Rédemption obtenue

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

SHAWINIGAN – Ce ne fut pas très chic. Ce ne fut pas très élégant d’un point de vue pugilistique. Mais Simon Kean, lui, s’en balance complètement. Parce qu’en bout de ligne, samedi soir, il a eu ce qu’il voulait: sa rédemption.

Huit mois après sa cuisante défaite face à Dillon Carman, le Grizzly a pu savourer une douce vengeance au Centre Gervais Auto de Shawinigan en triomphant de l’Ontarien par arrêt de l’arbitre à 1:56 du troisième round, au vif plaisir des 3652 spectateurs réunis dans l’amphithéâtre.

Comme on l’écrivait ici, Kean (17-1, 16 K.-O.) n’avait d’autre choix que de remporter ce combat revanche. Un second revers contre Carman (14-5, 13 K.-O.) aurait à peu près mis un terme à sa carrière. Or, il a non seulement gagné, il a signé une victoire claire et nette.

«Je suis soulagé. Je suis vraiment fier!», a lancé Kean dans le ring, quelques instants après sa victoire.

«Il bougeait sa tête beaucoup plus [que lors du premier combat], a analysé Carman. Il avait peur de ma main droite, alors il ne l’a pas laissée l’atteindre.»

Il y avait pourtant lieu de s’inquiéter dans les premiers instants de l’affrontement. Carman faisait alors à peu près ce qu’il voulait avec son adversaire, l’atteignant constamment avec un jab hyper-efficace. Kean, à l’opposé, ne semblait pas trop savoir quoi faire devant une telle rafale.

«Je lui ai fait mal à quelques reprises durant le combat. Je l’ai atteint avec quelques très bons jabs qui lui ont fait reculer la tête, et j’aurais dû continuer avec ça. […] C’était mon erreur», a avoué Carman.

La nervosité était toujours aussi palpable chez Kean au deuxième engagement, à tel point que son entraîneur Jimmy Boisvert a jugé que le moment étant venu de sortir le fouet durant la minute de pause.

«On a eu une petite discussion entre les rounds. Il avait oublié de suivre le plan de match établi dès le début», a-t-il simplement décrit.

«Il m’a botté le cul!, a confirmé Kean en riant. Il m’a dit: ‘Écoute, tu fais pas ce que je t’ai demandé, tab… Envoye, va te battre! Arrête de faire ton peureux!’ J’ai dit: ‘OK, c’est correct’.»

De toute évidence, le discours a eu l’effet qu’il devait avoir. À la troisième reprise, le Trifluvien a ouvert la machine et commencé à attaquer Carman de manière bien plus agressive.

La défense du boxeur de Mississauga s’est alors effritée petit à petit. En plus d’être coupé sur le côté de l’oeil droit, Carman s’est retrouvé au tapis à la suite d’un crochet droit au visage. Il s’est relevé, mais n’était plus le même par la suite.

Quelques secondes plus tard, Kean l’emprisonnait dans un coin de l’arène pour le pilonner sans merci. C’est alors que l’arbitre Steve St-Germain s’est interposé pour mettre fin au duel, et du même coup, semer l’euphorie dans l’arène et chez les bruyants partisans. Un arrêt un peu hâtif au goût de Carman, mais bon, ce qui est fait est fait.

Chaque boxeur ayant remporté un volet de leurs affrontements, verrons-nous un autre duel Kean-Carman sous peu? En tout cas, Carman le souhaite ardemment.

«Ils [Eye of the Tiger Management] m’ont dit qu’ils m’accorderaient une revanche pour organiser la trilogie. Tout le monde aime les trilogies de boxe, alors allons-y», a-t-il affirmé.

Du côté des vainqueurs, si on ne ferme pas la porte à une telle éventualité, on demeure tout de même prudent. «Si les fans veulent un troisième combat, je vais le donner. Je suis ouvert à n’importe quoi», a fait savoir Kean.

Donc, arrivera, arrivera pas, cette trilogie? À la lumière des deux premiers combats entre ces deux hommes, on a envie de dire: pourquoi pas?

Clavel toujours aussi dominante

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Kim Clavel (à droite) est demeurée parfaite en neuf sorties. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Autre combat, autre belle sortie pour Kim Clavel (9-0, 2 K.-O.), qui a vaincu la Mexicaine Nora Cardoza (14-7-2, 11 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout). Un pointage étonnant dans la mesure où le duel a souvent semblé beaucoup plus serré.

«Elle s’est ajustée durant le combat. Elle a terminé en force. Ce n’était pas un combat facile lors duquel il fallait que je sois paresseuse ou un peu easygoing, comme on dit. Il fallait que j’aille travailler et que je sorte les outils que j’avais dans mon sac», a analysé Clavel.

Ce sont précisément les aptitudes techniques et la rapidité de Clavel qui auront fait pencher la balance en sa faveur au final. Cardoza, malgré quelques honorables tentatives pour se mettre en marche offensivement, s’est retrouvée menottée plus souvent qu’à son tour.

«Tout ce que j’ai travaillé dans le gym, j’ai pu le faire pendant le combat, a fait valoir Clavel. Pour moi, c’est donc un accomplissement. J’ai évolué, et c’est ce qu’on recherchait ce soir.»

Retour victorieux pour Braidwood

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Adam Braidwood / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Un an après y avoir connu la défaite aux dépens de Simon Kean, Adam Braidwood (14-2, 13 K.-O.) était de retour à Shawinigan pour y affronter l’Américain Andrew Satterfield (5-3, 3 K.-O.). Mais cette fois, le boxeur de Colombie-Britannique est ressorti du ring victorieux, l’emportant par abandon à 1:17 du deuxième round.

Une judicieuse décision du coin de Satterfield que de lancer la serviette, car ce dernier, que les Québécois ont pu voir raser de se faire dévisser le crâne par Arslanbek Makhmudov à Rimouski,e n’arrivait tout simplement plus à se défendre face aux violents assauts de Braidwood.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Britanno-Colombien revient de loin. Entre sa défaite contre Kean et le combat de samedi, le pugiliste au passé trouble s’est retrouvé derrière les barreaux après avoir téléphoné à son ex-conjointe, alors qu’il n’avait pas le droit de la contacter. Une fois relâché, il a repris l’entraînement de façon assidue. Et les résultats étaient manifestes, surtout sur le plan de la technique et de la condition physique.

«Je sens que c’était mon meilleur combat sur le plan technique, a indiqué Braidwood. Je suis heureux de la façon dont ça s’est déroulé. Mais j’ai encore beaucoup de travail à faire, et j’ai hâte d’être de retour.»

Mais ce qui était aussi impressionnant, c’est l’accueil que le public de Shawinigan a réservé à Braidwood, chaleureusement applaudi à son entrée et sa sortie de l’arène. Ennemi public numéro un l’an dernier, le sympathique poids lourd semble maintenant s’être trouvé une niche de partisans ici. Voilà quelque chose qu’on n’aurait jamais envisagé il n’y a pas si longtemps.

«C’est incroyable, s’est réjoui le gagnant. C’est comme si c’était une foule de chez moi. J’aime les gens du Québec et j’espère qu’ils m’aiment aussi. Ils me le démontrent chaque fois qu’ils m’encouragent.»

Braidwood doit affronter le Canadien Stan Surmacz à Edmonton au cours des prochains mois. Considérant l’hospitalité que le Québec lui témoigne désormais, avons-nous des chances de le revoir chez nous bientôt?

«Disons-le comme ça: chaque fois qu’il y aura un combat au Québec, si mon téléphone sonne, je vais dire oui», a-t-il résumé avec le sourire.

Les autres résultats

Tout juste après le combat principal, Lexson Mathieu (4-0, 4 K.-O.) a connu une autre brève soirée au bureau en passant le knock-out au Mexicain Fernando Galvan (4-4, 1 K.-O.) à 1:57 du deuxième round. Encore une démonstration intéressante du talent du jeune homme de Québec.

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Andranik Grigoryan jubilait après sa victoire. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Andranik Grigroyan (11-0, 2 K.-O.) s’est offert un rarissime knock-out en terrassant le Mexicain Jorge Garcia Jimenez (14-3-1, 11 K.-O.) à 3:00 du deuxième round. Le Montréalais d’origine arménienne, qui n’est pourtant pas reconnu pour sa force de frappe, a liquidé son adversaire avec une puissante droite en plein visage. Jimenez s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. Grigoryan, en larmes après sa victoire, a ainsi mis la main sur le titre vacant NABA des poids plumes, ce qui devrait lui permettre de se faufiler dans le top-15 de la WBA lorsque celle-ci mettra ses classements à jour.

Au terme d’un combat pour lequel le concept de défense avait manifestement pris congé, Vincent Thibault (9-0, 3 K.-O.) a battu le Mexicain Alan Carrillo (10-4, 7 K.-O.) à 0:37 du sixième round. Carrillo, qui avait chuté au cinquième, se faisait marteler dans le coin au moment où l’arbitre Yvon Goulet a signalé la fin du duel. L’entraîneur de Carrillo, furieux de la décision, est monté dans l’arène pour lui dire sa façon de penser. Mal lui en pris: les officiels de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec ont rapidement expulsé l’homme du ring.

Raphaël Courchesne (7-0, 3 K.-O.) n’a eu aucun mal à triompher du Mexicain Leonel Olvera (4-3-2, 1 K.-O.), l’emportant par décision unanime (40-36 partout). Le pugiliste maskoutain a tout tenté son envoyer son adversaire au plancher, mais Olvera n’a rien voulu savoir. Rappelons que Courchesne sera de retour dans le ring dans deux petites semaines, le 29 juin, à Thetford Mines.

Pour la première fois de sa jeune carrière, Artur Ziyatdinov (10-0, 8 K.-O.) s’est battu au-delà du sixième round. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre aisément la mesure de l’Argentin Marcos Nicolas Karalitzky (6-3-2, 2 K.-O.) par décision unanime (80-72 partout) au terme des huit reprises de ce duel à sens unique.

Kaemy Cloutier (3-0) est venu à bout du Mexicain Noe Acosta Cruz (2-2) par décision unanime (39-37, 40-36, 40-36), mais ne vous fiez pas trop aux pointages. Le combat, intense d’un bout à l’autre, s’est avéré beaucoup plus serré qu’il n’y paraît. Cloutier s’est retrouvé en difficulté, pour ne pas dire ébranlé, à quelques reprises durant cet affrontement.

En lever de rideau, la dernière recrue d’Eye of the Tiger Management, Avery Martin-Duval (1-0, 1 K.-O.) a réussi son entrée en boxe professionnelle en réglant le cas du Mexicain Martin Sanchez (2-4-1) par arrêt de l’arbitre à 2:10 du premier round. Une dure gauche du jeune Montréalais a envoyé Sanchez au tapis. L’arbitre Albert Padulo fils a alors décidé de mettre fin au duel.

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De la parole aux actes

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

SHAWINIGAN – Après des mois d’invectives et de défis verbaux lancés ici et là, c’était finalement l’heure pour Simon Kean et Adam Braidwood d’en venir aux faits – et aux poings – samedi soir, au Centre Gervais Auto de Shawinigan, dans ce qui était sans contredit le duel de poids lourds canadiens le plus attendu depuis des années.

Tout était donc en place pour que les deux hommes se livrent une véritable guerre dans le ring. Et c’est précisément ce à quoi on a eu droit : un combat furieux, sanglant, qui s’est soldé par une victoire sans merci de Kean par arrêt de l’arbitre à 1 :32 du troisième round. En plus de défendre son titre IBO Intercontinental, le Trifluvien obtient la ceinture WBC Francophone des lourds.

«Enfin, j’ai pu mettre un point d’exclamation sur ce combat qui était tant attendu, s’est réjoui Kean. J’ai prouvé au monde que j’étais 100 fois meilleur que lui. J’ai dominé sur toute la ligne. C’est ce que je vaut. Je suis soulagé, content et fier.»

«Je crois que [samedi] soir, nous avons vu le meilleur Simon que nous avons vu jusqu’ici, a pour sa part analysé Braidwood. J’aime penser que nous avons fait ressortir ce qu’il y a de mieux en chacun de nous. Il était le meilleur ce soir. Il était très rapide, très difficile à atteindre. Il a neutralisé mon jab.»

Dès le départ, le Grizzly a montré qu’il n’avait pas l’intention de décevoir les 4862 bruyants partisans venus l’encourager. Il s’est rué sur Braidwood comme s’il n’y avait de lendemain, ne laissant aucune chance à son rival d’imposer quelque tempo que ce soit.

«Je trouvais qu’il encaissait et qu’il avait une bonne mâchoire. Quand j’ai commencé à l’atteindre, je croyais que j’allais finir par le faire tomber dans les secondes suivantes. Mais il faut rendre hommage à Adam. C’est un guerrier.»

-Simon Kean

Tôt au deuxième assaut, un coup de Kean a coupé le pugiliste de Victoria à l’œil gauche. Ce dernier s’est alors mis à saigner abondamment, mais le médecin a jugé qu’il était en mesure de continuer le combat.

Kean en a évidemment profité pour poursuivre son travail de démolition pour le reste du combat, jusqu’au moment où il a violemment atteint Braidwood d’un crochet gauche en plein visage. Ce dernier, titubant, est allé s’échouer dans les câbles. L’arbitre Michael Griffin a ainsi décrété la fin du combat.

«Je pense que son expérience a paru ce soir. C’était un honneur de se battre contre le numéro un canadien et le 25e au monde. […] Trois ans, je n’étais rien. Je ne m’entraînais même pas, alors je suis heureux d’être ici», a souligné Braidwood, philosophe dans la défaite.

Celui-ci a laissé entendre après le combat qu’il serait ouvert à en découdre de nouveau avec Kean l’an prochain. Utopie ou projet réaliste ? Chose certaine, à en juger par l’engouement que l’événement a suscité chez eux, les gens de Shawinigan seraient tout à fait preneurs.

En attendant, le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, a fait savoir qu’il aimerait voir Kean remonter dans le ring en septembre et en décembre. Mais surtout, il a avoué être ému pour son boxeur, qui a fait taire, selon lui, bon nombre de détracteurs grâce à cette victoire.

«Les gens ne croyaient pas vraiment en lui. Il y a eu des commentaires très cinglants envers Simon de la part d’autres personnes jalouses. Et là, [ces gens] voudraient maintenant être de notre bord», a-t-il dit avec une fierté évidente.

Retour réussi pour Ulysse

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Yves Ulysse fils (à droite) a vaincu Ernesto Espana par décision unanime. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Cela faisait six mois jour pour jour qu’on n’avait pas vu Yves Ulysse fils dans le ring, soit depuis son éclatante victoire face à Cletus Seldin, à Laval. Victoire au cours de laquelle il avait subi une entorse ligamentaire au poignet droit.

Pleinement rétabli de sa blessure, Ulysse (16-1, 9 K.-O.) est remonté dans l’arène pour y affronter le Vénézuélien Ernesto Espana (25-1-1, 20 K.-O.), dans ce qui constituait essentiellement un combat de remise en forme. Sans surprise, le Québécois est sorti vainqueur de cet affrontement par décision unanime (100-90, 100-90, 99-91), et met ainsi la main sur le titre WBC Fecarbox des poids super-légers.

«C’était comme un piranha. Il n’arrête pas de mordre. Il fallait que j’aille le chercher en faisant des feintes. […] C’était un bon test pour montrer que je peux entrer dans les classements mondiaux et me battre avec l’élite.»

-Yves Ulysse fils

Nullement intimidé par un rival plus grand de près d’une tête, Ulysse s’est montré patient et méthodique dans le ring, attendant que l’ouverture se crée devant lui. Et chaque fois qu’elle se créait, il fonçait en plein dedans comme un taureau. Avec des résultats souvent probants.

Il faut dire que malgré sa fiche en apparence impressionnante, Espana n’avait affronté jusqu’ici que très peu de boxeurs présentant une fiche positive. En fait, moins de la moitié de ses adversaires possédaient au moins une victoire au compteur avant de croiser le fer avec eux. Cela dit, on doit lui reconnaître une étonnante ténacité, qui lui a permis de demeurer debout tout au long du duel.

«Il est invaincu. Crois-tu qu’il aura son zéro gratuitement ? Il préfère mourir sur le ring. Vous avez vu les coups avec lesquels je l’ai ébranlé ? Il ne voulait rien savoir. Il m’a dit de venir le chercher.»

«On pensait que j’avais un deux de pique devant moi. Il vous a montré que ce n’est pas un deux de pique», a insisté Ulysse.

Les autres résultats

Le Trifluvien François Pratte (7-0) a réjoui le public local en venant à bout de l’Albertain Eric Taylor (8-2-2, 4 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Le combat a toutefois paru beaucoup plus serré que ce que les cartes de pointage laissent croire. En cas de victoire, Pratte avait la possibilité de se mériter un contrat avec Eye of the Tiger Management. Sa performance contre Taylor aura-t-elle été suffisamment convaincante ? La réponse sous peu, on présume.

À défaut d’être mémorable, le combat entre Andranik Grigoryan (7-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Daniel Olea (13-5-2, 5 K.-O.) aura au moins permis au Montréalais d’origine arménienne d’ajouter une victoire à sa fiche, celle-là par décision unanime (80-72 partout). Sans faire d’étincelles, Grigoryan est néanmoins parvenu à tenir son rival en échec du début à la fin.

Nurzat Sabirov (7-0, 6 K.-O.) a racheté un lent début de combat de belle façon en obligeant le Mexicain Guillermo Romero (12-7, 9 K.-O.) à abandonner à 2 :37 du quatrième round. Celui-ci est allé deux fois au tapis lors de cet ultime assaut, se retrouvant littéralement les quatre fers en l’air après sa seconde chute. C’était assez pour convaincre le coin de Romero de réclamer l’arrêt des hostilités.

Artur Ziyatdinov (6-0, 5 K.-O.) s’est carrément moqué du Mexicain Mario Aguilar (18-5, 16 K.-O.), l’emportant par décision unanime (60-54, 60-54, 59-55). C’est à se demander comment Aguilar a fait pour ne jamais aller au plancher, tant Ziyatdinov l’a malmené tout au long de cet excitant combat. Le teint cramoisi du visage du Mexicain au terme du duel était assez éloquent à cet égard…

En début de gala, Saddridin Akhmedov (3-0, 3 K.-O.) a livré une autre magnifique performance, forçant le Mexicain Gustavo Garibay (13-11-2, 5 K.-O.) à déclarer forfait à 2 :24 du cinquième round. Garibay a visité le tapis à trois reprises durant l’affrontement, impuissant devant les attaques aussi violentes que sournoises de son adversaire.

Affaire classée

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Steven Butler et Jaime Herrera avaient des comptes à régler samedi soir. Leur premier affrontement, en 2015, s’était soldé par un verdict nul majoritaire. Un nul amer pour Butler, qui avait survécu de peine et de misère à l’affrontement après s’être fracturé la main au deuxième round.

Le cogneur québécois s’est donc amené dans le ring du Casino de Montréal avec la ferme intention d’effacer – en partie, du moins – cette tache à son dossier. Et il a accompli sa mission de belle façon en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :00 du 10e et dernier round.

En plus de savourer sa revanche aux dépens de l’Américain Herrera (15-6-1, 8 K.-O.), Butler (23-1-1, 20 K.-O.) met la main sur le titre IBO International des super mi-moyens, jusqu’alors vacant.

Malgré la victoire, l’entraîneur de Butler, Rénald Boisvert, a admis qu’il n’était pas entièrement satisfait de la performance de son protégé de 22 ans. Bien que celui-ci ait démontré de belles choses dans ce combat, notamment un bien meilleur jab qu’auparavant et une plus grande patience pour dénicher les failles dans la défense adverse, il lui est arrivé de laisser ressortir son côté arrogant et casse-cou aux dépens de la stratégie établie au préalable.

«Il y a encore beaucoup de choses qu’on va devoir améliorer, a signalé Boisvert. […] Quand il suivait le plan de match […], il se donnait un combat facile et se donnait des ouvertures pour les coups puissants. Mais lorsqu’il laisse un peu la fatigue [prendre le dessus] ou qu’il manque de concentration, il ne lance plus son jab et se laisse un peu emporter.

«Ce que je veux voir, c’est : lorsque tu te fais pincer, qu’est-ce que tu fais après ? Tu te ressaisis. On repart la machine. Il ne faut pas embarquer dans le jeu de l’adversaire. […] On s’était entendus sur un plan de match. Steven doit le suivre.»

-Rénald Boisvert

Le boxeur, pour sa part, n’a pas rencontré les médias après le combat. Il faut dire qu’il a subi une blessure à l’épaule et qu’il a dû recevoir des points de suture pour soigner une coupure. Rien de sérieux dans les deux cas, a cependant assuré Boisvert.

Le combat est passé près d’atteindre la limite, mais il aurait très bien pu se terminer beaucoup plus tôt. Au deuxième engagement, Butler a envoyé Herrera au plancher à deux reprises, dont l’une à la suite d’un violent crochet au visage qu’Herrera n’a jamais vu venir. Puis une autre fois au septième assaut, encore là grâce à un crochet aussi sournois que destructeur.

À chacune de ces occasions, personne n’aurait été étonné de voir l’arbitre Yvon Goulet ou le coin d’Herrera décréter la fin de l’affrontement. C’est plutôt l’inverse qui fut surprenant. Contre toute attente, Herrera, le visage boursouflé et ensanglanté, a tenu le fort tant bien que mal, parvenant même à atteindre Butler à quelques reprises.

Mais au dixième round, c’en était tout simplement devenu trop pour lui, incapable de se défendre des furieuses attaques de Butler.

La bonne nouvelle, c’est que Butler a disputé son combat le plus long en carrière. L’expérience acquise au cours de ces dix rounds de boxe représente ni plus ni moins qu’une « bénédiction du ciel » aux yeux de Rénald Boisvert.

« Si ça s’était fini au deuxième round, ç’aurait été trop beau. […] Les huit autres rounds nous ont montré que Steven a encore des choses à travailler : sa discipline, et s’en tenir au plan et à la stratégie.»

-Rénald Boisvert

Maintenant que le dossier Herrera est réglé, Butler sera-t-il tenté d’effacer la «vraie» tache à sa fiche ? Celle laissée par Brandon Cook, qui lui a infligé son unique défaite en carrière ? Chose certaine, son promoteur Camille Estephan est ouvert à l’idée.

«Brandon Cook en septembre, j’aimerais bien ça, a-t-il indiqué. Il est prêt pour nous. Brandon Cook nous a battus. Bravo, on est contents pour lui. Mais sur dix combats, il nous battrait une fois.»

Avant cet autre combat revanche, Butler remontera dans le ring le 23 juin au Casino, a fait savoir Estephan. Pour l’instant, on ignore évidemment qui sera son adversaire, mais ce qui certain, c’est que le rival en question sera «meilleur que Cook», jure le promoteur.

La table est donc mise pour un Butler-Cook II. Si le tout se concrétise, on verra si le résultat sera aussi heureux que celui de samedi soir pour le Montréalais.

Clayton expéditif, mais déçu

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Custio Clayton (photo) n’a mis que 26 secondes pour vaincre le Hongrois Gabor Kovacs. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

En demi-finale, Custio Clayton (14-0, 10 K.-O.) s’est assuré d’écourter au maximum le séjour du Hongrois Gabor Kovacs (28-10-1, 7 K.-O.) à Montréal en lui réglant son cas après seulement 26 petites secondes de boxe.

Le Néo-Écossais a à peine eu le temps de lancer une poignée de coups sur le pauvre Kovacs que, déjà, ce dernier se retrouvait étendu de tout son long sous les câbles, presque complètement sorti du ring. Il n’en fallait pas plus pour convaincre l’arbitre Steve St-Germain que l’affrontement avait déjà assez duré.

Heureux du résultat, Clayton ? Pas vraiment, non. En voilà un qui avait le visage long au moment de rencontrer les médias. Une victoire demeure une victoire, bien sûr. Mais il aurait nettement préféré prendre la mesure d’un rival de meilleur calibre.

« Dans un sens, c’est difficile [de se satisfaire d’un tel résultat]. On souhaite au moins disputer un round complet. Mais nous étions conscients de ce qui nous attendait. »

-Custio Clayton

Clayton, rappelons-le, éprouve toutes les difficultés du monde à se trouver un adversaire digne de ce nom. Ceux-ci semblent le fuir comme la peste, estimant que le risque lié au fait de l’affronter n’en vaut pas la chandelle. Qui plus est, Clayton a dû renoncer aux séances de sparring pendant cinq semaines en raison d’une infection à un œil. Il n’a pu reprendre le collier qu’au début du mois de mars.

« Depuis le mois de novembre dernier, on essaie de trouver quelqu’un du top-10. Ils ont tous refusé. L’IBF et la WBO sont en train de leur dire : si vous ne prenez pas Custio, on vous exclut. On a besoin d’aide. Ce n’est pas parce qu’on donne de mauvaises bourses, c’est que les gens ont peur de Custio », explique le gérant de Clayton, Douggy Bernèche.

L’objectif, ajoute-t-il, est que Clayton remonte dans le ring d’ici la fin du mois de juin pour y affronter un membre du top-10 mondial. « On veut devenir aspirant obligatoire d’ici la fin de 2018 », précise Bernèche.

Braidwood et Kean: c’est réglé

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Simon Kean et Adam Braidwood (à droite) ont poursuivi leur guerre de mots dans l’arène du Casino de Montréal. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

De son côté, Adam Braidwood (12-1, 11 K.-O.) en a fait voir de toutes les couleurs au Mexicain Jesus Manuel Paez (9-5, 7 K.-O.) en lui passant aisément le knock-out à 2 :15 du premier round.

En fait, c’est surtout l’escarmouche entre Braidwood et Simon Kean suivant la victoire du premier qu’on retiendra de cet affrontement. Les deux hommes, qui se livrent une guerre de mots depuis des mois, croiseront finalement le fer dans l’arène le 16 juin. L’événement se tiendra dans la région de Montréal, à Québec ou à Shawinigan, a mentionné Camille Estephan.

«Tu en veux ? (You want some ?)», a lancé Braidwood à Kean, assis aux abords du ring, une fois sa victoire annoncée. Le Trifluvien, tout sourire, est monté à sa rencontre avant de lui lancer quelques pointes de son cru. Braidwood, lui, continuait de le narguer comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Les deux belligérants se sont ensuite rapprochés pour s’échanger d’autres politesses, avant d’être séparés. Le tout, sous les acclamations de la foule.

« C’est un dur, je le respecte, a affirmé le pugiliste de Vancouver au sujet de Kean. Il est le numéro un [au Canada]. Il est le meilleur au pays et je veux me battre contre les meilleurs au monde. Je ne vois aucune peur [chez lui]. Je peux vous garantir qu’il s’entraînera fort. Je veux seulement qu’il prenne le combat au sérieux, car c’est ce que je vais faire.

« J’espère qu’ils auront un tout petit ring comme [celui du Casino] et que ce ne sera pas un grand, afin que [Kean] puisse sauter sur son vélo et commencer à se sauver. Je veux me battre contre lui. Je ne veux pas lui faire de câlins », a ajouté le volubile Braidwood.

Les autres résultats

Si vous avez cligné des yeux, vous avez peut-être raté le combat entre Batyr Jukembayev (12-0, 10 K.-O.) et le Mexicain Noe Nunez (18-6-1, 13 K.-O.). C’est que le Kazakh n’a mis que 36 secondes pour envoyer son rival au tapis à deux reprises, incitant l’officiel Martin Forest à stopper l’affrontement. Et dire que ce ne fut même pas le combat le plus court de la soirée…

À son premier combat au sein de l’écurie d’Eye of the Tiger Management, Erik Bazinyan (18-0, 12 K.-O.) a aisément triomphé du Hongrois Ferenc Albert (26-13, 14 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :35 du troisième round. Bazinyan a envoyé son rival au tapis à pas moins de cinq reprises, dont trois lors du troisième engagement. Il a ainsi eu droit aux chaleureuses félicitations d’Estephan et de son nouvel entraîneur, Stéphan Larouche.

Artur Ziatdinov (4-0, 4 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée de l’Albertain Markhaile Wedderburn (2-2, 2 K.-O.) pour signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 3 :00 du premier round. Ziatdinov a envoyé son adversaire de Calgary au tapis à deux reprises au cours de ce bref duel. Bien que Wedderburn ait réussi à se relever après la seconde, l’arbitre Yvon Goulet a préféré mettre un terme aux hostilités.

Raphaël Courchesne (2-0, 1 K.-O.) en est un autre qui a connu une courte soirée de travail en l’emportant face au Mexicain Luis Acuna Rojas (2-3). Au terme d’un violent premier engagement, Rojas est retourné dans son coin avec le nez fracturé, saignant abondamment. N’étant plus en mesure de se battre, son équipe a déclaré forfait.

En lever de rideau, Ablaikhan Khussainov (8-0, 5 K.-O.) et le Mexicain Gilberto Meza (8-4-1, 5 K.-O.) se sont livrés un furieux combat qui s’est soldé à l’avantage du Kazakh par décision unanime (76-75, 77-74, 77-74). Khussainov a visité le tapis en fin de septième round après avoir été surpris par un dur uppercut au foie, mais rien pour effacer l’ensemble de sa performance, alors qu’il a abusé à cœur joie de la défense poreuse de son adversaire.