Les fruits de l’entêtement

[Photo tirée du compte Twitter de Showtime]

Avant de sauter à pieds joints dans l’année 2020, offrons-nous un petit voyage dans le temps, si vous le voulez bien. Commençons le tout en nous replongeant en 2016.

En janvier de cette année-là, Jean Pascal se fait massacrer par Sergey Kovalev au Centre Bell. Et le mot n’est pas trop fort. Pleurant à chaudes larmes au sortir du ring, il admet avoir « trouvé chaussure à son pied ». La scène était frappante. Jamais ce boxeur si fier et sûr de lui n’avait paru si fragilisé auparavant.

Pascal disparaît ensuite de la carte pendant plusieurs mois. Le temps de se refaire une santé physique, mais surtout mentale. Il faudra attendre jusqu’en décembre pour le revoir dans l’arène, à Trois-Rivières. Flanqué de son nouvel entraîneur Stéphan Larouche, il triomphe facilement d’un adversaire de troisième ordre. L’identité et la qualité du rival importait peu, toutefois. On voulait surtout voir si la blessure Kovalev s’était cicatrisée. S’il pouvait encore boxer. Mission accomplie à cet égard, donc.

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Eleider Alvarez (à droite) et Jean Pascal lors de leur combat de juin 2017, au Centre Bell. / Photo archives Bob Lévesque, fournie par le Groupe Yvon Michel

Arrive 2017. En juin, Pascal est de retour au Centre Bell, sur les lieux du drame, pour y affronter Eleider Alvarez. Après 10 bons rounds, Alvarez est donné gagnant par décision majoritaire. Plusieurs se demandent alors si Pascal ne devrait pas raccrocher ses gants. C’est justement ce que le principal intéressé annonce avoir l’intention de faire au terme d’une ultime sortie, en décembre, contre un espoir bien coté, Ahmed Elbiali. Pascal crée en quelque sorte la surprise en stoppant Elbiali au sixième assaut.

Alors qu’on le croit retraité pour de bon, Pascal renoue avec la compétition en juillet 2018 pour offrir ses vrais adieux à ses partisans québécois en se frottant à l’ex-combattant d’arts martiaux mixtes Steve Bossé. Un duel sans grande valeur pugilistique, conçu essentiellement pour vendre des billets. Et encore là, cet objectif sera raté. Pascal, logiquement, se défait de Bossé en huit rounds.

La retraite, c’est donc vrai, maintenant? Que non! À l’étonnement général, Pascal annonce un autre combat, et pas le moindre : un affrontement en novembre contre Dmitry Bivol, champion WBA des mi-lourds. Pascal réussit à faire la distance, mais n’est pas en mesure de répondre à la grande vitesse de Bivol. Ce dernier conserve sans problème son titre par décision unanime.

Cette défaite allait-elle finalement convaincre Pascal d’arrêter? Au contraire : en août dernier, il affronte Marcus Browne pour le titre intérimaire de la WBA. Le duel est serré, mais au huitième round, une coupure accidentelle force Browne à déclarer forfait. Pascal met donc la main sur la ceinture, et devient « vrai » champion WBA lorsque la fédération se dépêtre enfin des méandres administratifs qu’elle a elle-même créés.

Incroyable mais vrai : huit ans après avoir été dépouillé de son titre WBC, Jean Pascal est de nouveau champion du monde.

Suivre sa voie

Pascal est le premier à l’admettre, ces dernières années ont pris des allures de véritables « montagnes russes ». Mais pendant que les voix qui l’imploraient de cesser de prolonger indûment sa carrière et de se retirer une fois pour toutes résonnaient de plus en plus fort, le Lavallois a poursuivi son chemin. Envers et contre tous.

« C’est dans l’adversité qu’on forme les champions. […] Ça n’a pas toujours été facile, mais je ne me suis pas laissé ébranler. J’ai gardé le cap vers un championnat du monde, et j’ai réussi mon pari », a-t-il confié à Ringside lors d’une récente entrevue.

Les critiques ont toujours été abondantes à l’endroit de Pascal. Nombreux sont ceux qui ont été refroidis par ses déclarations à l’emporte-pièce et son côté frondeur, orgueilleux. Et plusieurs se sont demandé pourquoi diable persistait-il à vouloir se battre, alors que tout laissait croire qu’il n’était plus dans le coup.

Or, aujourd’hui, force est d’admettre qu’il a eu raison de persévérer. Être têtu n’est pas toujours une qualité. Mais dans le cas de Pascal, c’est précisément son entêtement qui est à l’origine de sa renaissance.

« Il ne faut pas écouter les gens, affirme le boxeur. Il faut les laisser avoir leur opinion.  Les gens ne sont pas dans mon cerveau. Ils ne connaissent pas mes capacités physiques et mentales.

« Mon but était noble et réalisable, ajoute-t-il. J’ai mis les efforts et la discipline nécessaires afin de le réaliser. »

Favori? Ça dépend…

Question de clore cette année en beauté, Pascal tentera de défendre son titre pour la première fois d’ici quelques heures en affrontant Badou Jack à Atlanta. Un combat fort intéressant sur papier, et qui risque d’être âprement disputé.

De plus, pour la première fois depuis des lunes, Pascal montera dans le ring en tant que favori pour l’emporter aux yeux de plusieurs. Le fait d’avoir la ceinture autour de la taille donne toujours un coup de pouce en ce sens, bien sûr. Cependant, le principal intéressé n’est pas du tout d’accord avec cette évaluation.

« On peut prétendre que je suis le favori, mais dans ma tête, je ne le suis pas. »

-Jean Pascal

Pascal rappelle qu’il affronte un boxeur de l’écurie de Floyd Mayweather, que le gala est organisé par Mayweather et qu’il est diffusé sur les ondes d’un réseau lié de près au légendaire champion. Et quand on connaît toute l’influence que le bon monsieur Money peut avoir, il y a lieu de se tenir prêt à toute éventualité… et d’y aller d’une performance convaincante dans l’arène.

« Je ne veux laisser aucun doute dans la tête des gens et des juges », prévient-il. Ce qui ne signifie pas pour autant de pécher par impatience et d’abandonner sa stratégie.

« Je ne vais pas chercher le knock-out, car c’est lorsqu’on le cherche qu’on ne l’obtient pas. Je vais boxer avec toute l’étendue de mon talent. Je vais livrer des rounds serrés à Badou Jack. »

Comme n’importe quel boxeur, Pascal se dit entièrement concentré sur ce prochain combat. Il refuse pour le moment d’envisager quelque scénario que ce soit qui suivrait cette sortie, peu importe le résultat. Une chose est toutefois claire dans son esprit : « La défaite n’est pas une option ».

Est-ce à dire qu’il opterait pour une retraite définitive advenant la perte de sa ceinture? Encore là, Pascal ne veut pas y penser. On peut certainement le comprendre. Reste qu’il faudra bien se poser (encore) cette damnée question si ça se produit.

Mais quelle que soit l’issue de cet affrontement, il faudra reconnaître que Pascal en a fait mentir plus d’un ces dernières années. Et saluer sa ténacité dans ce qui a souvent paru être un torrent d’adversité. Oui, il lui restait bel et bien du carburant dans le réservoir.

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