L’heure de la grande question

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

La question refait invariablement surface lorsqu’on parle d’un vétéran boxeur qu’on sait sur ses derniers milles, mais qui poursuit malgré tout sa carrière. Sera-t-il de ceux qui auront livré le proverbial « combat de trop »? Et si c’est le cas, à quel moment ce damné combat aura-t-il lieu?

Aussi triste que cela puisse être à dire, Jean Pascal pourrait avoir livré ce combat de trop samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, alors qu’il se mesurait au champion WBA des mi-lourds, Dmitry Bivol. Déjà fortement négligé aux yeux d’à peu près tout le monde avant la première cloche, le Lavallois s’est fait servir une véritable leçon de boxe par le Russe, qui l’a emporté par décision unanime (117-111, 119-109, 119-109). Ringside avait pour sa part Bivol gagnant à 118-110.

D’un bout à l’autre des 12 rounds de ce duel, Bivol (15-0, 11 K.-O.) a fait l’étalage de son talent encore cruellement mésestimé. Grâce à un jab efficace, il a gardé Pascal (33-6-1, 20 K.-O.) à distance. Ainsi, ce dernier n’a jamais été en mesure de placer quelque attaque sérieuse que ce soit. Les statistiques le montrent bien : Bivol a atteint la cible 217 fois dans ce combat, contre seulement 60 pour Pascal.

Mais c’est surtout sur le plan de la vitesse que l’immense canyon qui sépare les deux pugilistes était manifeste. Trop souvent, on a senti que Pascal avait les jambes lourdes devant Bivol. La différence d’âge (36 ans contre 27), entre autres choses, sautait aux yeux plus que jamais.

Pis encore, Pascal était visiblement exténué à partir du sixième round. Normal, à force de courir après un adversaire aussi élusif. Et déjà qu’il lançait peu de coups jusque-là, il en a envoyé encore moins par la suite. Certainement pas la situation idéale quand le knock-out devient essentiel pour l’emporter.

L’ancien champion WBC nous a bien offert quelques lueurs d’énergie ici et là, particulièrement au huitième et dixième rounds. Mais chaque fois, dès l’assaut suivant, cet élan soudain d’agressivité s’évanouissait… et Pascal replongeait alors dans la vase de laquelle il semblait tenter de se dépêtrer depuis le début de l’affrontement.

Pour tout dire, et au risque de paraître injustement sévère, c’est à peine si Bivol a eu à forcer pour réussir la troisième défense de son titre. Tout semblait si facile, si automatique pour lui. Ceux qui ne le connaissaient pas avant ce duel auraient intérêt à en apprendre davantage à son sujet, car vous allez le voir encore un bon bout de temps.

Que faire?

On l’a maintes fois répété, et on ne le dira jamais assez : aussi polarisant puisse-t-il être auprès de certains amateurs, personne ne pourra reprocher à Jean Pascal d’avoir esquivé les défis et de s’être donné un parcours aisé au cours de sa carrière.

Il s’est frotté à un Carl Froch et un Bernard Hopkins au sommet de leur art. Après une première défaite sans appel, il a réclamé un combat revanche contre Sergey Kovalev – et le résultat fut encore plus douloureux. Et maintenant, on peut ajouter le cas Bivol à cette liste.

Pascal a tout donné pour son sport et a contribué de façon considérable à le faire croître au Québec. Il n’a plus rien à prouver et personne ne lui en voudrait de conclure sa route ainsi.

On peut comprendre qu’il soit difficile pour un athlète de mettre un terme à sa carrière. Mais parfois, c’est la meilleure chose à faire pour ne pas avoir de regrets. Comme ceux que Pascal et son entraîneur Stéphan Larouche ont justement dit vouloir éviter en marge du combat de samedi.

Or, Pascal et son équipe ont immédiatement rejeté toute possibilité de retraite après le duel, préférant parler, en gros, d’une mauvaise soirée au bureau. Son préparateur physique Angel Heredia a quant à lui écrit sur Twitter que Pascal s’était battu alors qu’il était très malade – tweet qui a curieusement été supprimé peu de temps après que le gérant du boxeur, Greg Leon, a vivement nié cette affirmation.

Mais au fond, qu’importe si ce n’était qu’une dure soirée de travail ou le résultat d’un obscur ennui de santé. La question n’est pas là. Il s’agit pour Pascal de se demander à quoi ressemblera la suite des choses en ce qui le concerne à partir de maintenant.

À la lumière de sa performance de samedi, est-il réaliste de croire qu’il obtiendra une autre chance de se battre pour un titre mondial dans un avenir plus ou moins rapproché? Sera-t-il désormais condamné à jouer les faire-valoir et conclure un parcours jusqu’ici glorieux avec une série de combats d’envergure secondaire?

Chacun peut évidemment avoir son opinion sur le sujet. Mais c’est Pascal qui aura le dernier mot. En fier guerrier, il sera peut-être réticent à admettre que le temps est peut-être venu de raccrocher les gants – pour de bon, cette fois.

Mais qu’il le veuille ou non, il en est maintenant rendu à réfléchir encore plus sérieusement à son avenir. Et à se poser la grande question : « Qu’est-ce que je fais, maintenant? ».

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Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !

Où diable se battra Pascal?

[Photo archives Vincent Éthier]

Si Jean Pascal voulait se donner des airs de Carmen Sandiego, il peut dire mission accomplie.

Depuis que le boxeur a annoncé vouloir sortir de sa retraite afin de disputer un dernier combat devant le public québécois, les spéculations quant au lieu et la date de ce retour vont bon train. Sans parler des rumeurs concernant le choix de son adversaire. Steve Bossé, Ryan Ford, Lucian Bute… Choisissez qui vous voudrez dans le buffet!

Comme si ce n’était pas suffisant, Pascal a rajouté une couche à l’intrigue mardi en publiant le message ci-dessous sur Twitter, et qui semble confirmer qu’il remontera bel et bien dans le ring prochainement. Bref, mais efficace, comme on dit.

Ainsi donc, Pascal revient. Mais encore?

Mercredi matin, La Presse rapportait qu’il effectuerait sa toute dernière sortie au stade IGA à Montréal au mois de juin, dans le cadre d’un gala organisé par le Groupe Yvon Michel. L’identité de son adversaire devait même être dévoilée aujourd’hui. Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avions pas plus de précisions à cet égard.

Or, plus tard dans la journée, la collègue Nancy Audet de TVA Sports a affirmé que le combat aurait plutôt lieu à la Place Bell de Laval, le 29 juin. Encore une fois, l’adversaire demeurait inconnu.

C’est à croire qu’il se battra partout sur la planète en même temps. Un peu comme cette infâme Carmen Sandiego, disions-nous.

Vrai que les rumeurs d’un combat au stade IGA – anciennement le stade Uniprix – circulent depuis un moment. Vrai aussi qu’un ultime tour de piste à Laval ferait du sens pour Pascal, qui est natif de l’endroit. De plus, puisque le combat aurait lieu à l’intérieur, contrairement à un duel au stade IGA, inutile de s’inquiéter des aléas de la météo. Et on sait qu’au Québec, la météo peut se montrer fort capricieuse.

En attendant d’avoir une réponse finale à toutes ces interrogations, on ne peut que continuer à spéculer. Ce n’est pas comme si toutes ces questions nuisaient à la promotion du retour de Pascal, n’est-ce pas?

Alvarez et Kovalev au New Jersey

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Si le lieu du prochain combat de Pascal reste à déterminer, celui du combat de championnat entre Eleider Alvarez et Sergey Kovalev, en revanche, est désormais connu.

Les deux hommes croiseront en effet le fer au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City le 4 août. Une conférence de presse aura d’ailleurs lieu samedi à New York pour officialiser le tout, en présence notamment des deux pugilistes, d’Yvon Michel et de Kathy Duva, promotrice de Kovalev.

Pour Alvarez (23-0, 11 K.-O.), il s’agira d’un deuxième combat aux États-Unis, et d’un troisième hors du Québec en carrière. À sa dernière sortie à l’étranger, le 12 juin 2015 à Chicago, il avait stoppé l’Ukrainien Anatoliy Dudchenko.

Kovalev (32-2-1, 28 K.-O.), quant à lui, connaît bien Atlantic City pour s’y être battu à trois reprises en 2014 – il avait vaincu l’illustre Bernard Hopkins par décision unanime à sa troisième sortie. Soulignons au passage que l’entreprise de Kathy Duva, Main Events, est basée au New Jersey.

Au fait, avez-vous remarqué le titre en grosses lettres sur l’affiche promotionnelle du combat? « Super Men ». Ça ne vous fait pas penser au surnom d’un autre boxeur dont il a abondamment été question ces derniers temps? Vous trouverez un indice au paragraphe suivant…

Le Québec en vedette à Toronto

Enfin, le Groupe Yvon Michel a dévoilé la sous-carte du gala du 19 mai à Toronto mettant en vedette Adonis Stevenson et Badou Jack. Une sous-carte en majeure partie québécoise et qui aurait dû, comme on le sait, être présentée à Montréal.

En demi-finale, le poids lourd Oscar Rivas (23-0, 17 K.-O.) se mesurera au Belge Hervé Hubeaux (29-2, 14 K.-O.). Rivas mettre ainsi en jeu pour la première fois sa ceinture NABF, acquise en septembre dernier. Hubeaux, 26 ans, a entre autres été un partenaire d’entraînement d’Anthony Joshua et Alexander Povetkin.

Le jeune Christian M’Billi (9-0, 9 K.-O.) aura pour sa part l’occasion de mettre la main sur un premier titre mineur en carrière alors qu’il affrontera l’Argentin Marcos Jesus Cornejo (19-2, 18 K.-O.) pour l’obtention de la ceinture WBC jeunesse des poids moyens.

Mikaël Zewski, Sébastien Bouchard – qui revient dans l’arène après un hiatus de 15 mois -, Patrice Volny et Mazlum Adkeniz seront également en action.