La boxe de retour au Centre Bell en décembre

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Question quiz pour vous : à quand remonte le dernier gala de boxe présenté au Centre Bell?

Réponse : au 3 juin 2017, et il mettait en vedette le combat revanche entre Adonis Stevenson et Andrzej Fonfara. Ça fait un léger bail, n’est-ce pas? Pour l’anecdote, il s’agit du premier gala que Ringside a couvert au cours de sa jeune histoire.

Nous étions donc dus pour revoir un peu de pugilat dans la prestigieuse enceinte montréalaise. On savait déjà qu’Eye of the Tiger Management (EOTTM) envisageait sérieusement la possibilité d’y présenter un gala d’ici la fin de l’année. L’organisation a confirmé ses intentions mercredi, en annonçant la tenue d’un événement dans l’amphithéâtre le 7 décembre.

Bien sûr, il est encore trop tôt pour dire qui sera de la carte ce soir-là. Les noms de David Lemieux, Yves Ulysse et Erik Bazinyan ont été évoqués, mais rien d’officiel pour le moment.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que les trois galas qu’EOTTM présentera avant celui-ci serviront à déterminer quels boxeurs de l’entreprise mériteront de figurer au programme de la soirée au Centre Bell. Voyez-y un genre de série d’auditions, si vous voulez.

« C’est un entonnoir pour les meilleures performances, a précisé le grand patron d’EOTTM, Camille Estephan. Nos boxeurs auront de la compétition entre eux. Seulement dix d’entre eux pourront boxer au Centre Bell. »

Et comment se dérouleront ces auditions? Voyons un peu…

D’abord Butler…

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Steven Butler / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En premier lieu, les boxeurs d’Eye of the Tiger seront à l’œuvre le 26 septembre au Casino de Montréal, lors d’une soirée dont l’attraction principale mettra en vedette Steven Butler (27-1-1, 23 K.-O.). Son adversaire est trouvé, le contrat est signé, mais l’identité de ce dernier n’a pas encore été révélée.

Camille Estephan nous assure cependant qu’il s’agira d’un « très grand test » pour Butler, qui n’a pas vu d’action depuis sa victoire difficilement acquise aux dépens de Vitalii Kopylenko, le 2 mai à Las Vegas.

« [À Las Vegas], on n’a pas eu le résultat qu’on attendait, a convenu Butler. Ce n’était pas ma meilleure performance. Il y avait des ajustements à faire, et maintenant, je vais revenir plus fort. »

En demi-finale, le nouveau marié Batyr Jukembayev (16-0, 13 K.-O.) croisera le fer avec le vétéran Miguel Vasquez (41-8, 15 K.-O.), pourfendeur de Ghislain Maduma en mars. Kim Clavel, Sadriddin Akhmedov, Nurzat Sabirov, Raphaël Courchesne, Avery Martin Duval et Aman Kazankapov compléteront la carte.

…puis Makhmudov

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Mathieu Germain sera de la demi-finale du gala du 28 septembre. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Deux jours plus tard, le 28 septembre, Arslanbek Makhmudov (8-0, 8 K.-O.) assurera la finale d’un gala présenté en après-midi, toujours au Casino. Le colossal Russe se mesurera pour l’occasion au Congolais Tshibuabua Kalonga (9-0, 5 K.-O.). Le gagnant mettra la main sur le titre WBC International Silver des poids lourds.

Kalonga, 35 ans et champion d’Afrique, ne s’est d’ailleurs pas gêné pour faire part de ses intentions dans un message vidéo adressé à Makhmudov et EOTTM. Comme vous pouvez le constater ci-dessous, ça a le mérite d’être clair.

 

Mathieu Germain (17-0-1, 8 K.-O.), qui a finalement percé le top-15 de l’IBF après une longue attente, sera pour sa part de la demi-finale de ce gala, contre un adversaire qui reste à déterminer. Lexson Mathieu, Artur Ziyatdinov, Sébastien Roy et Kaemy Cloutier seront aussi en action, tout comme les deux plus récents ajouts à l’équpe d’EOTTM, Georgi Chelokhsaev et Gleb Bakshi.

Chelokhsaev (16-1-1, 12 K.-O.) est actuellement au neuvième rang de la WBO chez les super-légers, tandis que Bakshi, qui effectuera ses débuts professionnels le 28 septembre, a notamment été nommé boxeur par excellence de Russie en 2018.

Détour à Québec

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Il y a fort à parier que Lexson Mathieu sera en action à Québec en octobre. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

EOTTM fera par la suite escale à Québec le 18 ou le 25 octobre pour le troisième et dernier gala « préliminaire » à la grande soirée du 7 décembre. Les détails de la carte n’ont pas été dévoilés, mais il est déjà acquis que Lexson Mathieu, Vincent Thibault et Clovis Drolet – tous natifs de la Vieille Capitale – auront leur nom au programme.

Si on suit la logique « éliminatoire » des trois galas qui précéderont celui au Centre Bell, on peut supposer que ceux qui compléteront la carte de Québec – ou, du moins, certains d’entre eux – ne se seront pas battus lors des deux galas de septembre. Jusqu’à maintenant, Mathieu apparaît comme la seule exception au tableau, lui qui aura combattu au Casino le 28 septembre.

Qui aura la chance de se faire valoir, donc? Simon Kean? Artem Oganesyan? Andranik Grigoryan? On verra bien.

Ce qui est cependant clair, c’est que le retour de la boxe au Centre Bell – espérons que des imprévus ne viennent pas contrecarrer le projet – est une excellente nouvelle pour le sport. Et vous, avez-vous des idées sur l’allure qu’aura la carte ce soir-là?

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Rédemption obtenue

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

SHAWINIGAN – Ce ne fut pas très chic. Ce ne fut pas très élégant d’un point de vue pugilistique. Mais Simon Kean, lui, s’en balance complètement. Parce qu’en bout de ligne, samedi soir, il a eu ce qu’il voulait: sa rédemption.

Huit mois après sa cuisante défaite face à Dillon Carman, le Grizzly a pu savourer une douce vengeance au Centre Gervais Auto de Shawinigan en triomphant de l’Ontarien par arrêt de l’arbitre à 1:56 du troisième round, au vif plaisir des 3652 spectateurs réunis dans l’amphithéâtre.

Comme on l’écrivait ici, Kean (17-1, 16 K.-O.) n’avait d’autre choix que de remporter ce combat revanche. Un second revers contre Carman (14-5, 13 K.-O.) aurait à peu près mis un terme à sa carrière. Or, il a non seulement gagné, il a signé une victoire claire et nette.

«Je suis soulagé. Je suis vraiment fier!», a lancé Kean dans le ring, quelques instants après sa victoire.

«Il bougeait sa tête beaucoup plus [que lors du premier combat], a analysé Carman. Il avait peur de ma main droite, alors il ne l’a pas laissée l’atteindre.»

Il y avait pourtant lieu de s’inquiéter dans les premiers instants de l’affrontement. Carman faisait alors à peu près ce qu’il voulait avec son adversaire, l’atteignant constamment avec un jab hyper-efficace. Kean, à l’opposé, ne semblait pas trop savoir quoi faire devant une telle rafale.

«Je lui ai fait mal à quelques reprises durant le combat. Je l’ai atteint avec quelques très bons jabs qui lui ont fait reculer la tête, et j’aurais dû continuer avec ça. […] C’était mon erreur», a avoué Carman.

La nervosité était toujours aussi palpable chez Kean au deuxième engagement, à tel point que son entraîneur Jimmy Boisvert a jugé que le moment étant venu de sortir le fouet durant la minute de pause.

«On a eu une petite discussion entre les rounds. Il avait oublié de suivre le plan de match établi dès le début», a-t-il simplement décrit.

«Il m’a botté le cul!, a confirmé Kean en riant. Il m’a dit: ‘Écoute, tu fais pas ce que je t’ai demandé, tab… Envoye, va te battre! Arrête de faire ton peureux!’ J’ai dit: ‘OK, c’est correct’.»

De toute évidence, le discours a eu l’effet qu’il devait avoir. À la troisième reprise, le Trifluvien a ouvert la machine et commencé à attaquer Carman de manière bien plus agressive.

La défense du boxeur de Mississauga s’est alors effritée petit à petit. En plus d’être coupé sur le côté de l’oeil droit, Carman s’est retrouvé au tapis à la suite d’un crochet droit au visage. Il s’est relevé, mais n’était plus le même par la suite.

Quelques secondes plus tard, Kean l’emprisonnait dans un coin de l’arène pour le pilonner sans merci. C’est alors que l’arbitre Steve St-Germain s’est interposé pour mettre fin au duel, et du même coup, semer l’euphorie dans l’arène et chez les bruyants partisans. Un arrêt un peu hâtif au goût de Carman, mais bon, ce qui est fait est fait.

Chaque boxeur ayant remporté un volet de leurs affrontements, verrons-nous un autre duel Kean-Carman sous peu? En tout cas, Carman le souhaite ardemment.

«Ils [Eye of the Tiger Management] m’ont dit qu’ils m’accorderaient une revanche pour organiser la trilogie. Tout le monde aime les trilogies de boxe, alors allons-y», a-t-il affirmé.

Du côté des vainqueurs, si on ne ferme pas la porte à une telle éventualité, on demeure tout de même prudent. «Si les fans veulent un troisième combat, je vais le donner. Je suis ouvert à n’importe quoi», a fait savoir Kean.

Donc, arrivera, arrivera pas, cette trilogie? À la lumière des deux premiers combats entre ces deux hommes, on a envie de dire: pourquoi pas?

Clavel toujours aussi dominante

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Kim Clavel (à droite) est demeurée parfaite en neuf sorties. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Autre combat, autre belle sortie pour Kim Clavel (9-0, 2 K.-O.), qui a vaincu la Mexicaine Nora Cardoza (14-7-2, 11 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). Un pointage étonnant dans la mesure où le duel a souvent semblé beaucoup plus serré.

«Elle s’est ajustée durant le combat. Elle a terminé en force. Ce n’était pas un combat facile lors duquel il fallait que je sois paresseuse ou un peu easygoing, comme on dit. Il fallait que j’aille travailler et que je sorte les outils que j’avais dans mon sac», a analysé Clavel.

Ce sont précisément les aptitudes techniques et la rapidité de Clavel qui auront fait pencher la balance en sa faveur au final. Cardoza, malgré quelques honorables tentatives pour se mettre en marche offensivement, s’est retrouvée menottée plus souvent qu’à son tour.

«Tout ce que j’ai travaillé dans le gym, j’ai pu le faire pendant le combat, a fait valoir Clavel. Pour moi, c’est donc un accomplissement. J’ai évolué, et c’est ce qu’on recherchait ce soir.»

Retour victorieux pour Braidwood

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Adam Braidwood / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Un an après y avoir connu la défaite aux dépens de Simon Kean, Adam Braidwood (14-2, 13 K.-O.) était de retour à Shawinigan pour y affronter l’Américain Andrew Satterfield (5-3, 3 K.-O.). Mais cette fois, le boxeur de Colombie-Britannique est ressorti du ring victorieux, l’emportant par abandon à 1:17 du deuxième round.

Une judicieuse décision du coin de Satterfield que de lancer la serviette, car ce dernier, que les Québécois ont pu voir raser de se faire dévisser le crâne par Arslanbek Makhmudov à Rimouski,e n’arrivait tout simplement plus à se défendre face aux violents assauts de Braidwood.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Britanno-Colombien revient de loin. Entre sa défaite contre Kean et le combat de samedi, le pugiliste au passé trouble s’est retrouvé derrière les barreaux après avoir téléphoné à son ex-conjointe, alors qu’il n’avait pas le droit de la contacter. Une fois relâché, il a repris l’entraînement de façon assidue. Et les résultats étaient manifestes, surtout sur le plan de la technique et de la condition physique.

«Je sens que c’était mon meilleur combat sur le plan technique, a indiqué Braidwood. Je suis heureux de la façon dont ça s’est déroulé. Mais j’ai encore beaucoup de travail à faire, et j’ai hâte d’être de retour.»

Mais ce qui était aussi impressionnant, c’est l’accueil que le public de Shawinigan a réservé à Braidwood, chaleureusement applaudi à son entrée et sa sortie de l’arène. Ennemi public numéro un l’an dernier, le sympathique poids lourd semble maintenant s’être trouvé une niche de partisans ici. Voilà quelque chose qu’on n’aurait jamais envisagé il n’y a pas si longtemps.

«C’est incroyable, s’est réjoui le gagnant. C’est comme si c’était une foule de chez moi. J’aime les gens du Québec et j’espère qu’ils m’aiment aussi. Ils me le démontrent chaque fois qu’ils m’encouragent.»

Braidwood doit affronter le Canadien Stan Surmacz à Edmonton au cours des prochains mois. Considérant l’hospitalité que le Québec lui témoigne désormais, avons-nous des chances de le revoir chez nous bientôt?

«Disons-le comme ça: chaque fois qu’il y aura un combat au Québec, si mon téléphone sonne, je vais dire oui», a-t-il résumé avec le sourire.

Les autres résultats

Tout juste après le combat principal, Lexson Mathieu (4-0, 4 K.-O.) a connu une autre brève soirée au bureau en passant le knock-out au Mexicain Fernando Galvan (4-4, 1 K.-O.) à 1:57 du deuxième round. Encore une démonstration intéressante du talent du jeune homme de Québec.

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Andranik Grigoryan jubilait après sa victoire. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Andranik Grigroyan (11-0, 2 K.-O.) s’est offert un rarissime knock-out en terrassant le Mexicain Jorge Garcia Jimenez (14-3-1, 11 K.-O.) à 3:00 du deuxième round. Le Montréalais d’origine arménienne, qui n’est pourtant pas reconnu pour sa force de frappe, a liquidé son adversaire avec une puissante droite en plein visage. Jimenez s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. Grigoryan, en larmes après sa victoire, a ainsi mis la main sur le titre vacant NABA des poids plumes, ce qui devrait lui permettre de se faufiler dans le top-15 de la WBA lorsque celle-ci mettra ses classements à jour.

Au terme d’un combat pour lequel le concept de défense avait manifestement pris congé, Vincent Thibault (9-0, 3 K.-O.) a battu le Mexicain Alan Carrillo (10-4, 7 K.-O.) à 0:37 du sixième round. Carrillo, qui avait chuté au cinquième, se faisait marteler dans le coin au moment où l’arbitre Yvon Goulet a signalé la fin du duel. L’entraîneur de Carrillo, furieux de la décision, est monté dans l’arène pour lui dire sa façon de penser. Mal lui en pris: les officiels de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec ont rapidement expulsé l’homme du ring.

Raphaël Courchesne (7-0, 3 K.-O.) n’a eu aucun mal à triompher du Mexicain Leonel Olvera (4-3-2, 1 K.-O.), l’emportant par décision unanime (40-36 partout). Le pugiliste maskoutain a tout tenté son envoyer son adversaire au plancher, mais Olvera n’a rien voulu savoir. Rappelons que Courchesne sera de retour dans le ring dans deux petites semaines, le 29 juin, à Thetford Mines.

Pour la première fois de sa jeune carrière, Artur Ziyatdinov (10-0, 8 K.-O.) s’est battu au-delà du sixième round. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre aisément la mesure de l’Argentin Marcos Nicolas Karalitzky (6-3-2, 2 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout) au terme des huit reprises de ce duel à sens unique.

Kaemy Cloutier (3-0) est venu à bout du Mexicain Noe Acosta Cruz (2-2) par décision unanime (39-37, 40-36, 40-36), mais ne vous fiez pas trop aux pointages. Le combat, intense d’un bout à l’autre, s’est avéré beaucoup plus serré qu’il n’y paraît. Cloutier s’est retrouvé en difficulté, pour ne pas dire ébranlé, à quelques reprises durant cet affrontement.

En lever de rideau, la dernière recrue d’Eye of the Tiger Management, Avery Martin-Duval (1-0, 1 K.-O.) a réussi son entrée en boxe professionnelle en réglant le cas du Mexicain Martin Sanchez (2-4-1) par arrêt de l’arbitre à 2:10 du premier round. Une dure gauche du jeune Montréalais a envoyé Sanchez au tapis. L’arbitre Albert Padulo fils a alors décidé de mettre fin au duel.

Ça passe ou ça casse

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Tout le monde a encore l’image en mémoire. Simon Kean, le grand Grizzly, qui s’écroule de tout son long en plein centre du ring, au Centre Vidéotron de Québec. Après seulement quatre petits rounds, les assauts de Dillon Carman avaient finalement eu raison de lui.

Une première défaite en carrière pour Kean, douloureuse à tous points de vue. Son entourage l’expliquait par un manque de concentration, de sérieux à l’entraînement. Le Trifluvien devait faire un peu de ménage dans son entourage et se recentrer sur son sport, disait-on.

Huit mois et un exil de ressourcement en forêt plus tard, Kean (16-1, 15 K.-O.) a de nouveau rendez-vous avec son némésis Carman (14-4, 13 K.-O.), samedi soir au Centre Gervais Auto de Shawinigan. Devant ses plus fidèles partisans, le Québécois tentera de prouver qu’il a appris la leçon et que cette infâme défaite n’était qu’un bête accident de parcours.

Mais en réalité, l’enjeu est bien plus grand que ça.

Kean n’a pas le choix: il doit gagner ce combat. De manière convaincante, de surcroît.

Et pas seulement pour effacer en partie la tache à son dossier et rebâtir sa confiance. Au risque de paraître inutilement sentencieux, un second revers contre Carman anéantirait à toutes fins pratiques les quelconques perspectives d’avancement pour Kean dans la division des poids lourds, en pleine ébullition par les temps qui courent.

Car l’Ontarien, malgré son statut d’ex-champion canadien, n’a rien d’un matamore. L’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, l’admettait lui-même dans les instants suivant la défaite de son protégé: Carman est en plein le genre d’adversaire que Kean doit terrasser s’il veut faire progresser sa carrière.

En cas de deuxième revers, Kean devra donc dire adieu à la possibilité de gravir les échelons des classements mondiaux – du moins, à court et moyen terme. Il se retrouverait du coup cantonné dans le rôle du bon pugiliste local, populaire auprès d’une certaine frange des amateurs d’ici, mais pour lequel l’idée de percer un jour les frontières québécoises relève de l’utopie.

Ce que dit la boule de cristal

Nul doute que le camp Kean, qui a toujours eu de grandes ambitions pour ce dernier, veut éviter de connaître un tel sort. On verra samedi s’il y parviendra. Et, surtout, s’il a appris de ses erreurs.

Bien franchement, il serait étonnant de voir le Québécois trébucher de nouveau devant Carman. Après tout, Kean n’est pas dupe. Il n’y a peut-être aucune ceinture en jeu pour ce duel, mais il est le premier à réaliser l’importance de la mission qu’il doit accomplir. Il sait que les carottes sont cuites pour lui s’il flanche une deuxième fois.

Par ailleurs, il est apparu dans une forme resplendissante ces derniers jours. Lors de la pesée officielle, Kean a enregistré un poids de 234 lb. Jamais il n’avait été aussi léger – toutes proportions gardées, on s’entend – avant un combat. Et la confiance qui s’était évaporée à la suite de sa défaite semble être revenue pour de bon.

Carman, toujours fort en gueule, devrait en principe lui livrer une opposition décente. Mais a-t-il les atouts pour freiner un Kean qui foncera vers lui avec le couteau entre les dents? On en doute.

Comme on dit, les prédictions de chroniqueurs sportifs sont faites pour être démenties. Risquons-nous quand même en annonçant une victoire de Kean, disons, par arrêt de l’arbitre au septième round. Ringside acceptera gracieusement toutes les tomates que vous lui lancerez en cas d’erreur.

Aussi à surveiller

En plus du duel Kean-Carman, quelques autres combats de ce gala d’Eye of the Tiger Management susciteront davantage notre attention.

Kim Clavel, qui sera opposée à la Mexicaine Nora Cardoza, devrait à nouveau en mettre plein la vue. Plus sa carrière professionnelle avance, et plus la boxeuse prend du galon. Fougue et ténacité sont devenus sa marque de commerce au fil du temps. Notons par ailleurs qu’en huit sorties, elle compte déjà deux knock-outs à sa fiche, une denrée rare en boxe féminine.

Parlant d’athlètes en ascension, Lexson Mathieu sera lui aussi de la partie, alors qu’il affrontera le Mexicain Fernando Galvan – qui a échoué la pesée officielle, et devra donc remettre 20% de sa bourse à Mathieu. Mine de rien, le jeune Québécois livrera déjà un quatrième combat cette année, et un second en un mois. Comme si ce n’était pas suffisant, il montera à nouveau dans le ring dans deux semaines, le 29 juin. Il faut dire que ses sorties précédentes ont été plutôt brèves, alors qu’il a haché menu l’opposition ayant osé se dresser devant lui jusqu’ici. En dépit de ces courtes soirées de travail, le pugiliste de Québec a démontré plusieurs signes prometteurs pour le futur jusqu’à présent.

Personne, surtout à Shawinigan, n’a oublié Adam Braidwood, foudroyé dans l’arène par Simon Kean l’an dernier en guise d’apothéose à une longue et virulente guerre de mots. Le colosse de Colombie-Britannique sera de retour sur les lieux du crime pour se mesurer à l’Américain Andrew Satterfield. Si vous ne vous souvenez plus de ce dernier, retournez voir son (court) combat contre Arslanbek Makhmudov, alors que celui-ci passe près de lui dévisser la tête à grands coups d’uppercuts.

On gardera également un œil sur le jeune Avery Martin-Duval, 19 ans, qui effectuera ses débuts professionnels face au Mexicain Martin Sanchez. Un autre espoir dont Eye of the Tiger nous dit le plus grand bien.

Une victoire importante

[Photo Sébastien St-Jean, EOTTM]

Rendons hommage à Jonathan Rice pour une chose: vendredi soir, au Casino de Montréal, il a réussi à survivre plus de deux rounds dans le ring avec Arslanbek Makhmudov. Voilà qui est en soi un exploit.

On le félicitera toutefois un peu moins pour avoir passé le combat à tournoyer dans l’arène, le long des câbles, à l’image d’un danseur d’une mauvaise comédie musicale de Broadway. Pensez à un apprenti Fred Astaire de 250 lb avec des gants de boxe. Drôle d’image, certes, mais c’est la réalité quand même.

Tout cela pour en arriver où? À une nouvelle victoire de Makhmudov (8-0, 8 K.-O.), cette fois par arrêt de l’arbitre à 0:30 du septième round. Grâce à ce gain, le colossal, mais sympathique boxeur met la main sur la ceinture WBC Continental des Amériques chez les lourds, un premier titre mineur pour lui en carrière.

«Je savais que ce gars-là avait une bonne défense, mais il n’y a personne que je ne puisse pas atteindre, a souligné un Makhmudov radieux. J’ai écouté mon entraîneur, et petit à petit, je me suis dirigé vers mon but.»

En même temps, peut-on vraiment blâmer Rice (10-4-1, 6 K.-O.) d’avoir voulu se transformer en pilote NASCAR et faire le tour de l’arène en virant toujours du même côté? Quand on connaît la terrifiante force de frappe de Makhmudov, on suppose qu’ils doivent être nombreux à vouloir s’en sauver.

Or, s’il a l’habitude d’être plus expéditif dans ses sorties, le gros Russe n’était pas plus pressé que ça d’en finir avec le pugiliste de Los Angeles. Patient, il a pris tout le temps nécessaire pour trouver l’ouverture, ce qui impliquait de freiner Rice dans son incessante spirale par quelque moyen que ce soit.

Une fois cette tâche accomplie, Makhmudov a pu dégainer à son aise. D’abord, quelques droites pour affaiblir le rival. Puis, ce coup de canon au sixième assaut qui allait projeter Rice au tapis. Ce dernier s’est suffisamment ressaisi pour entreprendre le septième, mais pas assez pour empêcher Makhmudov de le tourmenter à nouveau avec sa droite. Et dès lors, l’arbitre Michael Griffin en a eu assez: on se glisse entre les deux monstres, et on arrête tout ça. Sage décision.

«Presque tous mes autres combats n’ont duré qu’un round. Celui-là, il y en a eu sept. C’est une bonne expérience. […] Si tu veux devenir champion, tu dois disputer plus de rounds», a souligné le vainqueur.

Le jeu de chat et de la souris auquel Rice l’aura contraint sera en effet bénéfique à long terme pour Makhmudov. En plus d’engranger de précieux rounds d’expérience, denrée qui lui manquait par la force des choses, il a pu se mesurer à un profil d’adversaire qu’il n’avait pas eu l’occasion de voir jusqu’à maintenant.

«Le style de l’adversaire représentait une nouvelle problématique. […] [Rice] n’a pas vraiment essayé de gagner le combat. On voyait qu’il essayait plutôt d’étirer la sauce. Ç’a testé la patience de mon [boxeur]», a résumé l’entraîneur de Makhmudov, Marc Ramsay.

Petit à petit, Makhmudov se fait un nom dans la toujours populaire division des poids lourds. Et avec la réputation viendra bientôt des adversaires au pedigree bien plus relevé – et varié – que ceux qu’il a affrontés jusqu’à maintenant. Parions que Makhmudov ne se fera pas prier pour garnir son tableau de chasse avec quelques-uns de ces prestigieux panaches.

«Il y a de gros projets pour lui, et il faut faire faire le tour du jardin au boxeur. […] Il faut lui faire goûter à un peu de tout. Rendu au sommet de la pyramide, ce n’est plus le temps de faire des expériences. Il faut savoir où on est à l’aise et où on l’est moins», a fait valoir Ramsay.

Germain impérial

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Mathieu Germain (à droite) a facilement disposé de Jose Eduardo Lopez Rodriguez. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

En demi-finale de la soirée, Mathieu Germain (17-0-1, 8 K.-O.) avait un adversaire réputé coriace qui l’attendait en la personne du Mexicain Jose Eduardo Lopez Rodriguez (29-7-2, 15 K.-O.). D’aucuns s’attendaient à ce que les deux hommes nous offrent un duel serré, un peu à l’image de cette nulle partagée entre Germain et Steve Claggett en janvier.

Le Québécois a plutôt dominé son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, de sorte qu’il a pu aisément triompher par décision unanime (100-90 partout). Germain a ainsi défendu pour une troisième fois son titre IBF nord-américain des super-légers.

«Je veux montrer que je fais partie de la classe mondiale. Plus on va augmenter l’adversité, plus on verra mon talent de boxe ressortir. Ce ne sera peut-être pas [avec] des knock-outs à la David Lemieux ou Steven Butler, mais on voit des spectacles de boxe. Je montre ce qu’est une vraie défense.»

Incisif et teigneux, «G-Time» a vite montré à Lopez Rodriguez de quel bois il allait se chauffer pour ce duel. Sa droite, en particulier, a donné bien des maux de tête au Mexicain. Celui-ci a d’ailleurs été fortement ébranlé au deuxième round, passant bien près de se retrouver au plancher.

Lopez Rodriguez s’est cependant repris un brin en deuxième moitié d’affrontement, mais il n’est jamais même passé près d’inquiéter Germain sérieusement.

«Je savais que c’était un vrai de vrai, mais qui n’avait pas nécessairement les mains rapides. Et si tu n’as pas les mains super rapides avec moi, en plus d’avoir une bonne défense et d’être allumé, tu auras de la misère à m’atteindre solidement. Je voyais vraiment ses coups venir», a analysé Germain.

Pour une raison qu’il s’explique bien mal, Germain ne figure toujours pas au classement de l’IBF dans sa catégorie, et ce, malgré sa ceinture et ses défenses de titre. Il espère que cette fois, ce sera la bonne.

«S’ils ne me donnent pas [mon classement], je ne veux plus de leur ceinture, a lancé Germain sans détour. Un moment donné, il faut être honnête. Des gens ont des parcours beaucoup plus faciles que le mien et sont classés. Je mérite mon classement. Je ne suis pas en train de demander une faveur au monde, je le mérite et je le veux.»

Les autres résultats

Le Mexicain Luis Jesus Vidales (13-7, 6 K.-O.) n’aura fait que passer au Casino de Montréal vendredi, gracieuseté de Batyr Jukembayev (16-0, 13 K.-O.) qui l’a vaincu par arrêt de l’arbitre à 3:00 du premier round. Le Kazakh a envoyé Vidales au plancher avec une bonne droite. Ce dernier s’est relevé, mais une fois debout, l’arbitre Martin Forest a jugé qu’il valait mieux clore cet affrontement.

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Kim Clavel (à gauche) a vaincu Tamara Elisabet Demarco. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

Au terme de ce qui fut l’un des meilleurs combats de la soirée, Kim Clavel (8-0, 2 K.-O.) l’a emporté sur l’Argentine Tamara Elisabet Demarco (8-2) par décision unanime (79-73, 79-73, 80-72). Les deux femmes se sont en effet disputé un combat endiablé de la première à la dernière seconde, s’échangeant tour à tour les attaques percutantes. C’est toutefois Clavel qui a su le mieux imposer son rythme et placer les meilleures frappes dans cet affrontement.

Raphaël Courchesne (6-0, 3 K.-O.) a vite réglé le cas de l’Uruguayen Nestor Faccio (17-11-2, 9 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 0:36 du deuxième round. Agressif au possible dès l’assaut initial, le pugiliste maskoutain a amorcé le second complètement déchaîné. L’arbitre Martin Forest a fini par s’interposer entre les deux hommes, alors que Faccio n’arrivait tout simplement plus à se défendre.

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Lexson Mathieu (debout) est demeuré parfait en trois combats. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

Lexson Mathieu (3-0, 3 K.-O.) n’a eu besoin que d’une minute et 44 secondes pour disposer de l’Argentin Hernan Perez (5-3, 2 K.-O.). La jeune sensation de Québec n’a jamais cessé de pilonner son adversaire durant ce court laps de temps, l’envoyant au tapis après quelques instants seulement. Voyant que la situation ne s’améliorerait pas, le coin du Sud-Américain a judicieusement demandé qu’on arrête le combat.

La perte d’un point pour un coup derrière la tête au troisième round n’a pas empêché Arutyun Avetsiyan (13-0, 8 K.-O.) de passer le knock-out à l’Argentin Cesar Hernan Reynoso (15-13-4, 7 K.-O.) à 2:37 du sixième round. Un rude coup au foie a sonné la fin des activités pour Reynoso, qui revenait alors peu à peu dans ce duel après avoir vu Avetisyan dominer les assauts précédents.

Clovis Drolet (10-0, 6 K.-O.) a stoppé le Mexicain Michi Munoz (27-10-1, 18 K.-O.) pour signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 0:54 du sixième round. Exerçant une pression constante sur son adversaire, le boxeur de Beauport a envoyé Munoz au plancher une première fois au quatrième assaut, avant de récidiver au sixième avec une solide combinaison. La seconde chute fut violente: le Mexicain s’est écroulé de tout son long, et l’arbitre Martin Forest – un homme décidément occupé! – a rapidement mis un terme au combat.

En lever de rideau, la nouvelle recrue d’Eye of the Tiger Management, le Russe Andrei Efremenko (1-0), s’est sauvée avec une victoire par décision unanime (39-37, 39-37, 39-36) face au Mexicain Victor Herrera (5-2-2, 3 K.-O.) pour ses débuts professionnels. Efremenko, envoyé au tapis au deuxième round, a démontré quelques beaux flashes, mais s’est amené dans le ring visiblement nerveux. Encore beaucoup de travail au menu pour lui.

À l’arrachée…

[Photo fournie par Golden Boy Promotions]

Était-ce à cause de la rouille accumulée pendant cinq mois d’inactivité? Ou était-ce un certain stress, une certaine pression découlant d’un tout premier combat disputé en sol américain? Un mélange de tout ça? Ou peut-être autre chose?

Toujours est-il que Steven Butler a dû ramer comme un galérien pour venir à bout de l’Ukrainien Vitalii Kopylenko jeudi soir, au Hard Rock Hotel and Casino de Las Vegas. Et pour cette première incursion dans la capitale des machines à sous, le Québécois aura eu besoin de toute sa petite monnaie pour se sauver avec une victoire par décision partagée.

Deux des juges ont favorisé Butler (27-1-1, 23 K.-O.) à 96-93, tandis que le troisième a donné Kopylenko (28-2, 16 K.-O.) gagnant avec un pointage de 95-94. Ringside avait également une carte de 95-94, mais en faveur de Butler, qui est ressorti du ring avec la ceinture WBC International des poids moyens.

La commission athlétique du Nevada a longtemps branlé dans le manche avant de donner son feu vert pour ce duel. À ses yeux, Butler était bien trop fort pour Kopylenko. Il faut dire qu’on ne savait que peu de choses à propos de l’Européen de 35 ans, si ce n’est que ses dernières victoires avaient été acquises face à des adversaires au profil, disons, suspect. Comme ce dénommé Miguelo Tavarez qui, au moment de leur combat, présentait une ahurissante fiche d’aucune victoire et 31 défaites…

Mais jeudi, c’est pourtant Kopylenko qui a failli jouer un bien vilain tour à Butler. Actif, coriace et parfois sournois, il a tôt fait de se transformer en obscure énigme que le cogneur montréalais n’a jamais vraiment pu résoudre, en dépit du résultat final.

Dès le départ, on sentait Butler surpris, voire décontenancé, par la tenue de son rival. Allait-il pouvoir s’ajuster à temps?

Celui qu’on surnomme « Bang Bang » a mieux fait à partir du troisième round, mais Kopylenko n’a jamais levé le pied. À tel point qu’il est même parvenu à envoyer Butler au tapis au huitième assaut grâce à une puissante frappe au corps qui a complètement coupé le souffle de Butler.

On pensait bien que cette chute de Butler, sa première depuis sa défaite contre Brandon Cook en janvier 2017, allait sceller l’issue du duel en faveur de Kopylenko. Il fallait d’ailleurs voir les visages défaits de Camille Estephan et Antonin Décarie, assis au parterre non loin de l’action, quand leur protégé s’est retrouvé à quatre pattes dans l’arène.

Or, Butler s’est relevé, et s’est battu avec tout ce qui lui restait d’énergie du désespoir. Assez, sans doute, pour faire pencher la balance de son côté pour de bon et s’assurer la victoire.

Et s’il y a un élément positif à retenir de ce combat pour le camp Butler, c’est justement la manière dont le boxeur s’est remis de sa chute sur le plan mental. Plutôt que de se laisser abattre, il a persévéré jusqu’à la toute fin. On n’aurait jamais vu ça de sa part il y a quelques années à peine. C’est dans des moments comme celui-là qu’on constate toute la maturité acquise depuis cet infâme revers contre Cook.

Mais à 23 ans, Butler est encore bien jeune, et ce duel contre Kopylenko a aussi démontré qu’il lui restait encore beaucoup de travail à faire s’il veut se mesurer un jour à l’élite des poids moyens. Avec ce qu’on a vu de lui contre l’Ukrainien, Butler se serait fait démolir dans le temps de le dire face aux Canelo Alvarez, Daniel Jacobs et autres Demetrius Andrade de ce monde.

Heureusement pour lui, Butler a l’attitude et l’équipe qu’il lui faut pour retenir la leçon et corriger ce qui a fait défaut. Ce sera impératif pour la suite des choses.

Bazinyan étincelant

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Erik Bazinyan (photo) a complètement dominé son rival Alan Campa. / Photo fournie par Golden Boy Promotions

Si Butler a connu une soirée difficile à Vegas, ce fut tout le contraire pour son confrère Erik Bazinyan (23-0, 17 K.-O.), qui a vaincu avec brio le Mexicain Alan Campa (17-5, 11 K.-O.) par décision unanime (99-90, 99-90, 97-92). Il a ainsi défendu ses titres NABO et NABA des super-moyens.

Il n’y avait que quelques secondes d’écoulées dans cet affrontement que déjà, Bazinyan imposait son tempo. En plus de contrôler la distance avec un jab ultra-efficace, le jeune homme de 23 ans a pu atteindre la cible avec sa main droite autant qu’il le voulait, profitant des largesses défensives de son opposant.

Campa, cependant, s’est montré tenace devant les attaques répétées de Bazinyan. Il a entre autres réussi à survivre à un cinquième round particulièrement difficile, au cours duquel un coup sous la ceinture lui a sonné les cloches et un coup de tête accidentel lui a laissé une énorme bosse au-dessus de l’œil gauche.

Bazinyan a fait savoir après le duel qu’il était quelque peu déçu de ne pas avoir passé le knock-out à son rival, comme il l’avait fait lors de ses huit sorties précédentes. Mais au fond, qu’importe. Le pugiliste d’origine arménienne a été à ce point dominant que même s’il n’a pu stopper Campa, sa victoire n’en a pas été moins étincelante.

Enfin, une diffusion décente

Un mot, enfin, pour revenir sur la webdiffusion du gala de jeudi par l’entremise de la page Facebook de Golden Boy Promotions. On se souvient que la semaine précédente, lors du combat revanche entre Yves Ulysse fils et Steve Claggett, la retransmission du gala avait été, au mieux, exécrable, alors que les spectateurs ont été plongés dans le noir pour la dernière moitié du duel.

Eh bien, cette fois, force est d’admettre que ce fut nettement mieux côté production. Mis à par un bref petit accroc en tout début de diffusion, les amateurs n’ont pas perdu une seule seconde d’action. Souhaitons qu’il s’agisse là d’un signe annonciateur de ce qui nous attend pour les prochains Thursday Night Fights.

Vengeance obtenue

[Photo fournie par Golden Boy Promotions]

Avant toute chose, Ringside doit vous offrir ses excuses. Contrairement à son habitude, l’humble blogue de boxe que vous lisez actuellement ne pourra vous livrer une analyse entière et détaillée du combat qui opposait Yves Ulysse fils et Steve Claggett jeudi soir, en Californie.

La raison : la retransmission en direct de l’événement, présenté par DAZN et Golden Boy Promotions, a connu d’importants ratés – et on est gentils en le disant ainsi. Le public s’est donc retrouvé dans le noir plus souvent qu’à son tour durant le combat, et ne s’est pas gêné pour faire connaître sa frustration. On y reviendra un peu plus tard, si vous le voulez bien.

Yves UIysse (18-1, 9 K.-O.), donc, avait de nouveau rendez-vous avec l’Albertain Steve Claggett (27-6-2, 17 K.-O.), qui l’avait surpris en 2017 à Montréal en lui infligeant une défaite hautement controversée – la première de sa carrière – par décision partagée.

Ulysse trépignait depuis ce temps à l’idée d’obtenir un combat revanche, et son souhait a finalement été exaucé jeudi, au Fantasy Springs Casino d’Indio. Le Québécois a profité de l’occasion pour rendre à Claggett la monnaie de sa pièce et venir à bout du pugiliste de Calgary par décision unanime (96-94, 97-93, 97-93).

Ulysse a du même coup mis la main sur le titre « Gold » de la WBA chez les super-légers, plus récente déclinaison des nombreuses ceintures que remet la fédération dans chaque catégorie de poids.

« Dans ma ville, on dirait ‘tabarnak’!, a lancé en boutade le vainqueur en entrevue dans le ring après le combat. Je n’ai pas de mots pour décrire cette victoire. Ce n’était pas un combat facile. »

Claggett, lui, semblait complètement tétanisé après l’annonce du verdict des juges. « Je pensais avoir gagné… », a-t-il soupiré, encore incrédule.

Recette connue

Lors du premier affrontement entre les deux hommes, un Claggett teigneux avait forcé Ulysse à jouer son jeu, alors que ce dernier préfère plutôt étourdir ses adversaires avec sa grande mobilité. En conséquence, les corps-à-corps avaient été nombreux et plusieurs rounds s’étaient avérés difficiles à départager, ce qui n’est pas étranger au résultat litigieux qui a suivi.

Claggett a tenté d’appliquer la même recette pour ce second choc. Or, de toute évidence, Ulysse y était préparé. Le protégé de Rénald Boisvert, bien qu’il ait eu fort à faire pour repousser les assauts incessants de son rival, s’est démarqué avec des attaques précises et efficaces.

Après deux rounds plus ou moins à l’avantage de Claggett, Ulysse a ouvert la machine au troisième engagement, atteignant la cible de manière convaincante à quelques reprises. Mais Claggett, toujours aussi coriace, n’a jamais flanché et a assuré une réplique plus qu’honorable.

On suppose que la tendance s’est poursuivie en deuxième moitié de combat, et que quelque part au passage, Ulysse a fait ce qu’il fallait pour devancer Claggett pour de bon sur les cartes de pointage. Si seulement on avait pu voir quelque chose des cinq derniers rounds…

Grâce à cette victoire et la ceinture qui l’accompagne, Ulysse devrait effectuer un bond appréciable dans les classements mondiaux. Il a du même coup cimenté un peu plus son statut d’étoile montante dans la division des super-légers. On a déjà hâte de connaître la suite pour lui.

Amateurisme à l’écran

Ce second choc Ulysse-Claggett constituait le plat de résistance du premier gala de la nouvelle série Thursday Night Fights, œuvre conjointe de DAZN et Golden Boy Promotions.

Nul doute que le combat a répondu aux attentes pour lancer l’événement. Mais la piètre qualité de la retransmission en direct du gala, disponible entre autres via la page Facebook de Golden Boy, a failli tout torpiller.

En fait, les choses allaient relativement bien jusqu’au combat principal. C’est à ce moment que le signal s’est mis à faire des siennes. Images embrouillées ou figées, perte du son et/ou de l’image, tout y est passé. On n’a pratiquement rien pu voir de la dernière partie du combat.

Heureusement, la situation a pu être rétablie à temps pour l’annonce de la décision. Mais le mal était largement fait. Parlez-en aux nombreux spectateurs qui exprimaient en direct leur colère, utilisant souvent un certain mot débutant par la lettre F (indice : ce n’est pas « farandole »).

Personne n’est à l’abri d’un ennui technique, tout le monde s’entend là-dessus. Mais avouons-le, Golden Boy a fait figure d’amateur en nous offrant une webdiffusion aussi minable.

Espérons qu’elle sera à tout le moins potable jeudi prochain, alors que Steven Butler et Erik Bazinyan seront en action à Las Vegas. Ce serait dommage que le public québécois, et tous les autres amateurs de boxe, soient privés aussi bêtement de leurs débuts en sol américain.

« Pay-per-view is dead! », se plaisait à pontifier à outrance le descripteur en poste pour la soirée de jeudi, martelant ainsi le leitmotiv de DAZN à qui voulait l’entendre

Désolé, cher ami. Vous auriez plutôt dû dire : « The signal is dead! ».

Et si c’est ça, le meilleur que vous pouvez offrir, la télé payante peut dormir tranquille.

Retour réussi pour Kean

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Au fond, l’important n’était pas tant de savoir si Simon Kean allait l’emporter samedi soir, au Casino de Montréal. Il s’agissait surtout de voir de quoi il aurait l’air dans le ring.

Kean, faut-il le rappeler, effectuait pour l’occasion son retour dans l’arène après avoir encaissé une brutale défaite contre Dillon Carman, qui lui avait passé le knock-out au quatrième round le 6 octobre dernier. Une défaite qui, en plus d’être sa première en carrière, a forcé le poids lourd trifluvien à se remettre en question. À s’exiler, loin de toute attention, pour faire le point sur son avenir à court et moyen terme.

Cinq mois plus tard, c’était donc soir de retrouvailles pour le Grizzly et son public. Pour souligner la chose, le pugiliste se mesurait à l’Argentin Rogelio Omar Rossi (20-8-1, 13 K.-O.). Le genre de boxeur qu’on ne confondra jamais avec un champion du monde, tout le monde s’entend là-dessus. Mais qu’importe : l’objectif pour Kean (16-1, 15 K.-O.) était d’abord d’y aller d’une performance convaincante et de récolter une victoire afin de reconstruire sa confiance.

Mission accomplie à cet égard : Kean a forcé Rossi à l’abandon à 39 secondes du deuxième round, après l’avoir envoyé au plancher à trois reprises au cours de ce bref duel. Il a ainsi offert à Eye of the Tiger Management une heureuse conclusion à son programme double de boxe, qui avait vu Arslanbek Makhmudov signer une autre victoire expéditive en après-midi.

«J’avais hâte de revenir. J’ai changé des choses à l’entraînement et j’avais hâte de les mettre en œuvre quand ça compte.»

-Simon Kean

«On a aimé ce qu’on a vu pendant le camp d’entraînement et dans le vestiaire, a pour sa part indiqué son l’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert. J’ai aimé ce que j’ai vu de lui dans le ring. J’ai trouvé qu’il a démontré de belles habiletés et une belle souplesse. Il était vif et surtout agressif. Il voulait faire mal.»

Tout un contraste, en effet, avec le Simon Kean aux airs tétanisés qu’on a vu à Québec après que le train Carman lui soit passé dessus. La période de ressourcement semble bel et bien avoir porté ses fruits.

«Je suis arrivé motivé. J’ai su pourquoi j’étais arrivé à plat contre Carman. Je me suis un peu laissé emporter par les émotions. Je suis revenu aux sources», a décrit le boxeur.

Le «défi» Rossi étant désormais chose du passé, la prochaine étape est déjà déterminée pour Kean : une revanche contre Carman, et rien d’autre.

Le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, a d’ailleurs fait savoir qu’une entente pour un tel combat était sur le point d’être conclue et que le duel aurait lieu le 15 juin à Shawinigan.

«Tu n’aimes pas avoir une défaite, a-t-il fait valoir. Si tu peux l’effacer, ça te fait grand bien. Je pense que Simon veut vraiment ça. Il n’arrête pas de m’en parler. C’est comme si tu as regretté certaines choses dans ta vie. Si tu peux les arranger… Je pense que c’est le sentiment qui nous habite tous.»

«Carman, on ne se racontera pas d’histoire, ce n’est pas un top-10 ou un top-15 mondial, a renchéri Jimmy Boisvert. Si Simon espère aller plus loin, il doit battre ce type de gars. Il ne doit pas attendre deux ans de se préparer pour un gars comme Carman.»

Kean réussira-t-il à exorciser ses démons pour de bon ? On aura la réponse dès cet été, on dirait bien.

Maduma fait bien, mais s’incline

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Ghislain Maduma (à gauche) a dû s’avouer vaincu devant Miguel Vasquez. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Ghislain Maduma (20-4, 11 K.-O.) avait un défi de taille devant lui pour la demi-finale de la soirée en la personne du vétéran mexicain Miguel Vasquez (41-7, 15 K.-O.), ex-champion IBF des poids légers qui a croisé le fer avec de grosses pointures telles que Saul «Canelo» Alvarez et Timothy Bradley, entre autres.

Intimidé devant un tel palmarès, Maduma ? Pas le moins du monde. Le Québécois a livré une performance fort honorable, au vif plaisir de la bruyante foule venue l’encourager. Mais ce ne fut malheureusement pas suffisant pour lui permettre de récolter la victoire. Vasquez s’en est tiré avec un gain par décision partagée.

Deux juges l’ont vu gagnant à 97-93 et 98-92, tandis que le troisième a favorisé Maduma à 97-93.

«Il boxait bien. Il bougeait bien. Je n’arrivais pas à mettre en œuvre la stratégie qu’on voulait. Je n’ai pas d’excuse. J’étais en super forme. Tout allait bien dans ma tête. Je lui donne crédit, c’est vraiment un vrai champion», a indiqué Maduma, toujours aussi affable malgré le revers.

Vasquez s’est en effet illustré par sa mobilité et ses talents d’évasion dans l’arène. Maduma a bien réussi à placer quelques bons coups ici et là, mais son élusif rival lui a donné du fil à retordre plus souvent qu’à son tour. De fait, plusieurs des dix rounds de l’affrontement étaient serrés et, bien souvent, difficiles à juger.

Lorsque la dernière cloche a retenti, les visages étaient longs dans le coin du Québécois. À l’évidence, on savait que les chances d’entendre une décision défavorable des juges étaient réelles.

«Même si j’avais gagné, je n’aurais pas été content, a admis Maduma. Je ne suis pas un gars comme ça. Je pense que j’aurais pu l’avoir. Il y avait plein de rounds serrés. Je comprends comment les juges l’ont vu d’un côté comme de l’autre.»

N’allez surtout pas croire, cela dit, que cette défaite signifie un retour à la retraite pour Maduma. Bien au contraire, après une petite semaine de vacances, il entend bien reprendre l’entraînement et poursuivre sa route. Ses partisans ne s’en plaindront certainement pas.

Retour réussi pour Jukembayev aussi

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Batyr Jukembayev (à droite) a pris la mesure de Gilberto Meza. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Il faisait bon de revoir Batyr Jukembayev en action dans un gala d’Eye of the Tiger Management, après être passé bien près d’être largué par le promoteur dans la foulée du congédiement de son ex-entraîneur Stéphan Larouche.

Le jeune Kazakh (15-0, 12 K.-O.) a souligné son retour dans la tanière du tigre avec une victoire par décision unanime (98-92 partout) aux dépens du Mexicain Gilberto Meza (10-6-1, 6 K.-O.).

Sans être particulièrement spectaculaire, Jukembayev s’est néanmoins montré assez efficace et incisif pour imposer le rythme du combat. Ce qui ne veut pas dire que Meza, appelé à remplacer Carlos Jimenez à pied levé, n’a pas offert une opposition de qualité, loin de là. Mais voilà, Jukembayev lui a été supérieur, tout simplement.

Les autres résultats

C’est un furieux duel que nous ont offert Nurzat Sabirov (9-0, 8 K.-O.) et l’Argentin Cesar Hernan Reynoso (15-12-4, 7 K.-O.), alors que les deux hommes se sont échangés de violentes politesses sans répit. Sabirov l’a finalement emporté par arrêt de l’arbitre à 1 :27 du septième round. Reynoso, qui avait visité le tapis au round précédent, a subitement baissé la garde en n’ayant plus l’air de vouloir poursuivre l’affrontement, sans doute lassé des multiples coups de matraques assénés par Sabirov.

Clovis Drolet (9-0, 5 K.-O.) est demeuré invaincu en prenant la mesure de l’Argentin Rodrigo Ramon Maizares (7-4) par décision unanime (80-72 partout). Et c’est à peu près tout ce qu’il y a à dire sur ce combat.

Le duel entre Andranik Grigoryan (10-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Jonathan Aguilar (19-8, 7 K.-O.) s’annonçait pourtant excitant. Aguilar avait été au plancher dès le premier round, tandis que Grigoryan a fait de même en toute fin de troisième engagement. Mais ce furent là les seuls véritables étincelles de ce combat, remporté par Grigoryan par décision unanime (98-90, 99-90, 99-90), qui ne passera certainement pas à l’histoire.

Pour amorcer la soirée, Artur Ziyatdinov (9-0, 8 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Polonais Michal Ludwiczak (16-10, 8 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :33 du quatrième round. Ludwiczak est allé deux fois au tapis au troisième engagement après de vifs coups au corps. Le pauvre pugiliste, qui s’est mis à pomper l’huile très tôt dans le duel, a même dû prendre un temps d’arrêt au round final pour aller vomir dans le seau de son coin. L’histoire ne dit pas s’il avait profité de la pause entre les deux galas de la journée pour abuser du buffet du Casino.