Rédemption obtenue

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

SHAWINIGAN – Ce ne fut pas très chic. Ce ne fut pas très élégant d’un point de vue pugilistique. Mais Simon Kean, lui, s’en balance complètement. Parce qu’en bout de ligne, samedi soir, il a eu ce qu’il voulait: sa rédemption.

Huit mois après sa cuisante défaite face à Dillon Carman, le Grizzly a pu savourer une douce vengeance au Centre Gervais Auto de Shawinigan en triomphant de l’Ontarien par arrêt de l’arbitre à 1:56 du troisième round, au vif plaisir des 3652 spectateurs réunis dans l’amphithéâtre.

Comme on l’écrivait ici, Kean (17-1, 16 K.-O.) n’avait d’autre choix que de remporter ce combat revanche. Un second revers contre Carman (14-5, 13 K.-O.) aurait à peu près mis un terme à sa carrière. Or, il a non seulement gagné, il a signé une victoire claire et nette.

«Je suis soulagé. Je suis vraiment fier!», a lancé Kean dans le ring, quelques instants après sa victoire.

«Il bougeait sa tête beaucoup plus [que lors du premier combat], a analysé Carman. Il avait peur de ma main droite, alors il ne l’a pas laissée l’atteindre.»

Il y avait pourtant lieu de s’inquiéter dans les premiers instants de l’affrontement. Carman faisait alors à peu près ce qu’il voulait avec son adversaire, l’atteignant constamment avec un jab hyper-efficace. Kean, à l’opposé, ne semblait pas trop savoir quoi faire devant une telle rafale.

«Je lui ai fait mal à quelques reprises durant le combat. Je l’ai atteint avec quelques très bons jabs qui lui ont fait reculer la tête, et j’aurais dû continuer avec ça. […] C’était mon erreur», a avoué Carman.

La nervosité était toujours aussi palpable chez Kean au deuxième engagement, à tel point que son entraîneur Jimmy Boisvert a jugé que le moment étant venu de sortir le fouet durant la minute de pause.

«On a eu une petite discussion entre les rounds. Il avait oublié de suivre le plan de match établi dès le début», a-t-il simplement décrit.

«Il m’a botté le cul!, a confirmé Kean en riant. Il m’a dit: ‘Écoute, tu fais pas ce que je t’ai demandé, tab… Envoye, va te battre! Arrête de faire ton peureux!’ J’ai dit: ‘OK, c’est correct’.»

De toute évidence, le discours a eu l’effet qu’il devait avoir. À la troisième reprise, le Trifluvien a ouvert la machine et commencé à attaquer Carman de manière bien plus agressive.

La défense du boxeur de Mississauga s’est alors effritée petit à petit. En plus d’être coupé sur le côté de l’oeil droit, Carman s’est retrouvé au tapis à la suite d’un crochet droit au visage. Il s’est relevé, mais n’était plus le même par la suite.

Quelques secondes plus tard, Kean l’emprisonnait dans un coin de l’arène pour le pilonner sans merci. C’est alors que l’arbitre Steve St-Germain s’est interposé pour mettre fin au duel, et du même coup, semer l’euphorie dans l’arène et chez les bruyants partisans. Un arrêt un peu hâtif au goût de Carman, mais bon, ce qui est fait est fait.

Chaque boxeur ayant remporté un volet de leurs affrontements, verrons-nous un autre duel Kean-Carman sous peu? En tout cas, Carman le souhaite ardemment.

«Ils [Eye of the Tiger Management] m’ont dit qu’ils m’accorderaient une revanche pour organiser la trilogie. Tout le monde aime les trilogies de boxe, alors allons-y», a-t-il affirmé.

Du côté des vainqueurs, si on ne ferme pas la porte à une telle éventualité, on demeure tout de même prudent. «Si les fans veulent un troisième combat, je vais le donner. Je suis ouvert à n’importe quoi», a fait savoir Kean.

Donc, arrivera, arrivera pas, cette trilogie? À la lumière des deux premiers combats entre ces deux hommes, on a envie de dire: pourquoi pas?

Clavel toujours aussi dominante

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Kim Clavel (à droite) est demeurée parfaite en neuf sorties. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Autre combat, autre belle sortie pour Kim Clavel (9-0, 2 K.-O.), qui a vaincu la Mexicaine Nora Cardoza (14-7-2, 11 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). Un pointage étonnant dans la mesure où le duel a souvent semblé beaucoup plus serré.

«Elle s’est ajustée durant le combat. Elle a terminé en force. Ce n’était pas un combat facile lors duquel il fallait que je sois paresseuse ou un peu easygoing, comme on dit. Il fallait que j’aille travailler et que je sorte les outils que j’avais dans mon sac», a analysé Clavel.

Ce sont précisément les aptitudes techniques et la rapidité de Clavel qui auront fait pencher la balance en sa faveur au final. Cardoza, malgré quelques honorables tentatives pour se mettre en marche offensivement, s’est retrouvée menottée plus souvent qu’à son tour.

«Tout ce que j’ai travaillé dans le gym, j’ai pu le faire pendant le combat, a fait valoir Clavel. Pour moi, c’est donc un accomplissement. J’ai évolué, et c’est ce qu’on recherchait ce soir.»

Retour victorieux pour Braidwood

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Adam Braidwood / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Un an après y avoir connu la défaite aux dépens de Simon Kean, Adam Braidwood (14-2, 13 K.-O.) était de retour à Shawinigan pour y affronter l’Américain Andrew Satterfield (5-3, 3 K.-O.). Mais cette fois, le boxeur de Colombie-Britannique est ressorti du ring victorieux, l’emportant par abandon à 1:17 du deuxième round.

Une judicieuse décision du coin de Satterfield que de lancer la serviette, car ce dernier, que les Québécois ont pu voir raser de se faire dévisser le crâne par Arslanbek Makhmudov à Rimouski,e n’arrivait tout simplement plus à se défendre face aux violents assauts de Braidwood.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Britanno-Colombien revient de loin. Entre sa défaite contre Kean et le combat de samedi, le pugiliste au passé trouble s’est retrouvé derrière les barreaux après avoir téléphoné à son ex-conjointe, alors qu’il n’avait pas le droit de la contacter. Une fois relâché, il a repris l’entraînement de façon assidue. Et les résultats étaient manifestes, surtout sur le plan de la technique et de la condition physique.

«Je sens que c’était mon meilleur combat sur le plan technique, a indiqué Braidwood. Je suis heureux de la façon dont ça s’est déroulé. Mais j’ai encore beaucoup de travail à faire, et j’ai hâte d’être de retour.»

Mais ce qui était aussi impressionnant, c’est l’accueil que le public de Shawinigan a réservé à Braidwood, chaleureusement applaudi à son entrée et sa sortie de l’arène. Ennemi public numéro un l’an dernier, le sympathique poids lourd semble maintenant s’être trouvé une niche de partisans ici. Voilà quelque chose qu’on n’aurait jamais envisagé il n’y a pas si longtemps.

«C’est incroyable, s’est réjoui le gagnant. C’est comme si c’était une foule de chez moi. J’aime les gens du Québec et j’espère qu’ils m’aiment aussi. Ils me le démontrent chaque fois qu’ils m’encouragent.»

Braidwood doit affronter le Canadien Stan Surmacz à Edmonton au cours des prochains mois. Considérant l’hospitalité que le Québec lui témoigne désormais, avons-nous des chances de le revoir chez nous bientôt?

«Disons-le comme ça: chaque fois qu’il y aura un combat au Québec, si mon téléphone sonne, je vais dire oui», a-t-il résumé avec le sourire.

Les autres résultats

Tout juste après le combat principal, Lexson Mathieu (4-0, 4 K.-O.) a connu une autre brève soirée au bureau en passant le knock-out au Mexicain Fernando Galvan (4-4, 1 K.-O.) à 1:57 du deuxième round. Encore une démonstration intéressante du talent du jeune homme de Québec.

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Andranik Grigoryan jubilait après sa victoire. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Andranik Grigroyan (11-0, 2 K.-O.) s’est offert un rarissime knock-out en terrassant le Mexicain Jorge Garcia Jimenez (14-3-1, 11 K.-O.) à 3:00 du deuxième round. Le Montréalais d’origine arménienne, qui n’est pourtant pas reconnu pour sa force de frappe, a liquidé son adversaire avec une puissante droite en plein visage. Jimenez s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. Grigoryan, en larmes après sa victoire, a ainsi mis la main sur le titre vacant NABA des poids plumes, ce qui devrait lui permettre de se faufiler dans le top-15 de la WBA lorsque celle-ci mettra ses classements à jour.

Au terme d’un combat pour lequel le concept de défense avait manifestement pris congé, Vincent Thibault (9-0, 3 K.-O.) a battu le Mexicain Alan Carrillo (10-4, 7 K.-O.) à 0:37 du sixième round. Carrillo, qui avait chuté au cinquième, se faisait marteler dans le coin au moment où l’arbitre Yvon Goulet a signalé la fin du duel. L’entraîneur de Carrillo, furieux de la décision, est monté dans l’arène pour lui dire sa façon de penser. Mal lui en pris: les officiels de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec ont rapidement expulsé l’homme du ring.

Raphaël Courchesne (7-0, 3 K.-O.) n’a eu aucun mal à triompher du Mexicain Leonel Olvera (4-3-2, 1 K.-O.), l’emportant par décision unanime (40-36 partout). Le pugiliste maskoutain a tout tenté son envoyer son adversaire au plancher, mais Olvera n’a rien voulu savoir. Rappelons que Courchesne sera de retour dans le ring dans deux petites semaines, le 29 juin, à Thetford Mines.

Pour la première fois de sa jeune carrière, Artur Ziyatdinov (10-0, 8 K.-O.) s’est battu au-delà du sixième round. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre aisément la mesure de l’Argentin Marcos Nicolas Karalitzky (6-3-2, 2 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout) au terme des huit reprises de ce duel à sens unique.

Kaemy Cloutier (3-0) est venu à bout du Mexicain Noe Acosta Cruz (2-2) par décision unanime (39-37, 40-36, 40-36), mais ne vous fiez pas trop aux pointages. Le combat, intense d’un bout à l’autre, s’est avéré beaucoup plus serré qu’il n’y paraît. Cloutier s’est retrouvé en difficulté, pour ne pas dire ébranlé, à quelques reprises durant cet affrontement.

En lever de rideau, la dernière recrue d’Eye of the Tiger Management, Avery Martin-Duval (1-0, 1 K.-O.) a réussi son entrée en boxe professionnelle en réglant le cas du Mexicain Martin Sanchez (2-4-1) par arrêt de l’arbitre à 2:10 du premier round. Une dure gauche du jeune Montréalais a envoyé Sanchez au tapis. L’arbitre Albert Padulo fils a alors décidé de mettre fin au duel.

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Ça passe ou ça casse

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Tout le monde a encore l’image en mémoire. Simon Kean, le grand Grizzly, qui s’écroule de tout son long en plein centre du ring, au Centre Vidéotron de Québec. Après seulement quatre petits rounds, les assauts de Dillon Carman avaient finalement eu raison de lui.

Une première défaite en carrière pour Kean, douloureuse à tous points de vue. Son entourage l’expliquait par un manque de concentration, de sérieux à l’entraînement. Le Trifluvien devait faire un peu de ménage dans son entourage et se recentrer sur son sport, disait-on.

Huit mois et un exil de ressourcement en forêt plus tard, Kean (16-1, 15 K.-O.) a de nouveau rendez-vous avec son némésis Carman (14-4, 13 K.-O.), samedi soir au Centre Gervais Auto de Shawinigan. Devant ses plus fidèles partisans, le Québécois tentera de prouver qu’il a appris la leçon et que cette infâme défaite n’était qu’un bête accident de parcours.

Mais en réalité, l’enjeu est bien plus grand que ça.

Kean n’a pas le choix: il doit gagner ce combat. De manière convaincante, de surcroît.

Et pas seulement pour effacer en partie la tache à son dossier et rebâtir sa confiance. Au risque de paraître inutilement sentencieux, un second revers contre Carman anéantirait à toutes fins pratiques les quelconques perspectives d’avancement pour Kean dans la division des poids lourds, en pleine ébullition par les temps qui courent.

Car l’Ontarien, malgré son statut d’ex-champion canadien, n’a rien d’un matamore. L’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, l’admettait lui-même dans les instants suivant la défaite de son protégé: Carman est en plein le genre d’adversaire que Kean doit terrasser s’il veut faire progresser sa carrière.

En cas de deuxième revers, Kean devra donc dire adieu à la possibilité de gravir les échelons des classements mondiaux – du moins, à court et moyen terme. Il se retrouverait du coup cantonné dans le rôle du bon pugiliste local, populaire auprès d’une certaine frange des amateurs d’ici, mais pour lequel l’idée de percer un jour les frontières québécoises relève de l’utopie.

Ce que dit la boule de cristal

Nul doute que le camp Kean, qui a toujours eu de grandes ambitions pour ce dernier, veut éviter de connaître un tel sort. On verra samedi s’il y parviendra. Et, surtout, s’il a appris de ses erreurs.

Bien franchement, il serait étonnant de voir le Québécois trébucher de nouveau devant Carman. Après tout, Kean n’est pas dupe. Il n’y a peut-être aucune ceinture en jeu pour ce duel, mais il est le premier à réaliser l’importance de la mission qu’il doit accomplir. Il sait que les carottes sont cuites pour lui s’il flanche une deuxième fois.

Par ailleurs, il est apparu dans une forme resplendissante ces derniers jours. Lors de la pesée officielle, Kean a enregistré un poids de 234 lb. Jamais il n’avait été aussi léger – toutes proportions gardées, on s’entend – avant un combat. Et la confiance qui s’était évaporée à la suite de sa défaite semble être revenue pour de bon.

Carman, toujours fort en gueule, devrait en principe lui livrer une opposition décente. Mais a-t-il les atouts pour freiner un Kean qui foncera vers lui avec le couteau entre les dents? On en doute.

Comme on dit, les prédictions de chroniqueurs sportifs sont faites pour être démenties. Risquons-nous quand même en annonçant une victoire de Kean, disons, par arrêt de l’arbitre au septième round. Ringside acceptera gracieusement toutes les tomates que vous lui lancerez en cas d’erreur.

Aussi à surveiller

En plus du duel Kean-Carman, quelques autres combats de ce gala d’Eye of the Tiger Management susciteront davantage notre attention.

Kim Clavel, qui sera opposée à la Mexicaine Nora Cardoza, devrait à nouveau en mettre plein la vue. Plus sa carrière professionnelle avance, et plus la boxeuse prend du galon. Fougue et ténacité sont devenus sa marque de commerce au fil du temps. Notons par ailleurs qu’en huit sorties, elle compte déjà deux knock-outs à sa fiche, une denrée rare en boxe féminine.

Parlant d’athlètes en ascension, Lexson Mathieu sera lui aussi de la partie, alors qu’il affrontera le Mexicain Fernando Galvan – qui a échoué la pesée officielle, et devra donc remettre 20% de sa bourse à Mathieu. Mine de rien, le jeune Québécois livrera déjà un quatrième combat cette année, et un second en un mois. Comme si ce n’était pas suffisant, il montera à nouveau dans le ring dans deux semaines, le 29 juin. Il faut dire que ses sorties précédentes ont été plutôt brèves, alors qu’il a haché menu l’opposition ayant osé se dresser devant lui jusqu’ici. En dépit de ces courtes soirées de travail, le pugiliste de Québec a démontré plusieurs signes prometteurs pour le futur jusqu’à présent.

Personne, surtout à Shawinigan, n’a oublié Adam Braidwood, foudroyé dans l’arène par Simon Kean l’an dernier en guise d’apothéose à une longue et virulente guerre de mots. Le colosse de Colombie-Britannique sera de retour sur les lieux du crime pour se mesurer à l’Américain Andrew Satterfield. Si vous ne vous souvenez plus de ce dernier, retournez voir son (court) combat contre Arslanbek Makhmudov, alors que celui-ci passe près de lui dévisser la tête à grands coups d’uppercuts.

On gardera également un œil sur le jeune Avery Martin-Duval, 19 ans, qui effectuera ses débuts professionnels face au Mexicain Martin Sanchez. Un autre espoir dont Eye of the Tiger nous dit le plus grand bien.

Une victoire importante

[Photo Sébastien St-Jean, EOTTM]

Rendons hommage à Jonathan Rice pour une chose: vendredi soir, au Casino de Montréal, il a réussi à survivre plus de deux rounds dans le ring avec Arslanbek Makhmudov. Voilà qui est en soi un exploit.

On le félicitera toutefois un peu moins pour avoir passé le combat à tournoyer dans l’arène, le long des câbles, à l’image d’un danseur d’une mauvaise comédie musicale de Broadway. Pensez à un apprenti Fred Astaire de 250 lb avec des gants de boxe. Drôle d’image, certes, mais c’est la réalité quand même.

Tout cela pour en arriver où? À une nouvelle victoire de Makhmudov (8-0, 8 K.-O.), cette fois par arrêt de l’arbitre à 0:30 du septième round. Grâce à ce gain, le colossal, mais sympathique boxeur met la main sur la ceinture WBC Continental des Amériques chez les lourds, un premier titre mineur pour lui en carrière.

«Je savais que ce gars-là avait une bonne défense, mais il n’y a personne que je ne puisse pas atteindre, a souligné un Makhmudov radieux. J’ai écouté mon entraîneur, et petit à petit, je me suis dirigé vers mon but.»

En même temps, peut-on vraiment blâmer Rice (10-4-1, 6 K.-O.) d’avoir voulu se transformer en pilote NASCAR et faire le tour de l’arène en virant toujours du même côté? Quand on connaît la terrifiante force de frappe de Makhmudov, on suppose qu’ils doivent être nombreux à vouloir s’en sauver.

Or, s’il a l’habitude d’être plus expéditif dans ses sorties, le gros Russe n’était pas plus pressé que ça d’en finir avec le pugiliste de Los Angeles. Patient, il a pris tout le temps nécessaire pour trouver l’ouverture, ce qui impliquait de freiner Rice dans son incessante spirale par quelque moyen que ce soit.

Une fois cette tâche accomplie, Makhmudov a pu dégainer à son aise. D’abord, quelques droites pour affaiblir le rival. Puis, ce coup de canon au sixième assaut qui allait projeter Rice au tapis. Ce dernier s’est suffisamment ressaisi pour entreprendre le septième, mais pas assez pour empêcher Makhmudov de le tourmenter à nouveau avec sa droite. Et dès lors, l’arbitre Michael Griffin en a eu assez: on se glisse entre les deux monstres, et on arrête tout ça. Sage décision.

«Presque tous mes autres combats n’ont duré qu’un round. Celui-là, il y en a eu sept. C’est une bonne expérience. […] Si tu veux devenir champion, tu dois disputer plus de rounds», a souligné le vainqueur.

Le jeu de chat et de la souris auquel Rice l’aura contraint sera en effet bénéfique à long terme pour Makhmudov. En plus d’engranger de précieux rounds d’expérience, denrée qui lui manquait par la force des choses, il a pu se mesurer à un profil d’adversaire qu’il n’avait pas eu l’occasion de voir jusqu’à maintenant.

«Le style de l’adversaire représentait une nouvelle problématique. […] [Rice] n’a pas vraiment essayé de gagner le combat. On voyait qu’il essayait plutôt d’étirer la sauce. Ç’a testé la patience de mon [boxeur]», a résumé l’entraîneur de Makhmudov, Marc Ramsay.

Petit à petit, Makhmudov se fait un nom dans la toujours populaire division des poids lourds. Et avec la réputation viendra bientôt des adversaires au pedigree bien plus relevé – et varié – que ceux qu’il a affrontés jusqu’à maintenant. Parions que Makhmudov ne se fera pas prier pour garnir son tableau de chasse avec quelques-uns de ces prestigieux panaches.

«Il y a de gros projets pour lui, et il faut faire faire le tour du jardin au boxeur. […] Il faut lui faire goûter à un peu de tout. Rendu au sommet de la pyramide, ce n’est plus le temps de faire des expériences. Il faut savoir où on est à l’aise et où on l’est moins», a fait valoir Ramsay.

Germain impérial

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Mathieu Germain (à droite) a facilement disposé de Jose Eduardo Lopez Rodriguez. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

En demi-finale de la soirée, Mathieu Germain (17-0-1, 8 K.-O.) avait un adversaire réputé coriace qui l’attendait en la personne du Mexicain Jose Eduardo Lopez Rodriguez (29-7-2, 15 K.-O.). D’aucuns s’attendaient à ce que les deux hommes nous offrent un duel serré, un peu à l’image de cette nulle partagée entre Germain et Steve Claggett en janvier.

Le Québécois a plutôt dominé son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, de sorte qu’il a pu aisément triompher par décision unanime (100-90 partout). Germain a ainsi défendu pour une troisième fois son titre IBF nord-américain des super-légers.

«Je veux montrer que je fais partie de la classe mondiale. Plus on va augmenter l’adversité, plus on verra mon talent de boxe ressortir. Ce ne sera peut-être pas [avec] des knock-outs à la David Lemieux ou Steven Butler, mais on voit des spectacles de boxe. Je montre ce qu’est une vraie défense.»

Incisif et teigneux, «G-Time» a vite montré à Lopez Rodriguez de quel bois il allait se chauffer pour ce duel. Sa droite, en particulier, a donné bien des maux de tête au Mexicain. Celui-ci a d’ailleurs été fortement ébranlé au deuxième round, passant bien près de se retrouver au plancher.

Lopez Rodriguez s’est cependant repris un brin en deuxième moitié d’affrontement, mais il n’est jamais même passé près d’inquiéter Germain sérieusement.

«Je savais que c’était un vrai de vrai, mais qui n’avait pas nécessairement les mains rapides. Et si tu n’as pas les mains super rapides avec moi, en plus d’avoir une bonne défense et d’être allumé, tu auras de la misère à m’atteindre solidement. Je voyais vraiment ses coups venir», a analysé Germain.

Pour une raison qu’il s’explique bien mal, Germain ne figure toujours pas au classement de l’IBF dans sa catégorie, et ce, malgré sa ceinture et ses défenses de titre. Il espère que cette fois, ce sera la bonne.

«S’ils ne me donnent pas [mon classement], je ne veux plus de leur ceinture, a lancé Germain sans détour. Un moment donné, il faut être honnête. Des gens ont des parcours beaucoup plus faciles que le mien et sont classés. Je mérite mon classement. Je ne suis pas en train de demander une faveur au monde, je le mérite et je le veux.»

Les autres résultats

Le Mexicain Luis Jesus Vidales (13-7, 6 K.-O.) n’aura fait que passer au Casino de Montréal vendredi, gracieuseté de Batyr Jukembayev (16-0, 13 K.-O.) qui l’a vaincu par arrêt de l’arbitre à 3:00 du premier round. Le Kazakh a envoyé Vidales au plancher avec une bonne droite. Ce dernier s’est relevé, mais une fois debout, l’arbitre Martin Forest a jugé qu’il valait mieux clore cet affrontement.

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Kim Clavel (à gauche) a vaincu Tamara Elisabet Demarco. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

Au terme de ce qui fut l’un des meilleurs combats de la soirée, Kim Clavel (8-0, 2 K.-O.) l’a emporté sur l’Argentine Tamara Elisabet Demarco (8-2) par décision unanime (79-73, 79-73, 80-72). Les deux femmes se sont en effet disputé un combat endiablé de la première à la dernière seconde, s’échangeant tour à tour les attaques percutantes. C’est toutefois Clavel qui a su le mieux imposer son rythme et placer les meilleures frappes dans cet affrontement.

Raphaël Courchesne (6-0, 3 K.-O.) a vite réglé le cas de l’Uruguayen Nestor Faccio (17-11-2, 9 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 0:36 du deuxième round. Agressif au possible dès l’assaut initial, le pugiliste maskoutain a amorcé le second complètement déchaîné. L’arbitre Martin Forest a fini par s’interposer entre les deux hommes, alors que Faccio n’arrivait tout simplement plus à se défendre.

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Lexson Mathieu (debout) est demeuré parfait en trois combats. / Photo Sébastien St-Jean, EOTTM

Lexson Mathieu (3-0, 3 K.-O.) n’a eu besoin que d’une minute et 44 secondes pour disposer de l’Argentin Hernan Perez (5-3, 2 K.-O.). La jeune sensation de Québec n’a jamais cessé de pilonner son adversaire durant ce court laps de temps, l’envoyant au tapis après quelques instants seulement. Voyant que la situation ne s’améliorerait pas, le coin du Sud-Américain a judicieusement demandé qu’on arrête le combat.

La perte d’un point pour un coup derrière la tête au troisième round n’a pas empêché Arutyun Avetsiyan (13-0, 8 K.-O.) de passer le knock-out à l’Argentin Cesar Hernan Reynoso (15-13-4, 7 K.-O.) à 2:37 du sixième round. Un rude coup au foie a sonné la fin des activités pour Reynoso, qui revenait alors peu à peu dans ce duel après avoir vu Avetisyan dominer les assauts précédents.

Clovis Drolet (10-0, 6 K.-O.) a stoppé le Mexicain Michi Munoz (27-10-1, 18 K.-O.) pour signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 0:54 du sixième round. Exerçant une pression constante sur son adversaire, le boxeur de Beauport a envoyé Munoz au plancher une première fois au quatrième assaut, avant de récidiver au sixième avec une solide combinaison. La seconde chute fut violente: le Mexicain s’est écroulé de tout son long, et l’arbitre Martin Forest – un homme décidément occupé! – a rapidement mis un terme au combat.

En lever de rideau, la nouvelle recrue d’Eye of the Tiger Management, le Russe Andrei Efremenko (1-0), s’est sauvée avec une victoire par décision unanime (39-37, 39-37, 39-36) face au Mexicain Victor Herrera (5-2-2, 3 K.-O.) pour ses débuts professionnels. Efremenko, envoyé au tapis au deuxième round, a démontré quelques beaux flashes, mais s’est amené dans le ring visiblement nerveux. Encore beaucoup de travail au menu pour lui.

Si seulement…

[Photo fournie par Top Rank]

BILLET – On l’a dit et on va le répéter : Artur Beterbiev est une prodigieuse machine de boxe. Puissance, précision, intelligence du ring – ce que les Albanais appellent le boxing IQ -, condition physique, discipline… Il a tous les outils nécessaires pour gagner. Le kit complet.

Il l’a encore démontré samedi soir dernier, au Stockton Arena de la ville californienne du même nom, alors qu’il défendait pour la deuxième fois son titre IBF des mi-lourds. Pour l’occasion, le Tchétchène de 34 ans a terrassé le Bosniaque Radivoje Kalajdzic (24-2, 17 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 13 secondes du cinquième round.

Autre combat, autre knock-out à la fiche de Beterbiev (14-0, 14 K.-O.), donc, et c’est à se demander si le boxeur qui saura lui résister jusqu’à la limite est né.

Si seulement…

***

La première cloche venait à peine de se faire entendre lorsque Beterbiev s’est lancé sur Kalajdzic, l’atteignant d’un solide crochet. Ce dernier s’est rabattu sur son agilité pour tenter de repousser le char d’assaut russe qui roulait en sa direction.

La stratégie de Kalajdzic n’aura toutefois connu qu’un succès limité. Au troisième engagement, Beterbiev l’a forcé à mettre un genou au sol, le dos dans les câbles, après lui avoir asséné une série de coups.

Kalajdzic s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Ses jambes se sont subitement transformées en ancres. Il n’en fallait pas plus pour que Beterbiev ait le champ libre pour terminer le travail. Le cinquième round était à peine commencé que l’arbitre Dan Stell mettait fin aux hostilités, voyant que Kalajdzic n’arrivait tout simplement plus à suivre le rythme.

Et le pire, c’est qu’on avait déjà vu Beterbiev être encore meilleur dans un ring. Contre le Bosniaque, le champion a parfois eu l’air brouillon. Ou un peu trop pressé d’en finir. Imaginez ce que ça aurait donné s’il avait pris le temps encore davantage de mieux faire les choses.

Si seulement…

***

En joignant l’écurie de Top Rank, Beterbiev devrait livrer la majorité de ses futurs combats aux États-Unis, ou ailleurs à l’étranger. Ce qui ne change rien au fait qu’à la base, il est un boxeur québécois d’adoption, dirigé par le meilleur entraîneur québécois, Marc Ramsay. A-t-on répudié ne serait-ce qu’une seconde les racines du regretté Arturo Gatti simplement parce qu’il boxait chez les Américains? De surcroît, avec Adonis Stevenson et Eleider Alvarez qui ont été détrônés, Beterbiev est le seul champion du monde masculin – n’oublions pas Marie-Ève Dicaire, tout de même – issu de la province.

Et pourtant, tout le monde au Québec, ou presque, se balance d’Artur Beterbiev. Mais alors là, à un point… Le confrère Mathieu Boulay, du Journal de Montréal, écrivait d’ailleurs avoir reçu quantité de messages d’amateurs de boxe québécois témoignant de cette triste et inquiétante indifférence.

C’est quand même sidérant, non? On parle d’un gars de chez nous, champion du monde dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle! Vous le réalisez, dites donc?

En même temps, on peut comprendre pourquoi les gens n’ont que faire de Beterbiev. Ses longues disputes judiciaires, d’abord avec son ex-gérante Anna Reva, puis avec le Groupe Yvon Michel, l’ont contraint à se battre plus souvent en cour que dans l’arène. Sa carrière pugilistique a ainsi été éclipsée pendant ce qui a semblé une éternité. Rien pour intéresser les gens à son parcours, disons.

Il a aussi joué de malchance en subissant une blessure à l’épaule qui l’a gardé sur la touche plusieurs mois. Puis, il faut bien l’admettre, Beterbiev n’est pas l’individu le plus charismatique de la planète. La barrière linguistique n’aide pas en ce sens, c’est certain. Or, quand on prend la peine de lui parler un peu, on découvre un homme fort sympathique – pas mal plus qu’il peut l’être dans un ring, en tout cas.

On regarde Beterbiev tout détruire sur son passage, on repense à tout ce qui est arrivé avec lui ces dernières années, et on se dit : si seulement…

Si seulement il n’y avait pas eu tous ces feuilletons judiciaires. Si seulement il avait pu se battre un peu plus souvent. Si seulement on avait pu sentir un petit, juste un tout petit effort supplémentaire de sa part pour mieux s’intégrer à son public – Lucian Bute aurait pu lui donner quelques suggestions à ce sujet. Si seulement on avait pu mieux le vendre aux amateurs.

Si seulement l’histoire avait pu être un peu différente, Beterbiev serait probablement la plus grande vedette de la boxe québécoise aujourd’hui. Ça n’enlève rien à la popularité que ses collègues ont méritée au fil des ans. Mais pour le plaisir, nommez donc un boxeur québécois aussi dominant que Beterbiev l’est dans sa catégorie à l’heure actuelle. Pas évident.

Au lieu de ça, on a un champion qu’on ignore. Un champion qui pourrait l’être encore longtemps, soit dit en passant. Mais un champion qui se bat dans les ténèbres. Les nôtres, à tout le moins.

Vous trouvez vraiment que ça fait du sens?

À l’arrachée…

[Photo fournie par Golden Boy Promotions]

Était-ce à cause de la rouille accumulée pendant cinq mois d’inactivité? Ou était-ce un certain stress, une certaine pression découlant d’un tout premier combat disputé en sol américain? Un mélange de tout ça? Ou peut-être autre chose?

Toujours est-il que Steven Butler a dû ramer comme un galérien pour venir à bout de l’Ukrainien Vitalii Kopylenko jeudi soir, au Hard Rock Hotel and Casino de Las Vegas. Et pour cette première incursion dans la capitale des machines à sous, le Québécois aura eu besoin de toute sa petite monnaie pour se sauver avec une victoire par décision partagée.

Deux des juges ont favorisé Butler (27-1-1, 23 K.-O.) à 96-93, tandis que le troisième a donné Kopylenko (28-2, 16 K.-O.) gagnant avec un pointage de 95-94. Ringside avait également une carte de 95-94, mais en faveur de Butler, qui est ressorti du ring avec la ceinture WBC International des poids moyens.

La commission athlétique du Nevada a longtemps branlé dans le manche avant de donner son feu vert pour ce duel. À ses yeux, Butler était bien trop fort pour Kopylenko. Il faut dire qu’on ne savait que peu de choses à propos de l’Européen de 35 ans, si ce n’est que ses dernières victoires avaient été acquises face à des adversaires au profil, disons, suspect. Comme ce dénommé Miguelo Tavarez qui, au moment de leur combat, présentait une ahurissante fiche d’aucune victoire et 31 défaites…

Mais jeudi, c’est pourtant Kopylenko qui a failli jouer un bien vilain tour à Butler. Actif, coriace et parfois sournois, il a tôt fait de se transformer en obscure énigme que le cogneur montréalais n’a jamais vraiment pu résoudre, en dépit du résultat final.

Dès le départ, on sentait Butler surpris, voire décontenancé, par la tenue de son rival. Allait-il pouvoir s’ajuster à temps?

Celui qu’on surnomme « Bang Bang » a mieux fait à partir du troisième round, mais Kopylenko n’a jamais levé le pied. À tel point qu’il est même parvenu à envoyer Butler au tapis au huitième assaut grâce à une puissante frappe au corps qui a complètement coupé le souffle de Butler.

On pensait bien que cette chute de Butler, sa première depuis sa défaite contre Brandon Cook en janvier 2017, allait sceller l’issue du duel en faveur de Kopylenko. Il fallait d’ailleurs voir les visages défaits de Camille Estephan et Antonin Décarie, assis au parterre non loin de l’action, quand leur protégé s’est retrouvé à quatre pattes dans l’arène.

Or, Butler s’est relevé, et s’est battu avec tout ce qui lui restait d’énergie du désespoir. Assez, sans doute, pour faire pencher la balance de son côté pour de bon et s’assurer la victoire.

Et s’il y a un élément positif à retenir de ce combat pour le camp Butler, c’est justement la manière dont le boxeur s’est remis de sa chute sur le plan mental. Plutôt que de se laisser abattre, il a persévéré jusqu’à la toute fin. On n’aurait jamais vu ça de sa part il y a quelques années à peine. C’est dans des moments comme celui-là qu’on constate toute la maturité acquise depuis cet infâme revers contre Cook.

Mais à 23 ans, Butler est encore bien jeune, et ce duel contre Kopylenko a aussi démontré qu’il lui restait encore beaucoup de travail à faire s’il veut se mesurer un jour à l’élite des poids moyens. Avec ce qu’on a vu de lui contre l’Ukrainien, Butler se serait fait démolir dans le temps de le dire face aux Canelo Alvarez, Daniel Jacobs et autres Demetrius Andrade de ce monde.

Heureusement pour lui, Butler a l’attitude et l’équipe qu’il lui faut pour retenir la leçon et corriger ce qui a fait défaut. Ce sera impératif pour la suite des choses.

Bazinyan étincelant

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Erik Bazinyan (photo) a complètement dominé son rival Alan Campa. / Photo fournie par Golden Boy Promotions

Si Butler a connu une soirée difficile à Vegas, ce fut tout le contraire pour son confrère Erik Bazinyan (23-0, 17 K.-O.), qui a vaincu avec brio le Mexicain Alan Campa (17-5, 11 K.-O.) par décision unanime (99-90, 99-90, 97-92). Il a ainsi défendu ses titres NABO et NABA des super-moyens.

Il n’y avait que quelques secondes d’écoulées dans cet affrontement que déjà, Bazinyan imposait son tempo. En plus de contrôler la distance avec un jab ultra-efficace, le jeune homme de 23 ans a pu atteindre la cible avec sa main droite autant qu’il le voulait, profitant des largesses défensives de son opposant.

Campa, cependant, s’est montré tenace devant les attaques répétées de Bazinyan. Il a entre autres réussi à survivre à un cinquième round particulièrement difficile, au cours duquel un coup sous la ceinture lui a sonné les cloches et un coup de tête accidentel lui a laissé une énorme bosse au-dessus de l’œil gauche.

Bazinyan a fait savoir après le duel qu’il était quelque peu déçu de ne pas avoir passé le knock-out à son rival, comme il l’avait fait lors de ses huit sorties précédentes. Mais au fond, qu’importe. Le pugiliste d’origine arménienne a été à ce point dominant que même s’il n’a pu stopper Campa, sa victoire n’en a pas été moins étincelante.

Enfin, une diffusion décente

Un mot, enfin, pour revenir sur la webdiffusion du gala de jeudi par l’entremise de la page Facebook de Golden Boy Promotions. On se souvient que la semaine précédente, lors du combat revanche entre Yves Ulysse fils et Steve Claggett, la retransmission du gala avait été, au mieux, exécrable, alors que les spectateurs ont été plongés dans le noir pour la dernière moitié du duel.

Eh bien, cette fois, force est d’admettre que ce fut nettement mieux côté production. Mis à par un bref petit accroc en tout début de diffusion, les amateurs n’ont pas perdu une seule seconde d’action. Souhaitons qu’il s’agisse là d’un signe annonciateur de ce qui nous attend pour les prochains Thursday Night Fights.

Vengeance obtenue

[Photo fournie par Golden Boy Promotions]

Avant toute chose, Ringside doit vous offrir ses excuses. Contrairement à son habitude, l’humble blogue de boxe que vous lisez actuellement ne pourra vous livrer une analyse entière et détaillée du combat qui opposait Yves Ulysse fils et Steve Claggett jeudi soir, en Californie.

La raison : la retransmission en direct de l’événement, présenté par DAZN et Golden Boy Promotions, a connu d’importants ratés – et on est gentils en le disant ainsi. Le public s’est donc retrouvé dans le noir plus souvent qu’à son tour durant le combat, et ne s’est pas gêné pour faire connaître sa frustration. On y reviendra un peu plus tard, si vous le voulez bien.

Yves UIysse (18-1, 9 K.-O.), donc, avait de nouveau rendez-vous avec l’Albertain Steve Claggett (27-6-2, 17 K.-O.), qui l’avait surpris en 2017 à Montréal en lui infligeant une défaite hautement controversée – la première de sa carrière – par décision partagée.

Ulysse trépignait depuis ce temps à l’idée d’obtenir un combat revanche, et son souhait a finalement été exaucé jeudi, au Fantasy Springs Casino d’Indio. Le Québécois a profité de l’occasion pour rendre à Claggett la monnaie de sa pièce et venir à bout du pugiliste de Calgary par décision unanime (96-94, 97-93, 97-93).

Ulysse a du même coup mis la main sur le titre « Gold » de la WBA chez les super-légers, plus récente déclinaison des nombreuses ceintures que remet la fédération dans chaque catégorie de poids.

« Dans ma ville, on dirait ‘tabarnak’!, a lancé en boutade le vainqueur en entrevue dans le ring après le combat. Je n’ai pas de mots pour décrire cette victoire. Ce n’était pas un combat facile. »

Claggett, lui, semblait complètement tétanisé après l’annonce du verdict des juges. « Je pensais avoir gagné… », a-t-il soupiré, encore incrédule.

Recette connue

Lors du premier affrontement entre les deux hommes, un Claggett teigneux avait forcé Ulysse à jouer son jeu, alors que ce dernier préfère plutôt étourdir ses adversaires avec sa grande mobilité. En conséquence, les corps-à-corps avaient été nombreux et plusieurs rounds s’étaient avérés difficiles à départager, ce qui n’est pas étranger au résultat litigieux qui a suivi.

Claggett a tenté d’appliquer la même recette pour ce second choc. Or, de toute évidence, Ulysse y était préparé. Le protégé de Rénald Boisvert, bien qu’il ait eu fort à faire pour repousser les assauts incessants de son rival, s’est démarqué avec des attaques précises et efficaces.

Après deux rounds plus ou moins à l’avantage de Claggett, Ulysse a ouvert la machine au troisième engagement, atteignant la cible de manière convaincante à quelques reprises. Mais Claggett, toujours aussi coriace, n’a jamais flanché et a assuré une réplique plus qu’honorable.

On suppose que la tendance s’est poursuivie en deuxième moitié de combat, et que quelque part au passage, Ulysse a fait ce qu’il fallait pour devancer Claggett pour de bon sur les cartes de pointage. Si seulement on avait pu voir quelque chose des cinq derniers rounds…

Grâce à cette victoire et la ceinture qui l’accompagne, Ulysse devrait effectuer un bond appréciable dans les classements mondiaux. Il a du même coup cimenté un peu plus son statut d’étoile montante dans la division des super-légers. On a déjà hâte de connaître la suite pour lui.

Amateurisme à l’écran

Ce second choc Ulysse-Claggett constituait le plat de résistance du premier gala de la nouvelle série Thursday Night Fights, œuvre conjointe de DAZN et Golden Boy Promotions.

Nul doute que le combat a répondu aux attentes pour lancer l’événement. Mais la piètre qualité de la retransmission en direct du gala, disponible entre autres via la page Facebook de Golden Boy, a failli tout torpiller.

En fait, les choses allaient relativement bien jusqu’au combat principal. C’est à ce moment que le signal s’est mis à faire des siennes. Images embrouillées ou figées, perte du son et/ou de l’image, tout y est passé. On n’a pratiquement rien pu voir de la dernière partie du combat.

Heureusement, la situation a pu être rétablie à temps pour l’annonce de la décision. Mais le mal était largement fait. Parlez-en aux nombreux spectateurs qui exprimaient en direct leur colère, utilisant souvent un certain mot débutant par la lettre F (indice : ce n’est pas « farandole »).

Personne n’est à l’abri d’un ennui technique, tout le monde s’entend là-dessus. Mais avouons-le, Golden Boy a fait figure d’amateur en nous offrant une webdiffusion aussi minable.

Espérons qu’elle sera à tout le moins potable jeudi prochain, alors que Steven Butler et Erik Bazinyan seront en action à Las Vegas. Ce serait dommage que le public québécois, et tous les autres amateurs de boxe, soient privés aussi bêtement de leurs débuts en sol américain.

« Pay-per-view is dead! », se plaisait à pontifier à outrance le descripteur en poste pour la soirée de jeudi, martelant ainsi le leitmotiv de DAZN à qui voulait l’entendre

Désolé, cher ami. Vous auriez plutôt dû dire : « The signal is dead! ».

Et si c’est ça, le meilleur que vous pouvez offrir, la télé payante peut dormir tranquille.

Premier test réussi pour Dicaire

[Photo capture d’écran]

C’est venu un peu plus tard que prévu, gracieuseté de Lina Tejada qui a malencontreusement omis de préciser qu’elle était borgne avant de s’amener à Montréal, mais Marie-Ève Dicaire a finalement pu défendre pour une première fois sa ceinture IBF des super-mi-moyens samedi soir, au Casino de Montréal. Et l’attente en aura valu la peine.

Mettant à profit sa vitesse et son talent d’esquive, ses deux principaux atouts dans un ring, la boxeuse de Saint-Eustache a triomphé de son aspirante obligatoire, la Suédoise Mikaela Lauren (31-6, 13 K.-O.), par décision unanime (97-93, 98-92, 99-91), pour ainsi conserver son titre acquis face à Chris Namus, le 1er décembre dernier.

«Avant ce combat, beaucoup ne donnaient pas cher de ma peau parce que j’avais seulement 14 combats [à ma fiche]. [Lauren] disait qu’elle avait plus de knock-outs que j’avais de victoires. Mais je viens de lui infliger une défaite à sa fiche, et la mienne est toujours immaculée», a fièrement résumé Dicaire (15-0).

On se demandait si la championne réagirait bien aux attaques de Lauren, réputée pour sa force de frappe. Or, c’est plutôt un coup de tête accidentel au deuxième assaut qui a ébranlé Dicaire, profondément coupée au-dessus de l’oeil gauche.

Aussitôt, son entraîneur Stéphane Harnois et elle ont dû modifier leur plan de match pour mettre encore plus l’accent sur le jeu d’évasion, question de ne pas aggraver la blessure et devenir ainsi victime d’un arrêt hâtif de l’affrontement.

«Ç’a été un gros apprentissage, a confié Dicaire. […] La stratégie a été faite pour éviter de recevoir des coups. J’étais un peu plus conservatrice. J’ai accroché beaucoup. Des fois, [ça donne] un combat un peu moins spectaculaire, mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est la victoire.»

«J’ai eu une frousse, car je pensais qu’on arrêterait le combat au deuxième round, a de son côté avoué Harnois. J’avais plusieurs cartes dans mon jeu pour changer la stratégie du combat. On savait que Lauren est une fille tough. Je pensais qu’on aurait pu l’arrêter avec notre stratégie.»

Mission accomplie: plutôt que de se laisser distraire par sa coupure, Dicaire a décidé d’ouvrir la machine, pinçant joliment une Lauren qui semblait de plus en plus fatiguée à mesure que le combat progressait.

Une revanche? Pas question!

Parlant de Lauren, pour une boxeuse qui n’a eu que deux semaines pour se préparer à un combat de championnat du monde, elle n’a pas mal paru du tout. L’ex-championne WBC, qui avait choisi la retraite en juin avant de revenir sur sa décision récemment, est cependant convaincue que le résultat aurait été fort différent si elle avait pu profiter d’un camp d’entraînement digne de ce nom.

«Il faut me donner une vraie chance, a plaidé la Scandinave de 43 ans. Deux semaines, ce n’est rien. Et je n’avais pas été dans le ring pendant presqu’un an. Ils m’ont donné deux semaines et je lui ai quand même donné un dur combat.»

Vous aurez évidemment compris que Lauren aimerait bien profiter d’une revanche contre Dicaire. Cette dernière n’est cependant pas intéressée du tout par un tel projet.

«Je ne vois pas l’intérêt d’aller chercher une revanche, a-t-elle expliqué. Elle n’a aucune ceinture à mettre en jeu. Moi, j’ai fait ma défense de titre. J’ai gagné ce combat. Je suis prête à autre chose, à relever de vrais défis et aller mettre la main sur d’autres ceintures.»

En lieu et place, Dicaire s’accordera un temps de repos bien mérité. Après quoi, si tout va comme prévu, elle pourrait remonter dans l’arène le 15 juin, au Stade IGA.

Les autres résultats

En demi-finale, David Théroux (16-3, 11 K.-O.) a vaincu le Mexicain Juan Daniel Bedolla Orozco (19-9-2, 14 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). La fierté de Sorel-Tracy a malmené son adversaire d’un bout à l’autre de l’affrontement, visant surtout le corps, mais Orozco a fait preuve d’une remarquable ténacité dans les circonstances et n’a jamais visité le plancher.

Terry Osias (8-0, 4 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à s’imposer devant l’Argentin Juan Cruz Correa (4-2-1), triomphant par arrêt de l’arbitre à 0:52 du sixième round. Dominant du début à la fin, le Longueuillois a envoyé son rival au plancher à deux reprises durant cet affrontement. Peu après la seconde chute, l’officiel Martin Forest a jugé que Correa en avait eu assez pour la soirée

Le Granbyen Yan Pellerin (6-1, 2 K.-O.) l’a emporté sur le Mexicain Eduardo Valencia Aguilar (2-2, 2 K.-O.) par décision unanime (39-36, 40-35, 40-35). Seul moment vraiment marquant de ce duel: lorsque le protecteur buccal d’Aguilar a effectué un vol plané loin dans la foule au deuxième round, semant à la fois confusion et hilarité au sein du public. Buzz Lightyear aurait été jaloux.

Mazlum Akdeniz (9-0, 4 K.-O.) a tout fait, sauf envoyer son rival Jose Guillermo Garcia (9-6-1, 5 K.-O.) au tapis au cours de leur combat. Le jeune Montréalais a donc dû se contenter d’une victoire facile par décision unanime (80-72 partout).

En lever de rideau, Diizon Belfon (2-0, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Gerardo Aldama (1-3) en lui passant le knock-out à 2:59 du deuxième round. Le Montréalais a matraqué son adversaire d’une série de crochets dans le coin de l’arène jusqu’à ce qu’il s’écroule. Aldama n’a jamais pu se relever avant la fin du compte de dix.