«Il n’y a que des perdants»

[Photo archives Bob Lévesque]

Samedi soir, le Groupe Yvon Michel (GYM) présentait son plus récent gala de sa série au Casino de Montréal. Or, le boxeur qui a le plus retenu l’attention pour l’occasion n’est jamais monté dans le ring.

N’en déplaise aux athlètes qui étaient à l’œuvre, c’est le nom d’Artur Beterbiev qui a alimenté les discussions, alors qu’il avait subi la première défaite de sa carrière professionnelle la veille – non pas dans l’arène, mais plutôt devant le tribunal.

Le juge Frédéric Bachand, de la Cour supérieure, a en effet servi une rebuffade au Tchétchène dans le litige qui l’opposait à GYM. Beterbiev, rappelons-le, réclamait d’être libéré du contrat le liant au promoteur, alléguant que ce dernier n’aurait pas rempli ses obligations.

Beterbiev reprochait entre autres à Yvon Michel de ne pas lui avoir versé sa bourse à temps après son combat face à Isidro Prieto, le 23 décembre 2016, et de ne pas lui avoir offert le minimum de quatre combats par année, tel que le prévoyait leur entente signée en 2015.

Dans sa décision rendue vendredi, le juge Bachand explique que même si GYM a effectivement tardé à verser l’entièreté de la bourse de 250 000$ de Beterbiev en vertu des modalités de paiement établies avant le duel contre Prieto, il ne s’agit pas d’un manquement assez grave au contrat pour l’invalider, comme le prétendait le boxeur.

Le magistrat souligne par ailleurs qu’en raison des différentes blessures qu’il a subies au cours des dernières années, Beterbiev n’aurait pas été en mesure de livrer quatre combats de toute façon.

«On ne peut nier que le partenariat avec GYM a été bénéfique pour [Beterbiev]. En effet, il a atteint son objectif ultime à la fin de 2017, alors qu’il a remporté le titre IBF des mi-lourds au terme de ce qui était seulement son douzième combat professionnel», écrit le juge.

La réconciliation est-elle possible ?

Malgré un verdict qui lui est favorable dans les faits, Yvon Michel refuse de se réjouir.

«On ne peut pas dire qu’il y a des gagnants dans cette cause. Il n’y a que des perdants. On a perdu un an et demi d’énergie et d’argent, de part et d’autres», a-t-il résumé lors d’un point de presse donné peu avant le gala de samedi.

Le promoteur se dit tout à fait disposé à travailler de nouveau avec Beterbiev, dont le contrat avec GYM est théoriquement valide jusqu’en 2021. Mais un conflit aussi acrimonieux que celui que les deux hommes viennent de traverser laisse forcément des traces. Pour ne pas dire de profondes cicatrices.

Est-il vraiment réaliste de croire que Beterbiev et Michel pourront de nouveau collaborer, presque comme s’il ne s’était rien passé ?

«On était des adversaires. Maintenant, c’est terminé. C’est comme un combat de boxe. Nous sommes prêts à poursuivre avec le même enthousiasme et le même intérêt que lorsqu’il a commencé avec nous.»

-Yvon Michel

«On est convaincus que nous sommes l’organisation la mieux placée pour faire avancer Artur. On est convaincus d’avoir les ressources et les contacts, que ce soit avec des promoteurs ou la télé américaine, pour qu’Artur Beterbiev réussisse finalement à performer au niveau de son talent et démontre qu’il peut être une grande star en boxe professionnelle.»

Reste à voir si le boxeur sera du même avis. Son camp a déjà annoncé qu’il interjetterait appel du jugement rendu vendredi.

Dicaire défend sa ceinture

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Marie-Ève Dicaire a défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens. / Photo archives Bob Lévesque

Avec tout ça, on oublie presque qu’il y avait des combats hors des tribunaux samedi soir, à commencer par celui opposant Marie-Ève Dicaire (12-0) et l’Argentine Yamila Belen Abellaneda (6-2, 3 K.-O.). La boxeuse de Saint-Eustache a ainsi défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens en prenant la mesure de la Sud-Américaine par décision unanime (100-90, 99-91, 98-92).

Cela dit, ne vous fiez pas trop aux apparences : malgré ce qu’indiquent les cartes de pointage, le duel a été plutôt serré du début à la fin. Confrontée à une rivale qui s’était visiblement donné la mission d’appliquer un maximum de pression sur elle, Dicaire a dû user de stratégie – et encaisser quelques jolis coups au passage – pour contenir les assauts d’Abellaneda. Ce qu’elle est parvenue à faire avec brio.

«On savait qu’elle allait mettre de la pression, a mentionné Dicaire. On savait qu’elle allait venir ici pour se battre et qu’elle avait un bon bagage amateur. C’était le fun, parce que je pouvais boxer dans le ring. Ce n’était pas des coups qui venaient de n’importe où, n’importe comment. C’était de la belle boxe, et ça m’a permis de bien travailler.

«Pour moi, c’était important de donner une coche de plus qu’à mon dernier combat. On a apporté beaucoup de changements. Je voulais voir la différence pour mes entraîneurs.»

-Marie-Ève Dicaire

Parmi ces nouveautés, on a ajouté un psychologue sportif à l’équipe de la pugiliste. Aux dires de Dicaire, l’arrivée de cet expert lui a injecté une dose appréciable de confiance.

«Autrefois, je n’osais pas trop essayer des choses dans le ring parce que je doutais, ce qui fait que j’étais toujours une fraction de seconde trop tard. Là, j’étais sans pression dans le ring. J’étais libre. J’aimais ce que je faisais», a-t-elle expliqué.

«J’ai travaillé fort parce que je l’ai voulu. Parce que je voulais en donner plus. Et je suis vraiment satisfaite. Ce combat, c’est vraiment une belle façon de dire que ma ceinture NABF, je l’ai gagnée», a-t-elle conclu avec son éternel sourire.

Les autres résultats

En demi-finale, Shakeel Phinn (18-2, 12 K.-O.) a vaincu le Croate Mirzet Bajrektarevic (18-6, 10 K.-O.) lorsque celui-ci a été contraint à l’abandon à 39 secondes du sixième round. Bajrektarevic s’est blessé à la main gauche après avoir lancé un coup. Il a aussitôt reculé vers son coin, grimaçant de douleur et incapable de poursuivre le combat.

Dario Bredicean (17-0, 5 K.-O.) a récolté une rare victoire avant la limite en forçant le Mexicain Jonathan Tavira (17-5, 13 K.-O.) à l’abandon après six rounds d’action. Le protégé de Lucian Bute a pu profiter des largesses défensives de Tavira pour malmener à souhait celui-ci, qui a néanmoins tout encaissé sans tomber. Après le sixième round, cependant, le Mexicain en avait eu assez.

Louisbert Altidor (9-2, 4 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Manuel Beltran (5-1, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (60-53 partout). Celui qu’on surnomme «Ti Kouto» a envoyé son rival au tapis au troisième round au terme d’un minutieux travail au corps.

Terry Osias (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en prenait la mesure du Français Augustin Malecot (3-7-1) par décision unanime (40-35 partout). Malecot, désormais établi à Montréal, est allé visiter le plancher dès le premier round. Il encaisse ainsi un septième revers consécutif.

En début de gala, Tommy Houle (3-0) s’est montré sans pitié envers Adam Ayoubi (1-1-1), l’emportant par décision unanime (40-35, 39-36, 38-37). Le boxeur de Joliette a malmené son adversaire pratiquement du début à la fin. La chute d’Ayoubi au quatrième round, de même que son œil gauche sévèrement tuméfié, en ont témoigné.

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À cause des juges? Vraiment?

[Photo tirée de Twitter]

Si un ou des juges du combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack avait été canadien, le champion aurait eu davantage de chances d’être sacré vainqueur plutôt que de devoir se contenter d’un verdict nul majoritaire.

C’est du moins ce qu’ont prétendu Stevenson et son promoteur Yvon Michel en conférence de presse jeudi, cinq jours après le duel face à Jack disputé au Air Canada Centre de Toronto. En vertu de ce résultat nul, Stevenson a pu conserver son titre WBC des mi-lourds.

Deux des trois juges sélectionnés par le WBC pour cet affrontement venaient des États-Unis, tandis que le troisième était d’Italie. Deux d’entre eux ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a donné Jack gagnant à 115-113. L’arbitre Ian John Lewis, quant à lui, est un Britannique.

« Moi, je trouve que j’ai gagné. […] Mais Floyd Mayweather [le promoteur de Jack] a joué un petit tour. Il n’y en avait pas un seul qui était canadien. C’est Floyd qui s’est arrangé. Comment se fait-il qu’on est en sol canadien et qu’il n’y a pas un seul juge qui est canadien? », a déploré Stevenson.

Or, quiconque ayant vu le combat vous dira que le résultat nul n’a absolument rien de scandaleux. Les deux hommes se sont livré une rude bagarre tout au long des 12 rounds. Et si les six premiers ont été l’affaire de Stevenson dans l’ensemble, les six suivants (ou presque) sont nettement allés à Jack. Difficile de déterminer un gagnant sans équivoque dans ces circonstances.

Yvon Michel, lui, a reproché au patron de la Commission athlétique de l’Ontario, Ray Dempster, d’avoir laissé le WBC lui imposer ses juges sans rechigner. Si le combat avait eu lieu au Québec, dit-il, Michel Hamelin, responsable des sports de combat pour la Régie des alcools, des courses et des jeux, n’aurait jamais accepté une telle situation.

Il y a effectivement fort à parier qu’au moins un des juges aurait été québécois si le duel avait été présenté, disons, à Montréal comme prévu au départ. Cela dit, la déclaration du promoteur a de quoi faire sourciller. Des juges québécois auraient-ils été plus favorables à Stevenson simplement parce qu’il est lui-même Québécois?

La réputation et le professionnalisme des officiels de la RACJ ne font aucun doute dans l’univers de la boxe. De tels propos frisent les allégations de chauvinisme.

Yves Ulysse a-t-il été privilégié lorsqu’il a affronté Steve Claggett? Et Francis Lafrenière, quand il s’est frotté à Albert Onolunose? Et Shakeel Phinn, lors de son choc face à Ramon Aguinagua?

Poser ces questions, c’est y répondre, comme on dit. Ce n’est pas parce qu’un juge a la même nationalité qu’un boxeur qu’il favorisera nécessairement ce dernier. Sauf parfois à Las Vegas, mais ça, c’est une autre histoire…

Stevenson a aussi plaidé qu’il avait été ralenti par un rhume pendant le combat et les jours qui ont précédé. Il n’y aucune raison de douter qu’il ait en effet été malade. Mais quand on en est rendu à montrer les juges du doigt, alors que leur décision n’a révolté personne, soyons francs : ça ne fait pas très sérieux.

Pourtant, le champion n’a pas à rougir de sa performance dans le ring. Il a connu quelques difficultés, certes, mais il a malgré tout fini le combat sur ses deux pieds. Et surtout, il a montré qu’il était encore capable de rivaliser avec les meilleurs de sa division, en dépit de ses 40 ans et de tout ce qu’on a pu dire sur lui à ce sujet.

Dommage qu’il semble préférer trouver des excuses.

Pascal-Bossé à Laval

Dans un autre ordre d’idées, le Groupe Yvon Michel a finalement confirmé jeudi que le combat du 29 juin entre Jean Pascal et Steve Bossé allait bien avoir lieu à la Place Bell, à Laval.

Le choix de cet amphithéâtre tombe sous le sens. D’une part, cela permettra à Pascal de se battre chez lui, dans son patelin. D’autre part, l’événement sera à l’abri d’éventuels caprices de la météo, ce qui n’aurait pas été le cas s’il avait eu lieu au stade IGA, comme on l’envisageait.

Par ailleurs, et puisqu’on parlait d’eux plus haut, on a appris que Francis Lafrenière et Albert Onolunose se livreraient un combat revanche en demi-finale de ce gala. Rappelons qu’à leur première confrontation, le 15 mars, Onolunose avait surpris Lafrenière par décision majoritaire pour lui ravir sa ceinture NABO des poids moyens.

En plus de mettre un terme à une séquence de 13 victoires consécutives, cette défaite avait laissé un goût amer dans la bouche de Lafrenière, qui avait reproché à Onolunose un manque d’activité au cours du duel. Il faut dire que ce dernier avait réussi à jouer un vilain tour au Québécois en adoptant un style similaire au sien, dans lequel les corps à corps et les accrochages sont légion.

Chose certaine, Lafrenière sera très certainement affamé au moment de remonter dans le ring pour y croiser Onolunose à nouveau. Les probabilités de voir des flammèches durant ce combat sont plutôt fortes.

Rire du monde

[Photo Ariane Théberge, fournie par GYM]

BILLET – On ne saura peut-être jamais vraiment pourquoi le combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack a été déplacé de Montréal à Toronto à la toute dernière minute. On risque de ne jamais vraiment savoir non plus pourquoi le duel a été si long et complexe à boucler.

Mais au fond, on se fout un peu de savoir pourquoi ci, pourquoi ça. Après tout, Stevenson nous a habitués aux longs feuilletons tortueux depuis cinq ans.

Ce qui importe vraiment, ce qui est le plus odieux dans toute cette histoire, c’est qu’encore une fois, Stevenson et son clan se sont moqués de nous. Qu’il s’agisse des amateurs, des médias ou même de son propre promoteur, tout le monde s’est fait rouler dans la farine. Encore.

Plus on le regarde aller, et plus on se demande comment le champion WBC des mi-lourds réussit à rester sérieux quand il se confond en prétextes de toutes sortes pour expliquer les origines du plus récent roman-savon dont il tient la vedette. Sa « performance » devant les journalistes après sa conférence de presse de mercredi était, à cet égard, risible.

Mais comme on dit, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

Ainsi donc, selon Stevenson, tout est la faute de son gérant Al Haymon. Je suis juste un boxeur, dit-il. Je ne décide de rien, c’est entre les mains d’Al, dit-il.

À l’entendre, c’est tout juste si Haymon ne lui dit pas à quelle heure il peut aller au petit coin.

Quiconque ayant suivi la boxe un tant soit peu ces dernières années sait que l’invisible, mais ô combien influent Haymon en mène effectivement large. Très large. Lorsque le virus décide de se répandre, les symptômes deviennent rapidement apparents.

Certains ont vu l’épidémie poindre à l’horizon et ont pris les mesures nécessaires pour s’immuniser. Stevenson, lui, se laisse contaminer avec plaisir. S’il avait une once de bonne volonté, ou peut-être de jugement, il verrait que sa carrière s’est transformée en triste merdier depuis son association avec Haymon.

Il faut croire que les rutilants reflets de ses voitures de luxe continuent de l’aveugler. C’est sans doute pour cela qu’il portait ses lunettes fumées au point de presse.

Une pensée pour Yvon

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Yvon Michel et Adonis Stevenson / Photo Ariane Théberge, fournie par GYM

Malgré ce qu’il veut bien dire, Stevenson se fiche éperdument de se battre à Montréal ou non. Tant que le chèque sera dans l’enveloppe, et que les risques de huées demeureront au minimum, il ira boxer là où Al-le-tout-puissant lui dira d’aller, sans rechigner.

Parce que quand l’auguste Al décrète quelque chose, pas le choix d’obtempérer. Parlez-en à Yvon Michel.

Le vétéran promoteur avait tout organisé. Le Centre Bell était réservé, les affiches étaient imprimées, les billets étaient prêts à être mis en vente.

C’est alors que Haymon a appelé.

Oublie ça, Yvon. Ça va se faire à Toronto. Organise les détails, on se reparle plus tard.

Tout ça, à un mois de l’événement. Assez dégueulasse comme jambette.

Au-delà des pertes financières et des dommages à la réputation qu’une telle volte-face entraîne, c’est sans doute le choc émotif et personnel qui est le plus violent, le plus douloureux. Le genre de choc qui vient avec l’impression d’avoir été manipulé comme un vulgaire pantin. Pas pour rien que Michel dit avoir eu besoin d’une bonne heure après l’appel de Haymon pour reprendre ses esprits.

On a cassé beaucoup de sucre sur le dos de Michel ces dernières années, pour différentes raisons. Mais qu’on l’apprécie ou non, on ne peut renier tout ce qu’il a fait pour la boxe québécoise depuis des décennies. Sans lui, de nombreux pugilistes d’ici n’auraient jamais rayonné dans le monde comme ils l’ont fait.

Et ça inclut Stevenson. Il fut un temps où bien peu de gens lui auraient donné une chance. Mais Michel a cru en lui. Il lui a donné l’opportunité de se battre pour un titre mondial en 2013. 76 secondes plus tard, Stevenson sortait du ring avec une ceinture autour de la taille.

Stevenson aurait alors pu devenir la nouvelle étoile de la boxe québécoise. Car, oui, il demeure un très bon boxeur, quoi qu’on en dise. Au lieu de cela, il a craché au visage de Michel en vendant son âme au diable pour engraisser son compte de banque. Et au lieu d’être une idole, il est devenu un paria.

Michel et lui ne se parlaient déjà presque plus. Ce dernier affront marquera-t-il le début de la fin de leur relation? En toute honnêteté, un divorce serait salutaire pour Michel. On se fiche que Stevenson soit champion du monde : le boxeur et son entourage sont devenus une ancre insupportable qui menace de faire couler toute l’entreprise de Michel. Pour le bien de GYM et de la boxe québécoise, ça ne peut plus durer.

En attendant, Stevenson, pas le moindrement stressé, se dirige vers Toronto avec le sourire aux lèvres pour y affronter Badou Jack. Son premier adversaire depuis longtemps qui représente une menace véritable et qui a une chance réelle de lui ravir son titre.

Rira bien qui rira le dernier, on suppose.

La patience d’Alvarez récompensée

[Photo archives Bob Lévesque]

Il était temps! Après deux années et demi passées en tant qu’aspirant obligatoire au titre WBC des mi-lourds détenu par Adonis Stevenson, Eleider Alvarez a finalement eu la confirmation qu’il obtiendrait ce qu’il souhaite depuis tout ce temps : un combat de championnat du monde.

Or, il ne se battra pas contre Stevenson, qui doit (en principe) affronter Badou Jack le 19 mai et qui est sans doute trop occupé à faire le pitre sur les réseaux sociaux de toute façon. En lieu et place, le Colombien se frottera au Russe Sergey Kovalev, champion WBO des 175 lb et autre nom bien connu chez nous depuis ses deux combats contre Jean Pascal.

La nouvelle, d’abord rapportée par le confrère Mathieu Boulay du Journal de Montréal, a plus tard été confirmée par les promoteurs Yvon Michel et Kathy Duva, qui représentent respectivement Alvarez (23-0, 11 K.-O.) et Kovalev (32-2-1, 28 K.-O.).

Le duel Alvarez-Kovalev est prévu pour la fin du mois de juillet ou le début du mois d’août. Diffusé à l’antenne de HBO, il sera présenté au Madison Square Garden de New York ou à la Place Bell. Yvon Michel a d’ailleurs indiqué mercredi qu’il avait réservé l’amphithéâtre de Laval pour le 28 juillet

Une leçon de persévérance

Devenu aspirant obligatoire en 2015 après sa victoire face à Isaac Chilemba, Alvarez était confronté depuis au refus obstiné de Stevenson de l’affronter, de même qu’aux nombreux maux de tête que peuvent entraîner des négociations avec Al Haymon, gérant de Stevenson.

Entre-temps, il a accepté de mettre son statut en jeu à deux reprises en se battant contre Jean Pascal et Lucian Bute – deux combats qu’il a remportés – afin de permettre à Stevenson de s’esquiver pour se frotter à des adversaires bien moins redoutables.

Chaque fois, on promettait à Alvarez que son tour viendrait. Qu’après avoir laissé le champ libre à Stevenson, on le laisserait enfin croiser le fer avec lui. Mais en bout de ligne, la porte est demeurée fermée. Il faut dire que le WBC, connu pour ce qu’on appellera ses « largesses administratives », a bien servi la cause de son champion en refusant de le contraindre à respecter ses engagements.

Sauf qu’il n’était plus question pour Alvarez et son clan de rester une minute de plus sur la voie de service et laisser Stevenson agir comme bon lui semble. Après d’insistantes pressions, le WBC a fini par montrer un peu plus les dents devant Stevenson. Mais voyant que celui-ci n’était pas vraiment plus pressé de faire face à ses obligations, le camp Alvarez a finalement choisi une autre avenue pour parvenir à son objectif. Et c’est tant mieux ainsi.

On ne peut donc que se réjouir du fait qu’Alvarez obtienne enfin sa chance dans un combat de championnat mondial. Il a tenu son bout du début à la fin, tout en demeurant humble dans cette adversité. Ce n’est pas tout le monde qui se serait comporté de cette manière.

Il faut également saluer le travail acharné de son gérant Stéphane Lépine dans ce dossier. Sans sa ténacité et sa volonté inébranlable de faire valoir les droits de son protégé, Alvarez aurait certainement dû attendre encore longtemps pour voir son vœu exaucé – en supposant qu’on veuille bien finir par l’exaucer un jour. Les deux hommes viennent de livrer à tout le monde une leçon de patience et de persévérance, rien de moins.

Choc de styles

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Sergey Kovalev / Photo archives Bob Lévesque

Tout cela étant dit, Alvarez a-t-il des chances de l’emporter face à Kovalev? Oui, mais il devra s’y prendre de la bonne façon. Kovalev, on le sait, jouit d’une force de frappe dévastatrice. Alvarez ne durera pas longtemps dans l’arène s’il se voit obligé de lutter au corps à corps avec le Russe. Mais ça tombe bien, Alvarez est un technicien hors pair qui possède le genre de jab qui peut garder Kovalev à distance.

Ainsi, on devrait assister à une belle et intéressante confrontation de styles cet été. Et si elle peut se conclure avec une ceinture autour de la taille d’un autre boxeur québécois, c’est encore mieux.

Pendant ce temps, on ignore toujours si le combat entre Stevenson et Badou Jack aura bel et bien lieu au Centre Bell. L’événement a été retiré du calendrier d’evenko et le réseau Showtime, qui diffuse le combat, ne fait aucune mention de l’aréna dans ses publicités.

En attendant d’avoir une confirmation à cet égard, on suppose qu’on devra encore se contenter des vidéos de Stevenson avec ses voitures de luxe sur Twitter…

Un cadeau signé Pascal

[Photo Vincent Éthier]

BILLET – C’était écrit dans le ciel. Quiconque a côtoyé un tant soit peu Jean Pascal savait qu’il ne pourrait jamais faire ses adieux à la boxe sans donner à ses partisans l’occasion de l’applaudir une dernière fois.

Un dernier combat en Floride, loin de chez lui, contre un adversaire méconnu des Québécois, dans un ring de fortune planté au milieu d’un hippodrome décrépit et voisin d’un casino miteux? Allons donc, soyons sérieux. Ce n’est pas le Pascal qu’on a connu durant sa carrière. Mais alors là, pas du tout.

Jean Pascal est un showman. Un vrai. Peu de boxeurs maîtrisent aussi bien que lui le volet promotionnel de leur sport. Sa grande gueule – ceci dit en tout respect – lui a valu l’opprobre de certains, incapables de blairer ses envolées oratoires et ses déclarations souvent fracassantes. Mais peut-on affirmer que sa carrière en a souffert? Pas exactement, disons. Comme on dit, parlez-en en bien ou en mal, mais parlez-en. Pascal l’a vite compris.

Il n’y avait donc aucune raison d’être étonné lorsqu’il a laissé entendre qu’il souhaitait sortir brièvement de sa retraite pour disputer un ultime combat devant son public qui l’a adulé et soutenu pendant toutes ces années. Voilà le genre de bonne nouvelle que les amateurs voudraient avoir plus souvent.

N’oublions pas qu’au-delà de son personnage, si on se concentre uniquement sur le plan sportif, l’apport de Pascal à la boxe québécoise a été titanesque. Tout au long de son parcours, couronné par l’acquisition de son titre WBC des mi-lourds en 2009, il a su insuffler une dose d’énergie pure au pugilat d’ici lorsque celui-ci en avait souvent bien besoin. Les dernières années ont été difficiles pour lui, c’est vrai. Ces récents déboires ne peuvent toutefois pas effacer son illustre carrière.

D’autant qu’il ne s’est jamais défilé devant un adversaire, aussi menaçant soit-il, et sachant très bien à quel point la tâche pourrait s’avérer colossale. Qu’il s’agisse de Carl Froch, Bernard Hopkins ou Sergey Kovalev, Pascal a toujours répondu présent – avec un résultat parfois douloureux. On ne peut certainement pas en dire autant de tous ses confrères…

Déjà, des noms d’adversaires potentiels circulent pour la deuxième prise de son chant du cygne. Celui de Steve Bossé est mentionné abondamment depuis quelques jours. Et pourquoi pas? Nul doute que le public se déplacerait en grand nombre pour assister à cette confrontation locale entre deux guerriers qu’ils connaissent bien et qu’ils apprécient. Parions qu’Yvon Michel, promoteur de Bossé, doit saliver à l’idée d’organiser un tel événement.

Pascal affirmait récemment qu’un duel contre Bossé, ex-combattant d’arts martiaux mixtes devenu boxeur, serait l’équivalent québécois du choc entre Floyd Mayweather et Conor McGregor. Quand on vous dit qu’il a du flair pour la promotion…

Mais peu importe qui sera l’opposant retenu, on ne peut que se réjouir de cette occasion que Pascal nous offrira de l’acclamer une dernière fois. Et surtout, de le remercier chaleureusement pour services rendus. Au risque de se répéter, sans lui, la boxe québécoise ne serait pas là où elle est aujourd’hui.

Jean Pascal a amplement donné au public durant sa carrière. Le temps est venu pour le public de lui rendre la pareille.

Les bons (et moins bons) coups de 2017

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Dans l’ensemble, l’année 2017 aura été très bonne pour la boxe québécoise. Puisqu’il ne reste que quelques heures avant de lui dire au revoir, et parce que le temps est propice aux rétrospectives, Ringside vous propose son palmarès des boxeurs québécois qui se sont illustrés au cours des douze derniers mois. Que ce soit pour les bonnes ou les mauvaises raisons…

LE BOXEUR DE L’ANNÉE – David Lemieux

Rangez vos fourches et vos torches, par pitié! Bon, d’accord, l’année s’est plutôt mal terminée pour Lemieux, complètement déclassé par Billy Joe Saunders il y a quelques semaines, dans leur affrontement pour la ceinture WBO des poids moyens. Mais avant cette douloureuse défaite, Lemieux a tout de même remporté deux éclatantes victoires contre Curtis Stevens (voir plus bas) et Marcos Reyes. Et l’engouement autour du choc face à Saunders a confirmé qu’il est désormais le visage de la boxe au Québec, que ce soit dans la victoire ou la défaite. Pour toutes ces raisons, il mérite d’être nommé boxeur de l’année 2017 de la province.

LA MENTION HONORABLE – Artur Beterbiev

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Artur Beterbiev (à droite) est devenu champion IBF des mi-lourds en l’emportant contre Enrico Koelling. / Photo tirée du compte Twitter de Top Rank

S’il avait été plus actif (un seul combat en 2017), nul doute que Beterbiev aurait aisément remporté le titre de boxeur de l’année. Grâce à sa victoire contre Enrico Koelling, le 11 novembre, le Tchétchène est devenu champion IBF des mi-lourds, division fort achalandée par les temps qui courent. Dommage que son triomphe ait eu lieu en Californie, loin de ses partisans, et qu’il soit passé sous le radar à cause du litige contractuel qui l’oppose au Groupe Yvon Michel.

LA SURPRISE – Yves Ulysse Jr

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Yves Ulysse Jr (à droite) a envoyé Cletus Seldin au tapis trois fois en autant de rounds, le 16 décembre. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

On se doutait bien qu’Ulysse finirait par rebondir de sa défaite controversée du 27 octobre face à Steve Claggett. Mais peu de gens croyaient qu’il le ferait dès son combat suivant, et surtout, de façon aussi spectaculaire. Le 16 décembre, à sa première sortie à l’antenne du réseau HBO, Ulysse a envoyé au plancher l’étoile montante américaine Cletus Seldin trois fois en autant de rounds, avant de signer une victoire par décision unanime. Le jeune homme s’est aussitôt fait un nom sur la planète boxe. On a déjà hâte de voir ce que 2018 lui réserve.

LA DÉCEPTION – Adonis Stevenson

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À son unique combat en 2017, Adonis Stevenson (à gauche) n’a fait qu’une bouchée d’Andrzej Fonfara. / Photo Bob Lévesque

Nombreux seront ceux qui auront envie d’accorder cette mention peu enviable à Lemieux après sa contre-performance contre Saunders. Mais entre nous, plus le temps passe, et plus le nom d’Adonis Stevenson devient le punch d’une mauvaise blague dans le monde de la boxe. Son refus obstiné d’affronter Eleider Alvarez, qui est pourtant son aspirant obligatoire depuis deux ans, relève carrément de l’enfantillage. Il faut dire que le WBC sert bien la cause de son champion des mi-lourds dans ce dossier… En raison de son comportement, celui qui aurait dû être un fleuron de notre boxe s’est transformé en paria. Dommage.

LE HÉROS OBSCUR – Eleider Alvarez

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Eleider Alvarez (à droite) a vaincu Jean Pascal par décision majoritaire le 3 juin. / Photo Bob Lévesque

Parlant d’Alvarez, on oublie qu’il a signé deux brillantes victoires cette année, et pas contre n’importe qui : Lucian Bute (24 février) et Jean Pascal (3 juin). Si on place le Colombien dans cette catégorie, c’est parce que ses exploits ont malheureusement été occultés par les incessantes frasques de Stevenson. Et parce que sa patience, justement, commence à frôler l’héroïsme…

LE KNOCK-OUT DE L’ANNÉE – David Lemieux c. Curtis Stevens

En plus d’être le knock-out de l’année sur la scène québécoise, le coup d’assommoir que David Lemieux a servi à Curtis Stevens au troisième round de leur duel du 11 mars a retenti partout sur la scène internationale, comme en ont témoigné d’autres palmarès semblables à celui-ci. On remarquera d’ailleurs que Stevens n’est pas remonté dans le ring depuis cette cinglante visite au tapis. Peut-être gît-il encore aux abords de l’arène, complètement sonné?

LE PLUS BEAU RETOUR – Steven Butler

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Steven Butler (debout) a été le premier à envoyer Lanardo Tyner au tapis. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

L’année 2017 a bien mal commencé pour Butler, qui a encaissé un premier revers en carrière face à Brandon Cook, le 27 janvier. On se souvient tous de l’énorme brouhaha qui a suivi au Centre Bell ce soir-là… Le jeune cogneur s’est cependant bien repris en ajoutant trois knock-out consécutifs à sa fiche, dont le dernier aux dépens du vétéran Lanardo Tyner, qui n’avait jamais été couché auparavant. On a également constaté un style quelque peu différent chez Butler depuis sa défaite contre Cook, qui le sert bien jusqu’ici. À seulement 22 ans, tous les espoirs sont encore permis pour lui.

L’ESPOIR À SURVEILLER – Marie-Ève Dicaire

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Marie-Ève Dicaire a remporté ses quatre combats en 2017. / Photo Archives Bob Lévesque

Plusieurs boxeurs auraient pu se mériter cette mention : Christian M’Billi, Batyr Jukembayev ou encore Mathieu Germain, pour ne nommer que ceux-là. Mais parce qu’elle s’est améliorée à chacune de ses quatre sorties cette année, accordons cet honneur à Marie-Ève Dicaire. Toujours parfaite en dix combats, l’athlète de Saint-Eustache s’est également taillé une place de choix dans le cœur du public grâce, entre autres, à son charisme débordant. Le Québec peut se compter chanceux d’avoir une ambassadrice de la boxe féminine de sa trempe.

QUELQUES SOUHAITS POUR 2018

-La conclusion la plus hâtive possible du litige entre Artur Beterbiev et le Groupe Yvon Michel, et ce, peu importe le camp qui obtient gain de cause. Plus le dossier traîne, plus les dommages se multiplient pour tout le monde, à commencer par l’amateur de boxe. Les parties ont rendez-vous devant le tribunal au mois de mai.

-Une meilleure année pour le Groupe Yvon Michel, tout simplement. Les clowneries d’Adonis Stevenson, Eleider Alvarez qui en subit les contrecoups, le conflit avec Beterbiev, Custio Clayton qui quitte pour joindre l’écurie d’Eye of the Tiger Management… Non, vraiment, GYM voudra oublier 2017 le plus vite possible.

-Un vrai bon test pour Simon Kean. Le poids lourd a haché menu toute l’opposition qui s’est dressée devant lui jusqu’ici, mais on n’a pas toujours croisé d’adversaires particulièrement menaçants. Le Grizzly est dû pour passer à l’échelon supérieur. Peut-être qu’il franchira cette étape lorsqu’il affrontera le Néo-Zélandais Solomon Haumono le 10 février, à Shawinigan.

-Une remise sur pieds rapide pour David Théroux, battu devant les siens à Sorel-Tracy le 14 décembre. Il s’agissait d’une deuxième défaite à ses quatre derniers combats.

-On espère que le public québécois appréciera Mikaël Zewski à sa juste valeur. Après avoir passé la quasi-totalité de sa carrière aux États-Unis, le Trifluvien de 28 ans est revenu chez lui après un an et demi d’inactivité en tant que membre de GYM. Si on sentait la rouille à sa première sortie de 2017, Zewski a été nettement plus convaincant lors de la seconde. Il a quand même remporté 29 de ses 30 combats, ne l’oublions pas.

-Une bonne retraite pour Jean Pascal qui, malgré son côté parfois polarisant, a été un digne représentant de la boxe québécoise tout au long de sa carrière. Idem pour Lucian Bute, bien qu’il n’y ait toujours pas eu d’annonce officielle à cet égard.

-Et, en terminant, une bonne année à vous tous!

Affaire Beterbiev: tout le monde est perdant

[Photo Archives Bob Lévesque]

BILLET – Bon… Avant toute chose, récapitulons, si vous le voulez bien.

Artur Beterbiev devait se battre contre l’Allemand Enrico Koelling à Québec le 21 juillet. Le combat devait permettre à Beterbiev de se hisser au rang d’aspirant obligatoire au titre des mi-lourds de l’IBF que détient actuellement Andre Ward.

Or, au cours des dernières semaines, la survie du duel a semblé de plus en plus menacée. Une journée, le combat n’avait plus lieu à Québec. Le lendemain, on se demandait s’il serait plutôt présenté au mois d’août. Puis, on a laissé entendre que le Russe pourrait se battre le 29 juillet au Barclays Center de New York.

En marge du gala présenté au Casino de Montréal, le 15 juin, le Groupe Yvon Michel (GYM) nous assurait qu’un combat pour Beterbiev en juillet était « coulé dans le béton » et que les détails seraient connus lors d’une annonce officielle la semaine suivante.

Mais l’annonce n’est jamais venue. Pas plus que le combat, finalement.

Dans un communiqué envoyé mercredi après-midi, GYM a confirmé l’annulation du choc Beterbiev-Koelling, expliquant que Beterbiev n’avait pu obtenir un visa pour se rendre aux États-Unis. Une demande d’appel aurait elle aussi été rejetée.

« En conséquence, après avoir consulté le président de la IBF, M. Daryl People, le représentant du promoteur d’Enrico Koelling, M. Chris Meyer, ainsi que M. Leon Margules, GYM a pris la décision de se retirer du combat. Selon notre compréhension, l’IBF va redémarrer la procédure d’appel d’offres (purse bid) afin de permettre la tenue prochaine de ce championnat éliminatoire », explique GYM dans son envoi.

Beterbiev n’en aurait pourtant pas été à son premier voyage au sud de la frontière, lui qui a vaincu Alexander Johnson à Chicago il y a deux ans.

Beterbiev réplique

Quelques heures après l’envoi du communiqué de GYM, Beterbiev a répondu aux affirmations du promoteur dans un long message publié sur sa page Facebook. Sans surprise, il impute tout le blâme à GYM pour l’échec de ce combat.

En résumé, Beterbiev prétend que les autorités américaines ont exigé de voir une copie du contrat confirmant la tenue d’un combat aux États-Unis avant de lui accorder un visa d’affaires, et non un visa touristique, comme celui qu’il avait obtenu pour son combat face à Johnson.

Mais voilà, toujours selon Beterbiev, Yvon Michel aurait exigé de lui qu’il abandonne sa poursuite contre GYM avant de lui permettre d’obtenir le visa en question. Beterbiev, rappelons-le, a entamé des recours judiciaires afin de quitter l’écurie du promoteur.

Beterbiev aurait donc refusé de laisser tomber ses démarches, incitant GYM à annuler le combat en prétextant l’histoire du visa refusé.

« Pour être clair, ce combat a été annulé pour une seule raison : GYM qui, une fois de plus, n’arrive pas à répondre à ses obligations contractuelles. C’est uniquement en raison de l’incapacité de GYM de me fournir un contrat signé pour un combat aux États-Unis que je n’ai pu obtenir le visa nécessaire », écrit Beterbiev.

« [Les événements] ont renforcé ma conviction selon laquelle GYM n’a pas l’intention d’honorer ses obligations contractuelles et que je ne souhaite plus jamais être associé à eux. »

-Artur Beterbiev

GYM allait-il en rester là? Bien sûr que non.

Par le biais de multiples publications Facebook, le promoteur a décortiqué chacune des allégations de Beterbiev. Dans ses réponses écrites en lettres majuscules, GYM affirme que le camp du boxeur n’a jamais demandé à obtenir une copie du contrat, et qu’il a tenté d’obtenir un visa sans en informer l’entreprise. De plus, GYM nie catégoriquement avoir exigé que Beterbiev abandonne sa poursuite.

« L’équipe Beterbiev peut prétendre ce qu’elle veut, mais le fait est que GYM a été bon pour sa carrière, l’a placé dans cette position exceptionnelle aux classements, lui a permis de toucher les meilleures bourses parmi tous les aspirants au titre mondial et lui a fourni tout son personnel d’entraîneurs qui a été développé en étroite collaboration avec GYM », affirme le promoteur.

Pas de gagnant

Alors, qui de GYM ou Beterbiev dit vrai dans toute cette histoire? Impossible de trancher pour le moment. On finira bien par en avoir le cœur net un jour.

Ce qui est clair, cependant, c’est que personne ne sortira gagnant de ce lamentable roman-savon.

Beterbiev éprouvait déjà toutes sortes de difficultés à se trouver des adversaires. D’une part, parce qu’il a l’habitude de détruire tous ceux qui se dressent devant lui. D’autre part, parce qu’il n’est pas encore assez connu auprès du public. Comme le prestige associé à une éventuelle victoire contre Beterbiev est encore somme toute modeste, le risque en vaut-il alors la chandelle aux yeux d’un potentiel rival?

Ce fiasco n’aidera en rien le Tchétchène à se forger une réputation enviable. Le plus triste dans son cas, c’est qu’à 32 ans, il jouit d’une superbe position dans les différents classements et il est à deux doigts d’un combat de championnat du monde. Qu’il aurait sans doute d’excellentes chances de remporter, soit dit en passant.

S’il pouvait seulement avoir l’occasion de se battre de temps à autre, le Québec verrait un autre de ses pugilistes avec une ceinture autour de la taille avant longtemps. Mais pour un ensemble de raisons – encore là, peu importe qui dit vrai entre lui et GYM -, il ne se bat pas. Que ce soit malgré lui ou à cause de lui, Beterbiev est en train de gaspiller les plus belles années de sa carrière.

Pour le bien de celle-ci, il doit trouver le moyen de stopper l’hémorragie – que ce soit avec GYM ou quelqu’un d’autre.

GYM, justement, ne se tire pas de ce feuilleton sans égratignures non plus. Et ce n’est pas comme s’il s’agissait des premières au visage du promoteur.

Séparation houleuse avec David Lemieux, divorce tout aussi acrimonieux avec Beterbiev, la saga Stevenson-Kovalev, guerre de mots avec le président d’Eye of the Tiger Management Camille Estephan, trois combats d’Oscar Rivas annulés coup sur coup… Il aura beau prétendre le contraire, la réalité est que l’image de GYM est sérieusement mise à mal depuis quelques années. Avait-il vraiment besoin d’un nouvel épisode comme celui-là?

Bref, que ce soit à tort ou à raison, les fondations de l’empire GYM présentent d’inquiétantes fissures que le promoteur aurait intérêt à colmater au plus vite. Autrement, c’est toute la boxe québécoise qui finira par en payer le prix.

Le plus grand perdant de « l’affaire Beterbiev » demeure toutefois l’amateur de boxe. Pendant que ça se tape sur la gueule sur les réseaux sociaux, il ne se passe rien dans le ring.

Il est là, le vrai drame.