Blog

Stevenson, toujours roi et maître

[Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]

Le premier affrontement entre Adonis Stevenson et Andrzej Fonfara, il y a trois ans, avait laissé un goût amer dans la bouche du Québécois. Ce dernier l’a emporté, certes, mais pas avant d’avoir visité le tapis et que le combat se rende à la limite. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le scénario a été tout autre samedi soir, au Centre Bell.

Impitoyable envers son rival, Stevenson (29-1, 24 K.-O.) a ressorti sa main gauche dévastatrice pour hacher menu Fonfara (29-5, 17 K.-O.) et signer une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à seulement 27 secondes du deuxième round.  Une victoire suscitant à la fois les acclamations et les huées chez les 6183 spectateurs réunis dans les gradins.

Il fallait voir Stevenson parader dans l’arène avec une couronne sur la tête et une cape sur les épaules, quelques instants après qu’on eut confirmé son triomphe, question de rappeler à tout le monde qu’il continue de régner en tant que champion WBC des mi-lourds. On aura beau le critiquer, lui reprocher de ne pas se battre assez souvent ou contre des adversaires de second ordre, on ne peut lui enlever ses aptitudes pugilistiques, pas plus que les huit défenses victorieuses de son titre.

IMG_0454-1
Adonis Stevenson portait fièrement la couronne après sa victoire face à Andrzej Fonfara. [Photo Jean-Philippe Arcand]
«J’ai eu l’opportunité de finir [Fonfara], et je l’ai fini. La différence [avec le premier combat], c’est que j’ai pris mon temps pour finir la job», a résumé Stevenson, 39 ans, sous le regard amusé du promoteur Yvon Michel.

Dès les premiers instants du duel, le champion s’est rué à toute allure sur son aspirant de 29 ans, l’envoyant au tapis grâce à cette redoutable gauche. Fonfara peinait tellement à demeurer debout que personne n’aurait été surpris de voir l’arbitre Michael Griffin décréter la fin des hostilités à ce moment.

Mais Fonfara est revenu tant bien que mal pour le second engagement. Le retour aura cependant été bref. Voyant que son protégé était tout simplement incapable de se défendre, l’entraîneur de Fonfara, Virgil Hunter, a sagement demandé à l’officiel de mettre un terme au duel.

Pascal-Alvarez : les attentes comblées

18880330_788162571353027_2134296250987698653_o
Eleider Alvarez (à droite) a vaincu Jean Pascal par décision majoritaire des juges. [Photo Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel]
Si la brève finale a pu en laisser certains sur leur appétit, la demi-finale opposant Eleider Alvarez (23-0, 11 K.-O.) et Jean Pascal (31-5-1, 18 K.-O.) valait presque à elle seule le prix d’entrée.

Les deux hommes se sont livré un combat épique, enflammé, et qui s’est conclu à l’avantage d’Alvarez par décision majoritaire des juges. Deux d’entre eux ont donné le Colombien de 32 ans gagnant, 117-111 et 116-112 (le même pointage que Ringside avait sur sa carte), tandis que le troisième a vu un match nul à 114-114.

Plusieurs se demandent bien, d’ailleurs, ce qui a convaincu ce juge d’y aller d’un verdict nul, car Alvarez a largement dominé le combat dans l’ensemble. Son jab, qui constitue de loin sa meilleure arme, a donné du fil à retordre à Pascal tout au long des 12 rounds.

Cela dit, Pascal n’a pas été mauvais pour autant durant cet affrontement. Il a connu sa part de bons moments, surtout aux septième et huitième rounds. Mais devant un as technicien comme Alvarez, le Lavallois a souvent semblé être à court de ressources, incapable de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui.

Fait rare, Pascal a préféré ne pas rencontrer les médias après la soirée. «Il n’a rien à dire de plus que ce qu’il a déjà dit cette semaine», a expliqué Yvon Michel.

Mais en matinée dimanche, le boxeur de 34 ans a publié un message sur sa page Facebook dans lequel il laisse entendre que l’option de la retraite semble pour le moment exclue. «Je crois avoir bien boxé hier, mais pas assez bien. Il y a plusieurs choses que j’aurais pu mieux faire. Je vais donc retourner dans le ‘lab’ dès que possible», a-t-il écrit.

«Il n’a pas perdu contre le 40e au monde. Il a perdu contre l’un des meilleurs mi-lourds. J’aimerais certainement le revoir dans le ring», a quant à lui fait savoir Michel.

De son côté, Alvarez s’est donc assuré de conserver son titre d’aspirant obligatoire à Stevenson, qu’il détient depuis deux ans. Après avoir patienté tout ce temps et accepté de mettre son titre en jeu à deux reprises, Alvarez veut désormais passer aux choses sérieuses.

«Je veux le combat maintenant. J’ai mérité mon combat maintenant.»

-Eleider Alvarez

Le boxeur pourrait bien voir son souhait exaucé, aux dires d’Yvon Michel, qui a indiqué qu’un tel affrontement pourrait avoir lieu à l’automne. À moins que Stevenson opte pour un combat d’unification des titres WBA, WBO et IBF des 175 livres, propriété d’Andre Ward depuis sa victoire contre Sergey Kovalev en novembre. Tous deux croiseront à nouveau le fer le 17 juin.

Stevenson n’a d’ailleurs pas caché sa préférence pour cette avenue, bien qu’il se dise prêt à toute éventualité. «Je suis ouvert à n’importe quoi. Je suis là pour boxer. Je suis là pour être dans le ring avec n’importe quel boxeur. Mais ce n’est pas moi qui négocie. Je laisse ça entre les mains [de mon gérant] Al Haymon.»

Les autres résultats

À son premier combat en 18 mois, Mikaël Zewski (28-1, 21 K.-O.) a réussi un retour victorieux face au Mexicain Fernando Silva (15-11-3, 6 K.-O.). Mais il a néanmoins dû composer avec un adversaire sans doute beaucoup plus coriace et féroce que prévu. Le Trifluvien est quand même sorti du ring avec une victoire par décision unanime (80-71 partout).

Dans un duel tout à fait oubliable, Dario Bredicean (14-0, 4 K.-O.) a vaincu le Mexicain Manuel Garcia (15-14-2, 6 K.-O.) par décision unanime des juges (80-72 partout). La plupart des rarissimes étincelles de ce combat sont venues de la part du protégé de Lucian Bute, et ce fut suffisant pour lui permettre de l’emporter.

En lever de rideau, Christian M’Billi (4-0, 4 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Cesar Ugarte (4-2, 2 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 47 secondes du deuxième round. M’Billi a rapidement imposé son rythme grâce, entre autres, à sa main droite percutante. Ugarte a visité le tapis deux fois au premier engagement.

Rappelons que deux autres combats devaient être présentés au cours de cette soirée avant qu’ils ne soient annulés. D’abord, le poids lourd Oscar Rivas a dû prendre un congé forcé puisqu’on a été incapable de lui trouver un adversaire à temps.

Puis, lors de la pesée officielle, le boxeur qui devait en découdre avec Custio Clayton, le Mexicain Oscar Cortez, a fait preuve d’un incroyable professionnalisme (!) en montant sur le pèse-personne avec un surpoids de… 24 livres ! En voilà un qui doit avoir sa carte de fidélité au buffet du coin…

Pas trop de regrets, cependant, puisque Rivas et Clayton seront en action le 15 juin pour le prochain gala du Groupe Yvon Michel, au Casino de Montréal.

Premier test réussi pour Dicaire

[Photo capture d’écran]

C’est venu un peu plus tard que prévu, gracieuseté de Lina Tejada qui a malencontreusement omis de préciser qu’elle était borgne avant de s’amener à Montréal, mais Marie-Ève Dicaire a finalement pu défendre pour une première fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Casino de Montréal. Et l’attente en aura valu la peine.

Mettant à profit sa vitesse et son talent d’esquive, ses deux principaux atouts dans un ring, la boxeuse de Saint-Eustache a triomphé de son aspirante obligatoire, la Suédoise Mikaela Lauren (31-6, 13 K.-O.), par décision unanime (97-93, 98-92, 99-91), pour ainsi conserver son titre acquis face à Chris Namus, le 1er décembre dernier.

«Avant ce combat, beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau parce que j’avais seulement 14 combats [à ma fiche]. [Lauren] disait qu’elle avait plus de knock-outs que j’avais de victoires. Mais je viens de lui infliger une défaite à sa fiche, et la mienne est toujours immaculée», a fièrement résumé Dicaire (15-0).

On se demandait si la championne réagirait bien aux attaques de Lauren, réputée pour sa force de frappe. Or, c’est plutôt un coup de tête accidentel au deuxième assaut qui a ébranlé Dicaire, profondément coupée au-dessus de l’oeil gauche.

Aussitôt, son entraîneur Stéphane Harnois et elle ont dû modifier leur plan de match pour mettre encore plus l’accent sur le jeu d’évasion, question de ne pas aggraver la blessure et devenir ainsi victime d’un arrêt hâtif de l’affrontement.

«Ç’a été un gros apprentissage, a confié Dicaire. […] La stratégie a été faite pour éviter de recevoir des coups. J’étais un peu plus conservatrice. J’ai accroché beaucoup. Des fois, [ça donne] un combat un peu moins spectaculaire, mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est la victoire.»

«J’ai eu une frousse, car je pensais qu’on arrêterait le combat au deuxième round, a de son côté avoué Harnois. J’avais plusieurs cartes dans mon jeu pour changer la stratégie du combat. On savait que Lauren est une fille tough. Je pensais qu’on aurait pu l’arrêter avec notre stratégie.»

Mission accomplie: plutôt que de se laisser distraire par sa coupure, Dicaire a décidé d’ouvrir la machine, pinçant joliment une Lauren qui semblait de plus en plus fatiguée à mesure que le combat progressait.

Une revanche? Pas question!

Parlant de Lauren, pour une boxeuse qui n’a eu que deux semaines pour se préparer à un combat de championnat du monde, elle n’a pas mal paru du tout. L’ex-championne WBC, qui avait choisi la retraite en juin avant de revenir sur sa décision récemment, est cependant convaincue que le résultat aurait été fort différent si elle avait pu profiter d’un camp d’entraînement digne de ce nom.

«Il faut me donner une vraie chance, a plaidé la Scandinave de 43 ans. Deux semaines, ce n’est rien. Et je n’avais pas été dans le ring pendant presqu’un an. Ils m’ont donné deux semaines et je lui ai quand même donné un dur combat.»

Vous aurez évidemment compris que Lauren aimerait bien profiter d’une revanche contre Dicaire. Cette dernière n’est cependant pas intéressée du tout par un tel projet.

«Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher une revanche, a-t-elle expliqué. Elle n’a aucune ceinture à mettre en jeu. Moi, j’ai fait ma défense de titre. J’ai gagné ce combat. Je suis prête à autre chose, à relever de vrais défis et aller mettre la main sur d’autres ceintures.»

En lieu et place, Dicaire s’accordera un temps de repos bien mérité. Après quoi, si tout va comme prévu, elle pourrait remonter dans l’arène le 15 juin, au Stade IGA.

Les autres résultats

En demi-finale, David Théroux (16-3, 11 K.-O.) a vaincu le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco (19-9-2, 14 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). La fierté de Sorel-Tracy a malmené son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, visant surtout le corps, mais Orozco a fait preuve d’une remarquable ténacité dans les circonstances et n’a jamais visité le plancher.

Terry Osias (8-0, 4 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à s’imposer devant l’Argentin Juan Cruz Correa (4-2-1), triomphant par arrêt de l’arbitre à 0:52 du sixième round. Dominant du début à la fin, le Longueuillois a envoyé son rival au plancher à deux reprises durant cet affrontement. Peu après la seconde chute, l’officiel Martin Forest a jugé que Correa en avait eu assez pour la soirée

Le Granbyen Yan Pellerin (6-1, 2 K.-O.) l’a emporté sur le Mexicain Eduardo Valencia Aguilar (2-2, 2 K.-O.) par décision unanime (39-36, 40-35, 40-35). Seul moment vraiment marquant de ce duel: lorsque le protecteur buccal d’Aguilar a effectué un vol plané loin dans la foule au deuxième round, semant à la fois confusion et hilarité au sein du public. Buzz Lightyear aurait été jaloux.

Mazlum Akdeniz (9-0, 4 K.-O.) a tout fait, sauf envoyer son rival Jose Guillermo Garcia (9-6-1, 5 K.-O.) au tapis au cours de leur combat. Le jeune Montréalais a donc dû se contenter d’une victoire facile par décision unanime (80-72 partout).

En lever de rideau, Diizon Belfon (2-0, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Gerardo Aldama (1-3) en lui passant le knock-out à 2:59 du deuxième round. Le Montréalais a matraqué son adversaire d’une série de crochets dans le coin de l’arène jusqu’à ce qu’il s’écroule. Aldama n’a jamais pu se relever avant la fin du compte de dix.

Publicités

L’authentique champion

[Photo tirée du compte Instagram de Lucian Bute]

BILLET – Lucian Bute avait à peine commencé à parler mercredi que déjà, les émotions lui nouaient la gorge. Pendant qu’un diaporama des meilleurs moments de sa carrière défilait derrière lui, il cherchait les mots qui allaient le mener, entre deux sanglots, à nous confirmer ce qu’on savait tous depuis un moment : qu’il raccrochait les gants pour mettre un terme à une brillante carrière de 15 ans en boxe professionnelle.

Avant d’en arriver à cette déclaration officielle et solennelle, celle qui allait finalement le faire craquer, Bute avait évidemment pris soin de procéder aux remerciements d’usage destinés à sa famille ainsi qu’aux entraîneurs, promoteurs et autres intervenants qui l’ont suivi pendant ce temps. Mais c’est d’abord le public qu’il a tenu à remercier.

À plusieurs reprises au cours de sa poignante allocution, l’ex-champion IBF des super-moyens aura exprimé sa gratitude aux nombreux partisans qui l’ont épaulé tout au long de son parcours. De son premier combat au Centre Bell en 2003 jusqu’à l’apogée de sa gloire, en passant par son amère défaite contre Carl Froch en 2012 et son ultime tour de piste en 2017, contre Eleider Alvarez à Québec.

«Quel souvenir j’ai avec vous. Vous étiez toujours là, de plus en plus nombreux. Il y avait 2000 personnes au début et le Centre Bell était plein à la fin. »

-Lucian Bute

Il n’a pas tort, loin de là. Dans ses meilleures années, le Roumain pouvait attirer sans problème 16 000 personnes dans l’amphithéâtre. Nommez donc un boxeur québécois capable d’en faire autant à l’heure actuelle.

Cela illustre à quel point la relation entre Bute et le Québec fut une grande histoire d’amour comme on en voit de moins en moins dans le sport professionnel.

« Il a été le boxeur le plus rassembleur et certainement le plus aimé », a décrit le promoteur Yvon Michel, qui a convaincu Bute de s’établir chez nous à l’époque où il dirigeait Interbox.

C’est non sans fierté que Bute a raconté que la frustration de ne pouvoir accorder une entrevue en français à ses débuts l’a convaincu de s’inscrire à des cours du soir pour apprendre la langue, en marge de son entraînement durant la journée. Et le public, touché par l’initiative, a toujours chaleureusement récompensé ses efforts d’intégration. On sait que ce ne sont pas tous les athlètes qui acceptent d’en faire autant.

Bute aurait facilement pu s’enivrer du succès et de la gloire, se laisser corrompre par l’arrogance et la suffisance. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Il est demeuré humble et affable avec tout le monde en dépit des bourses et de la ceinture. Un alliage parfait de talent et d’élégance. De puissance et de grâce. À bien des égards, Lucian Bute fut à la boxe ce que Jean Béliveau aura été au hockey. Et Dieu sait que ce genre d’individu ne court pas les rues.

« J’étais moi-même. C’était ma personnalité. Je n’ai jamais refusé [de parler à] personne. J’ai toujours été respectueux, honnête et sincère. Je pense que ça a touché les Québécois. »

-Lucian Bute

Ses détracteurs, pour autant qu’ils existent, diront que Bute avait perdu de sa superbe ces dernières années, soulignant qu’il s’est incliné dans quatre de ses cinq derniers combats. Oui, et alors? Muhammad Ali a subi la défaite trois fois à ses quatre dernières sorties. Son prestige a-t-il été terni? On ne compare pas ici Bute à Ali, on s’entend, mais vous comprenez le principe. Un athlète doit être jugé sur l’ensemble de sa carrière, pas seulement la période qui fait notre affaire.

Un confrère faisait d’ailleurs remarquer que Bute a subi toutes ses défaites devant des champions du monde : Froch, Jean Pascal, James DeGale, Badou Jack et Alvarez. Il y a de pires taches à avoir dans son CV, vous en conviendrez.

« [La défaite contre Froch] a été le début de la fin, a reconnu Bute. Je n’ai jamais été comme avant par la suite. Ç’a été dur. Ça m’a fait mal. Je pensais pouvoir passer par-dessus. »

Peut-être différent sur le plan pugilistique. Mais même ce cruel revers n’aura pas réussi à altérer l’essence de l’homme et l’affection réciproque entre lui et son public.

Malgré son statut de nouveau retraité, Bute n’a pas l’intention de laisser tomber la boxe. Œuvrant déjà comme agent des frères Dario et Bruno Bredicean, il entend continuer de s’impliquer dans le développement du sport au Québec, d’une façon ou d’une autre. Bien sûr, il prendra aussi le temps de s’occuper de ses deux jeunes enfants. Ceux qui, ultimement, l’ont convaincu que l’heure était venue de ranger les gants pour de bon.

On ne reverra plus Bute dans un ring. Mais tous les bons souvenirs, eux, vont demeurer bien ancrés dans nos mémoires. Et ils sont nombreux. Car rarement aura-t-on vu un athlète, à plus forte raison un boxeur, faire sien un peuple qui lui était alors étranger et le fédérer derrière lui de manière aussi lumineuse.

« On pensait qu’il serait champion du monde, mais il a été plus grand que son sport », a résumé avec émotion l’entraîneur Stéphan Larouche, qui fut aux côtés de Bute pour les grandes occasions.

Bonne retraite, Lucian. Profites-en bien. Et merci pour tout.

Retour réussi pour Kean

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Au fond, l’important n’était pas tant de savoir si Simon Kean allait l’emporter samedi soir, au Casino de Montréal. Il s’agissait surtout de voir de quoi il aurait l’air dans le ring.

Kean, faut-il le rappeler, effectuait pour l’occasion son retour dans l’arène après avoir encaissé une brutale défaite contre Dillon Carman, qui lui avait passé le knock-out au quatrième round le 6 octobre dernier. Une défaite qui, en plus d’être sa première en carrière, a forcé le poids lourd trifluvien à se remettre en question. À s’exiler, loin de toute attention, pour faire le point sur son avenir à court et moyen terme.

Cinq mois plus tard, c’était donc soir de retrouvailles pour le Grizzly et son public. Pour souligner la chose, le pugiliste se mesurait à l’Argentin Rogelio Omar Rossi (20-8-1, 13 K.-O.). Le genre de boxeur qu’on ne confondra jamais avec un champion du monde, tout le monde s’entend là-dessus. Mais qu’importe : l’objectif pour Kean (16-1, 15 K.-O.) était d’abord d’y aller d’une performance convaincante et de récolter une victoire afin de reconstruire sa confiance.

Mission accomplie à cet égard : Kean a forcé Rossi à l’abandon à 39 secondes du deuxième round, après l’avoir envoyé au plancher à trois reprises au cours de ce bref duel. Il a ainsi offert à Eye of the Tiger Management une heureuse conclusion à son programme double de boxe, qui avait vu Arslanbek Makhmudov signer une autre victoire expéditive en après-midi.

«J’avais hâte de revenir. J’ai changé des choses à l’entraînement et j’avais hâte de les mettre en œuvre quand ça compte.»

-Simon Kean

«On a aimé ce qu’on a vu pendant le camp d’entraînement et dans le vestiaire, a pour sa part indiqué son l’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert. J’ai aimé ce que j’ai vu de lui dans le ring. J’ai trouvé qu’il a démontré de belles habiletés et une belle souplesse. Il était vif et surtout agressif. Il voulait faire mal.»

Tout un contraste, en effet, avec le Simon Kean aux airs tétanisés qu’on a vu à Québec après que le train Carman lui soit passé dessus. La période de ressourcement semble bel et bien avoir porté ses fruits.

«Je suis arrivé motivé. J’ai su pourquoi j’étais arrivé à plat contre Carman. Je me suis un peu laissé emporter par les émotions. Je suis revenu aux sources», a décrit le boxeur.

Le «défi» Rossi étant désormais chose du passé, la prochaine étape est déjà déterminée pour Kean : une revanche contre Carman, et rien d’autre.

Le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, a d’ailleurs fait savoir qu’une entente pour un tel combat était sur le point d’être conclue et que le duel aurait lieu le 15 juin à Shawinigan.

«Tu n’aimes pas avoir une défaite, a-t-il fait valoir. Si tu peux l’effacer, ça te fait grand bien. Je pense que Simon veut vraiment ça. Il n’arrête pas de m’en parler. C’est comme si tu as regretté certaines choses dans ta vie. Si tu peux les arranger… Je pense que c’est le sentiment qui nous habite tous.»

«Carman, on ne se racontera pas d’histoire, ce n’est pas un top-10 ou un top-15 mondial, a renchéri Jimmy Boisvert. Si Simon espère aller plus loin, il doit battre ce type de gars. Il ne doit pas attendre deux ans de se préparer pour un gars comme Carman.»

Kean réussira-t-il à exorciser ses démons pour de bon ? On aura la réponse dès cet été, on dirait bien.

Maduma fait bien, mais s’incline

MadumaVasquez-VE
Ghislain Maduma (à gauche) a dû s’avouer vaincu devant Miguel Vasquez. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Ghislain Maduma (20-4, 11 K.-O.) avait un défi de taille devant lui pour la demi-finale de la soirée en la personne du vétéran mexicain Miguel Vasquez (41-7, 15 K.-O.), ex-champion IBF des poids légers qui a croisé le fer avec de grosses pointures telles que Saul «Canelo» Alvarez et Timothy Bradley, entre autres.

Intimidé devant un tel palmarès, Maduma ? Pas le moins du monde. Le Québécois a livré une performance fort honorable, au vif plaisir de la bruyante foule venue l’encourager. Mais ce ne fut malheureusement pas suffisant pour lui permettre de récolter la victoire. Vasquez s’en est tiré avec un gain par décision partagée.

Deux juges l’ont vu gagnant à 97-93 et 98-92, tandis que le troisième a favorisé Maduma à 97-93.

«Il boxait bien. Il bougeait bien. Je n’arrivais pas à mettre en œuvre la stratégie qu’on voulait. Je n’ai pas d’excuse. J’étais en super forme. Tout allait bien dans ma tête. Je lui donne crédit, c’est vraiment un vrai champion», a indiqué Maduma, toujours aussi affable malgré le revers.

Vasquez s’est en effet illustré par sa mobilité et ses talents d’évasion dans l’arène. Maduma a bien réussi à placer quelques bons coups ici et là, mais son élusif rival lui a donné du fil à retordre plus souvent qu’à son tour. De fait, plusieurs des dix rounds de l’affrontement étaient serrés et, bien souvent, difficiles à juger.

Lorsque la dernière cloche a retenti, les visages étaient longs dans le coin du Québécois. À l’évidence, on savait que les chances d’entendre une décision défavorable des juges étaient réelles.

«Même si j’avais gagné, je n’aurais pas été content, a admis Maduma. Je ne suis pas un gars comme ça. Je pense que j’aurais pu l’avoir. Il y avait plein de rounds serrés. Je comprends comment les juges l’ont vu d’un côté comme de l’autre.»

N’allez surtout pas croire, cela dit, que cette défaite signifie un retour à la retraite pour Maduma. Bien au contraire, après une petite semaine de vacances, il entend bien reprendre l’entraînement et poursuivre sa route. Ses partisans ne s’en plaindront certainement pas.

Retour réussi pour Jukembayev aussi

JukembayevMeza-VE
Batyr Jukembayev (à droite) a pris la mesure de Gilberto Meza. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Il faisait bon de revoir Batyr Jukembayev en action dans un gala d’Eye of the Tiger Management, après être passé bien près d’être largué par le promoteur dans la foulée du congédiement de son ex-entraîneur Stéphan Larouche.

Le jeune Kazakh (15-0, 12 K.-O.) a souligné son retour dans la tanière du tigre avec une victoire par décision unanime (98-92 partout) aux dépens du Mexicain Gilberto Meza (10-6-1, 6 K.-O.).

Sans être particulièrement spectaculaire, Jukembayev s’est néanmoins montré assez efficace et incisif pour imposer le rythme du combat. Ce qui ne veut pas dire que Meza, appelé à remplacer Carlos Jimenez à pied levé, n’a pas offert une opposition de qualité, loin de là. Mais voilà, Jukembayev lui a été supérieur, tout simplement.

Les autres résultats

C’est un furieux duel que nous ont offert Nurzat Sabirov (9-0, 8 K.-O.) et l’Argentin Cesar Hernan Reynoso (15-12-4, 7 K.-O.), alors que les deux hommes se sont échangés de violentes politesses sans répit. Sabirov l’a finalement emporté par arrêt de l’arbitre à 1 :27 du septième round. Reynoso, qui avait visité le tapis au round précédent, a subitement baissé la garde en n’ayant plus l’air de vouloir poursuivre l’affrontement, sans doute lassé des multiples coups de matraques assénés par Sabirov.

Clovis Drolet (9-0, 5 K.-O.) est demeuré invaincu en prenant la mesure de l’Argentin Rodrigo Ramon Maizares (7-4) par décision unanime (80-72 partout). Et c’est à peu près tout ce qu’il y a à dire sur ce combat.

Le duel entre Andranik Grigoryan (10-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Jonathan Aguilar (19-8, 7 K.-O.) s’annonçait pourtant excitant. Aguilar avait été au plancher dès le premier round, tandis que Grigoryan a fait de même en toute fin de troisième engagement. Mais ce furent là les seuls véritables étincelles de ce combat, remporté par Grigoryan par décision unanime (98-90, 99-90, 99-90), qui ne passera certainement pas à l’histoire.

Pour amorcer la soirée, Artur Ziyatdinov (9-0, 8 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Polonais Michal Ludwiczak (16-10, 8 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :33 du quatrième round. Ludwiczak est allé deux fois au tapis au troisième engagement après de vifs coups au corps. Le pauvre pugiliste, qui s’est mis à pomper l’huile très tôt dans le duel, a même dû prendre un temps d’arrêt au round final pour aller vomir dans le seau de son coin. L’histoire ne dit pas s’il avait profité de la pause entre les deux galas de la journée pour abuser du buffet du Casino.

Autre combat, même résultat

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Avery Gibson n’avait jamais été battu par knock-out en 20 combats professionnels. Une seule fois, il avait été envoyé au tapis. Arslanbek Makhmudov n’a eu besoin que de deux minutes et 31 secondes pour le liquider.

Les combats se suivent et se ressemblent pour le Russe, aussi monstrueux que sympathique, qui n’a jamais travaillé au-delà du deuxième round en sept sorties. Son équipe croyait bien que Gibson (9-8-4, 3 K.-O.) offrirait à Makhmudov (7-0, 7 K.-O.) la possibilité d’accumuler quelques rounds d’expérience de plus dans sa besace.

Au lieu de cela, la première finale de l’ambitieux programme double d’Eye of the Tiger Management au Casino de Montréal samedi, qui mettait aussi en vedette Simon Kean, s’est conclue hâtivement.

«Pour le moment, ce n’est pas inquiétant. On pensait avoir des rounds [samedi], ça n’a pas été le cas. On va continuer notre recherche et à y aller graduellement avec des gars qui ont de bons mentons. Des gars solides pour enfin voir [plus de rounds] un jour», a indiqué l’entraîneur de Makhmudov, Marc Ramsay.

La désormais traditionnelle sirène annonçant l’arrivée de Makhmudov sur le ring venait à peine de se taire que ce dernier invitait son rival à observer le plancher de plus près, par l’entremise d’un vif uppercut droit. Gibson s’est relevé pour seulement mieux retomber quelques instants plus tard, pilonné de toutes parts par son adversaire à l’autre extrémité de l’arène. Le coin de Gibson, judicieusement, a alors réclamé la fin du carnage.

Autre brève journée au bureau pour Makhmudov, donc. Son clan ne se plaindra jamais d’accumuler les victoires, cela va de soi. Mais il a quand même hâte de tomber sur un rival qui résistera un peu plus longtemps.

«On disait la même chose au sujet [d’Artur] Beterbiev et à un moment donné, on s’est ramassés dans des 12 rounds. […] On a fini par trouver une solution», a souligné Ramsay.

C’est évident, le jour viendra où Makhmudov croisera sur son chemin un boxeur qui aura trouvé, on ne sait trop comment, le moyen d’accepter ses sévices pendant plus de deux rounds. Mais d’un autre côté, difficile de se plaindre quand on engrange les victoires spectaculaires qui nous permettent d’accroître notre popularité.

En attendant de connaître l’identité de sa prochaine victime – pardon, de son prochain adversaire -, Makhmudov poursuivra le travail en gymnase. Car, oui, malgré son terrifiant parcours jusqu’ici, il y a encore des aspects de sa boxe à fignoler.

«Je ne suis pas parfait. Je dois apprendre. C’est normal. [Le combat] est une bonne expérience», a-t-il résumé avec humilité.

«Je suis prêt à tout. Je suis prêt pour un adversaire coriace», a-t-il ajouté.

Mais un tel adversaire, quel qu’il soit, sera-t-il prêt un jour ?

Oganesyan étincelant

Oganesyan-VE
Artem Oganesyan (à gauche) a impressionné face à Damian Sosa. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Il n’a peut-être pas rallumé les feux d’artifice de sa dernière sortie, alors qu’il avait dévissé son adversaire à coups d’uppercuts comme s’il s’agissait d’une bouteille de mousseux récalcitrante du temps des Fêtes – ce n’est pas à défaut d’avoir essayé, remarquez -, mais Artem Oganesyan (9-0, 7 K.-O.) n’en a pas été moins impressionnant en demi-finale de ce gala diurne.

Le Russe désormais établi à Montréal a pris la mesure du Mexicain Damian Sosa (11-1, 5 K.-O.) par décision unanime (100-90 partout), pour ainsi mettre la main sur le titre WBO junior des super-moyens.

Si Oganesyan n’a pas servi un knock-out à son rival, c’est parce que ce dernier a fait montre d’une étonnante ténacité et d’une redoutable capacité à encaisser les coups. Autrement, jamais Sosa n’aurait vu le dixième round.

C’est d’ailleurs la «lourdeur» des attaques d’Oganesyan qu’on remarque en premier lorsqu’il s’exécute dans le ring. Chacun de ses coups touchant la cible s’accompagne d’un bruit retentissant. Un peu à la manière d’un Beterbiev, par exemple. On entend la douleur qu’il inflige. Et, selon la réaction de l’adversaire qui se dresse devant lui, on peut fréquemment la voir.

En voilà un qui sera fort intéressant à surveiller au cours des prochaines années.

Les autres résultats

Chez les femmes, Kim Clavel (7-0, 2 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à disposer de l’Uruguayenne Soledad Macedo (17-15-1, 4 K.-O.) pour récolter la victoire par décision unanime (80-72 partout). La Montréalaise a dominé d’un bout à l’autre du combat, imposant le tempo dès les premiers instants et n’accordant aucune marge de manœuvre à la pauvre Macedo, qui a dû repartir du Casino avec un arrière-goût de gant dans la bouche.

Hyper-expéditif à sa première sortie chez les professionnels, Lexson Mathieu (2-0, 2 K.-O.) a récidivé aux dépens de l’Argentin Ariel Alejandro Zampedri (9-6, 7 K.-O.), signant une belle victoire par arrêt de l’arbitre à 1 :38 du tout premier round. Le jeune pugiliste de Québec a alors envoyé son adversaire au tapis à l’aide d’une solide gauche. Zampedri, qui s’était aussi incliné au round initial devant Sadriddin Akhmedov, a mis beaucoup de temps à se relever. Un peu trop au goût de l’officiel Yvon Goulet, qui a annoncé la fin des hostilités.

Sébastien Roy (6-0, 1 K.-O.) est demeuré invaincu en venant à bout du Grec Gkouram Mirzaev (4-2, 3 K.-O.) par décision unanime (60-54, 59-55, 59-55). Victoire aisée pour l’orgueil de Thetford Mines en apparence, mais ne vous fiez pas trop aux pointages. Le duel, qui s’est déroulé sous le signe de la technique, s’est avéré bien plus serré qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

En lever de rideau, François Pratte (8-1-1) a été surpris par le Mexicain Jorge Garcia Jimenez (14-2-1, 11 K.-O.) et s’est avoué vaincu par arrêt de l’arbitre à 1 :03 du sixième round. Le Trifluvien, coupé à trois endroits différents du visage durant l’affrontement, avait déjà visité le plancher au deuxième assaut, tandis que Jimenez a fait de même au quatrième. Mais ce dernier s’est bien repris en terrassant violemment son rival avec une gauche en plein visage. Pratte s’est aussitôt effondré de tout son long, tel un château de cartes. L’arbitre Albert Padulo fils a tout de suite mis fin au duel.

Triste fin de règne

[Photo fournie par Top Rank]

« Voyons, ça ne se peut pas. C’est impossible. Impossible que ça se termine ainsi, aussi bêtement. Et après seulement six mois comme champion? »

C’est un peu le genre de réaction qu’ont pu avoir les couche-tard qui ont regardé le combat revanche tant attendu entre Eleider Alvarez (24-1, 12 K.-O.) et Sergey Kovalev (33-3-1, 28 K.-O.), disputé au Ford Center at The Star de Frisco, au Texas, dans la nuit de samedi à dimanche.

À la lumière de la victoire du Colombien lors du premier combat, d’aucuns croyaient que ce dernier n’aurait aucun mal à défendre sa ceinture WBO des mi-lourds, qu’il avait justement acquise de manière spectaculaire aux dépens de Kovalev après avoir poireauté pendant presque trois ans, en espérant d’avoir l’occasion de se battre pour un titre mondial.

Et pourtant… Opposé à un Kovalev en grande forme, Alvarez, éteint et passif, a été détrôné dès la première défense de sa ceinture, s’inclinant par décision unanime et subissant ainsi un premier revers en carrière.

Deux juges ont remis des cartes de 116-112, tandis que le troisième a donné tous les rounds à Kovalev, 120-108 – un verdict pour le moins sévère, il faut l’avouer. Ringside, pour sa part, avait le Russe gagnant à 115-113.

Disons-le sans détour : malgré ces résultats serrés, Alvarez a été mauvais. Méconnaissable, même.

Où diable étaient passés ces jabs précis et incisifs qui ont fait sa renommée? Où se cachait donc cette étincelle, cette rage de vaincre qui lui avait permis d’envoyer Kovalev trois fois au tapis lors de leur premier duel?

Tenez, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Alvarez n’a lancé que 369 coups au total dans ce combat, soit à peine plus de 30 par round en moyenne. Kovalev, lui? Pas moins de 816 coups lancés, pour une moyenne de 68 par assaut. Inutile de chercher plus loin pour comprendre la décision des officiels.

Une chance, d’ailleurs, que plusieurs attaques de Kovalev ont atterri sur les gants d’Alvarez, qui a au moins fait preuve de belles habiletés défensives. Autrement, cet affrontement n’aurait jamais atteint la limite.

« Va falloir que tu commences à travailler! », a d’ailleurs prévenu avec véhémence l’entraîneur Marc Ramsay pendant qu’il tentait de réanimer Alvarez entre deux rounds, alors que ce dernier s’était encore montré complètement amorphe pendant trois minutes de boxe. Vers la fin du combat, on a de nouveau pu entendre Ramsay tancer généreusement son protégé qui venait de disputer, selon lui, « un round de paresseux ».

Alvarez a-t-il trop cherché à infliger un autre knock-out à Kovalev, délaissant au passage son plan de match? Possible. Le problème, c’est qu’Alvarez n’a jamais été reconnu comme un grand cogneur. Sans dire que l’issue de son premier choc avec Kovalev était le fruit de la chance, et au risque de se répéter, le principal atout d’Alvarez est sa virtuosité technique. Celle-là même qui lui avait permis de détrôner Kovalev en l’usant à la corde en août dernier. Pourquoi donc ne pas la mettre à profit? Allez savoir…

Parions que les gens de Top Rank ont avalé quelques gorgées de bière de travers en assistant à cette performance d’Alvarez, à qui ils viennent d’accorder un juteux contrat de sept combats lui garantissant un million de dollars par sortie. Pas exactement la façon optimale de souligner les débuts d’une entente aussi lucrative.

L’effet McGirt

Cela dit, rendons quand même à Kovalev le mérite qui lui revient. Alors que plusieurs le croyaient en fin de parcours, il a trouvé un second souffle en revenant à une boxe de base, et en privilégiant une approche stratégique plutôt que de s’en remettre outre mesure à sa force de frappe et viser le coup de circuit à tout prix.

Son nouvel entraîneur Buddy McGirt, premier à s’être mérité les remerciements de Kovalev après le combat, n’est certainement pas étranger à cette étonnante résurrection. Grâce à ses judicieux conseils, un boxeur bientôt âgé de 36 ans qui semblait au bord d’une retraite forcée vise désormais un combat d’unification des titres de l’une des catégories de poids les plus en vue de la boxe professionnelle. Faut le faire.

Conséquemment, ceux qui songeaient à une trilogie pugilistique impliquant Alvarez et Kovalev peuvent oublier ça pour l’instant. De toute façon, avant même de penser à se frotter une autre fois au nouveau champion WBO, Alvarez a tout un travail d’introspection qui l’attend. Il devra d’abord se regarder dans le miroir, longuement et intensément, avant de s’asseoir avec son équipe pour décortiquer cet échec et comprendre ce qui a bien pu se passer.

Et c’est sans doute ce qui est le plus triste dans cette défaite. Après tout le temps et tous les efforts qu’il a investis pour atteindre son but de devenir champion du monde, voilà qu’Alvarez est contraint de repartir pratiquement à zéro. Tant sur le plan athlétique que psychologique.

Ce sera à lui de prouver que le boxeur qu’on a vu dans ce combat n’était pas le véritable Eleider Alvarez.

Claggett refait le coup… ou presque!

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Le 27 octobre 2017, Steve Claggett avait causé une surprise de taille au MTelus en arrachant une victoire par décision partagée à Yves Ulysse fils, qui encaissait ainsi son premier revers en carrière. L’Albertain était de retour à Montréal samedi soir, au Casino ce coup-ci, pour se mesurer à Mathieu Germain.

Ce dernier, qui occupait pour la première fois le haut de l’affiche d’un gala de boxe, n’avait certes pas l’intention de se faire jouer le même tour que son confrère de l’écurie d’Eye of the Tiger Management.

La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas arrivé. La mauvaise – enfin, si on peut le dire ainsi –, c’est que Germain (16-0-1, 8 K.-O.) n’a pas gagné non plus : il a dû se contenter d’un verdict nul majoritaire au terme d’un magnifique combat, disputé à un rythme endiablé et avec une intensité peu commune.

Un juge a vu Germain gagnant 96-94, un autre a favorisé Claggett à 96-94, et le troisième a remis un pointage nul de 95-95. Pour sa part, Ringside avait Germain vainqueur à 97-93. Mais, il faut le dire, plusieurs rounds se sont avérés serrés et donc, difficiles à juger. D’ailleurs, seulement cinq des dix rounds ont été jugés de la même façon par les trois officiels.

Le Québécois repart donc avec sa ceinture IBF International des poids super-légers, tandis que Claggett (27-5-2, 17 K.-O.) rentre chez lui avec son titre IBF nord-américain.

«Ce n’est pas un vol. Je suis déçu, je pensais gagner. Mais il faut être honnête, ce n’est pas une décision controversée», a affirmé Germain, qui a maintes fois réitéré sa déception face à l’issue de l’affrontement.

«Je suis satisfait du combat, bien que j’aurais pu en faire un peu plus. Mais je ne suis évidemment pas satisfait du résultat. Mais c’est ça, le jeu. Parfois, les juges voient quelque chose de différent de ce que nous voyons», a quant à lui expliqué Claggett.

Ce duel a duré dix rounds, mais on a parfois eu l’impression qu’il n’en comptait que cinq ou six, tellement l’action s’est déroulée à toute allure. En aucun moment ou presque, les deux hommes n’ont ralenti leurs ardeurs, s’échangeant copieusement les combinaisons.

À un moment donné, Germain ébranlait Claggett. Un peu plus tard, souvent au cours d’un même engagement, c’était au tour de Claggett de sonner les cloches de Germain.

«[Germain] est invaincu, il est fort et il a battu quelques bons gars. Il ne se laissera pas faire. Il va se battre avec tout son cœur, et c’est exactement ce qu’il a fait», a dit Claggett.

Ça s’est échangé les politesses de cette façon du début à la fin. Sauf peut-être au dernier assaut, alors que Claggett a nettement eu le dessus sur son rival. Si le round avait duré quelques secondes de plus, il aurait peut-être pu l’envoyer au tapis, qui sait ?

«Au dernier round, il m’a fatigué. J’ai semblé ébranlé, mais je ne l’étais pas du tout. J’étais fatigué, je sentais mes jambes lourdes. J’ai commencé fort, mais il est venu me voler le round», a décrit Germain, qui n’a toutefois pas à rougir de l’ensemble de sa performance, bien au contraire.

À l’évidence, un affrontement aussi relevé et, surtout, qui se solde par un résultat comme celui-là, est pratiquement synonyme de combat revanche. Entre nous, l’option tombe sous le sens. Même si un deuxième volet ne devait avoir que la moitié de l’intensité du premier, la foule en aurait pour son argent.

Sans grande surprise, les deux pugilistes ont affirmé être prêts à en découdre à nouveau dans l’arène.

«Je ne refuse personne. Les gens qui me connaissent le savent : je ne refuserai jamais d’affronter une personne qui veut se battre contre moi», a prévenu Germain.

«J’aimerais revenir ici. J’adore Montréal», indique Claggett de son côté.

On ne se plaindra pas si le second épisode se passe chez nous, ça, c’est sûr.

Akhmedov, le prédateur

_xkfhz-g
Sadriddin Akhmedov (à gauche) a facilement remporté son combat. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale de la soirée, Sadriddin Akhmedov (7-0, 7 K.-O.) a de nouveau fait la démonstration de son prodigieux talent en liquidant le Mexicain Abraham Juarez (13-2, 5 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :03 du quatrième round.

Le Kazakh de 20 ans met ainsi la main sur le titre WBC Jeunesse des super-mi-moyens, qui était jusque là vacant.

Privilégiant une stratégie axée sur la patience, Akhmedov a passé le combat à attendre que Juarez lui concède une ouverture pour placer ses attaques. Dès que ce dernier lui accordait à peine quelques centimètres, il dégainait avec violence et vitesse, atteignant la cible presque à tout coup. On aurait juré voir un scorpion, une vipère ou tout autre prédateur venimeux de votre choix s’en prendre à sa proie malchanceuse : vif, précis et létal.

Au quatrième engagement, Akhmedov a jeté Juarez une première fois au tapis à l’aide d’un uppercut des plus sournois. Le Mexicain s’est relevé, mais quelques instants plus tard, Akhmedov l’a renvoyé d’où il venait avec une violente droite en plein visage. Juarez s’est de nouveau relevé, mais il était clair qu’il n’en pouvait plus. L’arbitre Steve St-Germain l’a vite constaté lui aussi, et a décrété la fin du duel.

Les autres résultats

gvpw5pz8
Ce fut une autre courte soirée de travail pour Arslanbek Makhmudov (à gauche). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

On espère que vous n’êtes pas allé à la salle de bain juste avant le combat entre Arslanbek Makhmudov (6-0, 6 K.-O.) et l’Américain Jason Bergman (27-16-2, 18 K.-O.). Car encore une fois, le gigantesque Russe a haché menu en un clin d’œil l’opposition ayant osé se dresser devant lui, l’emportant sans aucune difficulté par arrêt de l’arbitre à 1 :37 du tout premier round. Bergman est allé au plancher deux fois pendant ce bref combat.

Comme c’est désormais la coutume, les membres de la Team Tibo étaient nombreux pour encourager Vincent Thibault (8-0, 2 K.-O.), qui affrontait le Mexicain Jose Sergio Torres Perez (5-7, 5 K.-O.). Celui qu’on surnomme la fierté de Charlesbourg n’a pas déçu ses partisans, l’emportant par décision unanime (60-53 partout). Thibault a notamment fait visiter le tapis à Torres Perez au quatrième assaut grâce à un joli coup au corps.

Chez les femmes, Kim Clavel (6-0, 2 K.-O.) a terrassé la Mexicaine Luz Elena Martinez (5-2, 3 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :00 du quatrième round. Clavel a complètement dominé sa rivale, enchaînant de vicieux crochets en combinaison, avant de l’achever avec une violente droite en plein visage. Martinez n’a jamais pu se relever, et l’arbitre Martin Forest a ainsi stoppé les hostilités.

Lexson Mathieu (1-0, 1 K.-O.) a souligné le début de sa carrière professionnelle de brillante façon en neutralisant le Mexicain Edgar Santoyo (2-2-2, 1 K.-O.) après seulement 43 secondes d’action. Pendant ce court laps de temps, la jeune sensation de Québec, âgée de 19 ans, a envoyé son adversaire au tapis, avant de le tabasser sans aucune pitié. Alors que Santoyo tenait de peine et de misère dans le coin de l’arène, l’arbitre Albert Padulo fils a sagement choisi de mettre fin à ce duel.

Le combat entre François Pratte (8-0-1) et le Mexicain Sergio Silva (6-1-2, 2 K.-O.) n’a duré qu’une minute et 47 secondes, mais s’est conclu par un verdict nul technique. Silva a reçu un coup de tête accidentel avant de tomber au plancher. Constatant qu’il saignait derrière la tête en se relevant, Silva a aussitôt demandé à voir le médecin. L’examen s’est prolongé, tant et si bien que Silva, quelque peu vacillant, a indiqué qu’il n’était plus en mesure de poursuivre l’affrontement. Pratte était quant à lui fort déçu du résultat. On peut évidemment le comprendre.

b6upuvl4
Raphaël Courchesne a subi une sérieuse coupure à l’oeil gauche. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

À son premier combat depuis le mois de juin 2018, Raphaël Courchesne (5-0, 2 K.-O.) a offert une belle démonstration de résilience en prenant la mesure du Mexicain Alejandro Chavez Meneses (9-4, 5 K.-O.) par décision unanime (58-55, 58-55, 58-56). Le Maskoutain a d’abord chuté au premier round, avant d’être gravement coupé à l’œil gauche au quatrième. C’est avec le visage complètement ensanglanté qu’il a terminé ce furieux duel.

Dans le premier combat de la soirée, Kaemy Cloutier (2-0) a aisément disposé du Mexicain Saul Alejandro Gonzalez Meza (4-4, 3 K.-O.) par décision unanime (39-35, 39-35, 38-36). Le boxeur de Trois-Rivières a envoyé son rival au tapis au premier et au deuxième round.

Le triomphe de Rivas… et de Ramsay

[Photo Mikey Williams, fournie par Top Rank]

« T’es-tu capable de la lancer, ta droite? Ben, lance-la! »

Insatisfait de ce qu’il venait de voir de la part de son boxeur, Marc Ramsay avait le front presque collé à celui d’Oscar Rivas lorsqu’il lui a prodigué, avec vigueur et conviction (c’est bien le moins qu’on puisse dire), cette directive vendredi soir, entre deux rounds du combat opposant Rivas et l’Américain Bryant Jennings au Turning Stone Resort & Casino de Verona, dans l’État de New York.

Cette consigne et toutes les autres que l’entraîneur a imposé à son poulain au cours du duel, avec une fougue frisant parfois l’exaspération, sont directement responsables de l’improbable victoire de Rivas, qui l’a emporté par arrêt de l’arbitre à 54 secondes du 12e et dernier round. En plus de conserver son titre NABF des poids lourds, Rivas s’est du même coup emparé des ceintures NABO et IBF International de la catégorie.

Loin d’être spectaculaire, le combat a plutôt pris les allures d’une partie d’échecs, chaque boxeur cherchant patiemment la faille dans la défense de son adversaire qui lui permettrait de s’imposer. À l’évidence, Rivas (26-0, 18 K.-O.) savait quoi faire pour museler Jennings (24-3, 14 K.-O.), qui n’a jamais semblé être en mesure de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui. C’était particulièrement évident en première moitié d’affrontement, alors qu’on se demandait par moments si le pugiliste de Philadelphie savait que le combat était commencé.

Au moment où l’arbitre Gary Rosato a mis un terme aux hostilités, deux des trois juges avaient Rivas gagnant sur leur carte. Les pointages serrés – 105-104 et 106-103 pour Rivas, et un 106-103 pour Jennings – illustrent bien le genre de choc que les deux hommes nous ont offert, avec plusieurs rounds difficiles à juger.

Cela dit, ne nous méprenons pas. Si c’est Rivas qui a stoppé Jennings dans le ring et qui est reparti avec trois ceintures, le vrai vainqueur de ce combat, c’est Ramsay.

Oh, attention, ça n’enlève rien à la performance du Colombien. Après tout, c’est bien beau recevoir les instructions de son entraîneur, encore faut-il les appliquer de la bonne façon et au moment opportun. D’autant que Jennings ne constituait pas un client facile, loin de là.

Mais malgré tout le talent de Rivas, si son coach n’avait pas trouvé les mots et la méthode pour le motiver comme il l’a fait, le résultat aurait fort probablement été différent. Bien appuyé par ses adjoints Samuel Décarie-Drolet et Luc-Vincent Ouellet, Ramsay est parvenu à garder Rivas concentré sur la tâche à accomplir, tout en lui injectant la juste dose d’énergie lorsque cela s’avérait nécessaire.

La boxe québécoise est choyée de pouvoir compter sur plusieurs entraîneurs de qualité – Stéphan Larouche, Rénald Boisvert, Mike Moffa… Mais si ce n’était pas déjà clair dans l’esprit de certains, il serait à peu près temps de considérer Ramsay comme étant le meilleur de ce groupe d’élite. Ce qu’il a démontré au cours du duel Rivas-Jennings relevait ni plus ni moins de la classe de maître de coaching.

Et ça, c’est simplement ce qu’on a vu pendant le combat : on ne parle même pas de tout le travail effectué au préalable, que ce soit au gymnase ou en vidéo pour décoder Jennings. Ce n’est pas un hasard si Ramsay a réussi à amener quatre boxeurs – Jean Pascal, David Lemieux, Artur Beterbiev et Eleider Alvarez – à des titres mondiaux.

Quant à Rivas, même s’il était confronté à un défi de taille, il ne pouvait se permettre d’échapper ce combat. Avec un parcours déjà hypothéqué par plusieurs blessures au cours des dernières années, une défaite aurait encore davantage compromis la suite des choses. Au lieu de cela, il a triomphé de belle façon d’un rival plus que crédible sur les ondes américaines, et pourra grimper un peu plus haut dans les classements mondiaux. Le résultat rêvé.

Le contrat du duel contenait une clause qui prévoyait que Jennings pouvait se prévaloir d’un combat revanche s’il le souhaitait. Or, selon ce que rapporte le Journal de Montréal, celui-ci pencherait davantage pour la retraite. Quoi qu’il en soit, on est déjà curieux de voir ce qui s’en vient pour Rivas qui, à 31 ans, entre dans les années charnières de sa carrière. Surtout qu’il a terminé le combat en santé, ce qui est toujours digne de mention dans son cas.

Chose certaine, tant qu’il pourra compter sur Marc Ramsay dans son coin, Rivas pourra entrevoir l’avenir avec optimisme.