Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !

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Tout est bien qui finit bien

[Photo Bob Lévesque]

D’aucuns, à commencer par l’auteur de ces lignes, croyaient que le combat entre Jean Pascal et Steve Bossé aurait des allures de cirque. Se mesurer à un ex-combattant d’arts martiaux mixtes avec un seul combat de boxe à sa fiche : dans quelle genre de galère Pascal allait-il s’embarquer pour sortir de sa retraite ? Et que dire de Bossé, qui ose se frotter à un ancien champion du monde ?

Or, force est d’admettre que les deux hommes nous ont offert un affrontement fort divertissant vendredi soir, à la Place Bell de Laval. Peut-être pas le plus joli sur le plan technique, mais le spectacle y était, aucun doute là-dessus. Et le tout s’est conclu à l’avantage de Pascal (33-5-1, 20 K.-O.), qui a envoyé Bossé (1-1, 1 K.-O.) au tapis en toute fin de huitième round pour l’emporter par arrêt de l’arbitre.

«Un arbre solide ne tombe pas au premier coup de hache. Bossé était un arbre solide, mais ma hache était très aiguisée», a illustré Pascal en conférence de presse.

«J’aurais aimé que ça se termine autrement, mais quand je me présente, ma priorité est de donner un spectacle. Je n’ai pas affronté un ancien champion pour rien. […] C’est du gros bagage que je suis allé chercher. Ma priorité était de montrer à tout le monde que j’étais capable de boxer», a quant à lui expliqué Bossé, qui avait le visage lourdement tuméfié après le combat.

Étonnamment, les 3206 spectateurs réunis dans les gradins s’étaient majoritairement rangés derrière Bossé, servant leurs huées les plus nourries à son adversaire. Pascal, rappelons-le, est originaire de Laval. Et la victoire de ce dernier a suscité une réaction quelque peu mitigée.

«J’ai rarement été autant satisfait d’un événement que celui-ci [de vendredi]. Les gens ont embarqué dans tous les combats.»

-Yvon Michel

Dès la cloche initiale, Bossé a montré qu’il était prêt à se battre et qu’il n’avait nullement l’intention de se laisser manger la laine sur le dos. L’ex-matamore de la Ligue nord-américaine de hockey s’est rué sur son adversaire, plutôt passif en début de combat, et a décoché les meilleures attaques. Ringside lui a même concédé les deux premiers assauts sur son humble carte.

Mais au troisième, l’ancien champion WBC des mi-lourds a repris le contrôle du duel. Il a choisi ce moment pour ouvrir la machine, avec comme résultat une visite de Bossé au tapis après que celui-ci eut reçu deux solides gauches au menton. Des gauches qui s’avéreront être la kryptonite de Bossé et de sa défense.

Bossé s’est relevé, mais n’a plus jamais été le même par la suite. Plus les hostilités progressaient, plus Pascal faisait ce qu’il voulait avec son adversaire. Il a poursuivi ce petit manège jusqu’au moment d’asséner cette gauche fatidique au visage de Bossé, qui l’a renvoyé au plancher. Bien qu’il ait réussi à se relever, il était trop chancelant pour que l’arbitre Michael Griffin lui permette de continuer à se battre.

Rendons d’ailleurs au combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu ce qui lui revient : en plus d’avoir encaissé un nombre effarant de violentes baffes au visage, on a plus tard appris qu’il s’était déchiré le tendon du biceps droit à 50% pendant son camp d’entraînement à Detroit – blessure pour laquelle il sera opéré lundi. Qu’il ait réussi à tenir huit rounds dans de telles conditions impose le respect.

«Steve m’a vraiment surpris par sa solidité.»

-Jean Pascal

Ce dernier a du même souffle annoncé qu’il n’avait pas l’intention de retourner à sa vie de retraité après ce combat. Reste à voir à quoi ressemblera l’avenir pour lui. Chose certaine, il entend revenir chez les mi-lourds.

«C’est ma meilleure chance de redevenir champion du monde. On va en discuter avec [mon entraîneur] Stéphan Larouche et mon équipe. […] Ce sera important pour moi de demeurer prêt dans le gymnase», a-t-il fait valoir.

Domination totale de Dicaire

À l’origine, la demi-finale du gala devait mettre en scène le combat revanche entre Francis Lafrenière et Albert Onolunose. Or, le report de l’événement a obligé Lafrenière à s’en désister, puisqu’il célébrait son mariage le lendemain (on en profite d’ailleurs pour le féliciter !).

Ainsi, Marie-Ève Dicaire (13-0) s’est amenée à la rescousse à moins d’un mois d’avis pour sauver la mise. Pour l’occasion, elle affrontait la Mexicaine Alejandra Ayala (9-4, 5 K.-O.), qu’elle avait déjà vaincu de manière convaincante en juin 2017. La pugiliste de Saint-Eustache a remis ça vendredi, l’emportant de nouveau par une décision unanime sans appel (100-90 partout).

De toute évidence, Dicaire n’avait pas l’intention de laisser la moindre chance à Ayala dans cet affrontement. Jamais l’avait-on vue faire preuve d’autant d’agressivité dans le ring, confinant sa rivale dans l’un des coins pendant de longues secondes lors de chaque engagement. Le contrôle de Dicaire était total.

Notons que le titre NABF des super-mi-moyens que détient Dicaire n’était pas à l’enjeu pour ce combat.

Les autres résultats

Dans un combat d’arts martiaux mixtes qui ne passera certainement pas à l’histoire, Yoni Sherbatov (8-1-1, 4 K.-O., 1 SUB) est venu à bout du Mexicain Luis Solorzano (5-4, 3 K.-O., 1 SUB) par décision unanime (30-27, 29-28, 29-27). Le premier pointage a de quoi étonner quelque peu, puisque le Lavallois a été ébranlé par son adversaire lors du second assaut.

Jordan Balmir (10-0, 7 K.-O.) a mis un terme hâtif à la soirée de l’Allemand Vito Vendetta (12-5-1, 7 K.-O.) – assurément le nom le plus spectaculaire du gala – en lui passant le knock-out à 1 :16 du deuxième round, grâce à un dur crochet droit au visage. Celui qui se fait aussi appeler «Italian Stallion», et dont les adversaires précédents cumulaient une fiche de 70-368-7, a eu toutes les misères du monde à rester sur ses deux pieds en se relevant.

Peu après sa victoire, Balmir est revenu dans le ring pour s’adresser à la foule et lancer une invitation à Steven Butler. «Il y a quelqu’un en avant de moi au Canada et je veux l’affronter, a dit Balmir. Je suis là. Je suis prêt pour toi. On va y aller.» Quelques secondes plus tard, par l’entremise de sa page Facebook, Butler a interpellé Balmir en disait qu’il allait «[lui] faire mal». À suivre…

Vous connaissez le jeu Rock ‘em Sock ‘em, où un robot bleu et un robot rouge se tapent sur le menton jusqu’à ce que la tête de l’un d’eux saute ? Voilà à quoi ressemblait le combat entre Yan Pellerin (2-1) et le Mexicain Fernando Galvan (3-1, 1 K.-O.), que ce dernier a remporté par décision unanime (39-37 partout). Les deux ex-combattants d’arts martiaux mixtes sont demeurés statiques tout au long du duel, s’échangeant les coups à la figure en espérant faire tomber l’autre. Pas le genre de recette qui fonctionne en boxe. Espérons que Pellerin a pris des notes à cet égard.

Jean-Michel Bolivar (4-1, 2 K.-O.) ne regrettera pas trop longtemps d’avoir dû annuler ses vacances pour affronter Michaël Cyr (1-1), puisqu’il a vaincu ce dernier par arrêt de l’arbitre à 1 :09 du troisième round d’un des meilleurs combats de la soirée. Cyr, de Saint-David, est allé au tapis à trois reprises au cours de ce violent duel, dont deux fois au second engagement.

Roody Pierre-Paul (16-4-2, 6 K.-O.) a été surpris par le Roumain Oszkar Fiko (32-25-1, 17 KO), qui lui a arraché une victoire par décision majoritaire (59-55, 59-55, 57-57). Le boxeur de 24 ans, qui a tout près de 60 combats dans le corps malgré son jeune âge, s’est montré dynamique et a donné du fil à retordre à Pierre-Paul à quelques reprises. Un combat serré dans l’ensemble.

En lever de rideau, le Lavallois Whitney Baille (7-0, 2 K.-O.) l’a emporté face au Mexicain Victor Hugo Lorenzo (9-4, 1 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout). Et c’est franchement tout ce qu’il y a à dire sur ce combat des plus ennuyants. On oserait bien un petit jeu de mots en disant que Victor Hugo a eu l’air misérable dans le ring, mais on va se garder une gêne… ou pas.

Un permis, c’est bien, mais…

[Photo tirée de la page Facebook de GYM]

BILLET – Steve Bossé a fini par l’avoir, son permis de boxe. Il a convaincu la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJ) de lui donner une chance. Il pourra donc se battre contre Jean Pascal tel que prévu, le 20 juillet à la Place Bell.

Le combattant de Saint-Jean-sur-Richelieu a réussi à démontrer au tribunal qu’il n’entretenait aucun lien avec le crime organisé, malgré le fait que son agent, Dan Fontaine, soit considéré comme une « personne d’intérêt » par la Sûreté du Québec à cause de ses contacts avec les Hells Angels. La SQ évoquait pour cette raison la possibilité que le groupe criminel soit impliqué dans le gala.

On ne peut toutefois pas dire que la RACJ a été entièrement rassurée, loin de là.

« Nous sommes préoccupés par les relations que vous avez. Lors de vos prochaines demandes de permis, les policiers continueront de faire enquête sur vous », a prévenu l’un des juges administratifs de l’audience, tel que cité par le Journal de Montréal.

Pas exactement le vote de confiance le plus senti, disons.

Le permis que Bossé vient de recevoir est valide pour un an. Va-t-on devoir se taper un autre feuilleton judiciaire mettant en vedette le « Boss » en 2019? Espérons que non.

Le problème reste entier

Ainsi donc, Bossé a maintenant le droit de se battre la semaine prochaine. Grand bien lui fasse.

Tant mieux pour lui. Tant mieux pour Jean Pascal, qui pourra sortir de sa retraite devant ses partisans lavallois comme il le souhaitait. Tant mieux pour les amateurs – pas très nombreux, nous dit-on – qui ont payé leur billet et qui auront droit à la finale à laquelle ils s’attendaient.

Sauf que…

Sauf que ça n’enlève rien au cœur du problème : le gala du 20 juillet, à sa face même, n’offre que bien peu d’intérêt pour le partisan de boxe moyen.

Outre le duel Pascal-Bossé, qui a surtout fait jaser pour les mauvaises raisons jusqu’ici et que plusieurs apparentent à un freak show, on aura droit à une demi-finale entre Marie-Ève Dicaire, arrivée à la rescousse après le désistement de Francis Lafrenière, et une adversaire dont on ignore toujours l’identité à 10 jours du combat.

Ouf…

Le retrait tout à fait logique et compréhensible de Lafrenière – il croyait se battre le 29 juin, mais le gala a finalement été reporté à la veille de son mariage – a du même coup fait tomber le combat le plus intéressant de la soirée, et de loin. Nous étions tous bien curieux de voir ce dont aurait l’air sa revanche face à Albert Onolunose. Bien plus que de savoir qui l’emporterait entre un ex-champion du monde WBC et un ancien combattant d’arts martiaux mixtes/goon de la Ligue nord-américaine de hockey.

Pétard mouillé, hélas.

Rien de personnel contre Dicaire, cela dit. Bien au contraire. Elle a accepté volontiers de donner un coup de main à son promoteur, dans des circonstances loin d’être optimales. C’est tout à son honneur. Mais c’est plutôt difficile de vendre un combat qui ne devait même pas avoir lieu il y a un mois, surtout quand l’un des deux belligérants se résume pour l’instant à un gros point d’interrogation.

Besoin d’une surprise

Mais revenons à la carte du gala. Après Pascal, Bossé et Dicaire, on a quoi? Euh, attendez… Ah oui! Il y a Yoni Sherbatov, qu’on connaît un peu. Ensuite… Euh… Bien, ensuite… C’est plutôt tranquille, finalement.

Vous vous demandez encore pourquoi les sièges de la Place Bell ont autant de difficulté à trouver preneur? De prime abord, du premier combat jusqu’au dernier, la carte n’a rien d’attirant. En tout cas, rien d’assez aguichant pour convaincre le fan de boxe de ressortir son portefeuille, sans doute déjà éprouvé par les nombreux galas des dernières semaines. C’est aussi simple que ça.

En plus, comme c’est trop souvent le cas depuis les dernières années, le Groupe Yvon Michel s’est de nouveau empêtré dans toutes sortes de déboires hors du ring qui ont entaché l’image de l’événement. Que ce soit la faute de GYM ou non, ça s’appelle se tirer dans le pied, chers amis.

Ah oui, c’est vrai! Olivier Primeau, grand manitou de cette foire aux pectoraux qu’est le Beachclub, s’est joint à l’équipe pour lui faire bénéficier de son expertise promotionnelle et ainsi revigorer la vente de billets.

Outre un entraînement tenu sur les plages de Pointe-Calumet le week-end dernier, avez-vous senti une quelconque influence jusqu’à présent?

Remarquez, si le cerveau du Beachclub est de la partie, on suppose que ça signifie que le DJ sera bon, n’est-ce pas? L’histoire ne dit pas si les boxeurs seront les seuls à être torse nu sur place, cependant. Peut-être que le Banana Boat sera fourni, qui sait?

Trêve d’ironie, on va se souhaiter que quelques-uns des combats de la sous-carte nous surprennent et offrent un spectacle enlevant. Sinon, il se pourrait qu’on entende une mouche voler dans l’amphithéâtre. Et pas seulement parce qu’il n’y a personne dans les gradins.

«Il n’y a que des perdants»

[Photo archives Bob Lévesque]

Samedi soir, le Groupe Yvon Michel (GYM) présentait son plus récent gala de sa série au Casino de Montréal. Or, le boxeur qui a le plus retenu l’attention pour l’occasion n’est jamais monté dans le ring.

N’en déplaise aux athlètes qui étaient à l’œuvre, c’est le nom d’Artur Beterbiev qui a alimenté les discussions, alors qu’il avait subi la première défaite de sa carrière professionnelle la veille – non pas dans l’arène, mais plutôt devant le tribunal.

Le juge Frédéric Bachand, de la Cour supérieure, a en effet servi une rebuffade au Tchétchène dans le litige qui l’opposait à GYM. Beterbiev, rappelons-le, réclamait d’être libéré du contrat le liant au promoteur, alléguant que ce dernier n’aurait pas rempli ses obligations.

Beterbiev reprochait entre autres à Yvon Michel de ne pas lui avoir versé sa bourse à temps après son combat face à Isidro Prieto, le 23 décembre 2016, et de ne pas lui avoir offert le minimum de quatre combats par année, tel que le prévoyait leur entente signée en 2015.

Dans sa décision rendue vendredi, le juge Bachand explique que même si GYM a effectivement tardé à verser l’entièreté de la bourse de 250 000$ de Beterbiev en vertu des modalités de paiement établies avant le duel contre Prieto, il ne s’agit pas d’un manquement assez grave au contrat pour l’invalider, comme le prétendait le boxeur.

Le magistrat souligne par ailleurs qu’en raison des différentes blessures qu’il a subies au cours des dernières années, Beterbiev n’aurait pas été en mesure de livrer quatre combats de toute façon.

«On ne peut nier que le partenariat avec GYM a été bénéfique pour [Beterbiev]. En effet, il a atteint son objectif ultime à la fin de 2017, alors qu’il a remporté le titre IBF des mi-lourds au terme de ce qui était seulement son douzième combat professionnel», écrit le juge.

La réconciliation est-elle possible ?

Malgré un verdict qui lui est favorable dans les faits, Yvon Michel refuse de se réjouir.

«On ne peut pas dire qu’il y a des gagnants dans cette cause. Il n’y a que des perdants. On a perdu un an et demi d’énergie et d’argent, de part et d’autres», a-t-il résumé lors d’un point de presse donné peu avant le gala de samedi.

Le promoteur se dit tout à fait disposé à travailler de nouveau avec Beterbiev, dont le contrat avec GYM est théoriquement valide jusqu’en 2021. Mais un conflit aussi acrimonieux que celui que les deux hommes viennent de traverser laisse forcément des traces. Pour ne pas dire de profondes cicatrices.

Est-il vraiment réaliste de croire que Beterbiev et Michel pourront de nouveau collaborer, presque comme s’il ne s’était rien passé ?

«On était des adversaires. Maintenant, c’est terminé. C’est comme un combat de boxe. Nous sommes prêts à poursuivre avec le même enthousiasme et le même intérêt que lorsqu’il a commencé avec nous.»

-Yvon Michel

«On est convaincus que nous sommes l’organisation la mieux placée pour faire avancer Artur. On est convaincus d’avoir les ressources et les contacts, que ce soit avec des promoteurs ou la télé américaine, pour qu’Artur Beterbiev réussisse finalement à performer au niveau de son talent et démontre qu’il peut être une grande star en boxe professionnelle.»

Reste à voir si le boxeur sera du même avis. Son camp a déjà annoncé qu’il interjetterait appel du jugement rendu vendredi.

Dicaire défend sa ceinture

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Marie-Ève Dicaire a défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens. / Photo archives Bob Lévesque

Avec tout ça, on oublie presque qu’il y avait des combats hors des tribunaux samedi soir, à commencer par celui opposant Marie-Ève Dicaire (12-0) et l’Argentine Yamila Belen Abellaneda (6-2, 3 K.-O.). La boxeuse de Saint-Eustache a ainsi défendu avec succès sa ceinture NABF des super mi-moyens en prenant la mesure de la Sud-Américaine par décision unanime (100-90, 99-91, 98-92).

Cela dit, ne vous fiez pas trop aux apparences : malgré ce qu’indiquent les cartes de pointage, le duel a été plutôt serré du début à la fin. Confrontée à une rivale qui s’était visiblement donné la mission d’appliquer un maximum de pression sur elle, Dicaire a dû user de stratégie – et encaisser quelques jolis coups au passage – pour contenir les assauts d’Abellaneda. Ce qu’elle est parvenue à faire avec brio.

«On savait qu’elle allait mettre de la pression, a mentionné Dicaire. On savait qu’elle allait venir ici pour se battre et qu’elle avait un bon bagage amateur. C’était le fun, parce que je pouvais boxer dans le ring. Ce n’était pas des coups qui venaient de n’importe où, n’importe comment. C’était de la belle boxe, et ça m’a permis de bien travailler.

«Pour moi, c’était important de donner une coche de plus qu’à mon dernier combat. On a apporté beaucoup de changements. Je voulais voir la différence pour mes entraîneurs.»

-Marie-Ève Dicaire

Parmi ces nouveautés, on a ajouté un psychologue sportif à l’équipe de la pugiliste. Aux dires de Dicaire, l’arrivée de cet expert lui a injecté une dose appréciable de confiance.

«Autrefois, je n’osais pas trop essayer des choses dans le ring parce que je doutais, ce qui fait que j’étais toujours une fraction de seconde trop tard. Là, j’étais sans pression dans le ring. J’étais libre. J’aimais ce que je faisais», a-t-elle expliqué.

«J’ai travaillé fort parce que je l’ai voulu. Parce que je voulais en donner plus. Et je suis vraiment satisfaite. Ce combat, c’est vraiment une belle façon de dire que ma ceinture NABF, je l’ai gagnée», a-t-elle conclu avec son éternel sourire.

Les autres résultats

En demi-finale, Shakeel Phinn (18-2, 12 K.-O.) a vaincu le Croate Mirzet Bajrektarevic (18-6, 10 K.-O.) lorsque celui-ci a été contraint à l’abandon à 39 secondes du sixième round. Bajrektarevic s’est blessé à la main gauche après avoir lancé un coup. Il a aussitôt reculé vers son coin, grimaçant de douleur et incapable de poursuivre le combat.

Dario Bredicean (17-0, 5 K.-O.) a récolté une rare victoire avant la limite en forçant le Mexicain Jonathan Tavira (17-5, 13 K.-O.) à l’abandon après six rounds d’action. Le protégé de Lucian Bute a pu profiter des largesses défensives de Tavira pour malmener à souhait celui-ci, qui a néanmoins tout encaissé sans tomber. Après le sixième round, cependant, le Mexicain en avait eu assez.

Louisbert Altidor (9-2, 4 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Manuel Beltran (5-1, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (60-53 partout). Celui qu’on surnomme «Ti Kouto» a envoyé son rival au tapis au troisième round au terme d’un minutieux travail au corps.

Terry Osias (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en prenait la mesure du Français Augustin Malecot (3-7-1) par décision unanime (40-35 partout). Malecot, désormais établi à Montréal, est allé visiter le plancher dès le premier round. Il encaisse ainsi un septième revers consécutif.

En début de gala, Tommy Houle (3-0) s’est montré sans pitié envers Adam Ayoubi (1-1-1), l’emportant par décision unanime (40-35, 39-36, 38-37). Le boxeur de Joliette a malmené son adversaire pratiquement du début à la fin. La chute d’Ayoubi au quatrième round, de même que son œil gauche sévèrement tuméfié, en ont témoigné.

À cause des juges? Vraiment?

[Photo tirée de Twitter]

Si un ou des juges du combat entre Adonis Stevenson et Badou Jack avait été canadien, le champion aurait eu davantage de chances d’être sacré vainqueur plutôt que de devoir se contenter d’un verdict nul majoritaire.

C’est du moins ce qu’ont prétendu Stevenson et son promoteur Yvon Michel en conférence de presse jeudi, cinq jours après le duel face à Jack disputé au Air Canada Centre de Toronto. En vertu de ce résultat nul, Stevenson a pu conserver son titre WBC des mi-lourds.

Deux des trois juges sélectionnés par le WBC pour cet affrontement venaient des États-Unis, tandis que le troisième était d’Italie. Deux d’entre eux ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a donné Jack gagnant à 115-113. L’arbitre Ian John Lewis, quant à lui, est un Britannique.

« Moi, je trouve que j’ai gagné. […] Mais Floyd Mayweather [le promoteur de Jack] a joué un petit tour. Il n’y en avait pas un seul qui était canadien. C’est Floyd qui s’est arrangé. Comment se fait-il qu’on est en sol canadien et qu’il n’y a pas un seul juge qui est canadien? », a déploré Stevenson.

Or, quiconque ayant vu le combat vous dira que le résultat nul n’a absolument rien de scandaleux. Les deux hommes se sont livré une rude bagarre tout au long des 12 rounds. Et si les six premiers ont été l’affaire de Stevenson dans l’ensemble, les six suivants (ou presque) sont nettement allés à Jack. Difficile de déterminer un gagnant sans équivoque dans ces circonstances.

Yvon Michel, lui, a reproché au patron de la Commission athlétique de l’Ontario, Ray Dempster, d’avoir laissé le WBC lui imposer ses juges sans rechigner. Si le combat avait eu lieu au Québec, dit-il, Michel Hamelin, responsable des sports de combat pour la Régie des alcools, des courses et des jeux, n’aurait jamais accepté une telle situation.

Il y a effectivement fort à parier qu’au moins un des juges aurait été québécois si le duel avait été présenté, disons, à Montréal comme prévu au départ. Cela dit, la déclaration du promoteur a de quoi faire sourciller. Des juges québécois auraient-ils été plus favorables à Stevenson simplement parce qu’il est lui-même Québécois?

La réputation et le professionnalisme des officiels de la RACJ ne font aucun doute dans l’univers de la boxe. De tels propos frisent les allégations de chauvinisme.

Yves Ulysse a-t-il été privilégié lorsqu’il a affronté Steve Claggett? Et Francis Lafrenière, quand il s’est frotté à Albert Onolunose? Et Shakeel Phinn, lors de son choc face à Ramon Aguinagua?

Poser ces questions, c’est y répondre, comme on dit. Ce n’est pas parce qu’un juge a la même nationalité qu’un boxeur qu’il favorisera nécessairement ce dernier. Sauf parfois à Las Vegas, mais ça, c’est une autre histoire…

Stevenson a aussi plaidé qu’il avait été ralenti par un rhume pendant le combat et les jours qui ont précédé. Il n’y aucune raison de douter qu’il ait en effet été malade. Mais quand on en est rendu à montrer les juges du doigt, alors que leur décision n’a révolté personne, soyons francs : ça ne fait pas très sérieux.

Pourtant, le champion n’a pas à rougir de sa performance dans le ring. Il a connu quelques difficultés, certes, mais il a malgré tout fini le combat sur ses deux pieds. Et surtout, il a montré qu’il était encore capable de rivaliser avec les meilleurs de sa division, en dépit de ses 40 ans et de tout ce qu’on a pu dire sur lui à ce sujet.

Dommage qu’il semble préférer trouver des excuses.

Pascal-Bossé à Laval

Dans un autre ordre d’idées, le Groupe Yvon Michel a finalement confirmé jeudi que le combat du 29 juin entre Jean Pascal et Steve Bossé allait bien avoir lieu à la Place Bell, à Laval.

Le choix de cet amphithéâtre tombe sous le sens. D’une part, cela permettra à Pascal de se battre chez lui, dans son patelin. D’autre part, l’événement sera à l’abri d’éventuels caprices de la météo, ce qui n’aurait pas été le cas s’il avait eu lieu au stade IGA, comme on l’envisageait.

Par ailleurs, et puisqu’on parlait d’eux plus haut, on a appris que Francis Lafrenière et Albert Onolunose se livreraient un combat revanche en demi-finale de ce gala. Rappelons qu’à leur première confrontation, le 15 mars, Onolunose avait surpris Lafrenière par décision majoritaire pour lui ravir sa ceinture NABO des poids moyens.

En plus de mettre un terme à une séquence de 13 victoires consécutives, cette défaite avait laissé un goût amer dans la bouche de Lafrenière, qui avait reproché à Onolunose un manque d’activité au cours du duel. Il faut dire que ce dernier avait réussi à jouer un vilain tour au Québécois en adoptant un style similaire au sien, dans lequel les corps à corps et les accrochages sont légion.

Chose certaine, Lafrenière sera très certainement affamé au moment de remonter dans le ring pour y croiser Onolunose à nouveau. Les probabilités de voir des flammèches durant ce combat sont plutôt fortes.

Stevenson a eu chaud…

[Photo tirée de Twitter]

Il y aura toujours des exceptions, bien sûr. Mais vous voyez ce qui arrive quand les meilleurs boxeurs affrontent les meilleurs ?

Règle générale, on obtient un combat enlevant, qui nous tient au bout de notre siège, et au cours duquel les coups fusent de toutes parts. Exactement comme celui que nous ont offert Adonis Stevenson et Badou Jack samedi soir, au Air Canada Centre de Toronto.

De l’action, du suspense, des revirements… C’est à un véritable buffet d’émotions qu’on a eu droit au cours de ce duel. Et ce, du début jusqu’à la toute fin, lorsqu’on nous a annoncé que cette furieuse bagarre s’était soldée par un verdict nul majoritaire. Deux juges ont remis des cartes de 114-114, tandis que le troisième a vu Jack gagnant à 115-113.

C’est donc dire que Stevenson (29-1-1, 24 K.-O.) a réussi une neuvième défense de son titre WBC des mi-lourds. Et que pour la première fois depuis son premier combat face à Darnell Boone, en avril 2010, il est ressorti de l’arène sans une victoire en poche.

« Je l’ai touché plus souvent. J’estime avoir gagné. »

-Adonis Stevenson

Les partisans de Jack (22-1-3, 13 K.-O.) seront sans doute nombreux à crier au vol. Il faut dire que leur favori a largement dominé la deuxième moitié de l’affrontement, plaçant Stevenson en mauvaise posture à plusieurs occasions.

«Je pensais avoir gagné. Aucun juge ne l’a vu gagnant», a souligné Jack à cet égard.

Il y avait d’ailleurs longtemps qu’on avait vu le champion être à ce point en danger durant un combat. Vous souvenez-vous de la dernière fois où il a saigné du nez dans le ring? C’est ce que je croyais.

Or, les premiers rounds ont été si chaudement disputés qu’il était souvent difficile de déterminer un vainqueur avec certitude. En fait, et c’est sans doute sur ce plan que le verdict nul fait le plus mal pour le camp Jack, les rounds remportés par ce dernier étaient sans équivoque : sa domination était alors claire et nette. En contrepartie, les gains de Stevenson étaient moins évidents. Ou pouvaient davantage être matière à débats, si vous préférez. Ce qui explique très certainement la décision des juges.

On aura beau le critiquer tant qu’on voudra sur la façon dont il gère sa carrière, Stevenson reste malgré tout un excellent pugiliste. Et on doit reconnaître qu’il a tenu le coup contre l’un des très bons boxeurs de sa division. Mais comme tout le monde, il a ses limites, et Jack a su les exploiter.

En se tenant à distance de son adversaire et en prenant tout le temps nécessaire pour l’approcher de la bonne manière, le Suédois a empêché en grande partie son rival de sortir sa terrifiante main gauche, qui a pulvérisé tant de pauvres victimes par le passé.

De fait, le seul moment où Jack a véritablement été ébranlé durant le combat est venu au 10e round, lorsqu’il a justement reçu une puissante gauche en plein abdomen. Si Jack n’avait pas su se ressaisir au bon moment et encaisser les assauts subséquents, ce coup aurait pu causer sa perte.

Après la dernière cloche, Stevenson est retourné dans son coin épuisé et l’air inquiet, sûrement conscient de la réelle possibilité qu’il soit détrôné. À l’inverse, Jack s’est dirigé vers son équipe les deux bras dans les airs, sourire triomphant aux lèvres. C’était avant l’annonce du pointage, évidemment. La scène était néanmoins éloquente.

Stevenson ne l’avouera jamais si candidement, c’est certain, mais il a eu chaud samedi. Très chaud. Si Jack avait connu un départ plus canon, sans pour autant s’offrir comme cible, on doute que le Québécois serait rentré chez lui avec sa ceinture.

Notons que le contrat pour cette confrontation contenait une clause permettant la tenue d’un éventuel combat revanche. Les deux hommes se sont montrés ouverts à l’idée au terme de leur duel. Avec une conclusion comme celle à laquelle on a assisté, une telle option tombait sous le sens de toute façon.

Seul problème, Jack souhaiterait que la revanche ait lieu chez lui, à Las Vegas, tandis que Stevenson voudrait demeurer au Canada. Une (autre) saga à suivre…

Rivas le technicien

RivasHubeaux
Oscar Rivas (à droite) a vaincu Hervé Hubeaux par décision unanime. / Photo tirée de Twitter

Oscar Rivas (24-0, 17 K.-O.) était dû pour un défi. Un vrai. Il en a eu un bien relevé en la personne du Belge Hervé Hubeaux (29-3, 14 K.-O.), en demi-finale du gala de samedi.

Face à un adversaire nettement plus aguerri que ceux qu’il a affrontés à ses dernières sorties, le Colombien a dû mettre en valeur ses meilleurs atouts techniques pour venir à bout de Hubeaux, ce qu’il a fait par décision unanime (99-91, 100-90, 100-90). Il a ainsi réussi la première défense de sa ceinture NABF des poids lourds.

Contrairement aux derniers boxeurs que Rivas a affrontés, Hubeaux a à la fois démontré de bonnes aptitudes défensives et une capacité à atteindre sérieusement la cible. Ainsi, Rivas ne pouvait se contenter de se ruer tout simplement sur lui pour le marteler jusqu’à ce qu’il tombe. Il a plutôt dû faire preuve de patience et d’intelligence. Et c’est précisément ce qu’il a réussi, en plus de s’acharner sur le corps de Hubeaux, question d’éroder sa garde et créer des ouvertures.

Après le combat, on a appris que Rivas s’était déchiré le biceps dès le troisième round, ce qui explique pourquoi il a souvent semblé avoir de la difficulté à attaquer de la main droite. Il faudra surveiller de près l’évolution de cette blessure, surtout quand on sait à quel point il a été ennuyé par des problèmes de santé ces dernières années.

Les autres résultats

L’Ontarien Kane Heron (11-0-1, 5 K.-O.) et le Mexicain Ivan Alvarez (27-9-1, 17 K.-O.) se sont livrés une furieuse guerre dans l’arène qui a réjoui la foule. Du moins, jusqu’à ce qu’on lui annonce que le combat s’était soldé par un verdict nul majoritaire. L’un des juges a vu Alvarez gagnant à 78-74, tandis que les deux autres ont remis des cartes de 76-76.

Mikaël Zewski (31-0, 22 K.-O.) s’est emparé du titre WBC International des mi-moyens en l’emportant par décision unanime (100-89, 99-90, 99-90) devant l’Argentin Diego Gonzalo Luque (21-5-1 10 K.-O.). Si le duel lui-même s’est avéré plutôt terne, on se souviendra cependant de ce loustic qui a tenté de monter dans le ring au milieu du septième round, forçant la suspension du combat pendant quelques minutes (voir vidéo ci-dessous). Heureusement, l’individu a rapidement été intercepté par les agents de sécurité, qui l’ont ensuite escorté hors du Air Canada Centre alors qu’il était complètement nu. Du jamais vu pour l’auteur de ces lignes…

Dans un affrontement de poids lourds décousu au possible, l’Ontarien d’origine albanaise Kristian Prenga (8-1, 8 K.-O.) n’a eu aucun mal à se défaire de l’Argentin Ricardo Humberto Ramirez (14-5, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :44 du troisième round. Ramirez, dont la technique et la forme physique laissaient pour le moins à désirer, s’est surtout fait remarquer pour avoir craché son protecteur buccal à répétition, jusqu’au point d’être pénalisé par l’arbitre.

Christian Mbilli (10-0, 10 K.-O.) a une fois de plus démontré son immense talent en forçant l’Argentin Marcos Jesus Cornejo (19-3, 18 K.-O.) à l’abandon à 1 :52 du troisième round. Une décision judicieuse de la part du coin de ce dernier, alors que Mbilli pilonnait son adversaire sans aucune gêne depuis le début du duel. Le Français met du même coup la main sur un premier titre mineur en carrière, en l’occurrence la ceinture WBC jeunesse des poids moyens.

Patrice Volny (11-0, 8 K.-O.) a conservé son titre NABA Canada des poids moyens en réglant le cas de l’Albertain Janks Trotter (10-5-2, 10 K.-O.) à la toute fin du premier round. Le Québécois a envoyé son rival au plancher avec un jab en apparence inoffensif. Or, Trotter a eu toutes les misères du monde à se relever, tant et si bien que l’officiel a préféré mettre un terme au combat.

À son premier combat en tout près de 15 mois, Sébastien Bouchard (16-1, 6 K.-O.) a aisément disposé du Serbe Sladan Janjanin (24-3, 18 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :08 du deuxième round. Comme on pouvait s’y attendre, Bouchard a paru un peu rouillé en début d’affrontement. Mais il a rapidement repris le dessus, envoyant Janjanin au tapis trois fois durant le second assaut. À la troisième chute, l’arbitre en a eu assez.

Mazlum Akdeniz (5-0, 2 K.-O.) a vaincu le Canadien Lloyd Reyes (0-2) par arrêt de l’arbitre à 1 :40 du deuxième round. Akdeniz avait envoyé Reyes au plancher grâce à un violent crochet droit au visage lors du premier engagement. Il a remis ça au deuxième, alors que Reyes cherchait carrément à se sauver de son adversaire.

Pascal-Bossé: c’est (enfin) officiel!

[Photo archives Vincent Éthier]

Depuis le temps qu’on attendait une annonce officielle, voilà qu’elle est finalement tombée jeudi matin. Jean Pascal mettra bel et bien un terme à sa retraite en remontant dans le ring le 29 juin pour y affronter Steve Bossé.

Le boxeur a d’abord diffusé la nouvelle sur son compte Twitter. Le Groupe Yvon Michel, qui assurera la promotion de l’événement, a ensuite confirmé le tout par communiqué. Le combat aura lieu soit au stade IGA, soit à la Place Bell. Une conférence de presse lancera les activités promotionnelles vendredi.

Une fois le tout annoncé, les deux belligérants n’ont d’ailleurs pas tardé à se lancer quelques flèches par tweets interposés, comme on peut le constater ci-dessous.

 

Tout cela met donc un terme à des mois de spéculations entourant l’avenir de Pascal, qui avait dit vouloir mettre un terme à sa carrière après sa victoire face à Ahmed Elbiali le 8 décembre, en Floride.

Bossé… et plus encore

Or, quelques semaines plus tard, le Lavallois avait changé son fusil d’épaule, et parlait d’un retour pour livrer un dernier combat devant ses partisans québécois. Il n’en fallait pas plus pour alimenter les rumeurs, tant au sujet de la sincérité de son souhait que de l’identité de son éventuel adversaire.

Mais voilà, non seulement Pascal est bel et bien de retour, il dit maintenant vouloir continuer à se battre après son duel contre Bossé.

« C’est certain que je vais prendre la mesure de l’eau chez les lourds et je verrai ce que je fais ensuite, a-t-il déclaré. Je pourrais rester chez les lourds ou retourner chez les mi-lourds pour livrer un combat de championnat du monde. […] Mais j’ai toujours dit à Yvon Michel que je boxerais chez les lourds avant ma retraite », a indiqué le boxeur de 35 ans, tel que cité par le collègue Frédéric Daigle de la Presse canadienne.

On ne pourra certainement pas l’accuser de manquer d’ambition.

SteveBosseFacebook
Steve Bossé a un premier défi à relever avant même le combat: respecter la limite de poids. / Photo tirée de Facebook

Parlant de poids, notons que Pascal, qui se bat d’ordinaire à 175 lb, devra respecter une limite fixée à 188 lb pour la pesée officielle. Bossé, qui évolue chez les lourds, ne pourra quant à lui dépasser ce seuil de plus de 12 lb. Ce qui signifie que si Pascal monte sur le pèse-personne à 186 lb, par exemple, Bossé devra peser 198 lb ou moins. Un beau défi en perspective pour le Boss et son équipe d’entraîneurs.

Et qu’en est-il du combat lui-même? Pascal, ex-champion WBC, part évidemment grand favori. Qui plus est, il sera animé du désir de signer une victoire éclatante pour souligner son retour dans l’arène, et devant son public par-dessus le marché.

Bossé, 36 ans, a beau s’être battu longtemps en arts martiaux mixtes, il n’a qu’un seul combat de boxe professionnelle à sa fiche. Certes, il avait passé le knock-out à son adversaire dès le deuxième round, mais entre nous, l’athlète de Saint-Jean-sur-Richelieu était loin d’avoir un grand défi devant lui. Cela dit, Bossé s’amènera lui aussi dans le ring en ayant le couteau entre les dents, déterminé à prouver qu’il est en mesure de se frotter aux meilleurs.

On verra bien ce que tout ça donnera dans le ring. Ce qui est sûr, cependant, c’est que l’ambiance sera au rendez-vous dans les gradins. Peu importe que ce soit ceux du stade IGA ou de la Place Bell!

Un été occupé!

Mine de rien, la confirmation du combat Pascal-Bossé vient garnir encore plus un calendrier estival de boxe qui était déjà fort bien rempli. Voyez vous-même avec cette brève recension.

  • 19 mai : Adonis Stevenson-Badou Jack, Toronto
  • 26 mai : David Lemieux-Karim Achour, Québec
  • 9 juin : Marie-Ève Dicaire contre une adversaire à déterminer, Montréal
  • 16 juin : Simon Kean-Adam Braidwood, Shawinigan
  • 23 juin : Steven Butler-Carson Jones, Montréal
  • 29 juin: Jean Pascal-Steve Bossé, Montréal/Laval
  • 4 août : Eleider Alvarez-Sergey Kovalev, Atlantic City

À l’évidence, les amateurs de boxe de partout au Québec auront amplement de quoi se mettre sous la dent au cours des prochaines semaines. Et on ne s’en plaindra certainement pas.