Le Grizzly dégriffé

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

QUÉBEC – Le top-10 du classement mondial devra attendre pour Simon Kean. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, le boxeur de Trois-Rivières a frappé un mur. Un mur nommé Dillon Carman.

Et le choc fut brutal, c’est le moins qu’on puisse dire. Kean (15-1, 14 K.-O.) et Carman (14-3, 13 K.-O.) ont offert au public une véritable bagarre de ruelle. Au bout d’un affrontement aussi brutal que spectaculaire, il ne pouvait y avoir qu’un survivant. Et malheureusement pour les partisans réunis dans les gradins, c’est Carman qui a triomphé, passant le knock-out à Kean à 1 :28 du quatrième round.

Complètement sonné, se demandant visiblement ce qui venait de se passer, le Grizzly n’a pu que balbutier quelques mots dans l’arène après le combat, le temps de se dire ouvert à un combat revanche. Kean, qui a ainsi subi sa première défaite professionnelle, n’a pas rencontré les médias par la suite.

«C’est décevant. Peut-être que Simon n’a pas pris ce combat aussi au sérieux que celui contre Adam Braidwood. Il ne bougeait pas. Il était peut-être aussi trop lourd», a résumé le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, la mine déconfite.

Carman, pour sa part, rayonnait malgré son visage parsemé d’ecchymoses. Sa victoire lui permet de mettre la main sur les ceintures WBC Francophone et NABA des poids lourds.

«Je savais que je l’avais dès le premier round. Je devais seulement attendre [le bon moment].»

-Dillon Carman

Il n’est pas le seul à avoir eu cette impression. L’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, a constaté très tôt dans l’affrontement que son poulain ne connaîtrait pas une bonne soirée au bureau.

«Je l’ai trouvé à plat dès le départ, même dans le vestiaire. Ses jambes n’étaient pas assez mobiles. Il n’était pas aussi aguerri qu’avant. Il n’était pas comme ça pendant le camp d’entraînement», a-t-il relaté.

Kean a en effet passé la majeure partie du combat en déséquilibre, maîtrisant difficilement les attaques de Carman. À tel point qu’il s’est retrouvé au tapis au second round. Carman a visité le plancher à son tour au round suivant, mais le mal était fait pour Kean.

Au quatrième, il est tombé les quatre fers en l’airs après avoir reçu une combinaison de coups à la tête. Kean n’a jamais pu reprendre le collier, et l’arbitre Steve St-Germain a ainsi signalé la fin de l’affrontement.

«Je pense que ses principales faiblesses sont son menton et sa défense, a analysé Carman. Je l’ai frappé fort et je l’ai sonné avec mes jabs. J’ai vu dans ses yeux qu’il ne pourrait pas encaisser mes jabs.»

Comment expliquer cette déconvenue de Kean, qui surfait jusque là sur une séquence de sept victoires consécutives avant la limite ? Camille Estephan a évoqué, de manière plutôt sibylline, un problème se situant dans l’entourage du boxeur.

«Il est devenu une vedette. Et des fois, les gens veulent bien faire. Parfois un peu trop.»

-Camille Estephan 

«Je suis persuadé qu’il va remonter la pente. C’est à lui de faire ce qu’il faut. Peut-être qu’il est trop ouvert avec son monde», a-t-il expliqué sans élaborer davantage.

Jimmy Boisvert, pour sa part, ajoute que son protégé devra aussi apporter des changements à la façon dont il se prépare avant un combat, notamment en s’accordant davantage de temps de repos. Boisvert est cependant catégorique : Kean a malgré tout eu un bon camp d’entraînement en prévision du duel contre Carman.

À la lumière de ces explications, il apparaît évident que Kean devra procéder à un profond et sérieux examen de conscience avant de remonter dans le ring. Autrement, ses rêves de combats d’envergure mondiale pourraient s’évanouir plus vite qu’il ne le croit.

Butler trop fort pour Balmir

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Steven Butler (à gauche) a facilement vaincu Jordan Balmir. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Après sa victoire contre Vito Vendetta en juillet à Laval, Jordan Balmir avait pris le micro pour défier Steven Butler et l’inviter à se battre. Quelques secondes plus tard – littéralement –, Butler acceptait l’offre. Et dès le lendemain, le combat était officialisé.

La tension était donc à son comble lorsque les deux pugilistes se sont amenés dans le ring, en demi-finale de la soirée. Tout le monde attendait de voir de quelle façon l’animosité entre les deux jeunes hommes, fort bien alimentée dans les jours précédant le gala, allait connaître son apothéose.

Réponse : Butler (25-1-1, 22 K.-O.) a vite fait ravaler ses paroles à Balmir (10-1, 6 K.-O.), signant une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à 1 :59 du troisième round. Il met ainsi la main sur le titre WBC Francophone des poids moyens.

«J’ai dit que j’allais le retourner à l’école. C’est un gars qui commence, mais il a beaucoup de cœur. Il a du talent. Mais il a sauté des étapes.»

-Steven Butler

Étant donné le caractère émotif de l’affrontement, le défi pour Butler était d’abord de conserver son calme afin de ne pas dévier de son plan de match et ainsi pécher par arrogance, comme il avait coutume de le faire par le passé. Or, le cogneur est demeuré en parfait contrôle du début à la fin.

«Mon équipe m’a demandé de me concentrer, de prendre ça business. [Samedi], c’était la fête de mon fils. Je ne voulais pas faire d’erreur, sinon, je m’en serais voulu», a-t-il expliqué.

Dès le départ, Butler s’est rué sur Balmir et n’a pas tardé à imposer le tempo de ce duel. Balmir a bien essayé de décocher quelques attaques, mais rien de suffisant pour inquiéter son adversaire.

Au troisième round, les coups de Butler ont fait tournoyer Balmir sur lui-même, tant et si bien que ce dernier n’a eu d’autre choix que de mettre un gant au tapis, bon pour un compte de huit.

Mais Butler, tel un requin flairant du sang frais, a vu là une occasion rêvée d’en finir. Et c’est précisément ce qu’il a fait, pulvérisant Balmir sans aucune pitié jusqu’à ce que l’arbitre Michael Griffin décide que le supplice du boxeur de Drummondville avait assez duré.

Les autres résultats

Clovis Drolet (7-0, 4 K.-O.) a vaincu le Bulgare Evgeni Borisov (3-2-1, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :35 du quatrième round. Le boxeur de Beauport a envoyé son rival au tapis une première fois lors du troisième engagement, avant de remettre ça deux fois plutôt qu’une au round suivant. Borisov s’est bien relevé de son ultime chute, mais l’officiel Albert Padulo fils a jugé qu’il avait assez souffert pour la soirée.

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Batyr Jukembayev (à droite). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Batyr Jukembayev (14-0, 12 K.-O.) s’est remis d’une visite au tapis dès le premier round pour finalement vaincre le Mexicain Patricio Moreno (20-3, 14 K.-O.) par knock-out à 2 :47 du septième round. Après sa chute, le Kazakh a rendu la politesse à son rival au deuxième assaut, avant de l’achever au septième grâce à un sournois coup au foie. Pour Jukembayev, il s’agissait d’un premier combat sans son entraîneur Stéphan Larouche, récemment libéré par Eye of the Tiger dans des circonstances à la fois houleuses et mystérieuses.

Vincent Thibault (7-0, 2 K.-O.) a de nouveau fait la soirée des nombreux et bruyants membres de Team Tibo venus l’encourager en l’emportant sur le Mexicain Sergio de Leon (8-4, 1 K.-O.) par décision unanime (59-55, 58-54, 60-53). Un combat divertissant où on s’est échangé généreusement les tapes sur le museau. La fierté de Charlesbourg a notamment envoyé son adversaire au plancher lors du second round.

Andranik Grigoryan (8-0, 1 K.-O.) a pris la mesure de l’Argentin Kevin Leonel Acevedo (15-2-2, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (80-72, 80-72, 79-73). Méthodique, le Montréalais d’origine arménienne a constamment mis de la pression sur Acevedo, qui n’a jamais pu déployer quoi que ce soit de menaçant.

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Artem Oganesyan (à gauche). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Artem Oganesyan (7-0, 6 K.-O.), récemment recruté par Eye of the Tiger, n’a fait qu’une bouchée de l’Argentin Sergio Samuel Castellano (11-8, 7 K.-O.) en lui passant le knock-out après seulement 98 secondes d’action. Le Russe maintenant établi à Montréal, ancien champion du monde junior, a asséné un violent crochet gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. De quoi impressionner son nouveau promoteur.

Une autre recrue d’Eye of the Tiger, Keamy Cloutier (1-0), a réussi son entrée dans les rangs professionnels en disposant aisément du Mexicain Miguel Angel Covarrubias (3-7-3, 2 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). On évitera de s’emballer trop rapidement après un seul combat, mais le jeune Cloutier, un Trifluvien de 23 ans, a quand même démontré un potentiel intéressant. À suivre.

Sébastien Roy (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en l’emportant face au Mexicain Mario Bedolla Orozco (2-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). Un résultat un peu étonnant dans la mesure où Orozco aurait sans doute mérité au moins un round, en particulier le deuxième, alors qu’il s’est montré bien plus actif que son adversaire.

En lever de rideau, Yannick Parent (1-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Rodolfo Lopez (6-6, 4 K.-O.) se sont livré un combat aussi bref que rocambolesque, alternant les chutes à qui mieux mieux. Au total, le pugiliste de Québec est allé deux fois au tapis, contre trois visites pour son rival. L’arbitre Alain Villeneuve a mis fin aux hostilités à la troisième chute de Lopez, permettant ainsi à Parent de signer un premier gain professionnel à 2 :33 du premier round de ce duel échevelé.

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Ce qu’il fallait démontrer

[Photo fournie par HBO]

David Lemieux devait à tout prix signer une victoire convaincante contre Gary O’Sullivan, samedi à Las Vegas, afin de dissiper les doutes à son sujet et prouver qu’il avait encore sa place parmi l’élite des poids moyens. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas laissé planer les doutes bien longtemps!

Lemieux (40-4, 34 K.-O.) n’a eu besoin que de 2 minutes 44 secondes pour régler le cas de O’Sullivan (28-3, 20 K.-O.). Un vicieux crochet gauche sur le museau, et hop! Le volubile Irlandais s’est retrouvé affalé au tapis, incapable de poursuivre le duel. Merci, bonsoir, à la prochaine.

Après toutes les attaques verbales lancées par O’Sullivan au cours des dernières semaines, et les bousculades à la conférence de presse officielle et à la pesée, c’est ce qui s’appelle se faire fermer le clapet, chers amis.

Il est d’ailleurs admirable de voir à quel point Lemieux est revenu en force après ses récentes performances en demi-teinte.

Ça a commencé avec une pesée qui ne lui a posé aucun problème, contrairement à celle en marge de son duel face à Karim Achour, et lors de laquelle il était visiblement en meilleure forme. Il s’est même présenté dans le ring du T-Mobile Arena à 180 lb, contre seulement 165 pour O’Sullivan. De quoi bonifier une force de frappe déjà ravageuse.

Il faut dire aussi que Lemieux et son équipe savaient que le boxeur devait confondre les sceptiques au terme de cet affrontement. Une défaite ou un gain sans éclat, et les interrogations à son sujet n’auraient été qu’amplifiées. Ainsi, quoi de mieux que d’y aller d’un retentissant knock-out dont certains parlaient déjà comme étant celui de l’année?

Lemieux s’est amené dans ce combat le couteau entre les dents, courroucé par les clowneries de O’Sullivan et déterminé à le remettre à sa place, et a suivi le plan de match de son entraîneur Marc Ramsay à la lettre. Résultat: le cogneur québécois a offert sa meilleure sortie – aussi brève fut-elle – depuis son duel contre Curtis Stevens, et demeure du coup parmi les noms les plus redoutables et en vue de la division des moyens. Mission accomplie, donc.

Objectif: Canelo

De plus, grâce à cette victoire, Lemieux est l’aspirant obligatoire au titre WBA désormais détenu par Saul « Canelo » Alvarez, qui est devenu le premier à résoudre l’énigme Gennady Golovkin pour ainsi détrôner le dangereux Kazakh par décision majoritaire (115-113, 115-113, 114-114) au terme d’un superbe combat revanche entre les deux pugilistes.

Un duel Lemieux-Alvarez pourrait voir le jour plus tôt que tard, d’ailleurs. Le Mexicain a déjà réservé le MGM Grand de Vegas au mois de décembre. On verra si ce sera pour y accueillir son nouvel aspirant.

En attendant, la question est de savoir si Lemieux a ce qu’il faut pour venir à bout d’Alvarez, un rival de calibre nettement plus relevé que O’Sullivan, tout le monde en conviendra.

Pour l’instant, difficile d’offrir une réponse claire. Ce qui est manifeste, toutefois, c’est qu’après un certain dérapage, Lemieux est de retour en force sur la bonne voie. S’il continue dans cette même veine, tous les espoirs sont permis.

Un combat de championnat du monde en sous-carte d’un troisième duel Alvarez-Golovkin, peut-être? On peut bien rêver un peu…

Condamné à gagner

[Photo Tom Hogan, Golden Boy Promotions]

Il n’est pas rare d’entendre un boxeur parler de son prochain combat comme étant le plus important de sa carrière. C’est si fréquent, en fait, que la déclaration relève davantage du cliché. Or, dans certains cas, il y a des clichés plus vrais que d’autres.

Celui de David Lemieux (39-4, 33 K.-O.) entre dans cette catégorie. Dans quelques heures, le Québécois montera dans le ring du T-Mobile Arena de Las Vegas pour se frotter à l’Irlandais Gary « Spike » O’Sullivan (28-2, 20 K.-O.) et tenter de lui ravir le titre Intercontinental de la WBO. Un affrontement présenté en sous-carte du combat revanche tant attendu entre Saul « Canelo » Alvarez et Gennady Golovkin.

Non, il ne s’agit pas d’un combat de championnat du monde. Et une défaite ne signifiera pas la fin de sa carrière pour autant. Mais pour le bien de celle-ci, à court et moyen terme à tout le moins, Lemieux n’a pas le choix de l’emporter. Pour paraphraser Ed Harris dans le film Apollo 13, l’échec n’est pas une option.

Cela n’a rien à voir avec le fait que le vainqueur du duel Lemieux-O’Sullivan se hissera au stade d’aspirant obligatoire au titre WBA des poids moyens, qui restera la propriété de Golovkin ou deviendra celle d’Alvarez selon le résultat de leur propre combat. Sa performance de ce soir déterminera la place qu’occupera Lemieux sur l’échiquier de la boxe mondiale au cours des prochaines années.

Le revers sans appel face à Billy Joe Saunders, en décembre 2017, a exposé les limites pugilistiques de Lemieux. Il a bien remporté son combat suivant contre Karim Achour au mois de mai, mais il ne se mesurait pas à un adversaire de calibre de championnat. Et on ne parle même pas de sa pesée ratée de la veille.

Bref, sa réputation dans l’industrie, bien qu’elle soit demeurée bonne malgré tout, a été quelque peu ébranlée depuis le fiasco Saunders. Ce soir, ce sera le moment ou jamais de lui redonner du lustre.

Si Lemieux veut conserver ses chances de se battre à nouveau pour un titre mondial un jour, WBA ou autre, il doit non seulement relever le défi O’Sullivan, il doit gagner de la manière la plus convaincante et spectaculaire possible. Sa marge de manœuvre à cet égard est à peu près nulle. Un gain à l’arrachée par décision, même unanime, ne suffira pas.

La bonne nouvelle pour lui, c’est que ses chances de victoire sont appréciables. O’Sullivan, quoique fort respectable, se veut un rival tout à fait « prenable » pour Lemieux. En autant que lui et son entraîneur Marc Ramsay jouent leurs cartes de la bonne manière, bien sûr.

Ce combat devrait par ailleurs être la source de nombreuses flammèches. Tant Lemieux que O’Sullivan affectionnent les bagarres de ruelle lors desquelles les coups de massue ont préséance sur l’élégance et la technique.

Qui plus est, les deux hommes ne se blairent pas. Mais alors là, pas du tout. Ils se sont nargués sur les réseaux sociaux pendant de nombreuses semaines. Et le chamaillage bien senti qui a suivi la conférence de presse et la pesée officielle a mis la table de belle façon pour ce duel.

Reste à espérer pour Lemieux qu’il sera en mesure de passer de la parole aux actes. La suite de son parcours professionnel en dépend.

Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !

Tout est bien qui finit bien

[Photo Bob Lévesque]

D’aucuns, à commencer par l’auteur de ces lignes, croyaient que le combat entre Jean Pascal et Steve Bossé aurait des allures de cirque. Se mesurer à un ex-combattant d’arts martiaux mixtes avec un seul combat de boxe à sa fiche : dans quelle genre de galère Pascal allait-il s’embarquer pour sortir de sa retraite ? Et que dire de Bossé, qui ose se frotter à un ancien champion du monde ?

Or, force est d’admettre que les deux hommes nous ont offert un affrontement fort divertissant vendredi soir, à la Place Bell de Laval. Peut-être pas le plus joli sur le plan technique, mais le spectacle y était, aucun doute là-dessus. Et le tout s’est conclu à l’avantage de Pascal (33-5-1, 20 K.-O.), qui a envoyé Bossé (1-1, 1 K.-O.) au tapis en toute fin de huitième round pour l’emporter par arrêt de l’arbitre.

«Un arbre solide ne tombe pas au premier coup de hache. Bossé était un arbre solide, mais ma hache était très aiguisée», a illustré Pascal en conférence de presse.

«J’aurais aimé que ça se termine autrement, mais quand je me présente, ma priorité est de donner un spectacle. Je n’ai pas affronté un ancien champion pour rien. […] C’est du gros bagage que je suis allé chercher. Ma priorité était de montrer à tout le monde que j’étais capable de boxer», a quant à lui expliqué Bossé, qui avait le visage lourdement tuméfié après le combat.

Étonnamment, les 3206 spectateurs réunis dans les gradins s’étaient majoritairement rangés derrière Bossé, servant leurs huées les plus nourries à son adversaire. Pascal, rappelons-le, est originaire de Laval. Et la victoire de ce dernier a suscité une réaction quelque peu mitigée.

«J’ai rarement été autant satisfait d’un événement que celui-ci [de vendredi]. Les gens ont embarqué dans tous les combats.»

-Yvon Michel

Dès la cloche initiale, Bossé a montré qu’il était prêt à se battre et qu’il n’avait nullement l’intention de se laisser manger la laine sur le dos. L’ex-matamore de la Ligue nord-américaine de hockey s’est rué sur son adversaire, plutôt passif en début de combat, et a décoché les meilleures attaques. Ringside lui a même concédé les deux premiers assauts sur son humble carte.

Mais au troisième, l’ancien champion WBC des mi-lourds a repris le contrôle du duel. Il a choisi ce moment pour ouvrir la machine, avec comme résultat une visite de Bossé au tapis après que celui-ci eut reçu deux solides gauches au menton. Des gauches qui s’avéreront être la kryptonite de Bossé et de sa défense.

Bossé s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Plus les hostilités progressaient, plus Pascal faisait ce qu’il voulait avec son adversaire. Il a poursuivi ce petit manège jusqu’au moment d’asséner cette gauche fatidique au visage de Bossé, qui l’a renvoyé au plancher. Bien qu’il ait réussi à se relever, il était trop chancelant pour que l’arbitre Michael Griffin lui permette de continuer à se battre.

Rendons d’ailleurs au combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu ce qui lui revient : en plus d’avoir encaissé un nombre effarant de violentes baffes au visage, on a plus tard appris qu’il s’était déchiré le tendon du biceps droit à 50% pendant son camp d’entraînement à Detroit – blessure pour laquelle il sera opéré lundi. Qu’il ait réussi à tenir huit rounds dans de telles conditions impose le respect.

«Steve m’a vraiment surpris par sa solidité.»

-Jean Pascal

Ce dernier a du même souffle annoncé qu’il n’avait pas l’intention de retourner à sa vie de retraité après ce combat. Reste à voir à quoi ressemblera l’avenir pour lui. Chose certaine, il entend revenir chez les mi-lourds.

«C’est ma meilleure chance de redevenir champion du monde. On va en discuter avec [mon entraîneur] Stéphan Larouche et mon équipe. […] Ce sera important pour moi de demeurer prêt dans le gymnase», a-t-il fait valoir.

Domination totale de Dicaire

À l’origine, la demi-finale du gala devait mettre en scène le combat revanche entre Francis Lafrenière et Albert Onolunose. Or, le report de l’événement a obligé Lafrenière à s’en désister, puisqu’il célébrait son mariage le lendemain (on en profite d’ailleurs pour le féliciter !).

Ainsi, Marie-Ève Dicaire (13-0) s’est amenée à la rescousse à moins d’un mois d’avis pour sauver la mise. Pour l’occasion, elle affrontait la Mexicaine Alejandra Ayala (9-4, 5 K.-O.), qu’elle avait déjà vaincu de manière convaincante en juin 2017. La pugiliste de Saint-Eustache a remis ça vendredi, l’emportant de nouveau par une décision unanime sans appel (100-90 partout).

De toute évidence, Dicaire n’avait pas l’intention de laisser la moindre chance à Ayala dans cet affrontement. Jamais l’avait-on vue faire preuve d’autant d’agressivité dans le ring, confinant sa rivale dans l’un des coins pendant de longues secondes lors de chaque engagement. Le contrôle de Dicaire était total.

Notons que le titre NABF des super-mi-moyens que détient Dicaire n’était pas à l’enjeu pour ce combat.

Les autres résultats

Dans un combat d’arts martiaux mixtes qui ne passera certainement pas à l’histoire, Yoni Sherbatov (8-1-1, 4 K.-O., 1 SUB) est venu à bout du Mexicain Luis Solorzano (5-4, 3 K.-O., 1 SUB) par décision unanime (30-27, 29-28, 29-27). Le premier pointage a de quoi étonner quelque peu, puisque le Lavallois a été ébranlé par son adversaire lors du second assaut.

Jordan Balmir (10-0, 7 K.-O.) a mis un terme hâtif à la soirée de l’Allemand Vito Vendetta (12-5-1, 7 K.-O.) – assurément le nom le plus spectaculaire du gala – en lui passant le knock-out à 1 :16 du deuxième round, grâce à un dur crochet droit au visage. Celui qui se fait aussi appeler «Italian Stallion», et dont les adversaires précédents cumulaient une fiche de 70-368-7, a eu toutes les misères du monde à rester sur ses deux pieds en se relevant.

Peu après sa victoire, Balmir est revenu dans le ring pour s’adresser à la foule et lancer une invitation à Steven Butler. «Il y a quelqu’un en avant de moi au Canada et je veux l’affronter, a dit Balmir. Je suis là. Je suis prêt pour toi. On va y aller.» Quelques secondes plus tard, par l’entremise de sa page Facebook, Butler a interpellé Balmir en disait qu’il allait «[lui] faire mal». À suivre…

Vous connaissez le jeu Rock ‘em Sock ‘em, où un robot bleu et un robot rouge se tapent sur le menton jusqu’à ce que la tête de l’un d’eux saute ? Voilà à quoi ressemblait le combat entre Yan Pellerin (2-1) et le Mexicain Fernando Galvan (3-1, 1 K.-O.), que ce dernier a remporté par décision unanime (39-37 partout). Les deux ex-combattants d’arts martiaux mixtes sont demeurés statiques tout au long du duel, s’échangeant les coups à la figure en espérant faire tomber l’autre. Pas le genre de recette qui fonctionne en boxe. Espérons que Pellerin a pris des notes à cet égard.

Jean-Michel Bolivar (4-1, 2 K.-O.) ne regrettera pas trop longtemps d’avoir dû annuler ses vacances pour affronter Michaël Cyr (1-1), puisqu’il a vaincu ce dernier par arrêt de l’arbitre à 1 :09 du troisième round d’un des meilleurs combats de la soirée. Cyr, de Saint-David, est allé au tapis à trois reprises au cours de ce violent duel, dont deux fois au second engagement.

Roody Pierre-Paul (16-4-2, 6 K.-O.) a été surpris par le Roumain Oszkar Fiko (32-25-1, 17 KO), qui lui a arraché une victoire par décision majoritaire (59-55, 59-55, 57-57). Le boxeur de 24 ans, qui a tout près de 60 combats dans le corps malgré son jeune âge, s’est montré dynamique et a donné du fil à retordre à Pierre-Paul à quelques reprises. Un combat serré dans l’ensemble.

En lever de rideau, le Lavallois Whitney Baille (7-0, 2 K.-O.) l’a emporté face au Mexicain Victor Hugo Lorenzo (9-4, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Et c’est franchement tout ce qu’il y a à dire sur ce combat des plus ennuyants. On oserait bien un petit jeu de mots en disant que Victor Hugo a eu l’air misérable dans le ring, mais on va se garder une gêne… ou pas.

Un permis, c’est bien, mais…

[Photo tirée de la page Facebook de GYM]

BILLET – Steve Bossé a fini par l’avoir, son permis de boxe. Il a convaincu la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) de lui donner une chance. Il pourra donc se battre contre Jean Pascal tel que prévu, le 20 juillet à la Place Bell.

Le combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu a réussi à démontrer au tribunal qu’il n’entretenait aucun lien avec le crime organisé, malgré le fait que son agent, Dan Fontaine, soit considéré comme une « personne d’intérêt » par la Sûreté du Québec à cause de ses contacts avec les Hells Angels. La SQ évoquait pour cette raison la possibilité que le groupe criminel soit impliqué dans le gala.

On ne peut toutefois pas dire que la RACJ a été entièrement rassurée, loin de là.

« Nous sommes préoccupés par les relations que vous avez. Lors de vos prochaines demandes de permis, les policiers continueront de faire enquête sur vous », a prévenu l’un des juges administratifs de l’audience, tel que cité par le Journal de Montréal.

Pas exactement le vote de confiance le plus senti, disons.

Le permis que Bossé vient de recevoir est valide pour un an. Va-t-on devoir se taper un autre feuilleton judiciaire mettant en vedette le « Boss » en 2019? Espérons que non.

Le problème reste entier

Ainsi donc, Bossé a maintenant le droit de se battre la semaine prochaine. Grand bien lui fasse.

Tant mieux pour lui. Tant mieux pour Jean Pascal, qui pourra sortir de sa retraite devant ses partisans lavallois comme il le souhaitait. Tant mieux pour les amateurs – pas très nombreux, nous dit-on – qui ont payé leur billet et qui auront droit à la finale à laquelle ils s’attendaient.

Sauf que…

Sauf que ça n’enlève rien au cœur du problème : le gala du 20 juillet, à sa face même, n’offre que bien peu d’intérêt pour le partisan de boxe moyen.

Outre le duel Pascal-Bossé, qui a surtout fait jaser pour les mauvaises raisons jusqu’ici et que plusieurs apparentent à un freak show, on aura droit à une demi-finale entre Marie-Ève Dicaire, arrivée à la rescousse après le désistement de Francis Lafrenière, et une adversaire dont on ignore toujours l’identité à 10 jours du combat.

Ouf…

Le retrait tout à fait logique et compréhensible de Lafrenière – il croyait se battre le 29 juin, mais le gala a finalement été reporté à la veille de son mariage – a du même coup fait tomber le combat le plus intéressant de la soirée, et de loin. Nous étions tous bien curieux de voir ce dont aurait l’air sa revanche face à Albert Onolunose. Bien plus que de savoir qui l’emporterait entre un ex-champion du monde WBC et un ancien combattant d’arts martiaux mixtes/goon de la Ligue nord-américaine de hockey.

Pétard mouillé, hélas.

Rien de personnel contre Dicaire, cela dit. Bien au contraire. Elle a accepté volontiers de donner un coup de main à son promoteur, dans des circonstances loin d’être optimales. C’est tout à son honneur. Mais c’est plutôt difficile de vendre un combat qui ne devait même pas avoir lieu il y a un mois, surtout quand l’un des deux belligérants se résume pour l’instant à un gros point d’interrogation.

Besoin d’une surprise

Mais revenons à la carte du gala. Après Pascal, Bossé et Dicaire, on a quoi? Euh, attendez… Ah oui! Il y a Yoni Sherbatov, qu’on connaît un peu. Ensuite… Euh… Bien, ensuite… C’est plutôt tranquille, finalement.

Vous vous demandez encore pourquoi les sièges de la Place Bell ont autant de difficulté à trouver preneur? De prime abord, du premier combat jusqu’au dernier, la carte n’a rien d’attirant. En tout cas, rien d’assez aguichant pour convaincre le fan de boxe de ressortir son portefeuille, sans doute déjà éprouvé par les nombreux galas des dernières semaines. C’est aussi simple que ça.

En plus, comme c’est trop souvent le cas depuis les dernières années, le Groupe Yvon Michel s’est de nouveau empêtré dans toutes sortes de déboires hors du ring qui ont entaché l’image de l’événement. Que ce soit la faute de GYM ou non, ça s’appelle se tirer dans le pied, chers amis.

Ah oui, c’est vrai! Olivier Primeau, grand manitou de cette foire aux pectoraux qu’est le Beachclub, s’est joint à l’équipe pour lui faire bénéficier de son expertise promotionnelle et ainsi revigorer la vente de billets.

Outre un entraînement tenu sur les plages de Pointe-Calumet le week-end dernier, avez-vous senti une quelconque influence jusqu’à présent?

Remarquez, si le cerveau du Beachclub est de la partie, on suppose que ça signifie que le DJ sera bon, n’est-ce pas? L’histoire ne dit pas si les boxeurs seront les seuls à être torse nu sur place, cependant. Peut-être que le Banana Boat sera fourni, qui sait?

Trêve d’ironie, on va se souhaiter que quelques-uns des combats de la sous-carte nous surprennent et offrent un spectacle enlevant. Sinon, il se pourrait qu’on entende une mouche voler dans l’amphithéâtre. Et pas seulement parce qu’il n’y a personne dans les gradins.

La méthode Butler

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Il faudra bien s’y faire une fois pour toutes. L’époque où Steven Butler se ruait comme un train sur ses adversaires sans trop d’égard à sa propre sécurité semble de plus en plus révolue.

C’est en effet à une autre démonstration de cette nouvelle méthode Butler, qui privilégie la patience et la stratégie, que nous avons assisté samedi soir, au Casino de Montréal, alors que le cogneur montréalais se mesurait à l’Américain Carson Jones (40-14-3, 30 K.-O.).

Le vétéran de l’Oklahoma, qui revendique plus d’une cinquantaine de combats au compteur malgré qu’il n’ait que 31 ans, n’a pu résister aux assauts de Butler (24-1-1, 21 K.-O.), qui a triomphé par arrêt de l’arbitre à 50 secondes du septième round.

«Le but de ce combat était de suivre le plan de match, a expliqué Butler à sa sortie du ring. Même si je lui faisais mal, même s’il tombait, il fallait que je revienne au plan de match, et je pense que j’ai bien suivi cela.»

«Je n’ai pas cherché le knock-out, je l’ai créé.»

-Steven Butler

Résumé fort à propos s’il en est un, ici. Butler a effectivement pris tout le temps nécessaire pour éroder la garde de Jones afin d’en faire ce qu’il voulait par la suite, plutôt que de lui sauter dessus dès le départ, avec les périls que cela comporte. On n’aurait jamais pensé une telle chose possible il y a un an et demi à peine.

Autre preuve que Butler a suivi sa nouvelle recette à la lettre : son entraîneur Rénald Boisvert jubilait après le combat.

Oh, bien sûr, il sera toujours heureux de voir son protégé l’emporter. Mais il lui est souvent arriver de grincer des dents devant l’arrogance et l’impétuosité du jeune pugiliste, comme ce fut notamment le cas après le combat revanche face à Jaime Hererra, au mois de mars.

Or, c’était tout le contraire après ce duel contre Jones.

«Je pense que c’est la première fois que je suis vraiment satisfait de lui. C’est la première fois que j’ai ce sentiment de plénitude.»

-Rénald Boisvert

«Je pense que c’est la première fois qu’il est méthodique. […] C’est extrêmement important, car un boxeur doit préparer ses coups de poing. Il a beau être un cogneur, on ne passe pas à travers des gants. Il faut être capable de préparer ses attaques, et c’est ce qu’il a fait», a indiqué Boisvert.

Après un début d’affrontement plutôt tranquille, Butler s’est activé à partir du troisième assaut, perçant la défense de Jones avec des frappes vives et précises. Butler a ainsi poursuivi le travail au cours des reprises subséquentes, non sans devoir recevoir quelques politesses de Jones sur le menton au passage. Rien pour le troubler outre mesure, cependant.

Jones a fini par céder une première fois au cinquième engagement, posant un genou au sol afin de forcer Butler à suspendre ses rafales et ainsi pouvoir prendre quelques secondes de répit. Une décision judicieuse de la part du vétéran dans les circonstances.

Sauf que Butler n’a pas tardé à reprendre là ou il avait laissé, renvoyant Jones au tapis avec un joli coup au corps lors du round suivant. Puis, au septième, Butler a matraqué son rival alors que ce dernier était acculé aux câbles, jusqu’à ce que l’arbitre Alain Villeneuve décrète la fin des hostilités.

Cette victoire vient-elle confirmer que l’ancien Butler, le Butler 1.0 qui pouvait laisser la fébrilité lui monter à la tête au risque de se faire jouer des tours, appartient bel et bien au passé ? Rénald Boisvert préfère attendre de voir son poulain à l’œuvre lors de quelques combats supplémentaires avant de se prononcer une fois pour toutes. Mais les signes en ce sens semblent encourageants.

« Des fois, le boxeur est émotif. Un adversaire coriace, qui nargue ou avec lequel il a des comptes à régler… C’est là que ça peut parfois jouer. À la base, Steven Butler est quelqu’un de super émotif. Dangereusement émotif. Il y a là une lutte à livrer toute sa vie durant, dans la vie de tous les jours comme dans la boxe », a-t-il relaté.

Germain enflamme le Casino !

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Christian Uruzquieta et Mathieu Germain ont offert un spectaculaire combat. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Mathieu Germain (15-0, 8 K.-O.) a décroché un premier titre mineur en carrière – en l’occurrence, la ceinture IBF nord-américaine des super-légers – grâce à sa victoire sur le Mexicain Christian Uruzquieta (17-4-1, 6 K.-O.) par décision unanime (98-92, 98-92, 97-93). Une furieuse pétarade qui a soulevé la foule et qui se taillera une place au palmarès des combats de l’année 2018 au Québec.

Le toujours spectaculaire «G-Time» a donné plusieurs maux de tête à son adversaire, au propre comme au figuré. Extrêmement mobile et actif dans le ring comme à son habitude, il a profité du fait qu’Uruzquieta était à toutes fins pratiques incapable d’éviter sa droite pour marteler ce dernier à cœur joie. Peu importe le type de coup lancé, Germain atteignait constamment la cible s’il venait de la main droite.

En fait, la seule chose que Germain n’a pas pu faire dans ce violent duel, c’est d’envoyer son adversaire au tapis. Rendons d’ailleurs hommage à cet égard à Uruzquieta, qui a encaissé sans broncher toutes ces bombes que Germain lui a expédiées en pleine figure.

De la première à la dernière secondes, les deux hommes se sont frappés sans aucune retenue. Les spectacteurs ont hurlé de plaisir, incapables de détourner leur regard du ring et de l’action nucléaire qui s’y déroulait. Non, vraiment, ce fut un sublime spectacle.

On vous a dit que ce combat figurerait parmi les meilleurs de l’année ?

Retour réussi pour Maduma

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Ghislain Maduma (à droite) a vaincu Jhony Navarrete pour souligner la fin de sa retraite. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Ghislain Maduma ne s’était pas battu depuis un peu plus d’un an et demi, soit depuis sa défaite face à Ricky Sismundo, le 22 octobre 2016. Il a mis un terme à cette retraite en début de gala, samedi, affrontant pour l’occasion le Mexicain Jhony Navarrete (31-13-2, 13 K.-O.).

Et le retour fut heureux pour Maduma (19-3, 11 K.-O.), qui l’a aisément emporté par décision unanime (80-72 partout) sous les chaleureuses salutations du public. Malgré ce résultat à sens unique, Maduma a admis que la rouille s’est fait ressentir dans les premiers instants du duel, lui qui a repris l’entraînement il y a seulement quelques mois après plus d’un an

« Physiquement, j’avais un peu de difficulté. Mais mentalement, j’étais là tout au long du combat. Je savais ce qui se passait durant chaque round. Je savais qu’il [Navarrette] était dangereux, mais il n’a pas le niveau de talent et l’exécution mentale nécessaires et que j’ai afin de pouvoir me battre », a-t-il souligné.

Pourtant, rien ne laissait croire que «Mani» remonterait dans l’arène un jour. D’une part, il se plaît amplement dans son travail administratif au sein d’Eye of the Tiger Management. Mais surtout, il admet lui-même qu’il n’avait plus envie de s’entraîner tous les jours et de souffrir avant un combat.

«À la première journée de ma retraite, je voulais retourner [dans le ring] dès le lendemain. Mais je n’avais plus la faim pour aller m’entraîner. C’est ce que j’avais perdu.»

-Ghislain Maduma

« Je n’avais plus le goût de payer le prix pour boxer, a-t-il poursuivi. Je respecte mon sport. Je ne m’embarquerai jamais là-dedans sans avoir fait le travail que j’ai à faire. C’est pour cela que j’avais arrêté. »

Mais grâce aux encouragements de son patron Camille Estephan, et énergisé par ce qu’il voyait de son confrère et ami Mathieu Germain au gymnase, Maduma s’est finalement décidé à revenir. Et ses partisans seront ravis d’apprendre que ce retour n’était pas qu’une simple aventure d’un soir. Le boxeur a l’intention de reprendre du service pour de bon.

« Je ne ferai jamais ça pour un soir seulement. Je respecte trop ce sport », insiste-t-il.

Les autres résultats

Erik Bazinyan (20-0, 15 K.-O.) a signé une 20e victoire en autant de sorties professionnelles aux dépens du Péruvien David Zegarra (32-3, 20 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :45 du quatrième round. Bazinyan avait pratiquement réussi à envoyer son adversaire au sol à la toute fin du troisième assaut, mais Zegarra est demeuré debout malgré tout, quoique titubant.

Le mal était cependant fait pour le round suivant, alors que le Sud-Américain est allé deux fois au tapis. L’arbitre Martin Forest a mis un terme au duel après la seconde chute. Bazinyan, déjà classé au 10e rang de la WBO chez les super-moyens, met ainsi la main sur le titre NABO de la catégorie.

Vincent Thibault (6-0, 2 K.-O.) a de nouveau ravi ses nombreux partisans venus l’encourager en prenant la mesure du Mexicain Manuel Garcia (15-15-2, 6 K.-O.) par décision unanime (60-53, 60-53, 59-54). La fierté de Charlesbourg, comme on l’appelle, a malmené son rival tout au long de l’affrontement, l’envoyant au plancher lors du cinquième round.

Raphaël Courchesne (4-0, 2 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à disposer du Mexicain Ernesto Olvera (7-2-1, 2 K.-O.), l’emportant par décision unanime (40-35 partout). Le pugiliste maskoutain a pilonné son rival d’un bout à l’autre du combat avec de puissantes attaques, qui ont forcé Olvera à visiter le tapis au quatrième et dernier round.