarevic (18-6, 10 K.-O.) lorsque celui-ci a été contraint à l’abandon à 39 secondes du sixième round. Bajrektarevic s’est blessé à la main gauche après avoir lancé un coup. Il a aussitôt reculé vers son coin, grimaçant de douleur et incapable de poursuivre le combat.

Dario Bredicean (17-0, 5 K.-O.) a récolté une rare victoire avant la limite en forçant le Mexicain Jonathan Tavira (17-5, 13 K.-O.) à l’abandon après six rounds d’action. Le protégé de Lucian Bute a pu profiter des largesses défensives de Tavira pour malmener à souhait celui-ci, qui a néanmoins tout encaissé sans tomber. Après le sixième round, cependant, le Mexicain en avait eu assez.

Louisbert Altidor (9-2, 4 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Manuel Beltran (5-1, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (60-53 partout). Celui qu’on surnomme «Ti Kouto» a envoyé son rival au tapis au troisième round au terme d’un minutieux travail au corps.

Terry Osias (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en prenait la mesure du Français Augustin Malecot (3-7-1) par décision unanime (40-35 partout). Malecot, désormais établi à Montréal, est allé visiter le plancher dès le premier round. Il encaisse ainsi un septième revers consécutif.

En début de gala, Tommy Houle (3-0) s’est montré sans pitié envers Adam Ayoubi (1-1-1), l’emportant par décision unanime (40-35, 39-36, 38-37). Le boxeur de Joliette a malmené son adversaire pratiquement du début à la fin. La chute d’Ayoubi au quatrième round, de même que son œil gauche sévèrement tuméfié, en ont témoigné.

Lemieux, envers et contre tout

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

QUÉBEC – La veille de la pesée officielle en vue de son combat contre Karim Achour, David Lemieux a passé une nuit blanche en essayant de perdre ses dernières livres en trop afin de respecter le poids limite. Le jour J, il avait l’air d’un zombie en montant sur le pèse-personne. Et malgré tout cela, il était encore trop lourd.

Tout jouait donc contre lui lorsqu’il s’est amené dans le ring du Centre Vidéotron de Québec, samedi soir, pour y affronter Achour. Or, le cogneur montréalais a fait fi de cette adversité pour signer une victoire convaincante par décision unanime (119-108, 120-107, 119-107). Ringside avait Lemieux gagnant à 118-109 sur son humble carte.

Lemieux devra cependant se passer des ceintures WBC International et Francophonie des moyens que détenait Achour étant donné qu’il n’a pas fait le poids. Ces titres deviennent donc vacants.

«Il y a certaines choses que j’aurais aimé mieux faire, mais tout allait bien. J’étais le meneur de A à Z. Je ne pense pas qu’il ait gagné plusieurs rounds», a résumé le vainqueur après le combat.

«Je suis très déçu, surtout que j’avais la possibilité de gagner. J’ai surtout senti qu’il y avait des rounds au cours desquels j’aurais pu faire la différence», a pour sa part regretté Achour.

Bien des gens s’attendaient à une victoire expéditive de Lemieux. Ce qu’ils ignoraient sans doute, c’était l’incroyable capacité d’Achour à encaisser les puissantes attaques de son adversaire, dont la force de frappe n’a plus besoin de présentation.

«C’est un gars qui est très solide. Je l’ai atteint solidement plusieurs fois. Je voyais qu’il n’aimait pas ça, mais il revenait. Il m’a surpris un peu.»

-David Lemieux

Après avoir passé le premier tiers du combat à résister aux attaques de Lemieux, Achour s’est décidé à ouvrir la machine à partir du cinquième round. Et ses coups, sans être particulièrement violents, ont néanmoins donné quelques maux de tête à Lemieux à l’occasion.

Lemieux s’est cependant repris à partir du neuvième engagement, redevenant l’agresseur et plaçant Achour en difficulté. Il a continué de marteler son rival jusqu’à ce qu’un crochet gauche envoie ce dernier au tapis au début du dernier round, scellant ainsi sa victoire pour de bon.

«J’étais en recul lorsqu’il m’a touché, et ça m’a déséquilibré», a décrit Achour.

À noter que Lemieux s’est blessé à la main gauche en fin de combat. Rien de sérieux, a cependant assuré le camp du boxeur.

Il faudra maintenant voir si Lemieux continuera de se battre chez les poids moyens, ou s’il fera le saut chez les 168 lb, comme le souhaitait son promoteur Camille Estephan. Lemieux et son entraîneur Marc Ramsay ont indiqué qu’ils prendraient le soin de bien analyser la question.

On y reviendra plus en détails au cours des prochains jours.

Victoire sans équivoque pour Clayton

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Custio Clayton (à droite) a vancu Stephen Danyo en demi-finale. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Custio Clayton (15-0, 10 K.-O.) a signé un gain sans appel aux dépens du Britannique d’origine néerlandaise Stephen Danyo (14-1-3, 6 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108 partout).

En plus d’avoir défendu avec succès sa ceinture WBO International des mi-moyens, Clayton s’empare aussi du titre équivalent de l’IBF. Il devrait ainsi pouvoir s’inscrire au classement de cette dernière fédération, en plus d’améliorer sa position (il était 7e avant son combat) à celui de la WBO.

Pourtant, Danyo paraissait plutôt bien en début de duel. Or, il s’est complètement éteint lorsque Clayton l’a atteint solidement une première fois dans le combat, au cours du deuxième engagement. Dès lors, le Néo-Écossais a pu faire ce qu’il voulait avec son adversaire.

Vers la fin de l’affrontement, voyant qu’il n’avait plus le choix, Danyo a tenté le coup de circuit. Mais Clayton, fin renard, a évité le piège et a poursuivi son bon travail pour confirmer sa victoire.

À défaut d’être le plus flamboyant dans le ring, Clayton s’avère un expert technicien. Et la recette l’a bien servi jusqu’ici.

Jukembayev survit à une guerre

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Batyr Jukembayev (à gauche) a trouvé le moyen d’éviter le pire pour remporter son combat. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, le combat entre Batyr Jukembayev (13-0, 11 K.-O.) et l’Argentin Jonathan Jose Eniz (20-10-1, 7 K.-O.) a eu des allures de montagnes russes. Mais quel spectacle ce fut !

Le Kazakhe a survécu à un mauvais début de combat et à une chute au cinquième round pour revenir de l’arrière et finalement triompher d’Eniz par arrêt de l’arbitre à 2 :34 du septième round. Il met ainsi la main sur le titre WBC Continental des Amériques de la catégorie des super-légers.

Aidé par une main gauche diablement efficace, Jukembayev a trouvé un second souffle on ne sait trop comment, avant d’envoyer Eniz au tapis une première fois lors du septième engagement. Énergisé par la chute de son rival, Jukembayev s’est rué sur lui comme un taureau, enfilant les violents crochets au visage d’Eniz.

Ce dernier a fini par tomber une deuxième fois, mais s’est relevé malgré tout. Qu’à cela ne tienne, Jukembayev a poursuivi son travail de démolition jusqu’à ce que l’arbitre Alain Villeneuve intervienne, voyant que l’Argentin n’était plus en mesure de se défendre.

Oui, le jeune protégé de Stéphan Larouche a eu chaud durant ce combat. Mais la façon dont il s’est remis, physiquement et mentalement, pour s’emparer de la victoire nous a fourni une nouvelle preuve de toute l’étendue de son talent et de son potentiel.

Les autres résultats

Erik Bazinyan (19-0, 14 K.-O.) a aisément triomphé de l’Argentin Alejandro Gustavo Falliga (30-13-5, 16 K.-O.) par knock-out technique à 1 :38 du troisième round. Bazinyan a envoyé son adversaire au tapis à trois reprises au cours de l’ultime engagement. En conséquence, l’arbitre Martin Forest a mis fin au combat.

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Vincent Thibault (à droite) a fait plaisir à ses nombreux partisans venus l’encourager. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Vincent Thibault (5-0, 2 K.-O.) s’est repris de belle façon après un départ difficile pour prendre la mesure du vétéran argentin Carlos Jerez (45-22-4, 18 K.-O.) par décision unanime (59-55, 59-55, 59-53). Un gain qui a évidemment réjoui les très nombreux membres de son fan club Team Tibo venus encourager le pugiliste de Charlesbourg, affiches et t-shirts à la clé.

Andranik Grigoryan (6-0, 1 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Amperan (12-1, 11 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (59-55 partout). Malgré les pointages, ce ne fut pas le combat le plus facile pour Grigoryan, qui a dû composer avec un rival aussi agressif que tenace. Les deux hommes se sont échangés de furieuses rafales de coups dans les dernières secondes de l’affrontement, suscitant une chaleureuse ovation de la foule.

Pour la première fois de sa jeune carrière professionnelle, Nurzat Sabirov (6-0, 5 K.-O.) s’est battu au-delà du quatrième round. Ce qui ne l’a pas empêché de vaincre le Mexicain Rolando Paredes (13-7-2, 10 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout) au terme d’un duel de six assauts. Paredes peut se vanter d’avoir brillamment encaissé les violentes frappes de Sabirov, incessantes au cours de ce duel.

Le monstrueux poids lourd Arslanbek Makhmudov (3-0, 3 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Elder Hernandez (5-2, 3 K.-O.) en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1 :07 du premier round. Hernandez est allé quatre fois au tapis au cours de ces 77 secondes d’action. Même s’il paraissait avoir été poussé lors des deux premières chutes, l’arbitre Martin Forest a amorcé un compte de huit. La troisième fut bel et bien une glissade, tandis qu’un solide uppercut a sonné la fin des émissions pour le Mexicain. Pas la soirée la plus épuisante pour Makhmudov…

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Saddridin Akhmedov (à gauche) célèbre sa victoire face à Ariel Alejandro Zampedri. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Saddridin Akhmedov (2-0, 2 K.-O.) n’a mis que 84 secondes pour passer un violent knock-out à l’Argentin Ariel Alejandro Zampedri (9-4, 7 K.-O.). Le Kazakh maintenant établi à Montréal, l’un des plus beaux espoirs d’Eye of the Tiger Management, a asséné un vif crochet gauche au foie de Zampedri, qui a aussitôt mis un genou au sol. C’était terminé pour lui.

Raphaël Courchesne (3-0, 2 K.-O.) l’a emporté face à l’Argentin Ivan Banach (4-3, 2 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :39 du deuxième round. Un arrêt qui pouvait sembler quelque peu hâtif, même si Courchesne dominait aisément son rival. Quelques observateurs aux abords du ring, ainsi que Banach lui-même, se demandaient si l’arbitre Alain Villeneuve n’avait pas été un peu vite sur la gâchette pour décréter la fin de l’affrontement.

Chez les femmes, Ariane Goyette (0-1) a trébuché à ses débuts professionnels devant la Manitobaine Christina Barry (1-4) par décision partagée. Deux juges ont donné Barry gagnante à 39-36, tandis que le troisième a estimé que Goyette l’avait emporté 39-37. La Longueuilloise a visité le tapis dès le premier round – quoique sa chute pouvait ressembler à une glissade accidentelle – et c’est ce qui aura fini par causer sa perte.

En lever de rideau, Sébastien Roy (4-0, 1 K.-O.) a pris la mesure de Patrick Lafleur (1-3-1, 1 K.-O.), un Sherbrookois maintenant établi à Edmonton, par décision unanime (39-37, 39-37, 40-36). Roy, de Thetford Mines, a eu le dessus sur son adversaire tout au long du combat, même si celui-ci a connu quelques beaux moments en fin de duel.

Objectif: survivre

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Disons les choses franchement : David Lemieux faisait peur à voir, vendredi, lors de la pesée officielle en vue de son combat de ce soir face à Karim Achour, au Centre Vidéotron de Québec.

On savait que sa perte de poids serait difficile. Elle l’est depuis longtemps dans son cas. Mais jamais n’avait-elle été aussi rude. Ou du moins, jamais n’avait-elle eu de conséquences aussi visibles sur le corps du boxeur.

Visage émacié, regard hagard… On aurait juré que c’était un homme malade qui s’est présenté sur le pèse-personne.

Comble de malheur, malgré tous ses efforts, Lemieux (38-4, 33 K.-O.) a quand même dépassé la limite de 2 lb, enregistrant un poids de 162 lb. Il devra donc remettre 20% de sa bourse à Achour (26-4-3, 4 K.-O.), et ne pourra s’emparer des ceintures WBC International et Francophone des poids moyens détenus par le Français. En cas de victoire de Lemieux, les titres deviendront vacants.

Oublions les pertes financières et les ceintures désormais inaccessibles en raison de cette pesée ratée – la deuxième de Lemieux après le fiasco James de la Rosa, en mars 2016. Ce qui inquiète, maintenant, c’est de savoir dans quel état le pugiliste se présentera dans le ring pour y affronter Achour qui, pour sa part, a fait osciller le pèse-personne à 159 lb.

Lemieux a passé une nuit blanche à souffrir, la veille de la pesée, afin de respecter le poids limite. En vain. On veut bien croire qu’il aura tout fait pour reprendre des forces en vue du combat par la suite, mais il est impossible qu’un tel supplice ne laisse aucune trace rendu au duel.

Lemieux était déjà condamné à gagner le combat de ce soir de façon convaincante, voire spectaculaire. Pour faire oublier sa contre-performance face à Billy Joe Saunders, en décembre dernier. Pour prouver que ce revers n’était qu’un incident de parcours. Et pour reprendre sa route vers les plus hautes sphères de son sport.

Mais maintenant, une nouvelle contrainte s’ajoute à cette liste : survivre.

Achour, sans être la plus terrifiante des menaces, est loin d’être piqué des vers pour autant. Le combat s’annonçait au départ comme un beau défi pour Lemieux. Désormais, le défi semble bien plus ardu à relever.

Le promoteur de Lemieux, Camille Estephan, a d’ailleurs indiqué après la pesée qu’il s’agirait du dernier combat de Lemieux chez les 160 lb. Ne serait-ce que pour épargner la santé du pugiliste, c’est une sage décision, il va sans dire.

Reste à voir de quoi aura l’air le chant du cygne de Lemieux chez les moyens. Espérons pour lui qu’il ne se terminera pas sur une fausse note.

À cause des juges? Vraiment?

[Photo tirée de Twitter]

Si un ou des juges du combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack avait été canadien, le champion aurait eu davantage de chances d’être sacré vainqueur plutôt que de devoir se contenter d’un verdict nul majoritaire.

C’est du moins ce qu’ont prétendu Stevenson et son promoteur Yvon Michel en conférence de presse jeudi, cinq jours après le duel face à Jack disputé au Air Canada Centre de Toronto. En vertu de ce résultat nul, Stevenson a pu conserver son titre WBC des mi-lourds.

Deux des trois juges sélectionnés par le WBC pour cet affrontement venaient des États-Unis, tandis que le troisième était d’Italie. Deux d’entre eux ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a donné Jack gagnant à 115-113. L’arbitre Ian John Lewis, quant à lui, est un Britannique.

« Moi, je trouve que j’ai gagné. […] Mais Floyd Mayweather [le promoteur de Jack] a joué un petit tour. Il n’y en avait pas un seul qui était canadien. C’est Floyd qui s’est arrangé. Comment se fait-il qu’on est en sol canadien et qu’il n’y a pas un seul juge qui est canadien? », a déploré Stevenson.

Or, quiconque ayant vu le combat vous dira que le résultat nul n’a absolument rien de scandaleux. Les deux hommes se sont livré une rude bagarre tout au long des 12 rounds. Et si les six premiers ont été l’affaire de Stevenson dans l’ensemble, les six suivants (ou presque) sont nettement allés à Jack. Difficile de déterminer un gagnant sans équivoque dans ces circonstances.

Yvon Michel, lui, a reproché au patron de la Commission athlétique de l’Ontario, Ray Dempster, d’avoir laissé le WBC lui imposer ses juges sans rechigner. Si le combat avait eu lieu au Québec, dit-il, Michel Hamelin, responsable des sports de combat pour la Régie des alcools, des courses et des jeux, n’aurait jamais accepté une telle situation.

Il y a effectivement fort à parier qu’au moins un des juges aurait été québécois si le duel avait été présenté, disons, à Montréal comme prévu au départ. Cela dit, la déclaration du promoteur a de quoi faire sourciller. Des juges québécois auraient-ils été plus favorables à Stevenson simplement parce qu’il est lui-même Québécois?

La réputation et le professionnalisme des officiels de la RACJ ne font aucun doute dans l’univers de la boxe. De tels propos frisent les allégations de chauvinisme.

Yves Ulysse a-t-il été privilégié lorsqu’il a affronté Steve Claggett? Et Francis Lafrenière, quand il s’est frotté à Albert Onolunose? Et Shakeel Phinn, lors de son choc face à Ramon Aguinagua?

Poser ces questions, c’est y répondre, comme on dit. Ce n’est pas parce qu’un juge a la même nationalité qu’un boxeur qu’il favorisera nécessairement ce dernier. Sauf parfois à Las Vegas, mais ça, c’est une autre histoire…

Stevenson a aussi plaidé qu’il avait été ralenti par un rhume pendant le combat et les jours qui ont précédé. Il n’y aucune raison de douter qu’il ait en effet été malade. Mais quand on en est rendu à montrer les juges du doigt, alors que leur décision n’a révolté personne, soyons francs : ça ne fait pas très sérieux.

Pourtant, le champion n’a pas à rougir de sa performance dans le ring. Il a connu quelques difficultés, certes, mais il a malgré tout fini le combat sur ses deux pieds. Et surtout, il a montré qu’il était encore capable de rivaliser avec les meilleurs de sa division, en dépit de ses 40 ans et de tout ce qu’on a pu dire sur lui à ce sujet.

Dommage qu’il semble préférer trouver des excuses.

Pascal-Bossé à Laval

Dans un autre ordre d’idées, le Groupe Yvon Michel a finalement confirmé jeudi que le combat du 29 juin entre Jean Pascal et Steve Bossé allait bien avoir lieu à la Place Bell, à Laval.

Le choix de cet amphithéâtre tombe sous le sens. D’une part, cela permettra à Pascal de se battre chez lui, dans son patelin. D’autre part, l’événement sera à l’abri d’éventuels caprices de la météo, ce qui n’aurait pas été le cas s’il avait eu lieu au stade IGA, comme on l’envisageait.

Par ailleurs, et puisqu’on parlait d’eux plus haut, on a appris que Francis Lafrenière et Albert Onolunose se livreraient un combat revanche en demi-finale de ce gala. Rappelons qu’à leur première confrontation, le 15 mars, Onolunose avait surpris Lafrenière par décision majoritaire pour lui ravir sa ceinture NABO des poids moyens.

En plus de mettre un terme à une séquence de 13 victoires consécutives, cette défaite avait laissé un goût amer dans la bouche de Lafrenière, qui avait reproché à Onolunose un manque d’activité au cours du duel. Il faut dire que ce dernier avait réussi à jouer un vilain tour au Québécois en adoptant un style similaire au sien, dans lequel les corps à corps et les accrochages sont légion.

Chose certaine, Lafrenière sera très certainement affamé au moment de remonter dans le ring pour y croiser Onolunose à nouveau. Les probabilités de voir des flammèches durant ce combat sont plutôt fortes.

Stevenson a eu chaud…

[Photo tirée de Twitter]

Il y aura toujours des exceptions, bien sûr. Mais vous voyez ce qui arrive quand les meilleurs boxeurs affrontent les meilleurs ?

Règle générale, on obtient un combat enlevant, qui nous tient au bout de notre siège, et au cours duquel les coups fusent de toutes parts. Exactement comme celui que nous ont offert Adonis Stevenson et Badou Jack samedi soir, au Air Canada Centre de Toronto.

De l’action, du suspense, des revirements… C’est à un véritable buffet d’émotions qu’on a eu droit au cours de ce duel. Et ce, du début jusqu’à la toute fin, lorsqu’on nous a annoncé que cette furieuse bagarre s’était soldée par un verdict nul majoritaire. Deux juges ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a vu Jack gagnant à 115-113.

C’est donc dire que Stevenson (29-1-1, 24 K.-O.) a réussi une neuvième défense de son titre WBC des mi-lourds. Et que pour la première fois depuis son premier combat face à Darnell Boone, en avril 2010, il est ressorti de l’arène sans une victoire en poche.

« Je l’ai touché plus souvent. J’estime avoir gagné. »

-Adonis Stevenson

Les partisans de Jack (22-1-3, 13 K.-O.) seront sans doute nombreux à crier au vol. Il faut dire que leur favori a largement dominé la deuxième moitié de l’affrontement, plaçant Stevenson en mauvaise posture à plusieurs occasions.

«Je pensais avoir gagné. Aucun juge ne l’a vu gagnant», a souligné Jack à cet égard.

Il y avait d’ailleurs longtemps qu’on avait vu le champion être à ce point en danger durant un combat. Vous souvenez-vous de la dernière fois où il a saigné du nez dans le ring? C’est ce que je croyais.

Or, les premiers rounds ont été si chaudement disputés qu’il était souvent difficile de déterminer un vainqueur avec certitude. En fait, et c’est sans doute sur ce plan que le verdict nul fait le plus mal pour le camp Jack, les rounds remportés par ce dernier étaient sans équivoque : sa domination était alors claire et nette. En contrepartie, les gains de Stevenson étaient moins évidents. Ou pouvaient davantage être matière à débats, si vous préférez. Ce qui explique très certainement la décision des juges.

On aura beau le critiquer tant qu’on voudra sur la façon dont il gère sa carrière, Stevenson reste malgré tout un excellent pugiliste. Et on doit reconnaître qu’il a tenu le coup contre l’un des très bons boxeurs de sa division. Mais comme tout le monde, il a ses limites, et Jack a su les exploiter.

En se tenant à distance de son adversaire et en prenant tout le temps nécessaire pour l’approcher de la bonne manière, le Suédois a empêché en grande partie son rival de sortir sa terrifiante main gauche, qui a pulvérisé tant de pauvres victimes par le passé.

De fait, le seul moment où Jack a véritablement été ébranlé durant le combat est venu au 10e round, lorsqu’il a justement reçu une puissante gauche en plein abdomen. Si Jack n’avait pas su se ressaisir au bon moment et encaisser les assauts subséquents, ce coup aurait pu causer sa perte.

Après la dernière cloche, Stevenson est retourné dans son coin épuisé et l’air inquiet, sûrement conscient de la réelle possibilité qu’il soit détrôné. À l’inverse, Jack s’est dirigé vers son équipe les deux bras dans les airs, sourire triomphant aux lèvres. C’était avant l’annonce du pointage, évidemment. La scène était néanmoins éloquente.

Stevenson ne l’avouera jamais si candidement, c’est certain, mais il a eu chaud samedi. Très chaud. Si Jack avait connu un départ plus canon, sans pour autant s’offrir comme cible, on doute que le Québécois serait rentré chez lui avec sa ceinture.

Notons que le contrat pour cette confrontation contenait une clause permettant la tenue d’un éventuel combat revanche. Les deux hommes se sont montrés ouverts à l’idée au terme de leur duel. Avec une conclusion comme celle à laquelle on a assisté, une telle option tombait sous le sens de toute façon.

Seul problème, Jack souhaiterait que la revanche ait lieu chez lui, à Las Vegas, tandis que Stevenson voudrait demeurer au Canada. Une (autre) saga à suivre…

Rivas le technicien

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Oscar Rivas (à droite) a vaincu Hervé Hubeaux par décision unanime. / Photo tirée de Twitter

Oscar Rivas (24-0, 17 K.-O.) était dû pour un défi. Un vrai. Il en a eu un bien relevé en la personne du Belge Hervé Hubeaux (29-3, 14 K.-O.), en demi-finale du gala de samedi.

Face à un adversaire nettement plus aguerri que ceux qu’il a affrontés à ses dernières sorties, le Colombien a dû mettre en valeur ses meilleurs atouts techniques pour venir à bout de Hubeaux, ce qu’il a fait par décision unanime (99-91, 100-90, 100-90). Il a ainsi réussi la première défense de sa ceinture NABF des poids lourds.

Contrairement aux derniers boxeurs que Rivas a affrontés, Hubeaux a à la fois démontré de bonnes aptitudes défensives et une capacité à atteindre sérieusement la cible. Ainsi, Rivas ne pouvait se contenter de se ruer tout simplement sur lui pour le marteler jusqu’à ce qu’il tombe. Il a plutôt dû faire preuve de patience et d’intelligence. Et c’est précisément ce qu’il a réussi, en plus de s’acharner sur le corps de Hubeaux, question d’éroder sa garde et créer des ouvertures.

Après le combat, on a appris que Rivas s’était déchiré le biceps dès le troisième round, ce qui explique pourquoi il a souvent semblé avoir de la difficulté à attaquer de la main droite. Il faudra surveiller de près l’évolution de cette blessure, surtout quand on sait à quel point il a été ennuyé par des problèmes de santé ces dernières années.

Les autres résultats

L’Ontarien Kane Heron (11-0-1, 5 K.-O.) et le Mexicain Ivan Alvarez (27-9-1, 17 K.-O.) se sont livrés une furieuse guerre dans l’arène qui a réjoui la foule. Du moins, jusqu’à ce qu’on lui annonce que le combat s’était soldé par un verdict nul majoritaire. L’un des juges a vu Alvarez gagnant à 78-74, tandis que les deux autres ont remis des cartes de 76-76.

Mikaël Zewski (31-0, 22 K.-O.) s’est emparé du titre WBC International des mi-moyens en l’emportant par décision unanime (100-89, 99-90, 99-90) devant l’Argentin Diego Gonzalo Luque (21-5-1 10 K.-O.). Si le duel lui-même s’est avéré plutôt terne, on se souviendra cependant de ce loustic qui a tenté de monter dans le ring au milieu du septième round, forçant la suspension du combat pendant quelques minutes (voir vidéo ci-dessous). Heureusement, l’individu a rapidement été intercepté par les agents de sécurité, qui l’ont ensuite escorté hors du Air Canada Centre alors qu’il était complètement nu. Du jamais vu pour l’auteur de ces lignes…

Dans un affrontement de poids lourds décousu au possible, l’Ontarien d’origine albanaise Kristian Prenga (8-1, 8 K.-O.) n’a eu aucun mal à se défaire de l’Argentin Ricardo Humberto Ramirez (14-5, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :44 du troisième round. Ramirez, dont la technique et la forme physique laissaient pour le moins à désirer, s’est surtout fait remarquer pour avoir craché son protecteur buccal à répétition, jusqu’au point d’être pénalisé par l’arbitre.

Christian Mbilli (10-0, 10 K.-O.) a une fois de plus démontré son immense talent en forçant l’Argentin Marcos Jesus Cornejo (19-3, 18 K.-O.) à l’abandon à 1 :52 du troisième round. Une décision judicieuse de la part du coin de ce dernier, alors que Mbilli pilonnait son adversaire sans aucune gêne depuis le début du duel. Le Français met du même coup la main sur un premier titre mineur en carrière, en l’occurrence la ceinture WBC jeunesse des poids moyens.

Patrice Volny (11-0, 8 K.-O.) a conservé son titre NABA Canada des poids moyens en réglant le cas de l’Albertain Janks Trotter (10-5-2, 10 K.-O.) à la toute fin du premier round. Le Québécois a envoyé son rival au plancher avec un jab en apparence inoffensif. Or, Trotter a eu toutes les misères du monde à se relever, tant et si bien que l’officiel a préféré mettre un terme au combat.

À son premier combat en tout près de 15 mois, Sébastien Bouchard (16-1, 6 K.-O.) a aisément disposé du Serbe Sladan Janjanin (24-3, 18 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :08 du deuxième round. Comme on pouvait s’y attendre, Bouchard a paru un peu rouillé en début d’affrontement. Mais il a rapidement repris le dessus, envoyant Janjanin au tapis trois fois durant le second assaut. À la troisième chute, l’arbitre en a eu assez.

Mazlum Akdeniz (5-0, 2 K.-O.) a vaincu le Canadien Lloyd Reyes (0-2) par arrêt de l’arbitre à 1 :40 du deuxième round. Akdeniz avait envoyé Reyes au plancher grâce à un violent crochet droit au visage lors du premier engagement. Il a remis ça au deuxième, alors que Reyes cherchait carrément à se sauver de son adversaire.

Pascal-Bossé: c’est (enfin) officiel!

[Photo archives Vincent Éthier]

Depuis le temps qu’on attendait une annonce officielle, voilà qu’elle est finalement tombée jeudi matin. Jean Pascal mettra bel et bien un terme à sa retraite en remontant dans le ring le 29 juin pour y affronter Steve Bossé.

Le boxeur a d’abord diffusé la nouvelle sur son compte Twitter. Le Groupe Yvon Michel, qui assurera la promotion de l’événement, a ensuite confirmé le tout par communiqué. Le combat aura lieu soit au stade IGA, soit à la Place Bell. Une conférence de presse lancera les activités promotionnelles vendredi.

Une fois le tout annoncé, les deux belligérants n’ont d’ailleurs pas tardé à se lancer quelques flèches par tweets interposés, comme on peut le constater ci-dessous.

 

Tout cela met donc un terme à des mois de spéculations entourant l’avenir de Pascal, qui avait dit vouloir mettre un terme à sa carrière après sa victoire face à Ahmed Elbiali le 8 décembre, en Floride.

Bossé… et plus encore

Or, quelques semaines plus tard, le Lavallois avait changé son fusil d’épaule, et parlait d’un retour pour livrer un dernier combat devant ses partisans québécois. Il n’en fallait pas plus pour alimenter les rumeurs, tant au sujet de la sincérité de son souhait que de l’identité de son éventuel adversaire.

Mais voilà, non seulement Pascal est bel et bien de retour, il dit maintenant vouloir continuer à se battre après son duel contre Bossé.

« C’est certain que je vais prendre la mesure de l’eau chez les lourds et je verrai ce que je fais ensuite, a-t-il déclaré. Je pourrais rester chez les lourds ou retourner chez les mi-lourds pour livrer un combat de championnat du monde. […] Mais j’ai toujours dit à Yvon Michel que je boxerais chez les lourds avant ma retraite », a indiqué le boxeur de 35 ans, tel que cité par le collègue Frédéric Daigle de la Presse canadienne.

On ne pourra certainement pas l’accuser de manquer d’ambition.

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Steve Bossé a un premier défi à relever avant même le combat: respecter la limite de poids. / Photo tirée de Facebook

Parlant de poids, notons que Pascal, qui se bat d’ordinaire à 175 lb, devra respecter une limite fixée à 188 lb pour la pesée officielle. Bossé, qui évolue chez les lourds, ne pourra quant à lui dépasser ce seuil de plus de 12 lb. Ce qui signifie que si Pascal monte sur le pèse-personne à 186 lb, par exemple, Bossé devra peser 198 lb ou moins. Un beau défi en perspective pour le Boss et son équipe d’entraîneurs.

Et qu’en est-il du combat lui-même? Pascal, ex-champion WBC, part évidemment grand favori. Qui plus est, il sera animé du désir de signer une victoire éclatante pour souligner son retour dans l’arène, et devant son public par-dessus le marché.

Bossé, 36 ans, a beau s’être battu longtemps en arts martiaux mixtes, il n’a qu’un seul combat de boxe professionnelle à sa fiche. Certes, il avait passé le knock-out à son adversaire dès le deuxième round, mais entre nous, l’athlète de Saint-Jean-sur-Richelieu était loin d’avoir un grand défi devant lui. Cela dit, Bossé s’amènera lui aussi dans le ring en ayant le couteau entre les dents, déterminé à prouver qu’il est en mesure de se frotter aux meilleurs.

On verra bien ce que tout ça donnera dans le ring. Ce qui est sûr, cependant, c’est que l’ambiance sera au rendez-vous dans les gradins. Peu importe que ce soit ceux du stade IGA ou de la Place Bell!

Un été occupé!

Mine de rien, la confirmation du combat Pascal-Bossé vient garnir encore plus un calendrier estival de boxe qui était déjà fort bien rempli. Voyez vous-même avec cette brève recension.

  • 19 mai : Adonis Stevenson-Badou Jack, Toronto
  • 26 mai : David Lemieux-Karim Achour, Québec
  • 9 juin : Marie-Ève Dicaire contre une adversaire à déterminer, Montréal
  • 16 juin : Simon Kean-Adam Braidwood, Shawinigan
  • 23 juin : Steven Butler-Carson Jones, Montréal
  • 29 juin: Jean Pascal-Steve Bossé, Montréal/Laval
  • 4 août : Eleider Alvarez-Sergey Kovalev, Atlantic City

À l’évidence, les amateurs de boxe de partout au Québec auront amplement de quoi se mettre sous la dent au cours des prochaines semaines. Et on ne s’en plaindra certainement pas.