Ce qu’il fallait démontrer

[Photo fournie par HBO]

David Lemieux devait à tout prix signer une victoire convaincante contre Gary O’Sullivan, samedi à Las Vegas, afin de dissiper les doutes à son sujet et prouver qu’il avait encore sa place parmi l’élite des poids moyens. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas laissé planer les doutes bien longtemps!

Lemieux (40-4, 34 K.-O.) n’a eu besoin que de 2 minutes 44 secondes pour régler le cas de O’Sullivan (28-3, 20 K.-O.). Un vicieux crochet gauche sur le museau, et hop! Le volubile Irlandais s’est retrouvé affalé au tapis, incapable de poursuivre le duel. Merci, bonsoir, à la prochaine.

Après toutes les attaques verbales lancées par O’Sullivan au cours des dernières semaines, et les bousculades à la conférence de presse officielle et à la pesée, c’est ce qui s’appelle se faire fermer le clapet, chers amis.

Il est d’ailleurs admirable de voir à quel point Lemieux est revenu en force après ses récentes performances en demi-teinte.

Ça a commencé avec une pesée qui ne lui a posé aucun problème, contrairement à celle en marge de son duel face à Karim Achour, et lors de laquelle il était visiblement en meilleure forme. Il s’est même présenté dans le ring du T-Mobile Arena à 180 lb, contre seulement 165 pour O’Sullivan. De quoi bonifier une force de frappe déjà ravageuse.

Il faut dire aussi que Lemieux et son équipe savaient que le boxeur devait confondre les sceptiques au terme de cet affrontement. Une défaite ou un gain sans éclat, et les interrogations à son sujet n’auraient été qu’amplifiées. Ainsi, quoi de mieux que d’y aller d’un retentissant knock-out dont certains parlaient déjà comme étant celui de l’année?

Lemieux s’est amené dans ce combat le couteau entre les dents, courroucé par les clowneries de O’Sullivan et déterminé à le remettre à sa place, et a suivi le plan de match de son entraîneur Marc Ramsay à la lettre. Résultat: le cogneur québécois a offert sa meilleure sortie – aussi brève fut-elle – depuis son duel contre Curtis Stevens, et demeure du coup parmi les noms les plus redoutables et en vue de la division des moyens. Mission accomplie, donc.

Objectif: Canelo

De plus, grâce à cette victoire, Lemieux est l’aspirant obligatoire au titre WBA désormais détenu par Saul « Canelo » Alvarez, qui est devenu le premier à résoudre l’énigme Gennady Golovkin pour ainsi détrôner le dangereux Kazakh par décision majoritaire (115-113, 115-113, 114-114) au terme d’un superbe combat revanche entre les deux pugilistes.

Un duel Lemieux-Alvarez pourrait voir le jour plus tôt que tard, d’ailleurs. Le Mexicain a déjà réservé le MGM Grand de Vegas au mois de décembre. On verra si ce sera pour y accueillir son nouvel aspirant.

En attendant, la question est de savoir si Lemieux a ce qu’il faut pour venir à bout d’Alvarez, un rival de calibre nettement plus relevé que O’Sullivan, tout le monde en conviendra.

Pour l’instant, difficile d’offrir une réponse claire. Ce qui est manifeste, toutefois, c’est qu’après un certain dérapage, Lemieux est de retour en force sur la bonne voie. S’il continue dans cette même veine, tous les espoirs sont permis.

Un combat de championnat du monde en sous-carte d’un troisième duel Alvarez-Golovkin, peut-être? On peut bien rêver un peu…

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La méthode Butler

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Il faudra bien s’y faire une fois pour toutes. L’époque où Steven Butler se ruait comme un train sur ses adversaires sans trop d’égard à sa propre sécurité semble de plus en plus révolue.

C’est en effet à une autre démonstration de cette nouvelle méthode Butler, qui privilégie la patience et la stratégie, que nous avons assisté samedi soir, au Casino de Montréal, alors que le cogneur montréalais se mesurait à l’Américain Carson Jones (40-14-3, 30 K.-O.).

Le vétéran de l’Oklahoma, qui revendique plus d’une cinquantaine de combats au compteur malgré qu’il n’ait que 31 ans, n’a pu résister aux assauts de Butler (24-1-1, 21 K.-O.), qui a triomphé par arrêt de l’arbitre à 50 secondes du septième round.

«Le but de ce combat était de suivre le plan de match, a expliqué Butler à sa sortie du ring. Même si je lui faisais mal, même s’il tombait, il fallait que je revienne au plan de match, et je pense que j’ai bien suivi cela.»

«Je n’ai pas cherché le knock-out, je l’ai créé.»

-Steven Butler

Résumé fort à propos s’il en est un, ici. Butler a effectivement pris tout le temps nécessaire pour éroder la garde de Jones afin d’en faire ce qu’il voulait par la suite, plutôt que de lui sauter dessus dès le départ, avec les périls que cela comporte. On n’aurait jamais pensé une telle chose possible il y a un an et demi à peine.

Autre preuve que Butler a suivi sa nouvelle recette à la lettre : son entraîneur Rénald Boisvert jubilait après le combat.

Oh, bien sûr, il sera toujours heureux de voir son protégé l’emporter. Mais il lui est souvent arriver de grincer des dents devant l’arrogance et l’impétuosité du jeune pugiliste, comme ce fut notamment le cas après le combat revanche face à Jaime Hererra, au mois de mars.

Or, c’était tout le contraire après ce duel contre Jones.

«Je pense que c’est la première fois que je suis vraiment satisfait de lui. C’est la première fois que j’ai ce sentiment de plénitude.»

-Rénald Boisvert

«Je pense que c’est la première fois qu’il est méthodique. […] C’est extrêmement important, car un boxeur doit préparer ses coups de poing. Il a beau être un cogneur, on ne passe pas à travers des gants. Il faut être capable de préparer ses attaques, et c’est ce qu’il a fait», a indiqué Boisvert.

Après un début d’affrontement plutôt tranquille, Butler s’est activé à partir du troisième assaut, perçant la défense de Jones avec des frappes vives et précises. Butler a ainsi poursuivi le travail au cours des reprises subséquentes, non sans devoir recevoir quelques politesses de Jones sur le menton au passage. Rien pour le troubler outre mesure, cependant.

Jones a fini par céder une première fois au cinquième engagement, posant un genou au sol afin de forcer Butler à suspendre ses rafales et ainsi pouvoir prendre quelques secondes de répit. Une décision judicieuse de la part du vétéran dans les circonstances.

Sauf que Butler n’a pas tardé à reprendre là ou il avait laissé, renvoyant Jones au tapis avec un joli coup au corps lors du round suivant. Puis, au septième, Butler a matraqué son rival alors que ce dernier était acculé aux câbles, jusqu’à ce que l’arbitre Alain Villeneuve décrète la fin des hostilités.

Cette victoire vient-elle confirmer que l’ancien Butler, le Butler 1.0 qui pouvait laisser la fébrilité lui monter à la tête au risque de se faire jouer des tours, appartient bel et bien au passé ? Rénald Boisvert préfère attendre de voir son poulain à l’œuvre lors de quelques combats supplémentaires avant de se prononcer une fois pour toutes. Mais les signes en ce sens semblent encourageants.

« Des fois, le boxeur est émotif. Un adversaire coriace, qui nargue ou avec lequel il a des comptes à régler… C’est là que ça peut parfois jouer. À la base, Steven Butler est quelqu’un de super émotif. Dangereusement émotif. Il y a là une lutte à livrer toute sa vie durant, dans la vie de tous les jours comme dans la boxe », a-t-il relaté.

Germain enflamme le Casino !

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Christian Uruzquieta et Mathieu Germain ont offert un spectaculaire combat. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Mathieu Germain (15-0, 8 K.-O.) a décroché un premier titre mineur en carrière – en l’occurrence, la ceinture IBF nord-américaine des super-légers – grâce à sa victoire sur le Mexicain Christian Uruzquieta (17-4-1, 6 K.-O.) par décision unanime (98-92, 98-92, 97-93). Une furieuse pétarade qui a soulevé la foule et qui se taillera une place au palmarès des combats de l’année 2018 au Québec.

Le toujours spectaculaire «G-Time» a donné plusieurs maux de tête à son adversaire, au propre comme au figuré. Extrêmement mobile et actif dans le ring comme à son habitude, il a profité du fait qu’Uruzquieta était à toutes fins pratiques incapable d’éviter sa droite pour marteler ce dernier à cœur joie. Peu importe le type de coup lancé, Germain atteignait constamment la cible s’il venait de la main droite.

En fait, la seule chose que Germain n’a pas pu faire dans ce violent duel, c’est d’envoyer son adversaire au tapis. Rendons d’ailleurs hommage à cet égard à Uruzquieta, qui a encaissé sans broncher toutes ces bombes que Germain lui a expédiées en pleine figure.

De la première à la dernière secondes, les deux hommes se sont frappés sans aucune retenue. Les spectacteurs ont hurlé de plaisir, incapables de détourner leur regard du ring et de l’action nucléaire qui s’y déroulait. Non, vraiment, ce fut un sublime spectacle.

On vous a dit que ce combat figurerait parmi les meilleurs de l’année ?

Retour réussi pour Maduma

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Ghislain Maduma (à droite) a vaincu Jhony Navarrete pour souligner la fin de sa retraite. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Ghislain Maduma ne s’était pas battu depuis un peu plus d’un an et demi, soit depuis sa défaite face à Ricky Sismundo, le 22 octobre 2016. Il a mis un terme à cette retraite en début de gala, samedi, affrontant pour l’occasion le Mexicain Jhony Navarrete (31-13-2, 13 K.-O.).

Et le retour fut heureux pour Maduma (19-3, 11 K.-O.), qui l’a aisément emporté par décision unanime (80-72 partout) sous les chaleureuses salutations du public. Malgré ce résultat à sens unique, Maduma a admis que la rouille s’est fait ressentir dans les premiers instants du duel, lui qui a repris l’entraînement il y a seulement quelques mois après plus d’un an

« Physiquement, j’avais un peu de difficulté. Mais mentalement, j’étais là tout au long du combat. Je savais ce qui se passait durant chaque round. Je savais qu’il [Navarrette] était dangereux, mais il n’a pas le niveau de talent et l’exécution mentale nécessaires et que j’ai afin de pouvoir me battre », a-t-il souligné.

Pourtant, rien ne laissait croire que «Mani» remonterait dans l’arène un jour. D’une part, il se plaît amplement dans son travail administratif au sein d’Eye of the Tiger Management. Mais surtout, il admet lui-même qu’il n’avait plus envie de s’entraîner tous les jours et de souffrir avant un combat.

«À la première journée de ma retraite, je voulais retourner [dans le ring] dès le lendemain. Mais je n’avais plus la faim pour aller m’entraîner. C’est ce que j’avais perdu.»

-Ghislain Maduma

« Je n’avais plus le goût de payer le prix pour boxer, a-t-il poursuivi. Je respecte mon sport. Je ne m’embarquerai jamais là-dedans sans avoir fait le travail que j’ai à faire. C’est pour cela que j’avais arrêté. »

Mais grâce aux encouragements de son patron Camille Estephan, et énergisé par ce qu’il voyait de son confrère et ami Mathieu Germain au gymnase, Maduma s’est finalement décidé à revenir. Et ses partisans seront ravis d’apprendre que ce retour n’était pas qu’une simple aventure d’un soir. Le boxeur a l’intention de reprendre du service pour de bon.

« Je ne ferai jamais ça pour un soir seulement. Je respecte trop ce sport », insiste-t-il.

Les autres résultats

Erik Bazinyan (20-0, 15 K.-O.) a signé une 20e victoire en autant de sorties professionnelles aux dépens du Péruvien David Zegarra (32-3, 20 K.-O.), l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :45 du quatrième round. Bazinyan avait pratiquement réussi à envoyer son adversaire au sol à la toute fin du troisième assaut, mais Zegarra est demeuré debout malgré tout, quoique titubant.

Le mal était cependant fait pour le round suivant, alors que le Sud-Américain est allé deux fois au tapis. L’arbitre Martin Forest a mis un terme au duel après la seconde chute. Bazinyan, déjà classé au 10e rang de la WBO chez les super-moyens, met ainsi la main sur le titre NABO de la catégorie.

Vincent Thibault (6-0, 2 K.-O.) a de nouveau ravi ses nombreux partisans venus l’encourager en prenant la mesure du Mexicain Manuel Garcia (15-15-2, 6 K.-O.) par décision unanime (60-53, 60-53, 59-54). La fierté de Charlesbourg, comme on l’appelle, a malmené son rival tout au long de l’affrontement, l’envoyant au plancher lors du cinquième round.

Raphaël Courchesne (4-0, 2 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à disposer du Mexicain Ernesto Olvera (7-2-1, 2 K.-O.), l’emportant par décision unanime (40-35 partout). Le pugiliste maskoutain a pilonné son rival d’un bout à l’autre du combat avec de puissantes attaques, qui ont forcé Olvera à visiter le tapis au quatrième et dernier round.