Triste fin de règne

[Photo fournie par Top Rank]

« Voyons, ça ne se peut pas. C’est impossible. Impossible que ça se termine ainsi, aussi bêtement. Et après seulement six mois comme champion? »

C’est un peu le genre de réaction qu’ont pu avoir les couche-tard qui ont regardé le combat revanche tant attendu entre Eleider Alvarez (24-1, 12 K.-O.) et Sergey Kovalev (33-3-1, 28 K.-O.), disputé au Ford Center at The Star de Frisco, au Texas, dans la nuit de samedi à dimanche.

À la lumière de la victoire du Colombien lors du premier combat, d’aucuns croyaient que ce dernier n’aurait aucun mal à défendre sa ceinture WBO des mi-lourds, qu’il avait justement acquise de manière spectaculaire aux dépens de Kovalev après avoir poireauté pendant presque trois ans, en espérant d’avoir l’occasion de se battre pour un titre mondial.

Et pourtant… Opposé à un Kovalev en grande forme, Alvarez, éteint et passif, a été détrôné dès la première défense de sa ceinture, s’inclinant par décision unanime et subissant ainsi un premier revers en carrière.

Deux juges ont remis des cartes de 116-112, tandis que le troisième a donné tous les rounds à Kovalev, 120-108 – un verdict pour le moins sévère, il faut l’avouer. Ringside, pour sa part, avait le Russe gagnant à 115-113.

Disons-le sans détour : malgré ces résultats serrés, Alvarez a été mauvais. Méconnaissable, même.

Où diable étaient passés ces jabs précis et incisifs qui ont fait sa renommée? Où se cachait donc cette étincelle, cette rage de vaincre qui lui avait permis d’envoyer Kovalev trois fois au tapis lors de leur premier duel?

Tenez, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Alvarez n’a lancé que 369 coups au total dans ce combat, soit à peine plus de 30 par round en moyenne. Kovalev, lui? Pas moins de 816 coups lancés, pour une moyenne de 68 par assaut. Inutile de chercher plus loin pour comprendre la décision des officiels.

Une chance, d’ailleurs, que plusieurs attaques de Kovalev ont atterri sur les gants d’Alvarez, qui a au moins fait preuve de belles habiletés défensives. Autrement, cet affrontement n’aurait jamais atteint la limite.

« Va falloir que tu commences à travailler! », a d’ailleurs prévenu avec véhémence l’entraîneur Marc Ramsay pendant qu’il tentait de réanimer Alvarez entre deux rounds, alors que ce dernier s’était encore montré complètement amorphe pendant trois minutes de boxe. Vers la fin du combat, on a de nouveau pu entendre Ramsay tancer généreusement son protégé qui venait de disputer, selon lui, « un round de paresseux ».

Alvarez a-t-il trop cherché à infliger un autre knock-out à Kovalev, délaissant au passage son plan de match? Possible. Le problème, c’est qu’Alvarez n’a jamais été reconnu comme un grand cogneur. Sans dire que l’issue de son premier choc avec Kovalev était le fruit de la chance, et au risque de se répéter, le principal atout d’Alvarez est sa virtuosité technique. Celle-là même qui lui avait permis de détrôner Kovalev en l’usant à la corde en août dernier. Pourquoi donc ne pas la mettre à profit? Allez savoir…

Parions que les gens de Top Rank ont avalé quelques gorgées de bière de travers en assistant à cette performance d’Alvarez, à qui ils viennent d’accorder un juteux contrat de sept combats lui garantissant un million de dollars par sortie. Pas exactement la façon optimale de souligner les débuts d’une entente aussi lucrative.

L’effet McGirt

Cela dit, rendons quand même à Kovalev le mérite qui lui revient. Alors que plusieurs le croyaient en fin de parcours, il a trouvé un second souffle en revenant à une boxe de base, et en privilégiant une approche stratégique plutôt que de s’en remettre outre mesure à sa force de frappe et viser le coup de circuit à tout prix.

Son nouvel entraîneur Buddy McGirt, premier à s’être mérité les remerciements de Kovalev après le combat, n’est certainement pas étranger à cette étonnante résurrection. Grâce à ses judicieux conseils, un boxeur bientôt âgé de 36 ans qui semblait au bord d’une retraite forcée vise désormais un combat d’unification des titres de l’une des catégories de poids les plus en vue de la boxe professionnelle. Faut le faire.

Conséquemment, ceux qui songeaient à une trilogie pugilistique impliquant Alvarez et Kovalev peuvent oublier ça pour l’instant. De toute façon, avant même de penser à se frotter une autre fois au nouveau champion WBO, Alvarez a tout un travail d’introspection qui l’attend. Il devra d’abord se regarder dans le miroir, longuement et intensément, avant de s’asseoir avec son équipe pour décortiquer cet échec et comprendre ce qui a bien pu se passer.

Et c’est sans doute ce qui est le plus triste dans cette défaite. Après tout le temps et tous les efforts qu’il a investis pour atteindre son but de devenir champion du monde, voilà qu’Alvarez est contraint de repartir pratiquement à zéro. Tant sur le plan athlétique que psychologique.

Ce sera à lui de prouver que le boxeur qu’on a vu dans ce combat n’était pas le véritable Eleider Alvarez.

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Une étoile est née

[Photo David Spagnolo, fournie par Main Events]

Eleider Alvarez avait un rêve : devenir champion du monde. Pour vivre ce rêve, il a quitté sa Colombie natale en laissant sa famille derrière lui afin de venir s’établir à Montréal. Lentement mais sûrement, un combat à la fois, il s’est hissé au statut d’aspirant obligatoire. Adonis Stevenson et le WBC l’ont fait poireauter pendant près de trois ans. Puis, alors qu’il n’espérait presque plus rien, l’occasion d’affronter Sergey Kovalev pour sa ceinture WBO des mi-lourds s’est pointée.

Alvarez aurait pu continuer d’attendre après Stevenson. Il aurait pu continuer de ronger son frein en espérant qu’un jour, son collègue du Groupe Yvon Michel daigne finir par l’affronter. Au lieu de cela, il a accepté de renoncer à son titre d’aspirant obligatoire pour s’approcher un peu plus de son rêve, sachant qu’une défaite contre Kovalev anéantirait – du moins, à court terme – ses chances futures de livrer un combat de championnat mondial.

Mais samedi soir, au Hard Rock Hotel & Casino d’Atlantic City, au New Jersey, le rêve est enfin devenu réalité.

En passant le knock-out à Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à 2 :45 du septième round, Alvarez (24-0, 12 K.-O.) s’est non seulement emparé du titre WBO dans l’une des catégories de poids les plus en vue à l’heure actuelle. Devant les 5642 spectateurs réunis dans les gradins entièrement remplis, devant les caméras d’HBO, il s’est aussi fait un nom à la face de la planète boxe. Oui, une étoile est née, samedi.

« Je ne peux pas décrire comment je me sens ! »

-Eleider Alvarez

On savait déjà que le Colombien de 34 ans était un technicien hors pair. Contre Kovalev, on a découvert qu’il pouvait résister aux assauts des plus rudes cogneurs. Et qu’il pouvait lui-même, incidemment, faire preuve d’une étonnante force de frappe au moment opportun.

Certains diront que Kovalev n’est plus le même boxeur depuis ses deux défaites face à Andre Ward. Ce qui est vrai. N’empêche, ce n’est pas tout le monde qui peut encaisser ses coups comme Alvarez l’a fait. Et ce n’est pas non plus tout le monde qui peut l’envoyer trois fois de suite au tapis, comme Alvarez l’a fait à la suite de brillantes combinaisons de crochets au visage.

« Je voulais lui montrer que je suis fort, que j’ai un bon menton et que je suis prêt pour de grandes choses », a décrit Alvarez.

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Eleider Alvarez a envoyé Sergey Kovalev au tapis à trois reprises. / Photo fournie par HBO

Bien qu’il ait été placé en difficulté à quelques occasions – Kovalev était d’ailleurs en avance sur les cartes des trois juges du combat avant de s’effondrer au plancher -, Alvarez a su se ressaisir et revenir au plan de match établi par son entraîneur Marc Ramsay. Un plan de match, à l’évidence, concocté avec justesse et clairvoyance.

Au fait, mine de rien, Alvarez est le quatrième boxeur dirigé par Ramsay – après Jean Pascal, David Lemieux et Artur Beterbiev – à décrocher un titre mondial. Voilà qui commande le respect, comme on dit en bon français.

Après le combat, il a été permis d’apprendre que le contrat du duel Kovalev-Alvarez était assorti d’une clause permettant la tenue d’un combat revanche. Le clan Kovalev a désormais 60 jours pour décider s’il veut s’en prévaloir ou non.

Mais bien franchement, quel intérêt Kovalev aurait-il à en découdre de nouveau avec Alvarez ? La question, au fond, est plutôt de savoir si Alvarez n’aurait pas mis fin à la carrière du Russe de 35 ans avec cette éclatante victoire. Chose certaine, personne ne serait surpris si c’était le cas.

En attendant de connaître la décision du champion déchu, on ne peut que se réjouir pour Alvarez. Sur le plan pugilistique, bien sûr, puisque le Québec se voit ainsi doté d’un autre champion du monde. Mais aussi, et surtout, sur le plan purement humain, quand on pense à tous les sacrifices et toutes les déceptions qu’il a dû endurer pour en arriver là. Le sourire et les larmes d’Alvarez après sa victoire étaient on ne peut plus éloquents à cet égard.

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. Eleider Alvarez en est désormais la preuve vivante.

Victoire sans panache pour Bivol

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Dmitry Bivol (à gauche) a vaincu Isaac Chilemba par décision unanime. / Photo fournie par HBO

En demi-finale du gala, le Russe Dmitry Bivol (14-0, 11 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à défendre sa ceinture WBA des mi-lourds face au Malawite Isaac Chilemba (25-6-2, 10 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108, 120-108, 116-112). Un combat qui, cependant, ne passera pas à l’histoire.

Il n’y avait pas 30 secondes d’écoulées dans cet affrontement que Bivol donnait déjà du fil à retordre à son rival, grâce entre autres à des combinaisons aussi précises que rapides. Le champion a ainsi conservé la cadence pendant la première moitié du combat, mais Chilemba a tenu le coup malgré tout.

Bivol a par la suite semblé lever le pied, se montrant bien moins agressif. Sa main droite, notamment, est soudainement disparue de son arsenal. On ne serait pas étonnés d’apprendre qu’il a subi une blessure au cours du duel.

Or, Chilemba n’en a jamais vraiment profité, incapable d’imposer un quelconque tempo. N’eût été de ce ralentissement du Russe, le combat se serait terminé beaucoup plus tôt.

Après sa victoire contre Steve Bossé, Jean Pascal a évoqué le nom de Bivol comme adversaire potentiel dans son plan de reconquête d’un titre mondial chez les mi-lourds. Mais n’en déplaise au Lavallois, on voit mal comment il pourrait avoir un semblant de chance de l’emporter.

Bivol n’a peut-être pas connu sa meilleure sortie samedi, mais ses aptitudes semblent largement supérieures à celles de Pascal. Ne serait-ce qu’avec la rapidité de ses coups, il en mettrait plein la vue au Québécois. Mais comme on le sait, Pascal n’a jamais eu peur de relever un défi, aussi imposant soit-il. Et Bivol, qui cherche à se faire connaître davantage, aimerait ajouter un nom connu comme celui de Pascal à son tableau de chasse. Qui vivra verra, on suppose !