Le triomphe de Rivas… et de Ramsay

[Photo Mikey Williams, fournie par Top Rank]

« T’es-tu capable de la lancer, ta droite? Ben, lance-la! »

Insatisfait de ce qu’il venait de voir de la part de son boxeur, Marc Ramsay avait le front presque collé à celui d’Oscar Rivas lorsqu’il lui a prodigué, avec vigueur et conviction (c’est bien le moins qu’on puisse dire), cette directive vendredi soir, entre deux rounds du combat opposant Rivas et l’Américain Bryant Jennings au Turning Stone Resort & Casino de Verona, dans l’État de New York.

Cette consigne et toutes les autres que l’entraîneur a imposé à son poulain au cours du duel, avec une fougue frisant parfois l’exaspération, sont directement responsables de l’improbable victoire de Rivas, qui l’a emporté par arrêt de l’arbitre à 54 secondes du 12e et dernier round. En plus de conserver son titre NABF des poids lourds, Rivas s’est du même coup emparé des ceintures NABO et IBF International de la catégorie.

Loin d’être spectaculaire, le combat a plutôt pris les allures d’une partie d’échecs, chaque boxeur cherchant patiemment la faille dans la défense de son adversaire qui lui permettrait de s’imposer. À l’évidence, Rivas (26-0, 18 K.-O.) savait quoi faire pour museler Jennings (24-3, 14 K.-O.), qui n’a jamais semblé être en mesure de solutionner l’énigme qui se dressait devant lui. C’était particulièrement évident en première moitié d’affrontement, alors qu’on se demandait par moments si le pugiliste de Philadelphie savait que le combat était commencé.

Au moment où l’arbitre Gary Rosato a mis un terme aux hostilités, deux des trois juges avaient Rivas gagnant sur leur carte. Les pointages serrés – 105-104 et 106-103 pour Rivas, et un 106-103 pour Jennings – illustrent bien le genre de choc que les deux hommes nous ont offert, avec plusieurs rounds difficiles à juger.

Cela dit, ne nous méprenons pas. Si c’est Rivas qui a stoppé Jennings dans le ring et qui est reparti avec trois ceintures, le vrai vainqueur de ce combat, c’est Ramsay.

Oh, attention, ça n’enlève rien à la performance du Colombien. Après tout, c’est bien beau recevoir les instructions de son entraîneur, encore faut-il les appliquer de la bonne façon et au moment opportun. D’autant que Jennings ne constituait pas un client facile, loin de là.

Mais malgré tout le talent de Rivas, si son coach n’avait pas trouvé les mots et la méthode pour le motiver comme il l’a fait, le résultat aurait fort probablement été différent. Bien appuyé par ses adjoints Samuel Décarie-Drolet et Luc-Vincent Ouellet, Ramsay est parvenu à garder Rivas concentré sur la tâche à accomplir, tout en lui injectant la juste dose d’énergie lorsque cela s’avérait nécessaire.

La boxe québécoise est choyée de pouvoir compter sur plusieurs entraîneurs de qualité – Stéphan Larouche, Rénald Boisvert, Mike Moffa… Mais si ce n’était pas déjà clair dans l’esprit de certains, il serait à peu près temps de considérer Ramsay comme étant le meilleur de ce groupe d’élite. Ce qu’il a démontré au cours du duel Rivas-Jennings relevait ni plus ni moins de la classe de maître de coaching.

Et ça, c’est simplement ce qu’on a vu pendant le combat : on ne parle même pas de tout le travail effectué au préalable, que ce soit au gymnase ou en vidéo pour décoder Jennings. Ce n’est pas un hasard si Ramsay a réussi à amener quatre boxeurs – Jean Pascal, David Lemieux, Artur Beterbiev et Eleider Alvarez – à des titres mondiaux.

Quant à Rivas, même s’il était confronté à un défi de taille, il ne pouvait se permettre d’échapper ce combat. Avec un parcours déjà hypothéqué par plusieurs blessures au cours des dernières années, une défaite aurait encore davantage compromis la suite des choses. Au lieu de cela, il a triomphé de belle façon d’un rival plus que crédible sur les ondes américaines, et pourra grimper un peu plus haut dans les classements mondiaux. Le résultat rêvé.

Le contrat du duel contenait une clause qui prévoyait que Jennings pouvait se prévaloir d’un combat revanche s’il le souhaitait. Or, selon ce que rapporte le Journal de Montréal, celui-ci pencherait davantage pour la retraite. Quoi qu’il en soit, on est déjà curieux de voir ce qui s’en vient pour Rivas qui, à 31 ans, entre dans les années charnières de sa carrière. Surtout qu’il a terminé le combat en santé, ce qui est toujours digne de mention dans son cas.

Chose certaine, tant qu’il pourra compter sur Marc Ramsay dans son coin, Rivas pourra entrevoir l’avenir avec optimisme.

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