Blog

Stevenson, toujours roi et maître

[Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]

Le premier affrontement entre Adonis Stevenson et Andrzej Fonfara, il y a trois ans, avait laissé un goût amer dans la bouche du Québécois. Ce dernier l’a emporté, certes, mais pas avant d’avoir visité le tapis et que le combat se rende à la limite. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le scénario a été tout autre samedi soir, au Centre Bell.

Impitoyable envers son rival, Stevenson (29-1, 24 K.-O.) a ressorti sa main gauche dévastatrice pour hacher menu Fonfara (29-5, 17 K.-O.) et signer une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à seulement 27 secondes du deuxième round.  Une victoire suscitant à la fois les acclamations et les huées chez les 6183 spectateurs réunis dans les gradins.

Il fallait voir Stevenson parader dans l’arène avec une couronne sur la tête et une cape sur les épaules, quelques instants après qu’on eut confirmé son triomphe, question de rappeler à tout le monde qu’il continue de régner en tant que champion WBC des mi-lourds. On aura beau le critiquer, lui reprocher de ne pas se battre assez souvent ou contre des adversaires de second ordre, on ne peut lui enlever ses aptitudes pugilistiques, pas plus que les huit défenses victorieuses de son titre.

IMG_0454-1
Adonis Stevenson portait fièrement la couronne après sa victoire face à Andrzej Fonfara. [Photo Jean-Philippe Arcand]
«J’ai eu l’opportunité de finir [Fonfara], et je l’ai fini. La différence [avec le premier combat], c’est que j’ai pris mon temps pour finir la job», a résumé Stevenson, 39 ans, sous le regard amusé du promoteur Yvon Michel.

Dès les premiers instants du duel, le champion s’est rué à toute allure sur son aspirant de 29 ans, l’envoyant au tapis grâce à cette redoutable gauche. Fonfara peinait tellement à demeurer debout que personne n’aurait été surpris de voir l’arbitre Michael Griffin décréter la fin des hostilités à ce moment.

Mais Fonfara est revenu tant bien que mal pour le second engagement. Le retour aura cependant été bref. Voyant que son protégé était tout simplement incapable de se défendre, l’entraîneur de Fonfara, Virgil Hunter, a sagement demandé à l’officiel de mettre un terme au duel.

Pascal-Alvarez : les attentes comblées

18880330_788162571353027_2134296250987698653_o
Eleider Alvarez (à droite) a vaincu Jean Pascal par décision majoritaire des juges. [Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]
Si la brève finale a pu en laisser certains sur leur appétit, la demi-finale opposant Eleider Alvarez (23-0, 11 K.-O.) et Jean Pascal (31-5-1, 18 K.-O.) valait presque à elle seule le prix d’entrée.

Les deux hommes se sont livré un combat épique, enflammé, et qui s’est conclu à l’avantage d’Alvarez par décision majoritaire des juges. Deux d’entre eux ont donné le Colombien de 32 ans gagnant, 117-111 et 116-112 (le même pointage que Ringside avait sur sa carte), tandis que le troisième a vu un match nul à 114-114.

Plusieurs se demandent bien, d’ailleurs, ce qui a convaincu ce juge d’y aller d’un verdict nul, car Alvarez a largement dominé le combat dans l’ensemble. Son jab, qui constitue de loin sa meilleure arme, a donné du fil à retordre à Pascal tout au long des 12 rounds.

Cela dit, Pascal n’a pas été mauvais pour autant durant cet affrontement. Il a connu sa part de bons moments, surtout aux septième et huitième rounds. Mais devant un as technicien comme Alvarez, le Lavallois a souvent semblé être à court de ressources, incapable de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui.

Fait rare, Pascal a préféré ne pas rencontrer les médias après la soirée. «Il n’a rien à dire de plus que ce qu’il a déjà dit cette semaine», a expliqué Yvon Michel.

Mais en matinée dimanche, le boxeur de 34 ans a publié un message sur sa page Facebook dans lequel il laisse entendre que l’option de la retraite semble pour le moment exclue. «Je crois avoir bien boxé hier, mais pas assez bien. Il y a plusieurs choses que j’aurais pu mieux faire. Je vais donc retourner dans le ‘lab’ dès que possible», a-t-il écrit.

«Il n’a pas perdu contre le 40e au monde. Il a perdu contre l’un des meilleurs mi-lourds. J’aimerais certainement le revoir dans le ring», a quant à lui fait savoir Michel.

De son côté, Alvarez s’est donc assuré de conserver son titre d’aspirant obligatoire à Stevenson, qu’il détient depuis deux ans. Après avoir patienté tout ce temps et accepté de mettre son titre en jeu à deux reprises, Alvarez veut désormais passer aux choses sérieuses.

«Je veux le combat maintenant. J’ai mérité mon combat maintenant.»

-Eleider Alvarez

Le boxeur pourrait bien voir son souhait exaucé, aux dires d’Yvon Michel, qui a indiqué qu’un tel affrontement pourrait avoir lieu à l’automne. À moins que Stevenson opte pour un combat d’unification des titres WBA, WBO et IBF des 175 livres, propriété d’Andre Ward depuis sa victoire contre Sergey Kovalev en novembre. Tous deux croiseront à nouveau le fer le 17 juin.

Stevenson n’a d’ailleurs pas caché sa préférence pour cette avenue, bien qu’il se dise prêt à toute éventualité. «Je suis ouvert à n’importe quoi. Je suis là pour boxer. Je suis là pour être dans le ring avec n’importe quel boxeur. Mais ce n’est pas moi qui négocie. Je laisse ça entre les mains [de mon gérant] Al Haymon.»

Les autres résultats

À son premier combat en 18 mois, Mikaël Zewski (28-1, 21 K.-O.) a réussi un retour victorieux face au Mexicain Fernando Silva (15-11-3, 6 K.-O.). Mais il a néanmoins dû composer avec un adversaire sans doute beaucoup plus coriace et féroce que prévu. Le Trifluvien est quand même sorti du ring avec une victoire par décision unanime (80-71 partout).

Dans un duel tout à fait oubliable, Dario Bredicean (14-0, 4 K.-O.) a vaincu le Mexicain Manuel Garcia (15-14-2, 6 K.-O.) par décision unanime des juges (80-72 partout). La plupart des rarissimes étincelles de ce combat sont venues de la part du protégé de Lucian Bute, et ce fut suffisant pour lui permettre de l’emporter.

En lever de rideau, Christian M’Billi (4-0, 4 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Cesar Ugarte (4-2, 2 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 47 secondes du deuxième round. M’Billi a rapidement imposé son rythme grâce, entre autres, à sa main droite percutante. Ugarte a visité le tapis deux fois au premier engagement.

Rappelons que deux autres combats devaient être présentés au cours de cette soirée avant qu’ils ne soient annulés. D’abord, le poids lourd Oscar Rivas a dû prendre un congé forcé puisqu’on a été incapable de lui trouver un adversaire à temps.

Puis, lors de la pesée officielle, le boxeur qui devait en découdre avec Custio Clayton, le Mexicain Oscar Cortez, a fait preuve d’un incroyable professionnalisme (!) en montant sur le pèse-personne avec un surpoids de… 24 livres ! En voilà un qui doit avoir sa carte de fidélité au buffet du coin…

Pas trop de regrets, cependant, puisque Rivas et Clayton seront en action le 15 juin pour le prochain gala du Groupe Yvon Michel, au Casino de Montréal.

Le roi déchu

[Photo Bob Lévesque]

QUÉBEC – C’est quand même incroyable, quand on y pense. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, Adonis Stevenson, affrontait son aspirant obligatoire pour la première fois depuis… Tony Bellew, en 2013 ! Un événement à ce point rare qu’on a choisi de surnommer le gala «Obligatoire». C’est dire…

Et l’aspirant en question pour cette fois-ci, l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, n’avait pas volé sa place. Invaincu en 15 sorties professionnelles, le médaillé de bronze aux Jeux de Londres en 2012 s’amenait même dans le ring en tant que favori, selon différents preneurs aux livres. Et avec le légendaire entraîneur Teddy Atlas dans son coin, par-dessus le marché.

Gvozdyk (16-0, 13 K.-O.) allait-il réussir là où neuf autres boxeurs avaient échoué avant lui ? Réponse : oui, et de brillante façon. Au terme d’un duel âprement disputé, l’Européen est venu à bout de Stevenson (29-2-1, 24 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :49 du onzième round pour devenir le nouveau champion WBC des mi-lourds.

Au moment de l’arrêt, deux juges avaient Stevenson en avance sur leur carte, 96-94 et 98-92 (on a de la difficulté à la comprendre, celle-là, monsieur Jack Woodburn…). Le troisième avait un combat nul à 95-95, tout comme Ringside.

Après le combat, Stevenson a quitté le Centre Vidéotron sur une civière en direction de l’hôpital pour y passer différents tests. S’il semblait aller après le combat, le promoteur Yvon Michel a confié que le boxeur était ensuite devenu confus dans le vestiaire. On soupçonnait une sérieuse commotion cérébrale, et l’inquiétude régnait dans le camp Stevenson. Rien de bien rassurant pour le boxeur de 41 ans, en effet.

Si les premiers rounds sont allés à l’avantage du champion en titre, qui coupait admirablement bien le centre du ring en tentant de placer sa redoutable main gauche sur la cible, les assauts subséquents se sont avérés beaucoup plus serrés. Mais c’est au septième que Gvozdyk a véritablement ouvert la machine, plaçant Stevenson dans un véritable pétrin pour la première fois de l’affrontement.

Déjà qu’on sentait le champion ralentir, ce septième round aura ultimement signifié le début de la fin de Stevenson. Il a bien bataillé comme il l’a pu, rebondissant chaque fois qu’on le croyait fini pour de bon. Mais à un moment donné, la magie n’opérait plus. Le poids des années commençait-il à se faire sentir sur ses épaules ?

«Il était fatigué au 11e round. Mais la performance qu’il a livrée me dit qu’il est encore au niveau de l’élite. Gvozdyk est aussi bon que [Dmitry] Bivol, sinon plus.»

-Yvon Michel

Toujours est-il que Gvozdyk, qui n’en demandait pas tant, ne s’est pas fait prier pour en profiter, usant peu à peu son adversaire jusqu’à ce onzième round fatidique. À ce moment, il a solidement atteint Stevenson au visage d’une main droite. Ébranlé, Stevenson s’est mis à reculer jusque dans un coin. Il s’est ainsi retrouvé pris au piège.

Gvozdyk s’est aussitôt mis à le pilonner, heurtant à nouveau Stevenson de plein fouet au visage avec de puissantes droites. La dernière fut la bonne : Stevenson s’est effondré au tapis, et l’arbitre Michael Griffin a jugé que celui-ci en avait eu assez. Le règne du roi Adonis venait de prendre fin.

«Adonis gagnait pendant 10 rounds sur les cartes des juges. Ce fut un match d’escrime dans lequel Gvozdyk tentait de minimiser les erreurs», a analysé Michel.

La défaite et la perte de la ceinture fait évidemment mal à Stevenson. Mais on peut se demander s’il sera en mesure de poursuivre sa carrière, surtout si la gravité de ses blessures se confirme. À 41 ans, et maintenant père de cinq enfants, Stevenson serait fou de prolonger indûment son parcours en mettant ainsi sa santé en danger. Attendons de voir, mais pour l’instant, ça ne sent pas bon du tout.

Dicaire championne !

47152454_10155955359252083_2478226761498755072_n
Marie-Ève Dicaire était tout sourire en recevant sa nouvelle ceinture. / Photo Bob Lévesque

Il y avait un autre combat de championnat mondial samedi, chez les femmes, celui-là. Marie-Ève Dicaire, qui en était à une première expérience en pareilles circonstances, tentait de ravir le titre IBF des super-mi-moyens à l’Uruguayenne Chris Namus.

La pugiliste de Saint-Eustache attendait depuis longtemps l’occasion de se battre en championnat mondial, et elle n’avait certainement pas l’intention de rater sa chance. Disputant l’un de ses meilleurs combats jusqu’à présent, Dicaire (14-0) a accompli sa mission : elle a défait Namus (24-5, 8 K.-O.) par décision unanime (97-93, 97-93, 96-64) – et, du même coup, a en quelque sorte sauvé la soirée du Groupe Yvon Michel.

Ringside avait pour sa part un match nul à 95-95 sur sa carte. Comme quoi même les meilleurs ( !) peuvent se tromper.

«On l’a fait !, s’est exclamé la nouvelle championne à sa sortie du ring. Il y a quatre ans, on m’a dit que je n’allais plus boxer de ma vie. Mais il y a une équipe qui a cru en moi. […] Qui aurait cru qu’un jour, on aurait une championne de boxe féminine au Québec ?»

«Elle a livré la meilleure performance de sa carrière contre la meilleure adversaire qu’elle ait rencontré.»

-Yvon Michel

Il faut dire que les deux belligérantes se sont livré une bagarre endiablée – certainement l’un des très bons combats de boxe de l’année au Québec. L’action, tantôt à l’avantage de la Québécoise, tantôt à celui de la Sud-Américaine, a tenu le public sur le bout de son siège du début à la fin.

Namus avait peut-être l’avantage de l’expérience, mais au final, elle n’a pu neutraliser le talent de Dicaire pour esquiver ses attaques. Sans parler de la gauche de la Québécoise, d’une redoutable efficacité en contre-attaque.

«On savait que Namus mettrait de la pression et qu’elle était pesante dans ses coups, mais elle n’a pas l’intelligence que Marie-Ève peut avoir dans un ring», a décrit l’entraîneur de la gagnante, Stéphane Harnois.

Le duel ne fut pas de tout repos pour Dicaire qui, de son propre aveu, a dû puiser au plus profond de ses ressources pour résister à la pugnacité de sa rivale.

«Je n’avais plus de jambes au septième ou au huitième round. Mais la foule criait tellement fort. Je me disais que je ne pouvais pas laisser tomber ces gens-là.»

-Marie-Ève Dicaire

Et comment ! Au dixième et dernier round, Dicaire a livré ce qu’on pourrait décrire comme étant le meilleur round de sa carrière, passant bien près de coucher Namus – et, qui sait, récolter un premier knock-out à sa fiche. Namus a cependant résisté, de peine et de misère, jusqu’à la limite.

«Entre le neuvième et le dixième, on m’a motivée. On m’a dit : ‘tu vas être championne.’ J’ai seulement essayé de survivre, et ça a donné ce que ça a donné», a indiqué Dicaire.

On soulignera à juste titre le caractère historique de cette victoire de Dicaire, qui devient la première Québécoise championne du monde. Mais cette ceinture, c’est aussi la preuve de la vitesse à laquelle sa carrière a progressé depuis ses débuts professionnels en 2015. Un tel essor n’est pas le fruit du hasard : il témoigne d’abord et avant tout d’une attitude et d’une éthique de travail irréprochables

«Elle a fait tout ce qu’il fallait qu’elle fasse. Elle a été disciplinée dans le ring et dans tous les aspects de sa carrière», a fait valoir Michel.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (18-1, 8 K.-O.) a réglé le cas du Brésilien Vitor Jones Freitas (15-3, 9 K.-O.) en lui passant le knock-out à 1 :53 du troisième round grâce à un vif coup au corps.

Mikaël Zewski (32-1, 22 K.-O.) n’a eu aucun mal à disposer du Mexicain Aaron Herrera (35-9-1 24 K.-O.), l’emportant par décision unanime (100-90 partout). Il conserve ainsi sa ceinture WBC International des mi-moyens. Il s’agit d’une cinquième victoire consécutive pour Zewski depuis son retour au Québec, en juin 2017.

À son premier combat depuis le mois de mai, alors qu’il s’était blessé au bras à Toronto, Oscar Rivas (25-0, 17 K.-O.) a à peu près tout fait avec son adversaire, le Brésilien Fabio Maldonado (26-1, 25 K.-O.), sauf lui passer le knock-out. Il l’a bien envoyé au tapis au cinquième round, mais le Colombien a finalement dû se contenter d’une victoire par décision unanime (100-89, 99-90, 99-90). Rivas a cependant ralenti considérablement le tempo à partir du septième assaut, laissant même présager une autre blessure. Son combat du 18 janvier face à Bryant Jennings serait-il menacé ?

Prenez deux taupins qui sortent de leur débit de boisson favori complètement saouls à 3h du matin, offrez leur un peu d’argent pour qu’ils se tapent dessus, et vous devriez assister à un duel semblable à celui que nous ont offert l’Américain Aaron Pryor fils (21-11-2, 13 K.-O.) et le Brésilien Gilberto Pereira (14-9, 10 K.-O.). Duel qui est allé à l’avantage de Pryor par décision unanime (59-55 partout). Si Pryor, qu’on ne confondra jamais avec son illustre paternel, n’était pas le partenaire d’entraînement de Stevenson depuis longtemps, il n’aurait jamais été ajouté à la carte. Une vraie farce, ni plus ni moins.

Shakeel Phinn (19-2-1, 13 K.-O.) et Dario Bredicean (17-0-1, 5 K.-O.) s’affrontaient pour l’obtention du titre vacant IBF des super-moyens. Or, les deux pugilistes se sont livrés un combat nul majoritaire. Deux juges ont remis des cartes de 95-95, tandis que le troisième a vu Phinn gagnant à 98-92. Si Bredicean semblait avoir le dessus lors des premiers rounds, Phinn a repris le dessus à mesure que le duel avançait.

En lever de rideau, le poids lourd torontois d’origine ukrainienne Oleksandr Teslenko (15-0, 12 K.-O.) a forcé le Brésilien Edson Cesar Antonio (40-8-1, 31 K.-O.) à l’abandon à 2 :55 du troisième round. L’entraîneur du Sud-Américain a sagement lancé la serviette en voyant son boxeur aller au plancher pour une deuxième fois dans ce combat. Notons que Teslenko est un protégé de l’entraîneur Marc Ramsay.

Publicités

L’heure de la grande question

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

La question refait invariablement surface lorsqu’on parle d’un vétéran boxeur qu’on sait sur ses derniers milles, mais qui poursuit malgré tout sa carrière. Sera-t-il de ceux qui auront livré le proverbial « combat de trop »? Et si c’est le cas, à quel moment ce damné combat aura-t-il lieu?

Aussi triste que cela puisse être à dire, Jean Pascal pourrait avoir livré ce combat de trop samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, alors qu’il se mesurait au champion WBA des mi-lourds, Dmitry Bivol. Déjà fortement négligé aux yeux d’à peu près tout le monde avant la première cloche, le Lavallois s’est fait servir une véritable leçon de boxe par le Russe, qui l’a emporté par décision unanime (117-111, 119-109, 119-109). Ringside avait pour sa part Bivol gagnant à 118-110.

D’un bout à l’autre des 12 rounds de ce duel, Bivol (15-0, 11 K.-O.) a fait l’étalage de son talent encore cruellement mésestimé. Grâce à un jab efficace, il a gardé Pascal (33-6-1, 20 K.-O.) à distance. Ainsi, ce dernier n’a jamais été en mesure de placer quelque attaque sérieuse que ce soit. Les statistiques le montrent bien : Bivol a atteint la cible 217 fois dans ce combat, contre seulement 60 pour Pascal.

Mais c’est surtout sur le plan de la vitesse que l’immense canyon qui sépare les deux pugilistes était manifeste. Trop souvent, on a senti que Pascal avait les jambes lourdes devant Bivol. La différence d’âge (36 ans contre 27), entre autres choses, sautait aux yeux plus que jamais.

Pis encore, Pascal était visiblement exténué à partir du sixième round. Normal, à force de courir après un adversaire aussi élusif. Et déjà qu’il lançait peu de coups jusque-là, il en a envoyé encore moins par la suite. Certainement pas la situation idéale quand le knock-out devient essentiel pour l’emporter.

L’ancien champion WBC nous a bien offert quelques lueurs d’énergie ici et là, particulièrement au huitième et dixième rounds. Mais chaque fois, dès l’assaut suivant, cet élan soudain d’agressivité s’évanouissait… et Pascal replongeait alors dans la vase de laquelle il semblait tenter de se dépêtrer depuis le début de l’affrontement.

Pour tout dire, et au risque de paraître injustement sévère, c’est à peine si Bivol a eu à forcer pour réussir la troisième défense de son titre. Tout semblait si facile, si automatique pour lui. Ceux qui ne le connaissaient pas avant ce duel auraient intérêt à en apprendre davantage à son sujet, car vous allez le voir encore un bon bout de temps.

Que faire?

On l’a maintes fois répété, et on ne le dira jamais assez : aussi polarisant puisse-t-il être auprès de certains amateurs, personne ne pourra reprocher à Jean Pascal d’avoir esquivé les défis et de s’être donné un parcours aisé au cours de sa carrière.

Il s’est frotté à un Carl Froch et un Bernard Hopkins au sommet de leur art. Après une première défaite sans appel, il a réclamé un combat revanche contre Sergey Kovalev – et le résultat fut encore plus douloureux. Et maintenant, on peut ajouter le cas Bivol à cette liste.

Pascal a tout donné pour son sport et a contribué de façon considérable à le faire croître au Québec. Il n’a plus rien à prouver et personne ne lui en voudrait de conclure sa route ainsi.

On peut comprendre qu’il soit difficile pour un athlète de mettre un terme à sa carrière. Mais parfois, c’est la meilleure chose à faire pour ne pas avoir de regrets. Comme ceux que Pascal et son entraîneur Stéphan Larouche ont justement dit vouloir éviter en marge du combat de samedi.

Or, Pascal et son équipe ont immédiatement rejeté toute possibilité de retraite après le duel, préférant parler, en gros, d’une mauvaise soirée au bureau. Son préparateur physique Angel Heredia a quant à lui écrit sur Twitter que Pascal s’était battu alors qu’il était très malade – tweet qui a curieusement été supprimé peu de temps après que le gérant du boxeur, Greg Leon, a vivement nié cette affirmation.

Mais au fond, qu’importe si ce n’était qu’une dure soirée de travail ou le résultat d’un obscur ennui de santé. La question n’est pas là. Il s’agit pour Pascal de se demander à quoi ressemblera la suite des choses en ce qui le concerne à partir de maintenant.

À la lumière de sa performance de samedi, est-il réaliste de croire qu’il obtiendra une autre chance de se battre pour un titre mondial dans un avenir plus ou moins rapproché? Sera-t-il désormais condamné à jouer les faire-valoir et conclure un parcours jusqu’ici glorieux avec une série de combats d’envergure secondaire?

Chacun peut évidemment avoir son opinion sur le sujet. Mais c’est Pascal qui aura le dernier mot. En fier guerrier, il sera peut-être réticent à admettre que le temps est peut-être venu de raccrocher les gants – pour de bon, cette fois.

Mais qu’il le veuille ou non, il en est maintenant rendu à réfléchir encore plus sérieusement à son avenir. Et à se poser la grande question : « Qu’est-ce que je fais, maintenant? ».

Un Lafrenière nouveau… et victorieux

[Photo fournie par le Groupe Yvon Michel]

Cela faisait un bon moment qu’on avait vu Francis Lafrenière dans le ring. Il fallait en effet remonter au 15 mars, date de son amère défaite face à Albert Onolunose, qui lui a ravi son titre NABO des poids moyens.

C’est donc avec une certaine curiosité qu’on assistait à son retour dans l’arène samedi après-midi, au Casino de Montréal, alors qu’il affrontait le Brésilien Samir Barbosa. Lafrenière allait-il réussir à se relever de ce cruel revers ? Allait-il être rouillé après tous ces mois d’inactivité ?

Pas exactement, non. En fait, celui qu’on appelle The People’s Champ était visiblement affamé et n’avait pas l’intention d’éterniser le combat indûment. Ça tombe bien : il a réglé ça par arrêt de l’arbitre à 2 :29 du premier round.

«Beaucoup de gens m’ont fait remarquer à la pesée que j’étais extrêmement heureux d’être là. Il y en a qui ont dû se dire : « est-ce qu’il a fait ça pour le show ? » Pas du tout. J’étais vraiment content. Je veux boxer, je m’entraîne super fort», a expliqué le toujours sympathique Lafrenière (17-6-2, 10 K.-O.), qui était bien anxieux de pouvoir enfin reprendre du service.

Il faut dire que Barbosa (37-15-3, 26 K.-O.) était encore plus rouillé que son adversaire, alors qu’il n’avait pas vu d’action depuis plus de deux ans. Mais bien franchement, l’inactivité de l’un ou de l’autre n’aura pas été un facteur de quelque manière que ce soit dans ce duel.

Nouveau style

Dès la première cloche, le pugiliste de Coteau-du-Lac s’est rué sans hésiter sur son rival. Mais contrairement à ses sorties précédentes, lors desquelles il passait le plus clair de son temps le front collé sur celui de son opposant, il a travaillé en distance, utilisant son jab de belle façon.

«Ce n’est pas tout le monde qui veut travailler à l’intérieur avec moi, a-t-il fait valoir. […] On a vu dernièrement des gars qui accrochaient beaucoup. Ça fait mal paraître et les amateurs n’ont pas un super combat pendant ce temps. Je ne voulais plus leur redonner ça. Ils paient des billets, ils veulent voir du spectacle. C’est ce que je veux amener.»

Lafrenière l’admet, ce changement de style a en partie été motivé par sa défaite contre Onolunose, qui l’avait déjoué en adoptant une stratégie similaire. Et si on se fie aux dires du boxeur et de son camp, il semble bien qu’il faudra s’y habituer à plus long terme.

«On a eu des lumières dans le passé [qui nous ont indiqué] qu’on s’était fermé les yeux. Onolunose a fait en sorte qu’on a grandi de ça. On a eu une bonne réunion avec toute l’équipe après ça.»

-Francis Lafrenière

«Il y a eu de la reconstruction à faire, a pour sa part indiqué le promoteur Yvon Michel. Francis a eu du succès avec un style, et il a fini par penser que ce style serait bon tout le temps. Lorsqu’il s’est battu contre Onolunose, il était souvent en déséquilibre, échevelé, désorganisé et pas structuré. L’objectif, maintenant, est qu’il soit capable d’être structuré et organisé. Il a travaillé autour du jab, il variait ses combinaisons et surtout, il était en équilibre.»

Poursuivant son bon travail, Lafrenière est parvenu à emprisonner Barbosa dans le coin, avant de se mettre à le marteler de toutes parts, tant et si bien que l’arbitre Alain Villeneuve s’est interposé pour mettre un terme aux hostilités.

Arrêt un peu hâtif de la part de l’officiel ? On peut en débattre. Mais quoi qu’il en soit, il était déjà clair que ce combat qui, avec Barbosa, mettait en scène un boxeur à la fiche respectable et affichant plus d’une cinquantaine de combats au compteur – dont certains contre des noms connus tels Hassan N’Dam -, n’atteindrait pas la limite des huit rounds.

«[Barbosa] n’est peut-être pas le même gars que par le passé, mais moi non plus, je ne suis pas le même, a souligné Lafrenière. On ne rencontre jamais deux fois le même boxeur. Quand on parle d’un vétéran de 54 combats… J’ai livré la marchandise contre un gars comme celui-là.»

Lafrenière n’aura pas beaucoup de temps pour récupérer de ce combat – bien que ce ne fut certainement pas le plus épuisant. Il sera de retour dans un peu plus d’un mois, le 24 novembre, encore une fois au Casino. Après quoi, selon Yvon Michel, il pourrait croiser le fer avec Patrice Volny en février ou mars, question d’avoir la chance de récupérer sa ceinture NABO.

Peu importe l’identité de son prochain adversaire, Lafrenière entend bien poursuivre dans cette veine victorieuse. Mais attention, pas à n’importe quelle condition.

«On va rester sur cette lancée et travailler sur le même chemin, explique-t-il. En même temps, si on me donne un adversaire qui se crampe les pieds et que c’est mieux [de boxer avec mon ancien style], on va revenir au bon vieux taureau d’avant.»

Phinn expéditif lui aussi

En demi-finale, Shakeel Phinn (19-2, 13 K.-O.) n’a presque pas eu à forcer pour liquider l’Argentin Crispulo Javier Andino (20-12-1, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :30 du premier round.

Le champion canadien des super-moyens a envoyé son adversaire au tapis une première fois, avant de remettre ça quelques instants plus tard. Phinn a d’abord ébranlé Andino à l’aide d’une solide droite en plein visage, avant de l’achever d’une gauche tout aussi rude. L’officiel Martin Forest a jugé que le Sud-Américain avait assez souffert au cours de ce bref affrontement.

Après le combat, on a appris que Phinn aurait rendez-vous avec Dario Bredicean, qui a été l’un de ses partenaires d’entraînement, le 1er décembre au Centre Vidéotron, en sous-carte du combat entre Adonis Stevenson et Oleksandr Gvozdyk

Les deux hommes se disputeront le titre IBF Intercontinental des super-moyens. Celui-là même que Phinn aurait pu obtenir le 21 juillet en Nouvelle-Zélande, si son combat contre Mose Auimatagi fils n’avait pas été annulé.

Les autres résultats

Sébastien Bouchard (17-1, 7 K.-O.) n’a pas perdu de temps pour régler le cas du Mexicain Carlos Gorham (16-5-1, 10 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1 :17 du deuxième round. L’athlète de Baie-Saint-Paul a servi une violente combinaison droite-gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré de tout son long. En voyant Gorham tenter péniblement de se relever, l’arbitre Yvon Goulet a préféré mettre un terme au duel.

Jean-Michel Bolivar (5-1, 3 K.-O.) a rapidement disposé du vétéran Mexicain Adriel Juzaino (26-18-3, 12 K.-O.) en lui passant le knock-out à 2 :51 du premier round. Bolivar, de Pointe-Calumet, a envoyé son rival au tapis grâce à une série de coups dans le coin de l’arène. Juzaino n’a jamais pu se relever à temps.

À défaut de récolter un premier knock-out en carrière, Tommy Houle (4-0) a tout de même pris la mesure du Mexicain Rafael Ortiz (3-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (39-37 partout). Le boxeur de Sainte-Béatrix, dans la région de Lanaudière, a ainsi ravi ses partisans venus l’encourager depuis les hauteurs du Cabaret du Casino.

Au nombre de coups qu’il reçoit sur le museau pendant un combat, c’est à croire que Yan Pellerin (3-1) éprouve un malin plaisir à se faire taper dans la figure. Ça ne l’a toutefois pas empêché de défaire le Mexicain Fidel Toscano (0-4) par décision unanime (40-36, 39-37, 39-37). Le pugiliste de Granby rebondit après avoir subi une première défaite à sa dernière sortie, le 20 juillet.

Les boxeurs ontariens Alex Dilmaghani (18-1, 7 K.-O.) et Kane Heron (12-0-1, 6 K.-O.) ont été à l’œuvre pour les deux premiers combats de la journée. Ils ont respectivement stoppé les Mexicains Cristian Arrazola (24-16-3, 17 K.-O.) et Carlos Lopez Marmolejo (9-6-1, 5 K.-O.) dès le premier round.

Pascal aura la chance qu’il voulait

[Photo archives Vincent Éthier]

Plusieurs ont sourcillé en juillet lorsque Jean Pascal, tout juste après avoir triomphé de Steve Bossé à Laval, a déclaré vouloir se battre en championnat du monde dans un avenir rapproché, évoquant notamment le nom de Dmitry Bivol.

Comme si un boxeur de 35 ans tout juste sorti de la retraite, et pour lequel les dernières années n’avaient pas été tendres, aurait une quelconque chance de se voir offrir une telle occasion – encore moins d’en sortir victorieux. Surtout contre Bivol, champion WBA des mi-lourds, un pugiliste en pleine ascension. Le projet relevait, à première vue, de l’utopie la plus pure.

Eh bien, à l’évidence, il existe des utopies plus réalisables que d’autres.

On a en effet appris lundi que Pascal (33-5-1, 20 K.-O.) se battra bel et bien contre Bivol (14-0, 11 K.-O.) dans un peu plus d’un mois, à savoir le 24 novembre à Atlantic City. Le combat sera diffusé sur les ondes de HBO, avant que la vénérable chaîne tire sa révérence du monde de la boxe.

Encore une fois, personne ne pourra reprocher à l’ex-champion WBC de se sauver des défis qui se dressent devant lui. Au contraire, il les pourchasse. Et c’est tout à son honneur. Sauf que celui qui l’attend contre Bivol s’annonce d’ores et déjà redoutable.

Bivol-HBO
Dmitry Bivol / Photo fournie par HBO

Le Russe de 27 ans, qui fut le partenaire d’entraînement de Pascal en prévision de l’un de ses duels contre Sergey Kovalev, se distingue entre autres par ses mains rapides et précises. Pascal aura-t-il ce qu’il faut pour suivre la cadence? Le Lavallois n’a certes plus la vitesse des beaux jours.

D’autre part, la question du poids pourrait – attention, alerte au jeu de mots facile, ici – peser lourd dans la balance. Rappelons que Pascal devait à l’origine remonter dans le ring le 9 novembre à Halifax pour y affronter Gary Kopas dans un combat chez les lourds-légers. Or, le récent décès du père de Pascal a forcé ce dernier à revoir ses plans, tant et si bien que le combat contre Kopas est (logiquement) tombé à l’eau.

Ainsi, s’il se préparait à disputer un combat à 200 lb, Pascal devra maintenant poursuivre son camp d’entraînement en prévision d’un affrontement à 175 lb. Bien que les pesées ne lui ont jamais posé problème, un tel écart n’est pas négligeable. Il faudra voir à quel point la coupe de poids sera éprouvante physiquement.

Là où Pascal possède un avantage sur Bivol, cependant, c’est sur le plan de l’expérience. Le Québécois s’est toujours montré très rusé dans l’arène, et certains de ses opposants en ont chèrement payé le prix. Si Pascal souhaite avoir la moindre chance de ravir la ceinture de son rival, il devra étaler tout son « boxing IQ », comme disent les Moldaves, afin de prouver qu’il a encore sa place parmi l’élite mondiale.

Avec la concrétisation d’un affrontement face à Bivol, Pascal exauce ainsi un souhait qu’il entretenait depuis un moment. Espérons pour lui qu’il n’y aura pas matière à trop de regrets le 25 novembre au matin.

Beterbiev et Alvarez aussi

Pascal ne sera pas le seul mi-lourd québécois à être occupé au cours des prochains mois. Loin de là.

D’abord, Artur Beterbiev (13-0, 13 K.-O.), qui vient de défendre pour une première fois son titre IBF face à Callum Johnson la semaine dernière, remontera dans le ring en décembre pour se mesurer à Joe Smith fils (24-2, 20 K.-O.). La date et l’endroit exacts de ce choc restent encore à déterminer.

Il s’agira donc d’un deuxième combat en autant de mois pour Beterbiev, et c’est tant mieux. À 33 ans et au sommet de sa carrière, il ne peut plus se permettre de demeurer inactif pendant de longues périodes, comme ce fut le cas ces dernières années pour les raisons que l’on sait. La rouille était d’ailleurs manifeste au début de son combat contre Johnson.

Enfin, Eleider Alvarez (24-0, 12 K.-O.) croisera de nouveau le fer avec Sergey Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) le 2 février, fort probablement à Frisco, au Texas. Il en sera bien sûr à une première défense de la ceinture WBO qu’il a subtilisée au Russe.

Kovalev avait qualifié son revers face à Alvarez d’« accident de parcours ». Une affirmation qui a piqué le Colombien au vif. La table est donc déjà mise pour une excitante revanche.

Bazinyan cloue le bec de Ntetu

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

La finale du gala d’Eye of the Tiger Management opposant Erik Bazinyan et Francy Ntetu samedi soir, au Casino de Montréal, s’annonçait déjà fertile en étincelles. Un duel à saveur locale. Deux belligérants qui se sont cherché noise durant la semaine précédant le choc. Deux titres mineurs à l’enjeu.

On a eu tout ça, et bien plus encore. Parce que ça ne s’aimait pas dans le ring. Mais alors là, pas du tout.

C’est à une véritable bagarre de ruelle que les amateurs ont assisté, et pendant laquelle tous les coups semblaient parfois permis. Bagarre au terme de laquelle Bazinyan (21-0, 16 K.-O.) a triomphé de Ntetu (17-3, 4 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :30 du sixième round. Il conserve donc sa ceinture NABO des super-moyens, en plus de mettre la main sur le titre NABA.

On savait déjà que le jeune homme, qui disputait un premier combat avec l’entraîneur Marc Ramsay dans son coin, était talentueux. Mais contre le vétéran Ntetu, on a vu un boxeur pugnace, résilient et juste assez «baveux» quand il le fallait. Et parfois, ce sont ces traits de caractère qui peuvent faire la différence entre un très bon boxeur et un champion.

«Quand Erik boxe avec sa tête, il est trop habile, il est trop bon. Ça lui prenait cette expérience, d’avoir des émotions. C’est la première fois qu’il affronte un gars aussi hargneux et dangereux», a affirmé le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, allant même jusqu’à qualifier Bazinyan de «prochain [Gennady] Golovkin».

«Au-delà de la victoire, c’est l’expérience qu’il a acquise qui me rend tellement heureux.»

-Camille Estephan

Après un round initial plus ou moins paisible, Bazinyan a ouvert la machine au deuxième, multipliant les attaques féroces. Ce vieux renard de Ntetu est cependant parvenu à demeurer sur ses deux pieds. On peut même dire qu’il a dominé le troisième round, marqué par un échange de claques après la cloche qui ont suscité les reproches de la foule… et de l’arbitre Benjy Esteves Jr.

Le jeune pugiliste de 23 ans est donc revenu à sa recette originale, ébranlant dangereusement Ntetu au cinquième et l’envoyant au tapis au sixième. Voulant achever le travail, Bazinyan a emprisonné Ntetu dans les câbles en le pilonnant sans aucune pitié. L’officiel s’est interposé alors qu’il était devenu évident que Ntetu ne pouvait plus continuer.

«J’ai écouté Marc Ramsay. Il m’a dit que je devais rester intelligent et que ça finirait bientôt si je prenais mon temps.»

-Erik Bazinyan

Évidemment, on ne s’emportera pas trop vite et on verra de quelle façon Bazinyan poursuivra son ascension, lui qui était déjà classé cinquième aspirant mondial du WBO avant cette victoire. Mais il ne fait aucun doute que Ramsay a un beau projet sur la table.

«C’est un jeune homme qui très sérieux et concentré sur le travail à faire. Il n’est pas là pour niaiser. Il est très conscient du coût de la facture pour aller dans les hautes sphères de la boxe, et il est prêt à payer le prix», décrit l’entraîneur.

«Je commence maintenant à me hisser dans l’élite. Je dois commencer à travailler fort, parce qu’il y a de bons combats qui vont venir. C’est donc le temps de travailler plus fort», a quant à lui résumé Bazinyan.

Makhmudov fait une nouvelle victime

LBqVaZQA
Arslanbek Makhmudov (debout, à gauche) a aisément ajouté une autre proie à son tableau de chasse. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Le combat entre Arslanbek Makhmudov et l’Argentin Emilio Ezequiel Zarate devait à l’origine avoir lieu vers le début de la soirée. Or, le brasse-camarade survenu lors de la pesée officielle – Makhmudov a repoussé son rival hors de la scène à l’aide d’une virile taloche après que Zarate se soit approché un peu trop près de lui à son goût – a convaincu les organisateurs de présenter ce duel en demi-finale du gala, en lieu et place du choc opposant Mathieu Germain et Carlos Jimenez (on y reviendra plus tard).

On pouvait donc imaginer qu’une certaine tension régnait entre les deux poids lourds au moment de monter dans l’arène. Or, Makhmudov (4-0, 4 K.-O.), comme c’est son habitude, a tôt fait de désamorcer tout ça en ne faisant d’une bouchée de Zarate (21-21-3, 12 K.-O.), au point où le coin de celui-ci a lancé la serviette à 1 :09 du deuxième round.

Dès le départ, le terrifiant colosse russe a martelé son opposant comme s’il s’agissait d’une piñata de mauvaise qualité. Rudement ébranlé par une droite au visage vers la fin du premier assaut, Zarate est demeuré debout tant bien que mal. Nul doute que la cloche fut accueillie avec soulagement dans son camp.

Malheureusement pour le Sud-Américain, Makhmudov n’avait aucune intention de lever le pied au round suivant. Après avoir envoyé Zarate au tapis pour un compte de huit, il a repris son travail de démolition dans le coin du ring. Devant un tel spectacle, les entraîneurs de Zarate ont judicieusement réclamé la fin du duel.

Cette autre victoire signifie du même coup la fin des combats de quatre rounds pour Makhmudov, qui pourra enfin passer à l’échelon supérieur. Il était temps. Quoique si la tendance se maintient, la longueur prévue de ses sorties ne changera pas grand-chose : il continuera d’être aussi expéditif.

Germain relève le défi

94WKayFQ
Mathieu Germain (à droite) l’a emporté par décision partagée. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Il ne fallait pas se laisser berner par la fiche en apparence ordinaire de Carlos Jimenez (14-9-1, 8 K.-O.). Le Mexicain de 28 ans, victorieux à ses quatre dernières sorties, a affronté des boxeurs de calibre plus que respectable au cours de sa carrière.

Le défi qui attendait Mathieu Germain (16-0, 8 K.-O.), à l’occasion de la première défense de son titre IBF nord-américain des super-légers, n’était donc pas à dédaigner. Et Germain l’a relevé avec succès, signant une victoire par décision partagée – annonce qui en a laissé plusieurs perplexes. Deux juges ont vu Germain gagnant à 99-91 et 98-92, tandis que le troisième avait Jimenez vainqueur à 96-94.

«Je suis vraiment surpris, a avoué Germain. […] Je pense que les juges favorisent parfois la pression plutôt que les coups qui atteignent [la cible]. Je suis un gars qui bouge beaucoup. J’ai décidé de ne pas bagarrer avec l’adversaire, c’était le plan de match.

«Dans ma tête, j’avais peut-être perdu un round ou deux, maximum. Je ne comprends vraiment pas la décision.»

-Mathieu Germain

Après un premier round un peu plus difficile, au cours duquel son rival a lancé les meilleures attaques, Germain a repris l’initiative au deuxième. Aidé par son remarquable talent pour éviter les frappes adverses, le Montréalais a ensuite pu dicter le tempo et s’imposer en tant qu’agresseur. Ses attaques, vives et franches, rentraient au poste, comme on dit.

Jimenez commençait sérieusement à pomper l’huile au moment d’entamer la deuxième moitié du duel. À l’inverse, Germain paraissait frais comme une rose dans le ring, poursuivant sa danse autour du Mexicain.

Jimenez l’a cependant secoué au huitième, ce qui a permis à celui-ci de rouvrir momentanément la machine. Il a tout tenté pour faire flancher Germain en fin de combat, s’attaquant notamment au corps de celui-ci, mais sans succès.

«C’est un gars qui a les mains lourdes, mais il ne m’a pas fait mal, honnêtement. J’ai seulement voulu laisser la pression passer un peu. Il a voulu saisir l’opportunité, alors j’ai reçu plusieurs coups dans ce round», a décrit Germain.

Les autres résultats

Artur Ziyatdinov (7-0, 6 K.-O.) a contraint le Mexicain Francisco Rivas (12-2, 5 K.-O.) à l’abandon à 0 :39 du troisième round. Le dodu Rivas a mis un genou au sol après un jab en apparence inoffensif. Mais lorsqu’il s’est relevé, on a pu voir que le coup lui avait laissé le nez ensanglanté. Le coin de Rivas a aussitôt demandé l’arrêt des hostilités. Une sage décision, d’autant que Ziyatdinov faisait ce qu’il voulait avec son rival jusque là.

Ghislain Maduma (20-3, 11 K.-O.) a signé une 20e victoire professionnelle aux dépens de l’Argentin Diego Gonzalo Luque (21-7-1, 10 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). Maduma, qui en était à une deuxième sortie depuis qu’il a mis un terme à sa retraite, a contrôlé le tempo du combat de la première à la dernière seconde. Mais Luque, qui s’était incliné devant Mikaël Zewski à Toronto, s’est avéré coriace et a refusé de céder. La bonne nouvelle pour l’Argentin, c’est que contrairement à son duel contre Zewski, aucun nu-vite n’est venu s’interposer dans l’action…

11jg6-9g
Saddridin Akhmedov (à droite) l’a emporté en 57 secondes. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Fidèle à lui-même, Saddridin Akhmedov (4-0, 4 K.-O.) s’est assuré d’écourter au maximum le séjour de son rival à Montréal. Cette fois, le malchanceux s’appelle Jesus Javier Mendoza (7-6-1, 6 K.-O.) et a cédé après seulement 57 secondes d’action. Alors qu’Akhmedov pilonnait le Mexicain dans le coin, l’arbitre Albert Padulo fils s’est sagement interposé pour mettre fin au supplice. Vivement un adversaire de meilleur calibre pour le Kazakh, question d’avoir une meilleure idée de l’étendue de son (grand) talent.

À défaut de récolter un premier knock-out en carrière, François Pratte (8-0) est demeuré invaincu face au Mexicain Oscar Mata (7-4-1, 2 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (59-55, 59-55, 58-56). Le Trifluvien a fait preuve d’une belle vitesse dans ses attaques, tout en parvenant à contenir celles d’un rival qui n’avait jamais été stoppé auparavant.

Ablaikhan Khussainov (9-0, 6 K.-O.) a conservé sa fiche parfaite en passant le knock-out au Mexicain Jesus Laguna (22-13-3, 19 K.-O.) à 2 :54 du deuxième round. Le Kazakh a liquidé son adversaire avec un violent coup au corps qui ne lui a laissé aucune chance. Et c’est tant mieux pour Khussainov, puisque Laguna – qui avait livré un combat nul contre Roody Pierre-Paul en mars – lui en faisait voir de toutes les couleurs jusque là.

Chez les femmes, Kim Clavel (4-0, 1 K.-O.) a brillamment pris la mesure de la Mexicaine Cynthia Martinez (4-3, 1 K.-O.) et l’a emporté par décision unanime (40-36 partout). La pugiliste québécoise, qui ne s’était pas battue depuis le mois d’avril en raison d’une blessure à une main, s’est distinguée grâce à ses attaques aussi précises qu’incisives. En particulier au deuxième round, alors qu’elle a ébranlé Martinez avec un puissant crochet gauche.

Lors du premier combat de la soirée, Arutyun Avetisyan (11-0, 7 K.-O.) a terrassé l’Uruguayen Mauricio Barragan (4-3, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :22 du deuxième round. Le lourd-léger russe de 23 ans a envoyé son rival au tapis à deux reprises durant cet engagement. Barragan a eu besoin d’un bon coup de main pour se remettre de sa dernière chute. Avetisyan, qui profitait d’un essai avec Eye of the Tiger, a impressionné le promoteur au point où celui-ci l’a mis sous contrat après le gala. Un nom à surveiller, donc.

Le Grizzly dégriffé

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

QUÉBEC – Le top-10 du classement mondial devra attendre pour Simon Kean. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, le boxeur de Trois-Rivières a frappé un mur. Un mur nommé Dillon Carman.

Et le choc fut brutal, c’est le moins qu’on puisse dire. Kean (15-1, 14 K.-O.) et Carman (14-3, 13 K.-O.) ont offert au public une véritable bagarre de ruelle. Au bout d’un affrontement aussi brutal que spectaculaire, il ne pouvait y avoir qu’un survivant. Et malheureusement pour les partisans réunis dans les gradins, c’est Carman qui a triomphé, passant le knock-out à Kean à 1 :28 du quatrième round.

Complètement sonné, se demandant visiblement ce qui venait de se passer, le Grizzly n’a pu que balbutier quelques mots dans l’arène après le combat, le temps de se dire ouvert à un combat revanche. Kean, qui a ainsi subi sa première défaite professionnelle, n’a pas rencontré les médias par la suite.

«C’est décevant. Peut-être que Simon n’a pas pris ce combat aussi au sérieux que celui contre Adam Braidwood. Il ne bougeait pas. Il était peut-être aussi trop lourd», a résumé le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, la mine déconfite.

Carman, pour sa part, rayonnait malgré son visage parsemé d’ecchymoses. Sa victoire lui permet de mettre la main sur les ceintures WBC Francophone et NABA des poids lourds.

«Je savais que je l’avais dès le premier round. Je devais seulement attendre [le bon moment].»

-Dillon Carman

Il n’est pas le seul à avoir eu cette impression. L’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, a constaté très tôt dans l’affrontement que son poulain ne connaîtrait pas une bonne soirée au bureau.

«Je l’ai trouvé à plat dès le départ, même dans le vestiaire. Ses jambes n’étaient pas assez mobiles. Il n’était pas aussi aguerri qu’avant. Il n’était pas comme ça pendant le camp d’entraînement», a-t-il relaté.

Kean a en effet passé la majeure partie du combat en déséquilibre, maîtrisant difficilement les attaques de Carman. À tel point qu’il s’est retrouvé au tapis au second round. Carman a visité le plancher à son tour au round suivant, mais le mal était fait pour Kean.

Au quatrième, il est tombé les quatre fers en l’airs après avoir reçu une combinaison de coups à la tête. Kean n’a jamais pu reprendre le collier, et l’arbitre Steve St-Germain a ainsi signalé la fin de l’affrontement.

«Je pense que ses principales faiblesses sont son menton et sa défense, a analysé Carman. Je l’ai frappé fort et je l’ai sonné avec mes jabs. J’ai vu dans ses yeux qu’il ne pourrait pas encaisser mes jabs.»

Comment expliquer cette déconvenue de Kean, qui surfait jusque là sur une séquence de sept victoires consécutives avant la limite ? Camille Estephan a évoqué, de manière plutôt sibylline, un problème se situant dans l’entourage du boxeur.

«Il est devenu une vedette. Et des fois, les gens veulent bien faire. Parfois un peu trop.»

-Camille Estephan 

«Je suis persuadé qu’il va remonter la pente. C’est à lui de faire ce qu’il faut. Peut-être qu’il est trop ouvert avec son monde», a-t-il expliqué sans élaborer davantage.

Jimmy Boisvert, pour sa part, ajoute que son protégé devra aussi apporter des changements à la façon dont il se prépare avant un combat, notamment en s’accordant davantage de temps de repos. Boisvert est cependant catégorique : Kean a malgré tout eu un bon camp d’entraînement en prévision du duel contre Carman.

À la lumière de ces explications, il apparaît évident que Kean devra procéder à un profond et sérieux examen de conscience avant de remonter dans le ring. Autrement, ses rêves de combats d’envergure mondiale pourraient s’évanouir plus vite qu’il ne le croit.

Butler trop fort pour Balmir

QWi2_qdA
Steven Butler (à gauche) a facilement vaincu Jordan Balmir. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Après sa victoire contre Vito Vendetta en juillet à Laval, Jordan Balmir avait pris le micro pour défier Steven Butler et l’inviter à se battre. Quelques secondes plus tard – littéralement –, Butler acceptait l’offre. Et dès le lendemain, le combat était officialisé.

La tension était donc à son comble lorsque les deux pugilistes se sont amenés dans le ring, en demi-finale de la soirée. Tout le monde attendait de voir de quelle façon l’animosité entre les deux jeunes hommes, fort bien alimentée dans les jours précédant le gala, allait connaître son apothéose.

Réponse : Butler (25-1-1, 22 K.-O.) a vite fait ravaler ses paroles à Balmir (10-1, 6 K.-O.), signant une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à 1 :59 du troisième round. Il met ainsi la main sur le titre WBC Francophone des poids moyens.

«J’ai dit que j’allais le retourner à l’école. C’est un gars qui commence, mais il a beaucoup de cœur. Il a du talent. Mais il a sauté des étapes.»

-Steven Butler

Étant donné le caractère émotif de l’affrontement, le défi pour Butler était d’abord de conserver son calme afin de ne pas dévier de son plan de match et ainsi pécher par arrogance, comme il avait coutume de le faire par le passé. Or, le cogneur est demeuré en parfait contrôle du début à la fin.

«Mon équipe m’a demandé de me concentrer, de prendre ça business. [Samedi], c’était la fête de mon fils. Je ne voulais pas faire d’erreur, sinon, je m’en serais voulu», a-t-il expliqué.

Dès le départ, Butler s’est rué sur Balmir et n’a pas tardé à imposer le tempo de ce duel. Balmir a bien essayé de décocher quelques attaques, mais rien de suffisant pour inquiéter son adversaire.

Au troisième round, les coups de Butler ont fait tournoyer Balmir sur lui-même, tant et si bien que ce dernier n’a eu d’autre choix que de mettre un gant au tapis, bon pour un compte de huit.

Mais Butler, tel un requin flairant du sang frais, a vu là une occasion rêvée d’en finir. Et c’est précisément ce qu’il a fait, pulvérisant Balmir sans aucune pitié jusqu’à ce que l’arbitre Michael Griffin décide que le supplice du boxeur de Drummondville avait assez duré.

Les autres résultats

Clovis Drolet (7-0, 4 K.-O.) a vaincu le Bulgare Evgeni Borisov (3-2-1, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :35 du quatrième round. Le boxeur de Beauport a envoyé son rival au tapis une première fois lors du troisième engagement, avant de remettre ça deux fois plutôt qu’une au round suivant. Borisov s’est bien relevé de son ultime chute, mais l’officiel Albert Padulo fils a jugé qu’il avait assez souffert pour la soirée.

_G9orVtQ
Batyr Jukembayev (à droite). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Batyr Jukembayev (14-0, 12 K.-O.) s’est remis d’une visite au tapis dès le premier round pour finalement vaincre le Mexicain Patricio Moreno (20-3, 14 K.-O.) par knock-out à 2 :47 du septième round. Après sa chute, le Kazakh a rendu la politesse à son rival au deuxième assaut, avant de l’achever au septième grâce à un sournois coup au foie. Pour Jukembayev, il s’agissait d’un premier combat sans son entraîneur Stéphan Larouche, récemment libéré par Eye of the Tiger dans des circonstances à la fois houleuses et mystérieuses.

Vincent Thibault (7-0, 2 K.-O.) a de nouveau fait la soirée des nombreux et bruyants membres de Team Tibo venus l’encourager en l’emportant sur le Mexicain Sergio de Leon (8-4, 1 K.-O.) par décision unanime (59-55, 58-54, 60-53). Un combat divertissant où on s’est échangé généreusement les tapes sur le museau. La fierté de Charlesbourg a notamment envoyé son adversaire au plancher lors du second round.

Andranik Grigoryan (8-0, 1 K.-O.) a pris la mesure de l’Argentin Kevin Leonel Acevedo (15-2-2, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (80-72, 80-72, 79-73). Méthodique, le Montréalais d’origine arménienne a constamment mis de la pression sur Acevedo, qui n’a jamais pu déployer quoi que ce soit de menaçant.

p-ZIzLjg
Artem Oganesyan (à gauche). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Artem Oganesyan (7-0, 6 K.-O.), récemment recruté par Eye of the Tiger, n’a fait qu’une bouchée de l’Argentin Sergio Samuel Castellano (11-8, 7 K.-O.) en lui passant le knock-out après seulement 98 secondes d’action. Le Russe maintenant établi à Montréal, ancien champion du monde junior, a asséné un violent crochet gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. De quoi impressionner son nouveau promoteur.

Une autre recrue d’Eye of the Tiger, Keamy Cloutier (1-0), a réussi son entrée dans les rangs professionnels en disposant aisément du Mexicain Miguel Angel Covarrubias (3-7-3, 2 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). On évitera de s’emballer trop rapidement après un seul combat, mais le jeune Cloutier, un Trifluvien de 23 ans, a quand même démontré un potentiel intéressant. À suivre.

Sébastien Roy (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en l’emportant face au Mexicain Mario Bedolla Orozco (2-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). Un résultat un peu étonnant dans la mesure où Orozco aurait sans doute mérité au moins un round, en particulier le deuxième, alors qu’il s’est montré bien plus actif que son adversaire.

En lever de rideau, Yannick Parent (1-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Rodolfo Lopez (6-6, 4 K.-O.) se sont livré un combat aussi bref que rocambolesque, alternant les chutes à qui mieux mieux. Au total, le pugiliste de Québec est allé deux fois au tapis, contre trois visites pour son rival. L’arbitre Alain Villeneuve a mis fin aux hostilités à la troisième chute de Lopez, permettant ainsi à Parent de signer un premier gain professionnel à 2 :33 du premier round de ce duel échevelé.

Ce qu’il fallait démontrer

[Photo fournie par HBO]

David Lemieux devait à tout prix signer une victoire convaincante contre Gary O’Sullivan, samedi à Las Vegas, afin de dissiper les doutes à son sujet et prouver qu’il avait encore sa place parmi l’élite des poids moyens. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas laissé planer les doutes bien longtemps!

Lemieux (40-4, 34 K.-O.) n’a eu besoin que de 2 minutes 44 secondes pour régler le cas de O’Sullivan (28-3, 20 K.-O.). Un vicieux crochet gauche sur le museau, et hop! Le volubile Irlandais s’est retrouvé affalé au tapis, incapable de poursuivre le duel. Merci, bonsoir, à la prochaine.

Après toutes les attaques verbales lancées par O’Sullivan au cours des dernières semaines, et les bousculades à la conférence de presse officielle et à la pesée, c’est ce qui s’appelle se faire fermer le clapet, chers amis.

Il est d’ailleurs admirable de voir à quel point Lemieux est revenu en force après ses récentes performances en demi-teinte.

Ça a commencé avec une pesée qui ne lui a posé aucun problème, contrairement à celle en marge de son duel face à Karim Achour, et lors de laquelle il était visiblement en meilleure forme. Il s’est même présenté dans le ring du T-Mobile Arena à 180 lb, contre seulement 165 pour O’Sullivan. De quoi bonifier une force de frappe déjà ravageuse.

Il faut dire aussi que Lemieux et son équipe savaient que le boxeur devait confondre les sceptiques au terme de cet affrontement. Une défaite ou un gain sans éclat, et les interrogations à son sujet n’auraient été qu’amplifiées. Ainsi, quoi de mieux que d’y aller d’un retentissant knock-out dont certains parlaient déjà comme étant celui de l’année?

Lemieux s’est amené dans ce combat le couteau entre les dents, courroucé par les clowneries de O’Sullivan et déterminé à le remettre à sa place, et a suivi le plan de match de son entraîneur Marc Ramsay à la lettre. Résultat: le cogneur québécois a offert sa meilleure sortie – aussi brève fut-elle – depuis son duel contre Curtis Stevens, et demeure du coup parmi les noms les plus redoutables et en vue de la division des moyens. Mission accomplie, donc.

Objectif: Canelo

De plus, grâce à cette victoire, Lemieux est l’aspirant obligatoire au titre WBA désormais détenu par Saul « Canelo » Alvarez, qui est devenu le premier à résoudre l’énigme Gennady Golovkin pour ainsi détrôner le dangereux Kazakh par décision majoritaire (115-113, 115-113, 114-114) au terme d’un superbe combat revanche entre les deux pugilistes.

Un duel Lemieux-Alvarez pourrait voir le jour plus tôt que tard, d’ailleurs. Le Mexicain a déjà réservé le MGM Grand de Vegas au mois de décembre. On verra si ce sera pour y accueillir son nouvel aspirant.

En attendant, la question est de savoir si Lemieux a ce qu’il faut pour venir à bout d’Alvarez, un rival de calibre nettement plus relevé que O’Sullivan, tout le monde en conviendra.

Pour l’instant, difficile d’offrir une réponse claire. Ce qui est manifeste, toutefois, c’est qu’après un certain dérapage, Lemieux est de retour en force sur la bonne voie. S’il continue dans cette même veine, tous les espoirs sont permis.

Un combat de championnat du monde en sous-carte d’un troisième duel Alvarez-Golovkin, peut-être? On peut bien rêver un peu…