Première défaite pour Ulysse

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Bien peu de choses peuvent faire perdre son sourire à Yves Ulysse Jr. Pas même une première défaite en carrière. Une défaite controversée de surcroît.

Tête d’affiche du gala présenté vendredi soir au MTelus par Eye of the Tiger Management (EOTTM), Ulysse (15-1, 9 K.-O.) a livré une performance plus qu’honorable face à l’Albertain Steve Claggett (26-4-1 17 K.-O.). Mais si d’aucuns s’attendaient à voir le Québécois être sacré vainqueur, c’est plutôt Claggett qui l’a emporté par décision partagée (97-93, 96-94, 93-97).

Même après l’annonce de ce résultat, Ulysse avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Léger contraste avec les vives protestations du public. Il avait toutefois l’air un peu plus sérieux une fois sorti de l’arène pour rencontrer les journalistes.

«C’est la boxe. On ne peut pas plaire à tout le monde. J’ai perdu et je l’accepte. J’ai perdu une bataille, mais je n’ai pas perdu la guerre. On apprend des défaites. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts», a résumé Ulysse avec philosophie.

«On va regarder le vidéo, mais dans ma tête, c’était très clair qu’Ulysse avait gagné, a indiqué le président d’EOTTM, Camille Estephan, visiblement déçu du verdict des juges. C’est une défaite à sa fiche, on ne peut pas changer ça. […] Il a gagné le combat dans mon livre et c’est malheureux que les juges l’aient vu comme ça.»

Ulysse et Claggett ont disputé une véritable guerre de tranchées, constamment au corps à corps. Une tactique inhabituelle chez le Québécois de 29 ans, qui a plutôt l’habitude de garder sa compétition à distance. Il a d’ailleurs reconnu que cette stratégie avait contribué à sa perte. «Je suis entré dans son jeu», a-t-il dit.

Grâce à sa victoire, Claggett, 28 ans, met la main sur le titre nord-américain de l’IBF chez les super-légers, qui était jusque là vacant.

«Il ne m’a pas sonné avec quoi que ce soit. Il ne m’a pas frappé fort», a-t-il affirmé.

«S’ils veulent une revanche, je vais l’accepter. Ce n’était pas ma meilleure performance. Je peux en faire beaucoup plus», a conclu le gagnant.

Facile pour Kean, Butler se laisse désirer

En demi-finale, Simon Kean (11-0, 10 K.-O.) a remporté une des victoires les plus faciles de sa carrière contre l’Américain Randy Johnson (13-3, 11 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 34 secondes du deuxième round.

Vous pouvez d’ailleurs parier votre maison et vos économies sur le fait que vous ne reverrez jamais ce Johnson dans un ring québécois. Le boxeur issu de l’Arkansas ressemblait davantage à un gars qui n’attendait que le bon moment pour se coucher afin de pouvoir rentrer chez lui.

VE171027-5251_preview
Simon Kean (à gauche) n’a fait qu’une bouchée de Randy Johnson. [Photo Vincent Éthier, EOTTM]
«J’aurais voulu démontrer plus d’habiletés, a avoué Kean. Le plan de match était d’être solide sur mes jambes et de me déplacer. Mais lui reculait et s’en allait dans les coins. J’aurais aimé que ça dure plus longtemps.»

Steven Butler (20-1-1, 17 K.-O.), quant à lui, a pris tout son temps pour venir à bout du Mexicain Silverio Ortiz (36-21, 17 K.-O.). Alors que plusieurs croyaient qu’il se dirigeait vers une seconde défaite en carrière, le jeune cogneur a arraché une victoire in extremis par arrêt de l’arbitre à 1 :32 du huitième et dernier round.

Pourtant, jusqu’au round ultime, Butler a souvent paru moins fougueux qu’à l’habitude, voire éteint. Ses coups ne fusaient pas avec la même vélocité. Pendant ce temps, le vétéran Ortiz lui assénait quelques bonnes attaques.

VE171027-4934-2_preview
Steven Butler (à gauche) a passé le knock-out à Silverio Ortiz [Photo Vincent Éthier, EOTTM]
Étonnamment, les trois juges du combat avaient Butler en avance sur leur carte. Deux d’entre eux lui ont même donné tous les rounds. Et selon le troisième, Ortiz n’avait remporté qu’un seul assaut…

Mais aux dires de Butler, tout s’est déroulé selon le plan établi par son équipe.

«On est en route vers le top. Ce ne seront pas toujours des combats qui se terminent par un knock-out au premier round. On y va intelligemment. On gagne les rounds. C’est un combat qu’on envisageait de faire exactement comme ça», a-t-il expliqué en tenant son jeune fils dans ses bras.

«J’ai été en contrôle à 100%», a ajouté Butler

Débuts fracassants pour Thibault

De son côté, Vincent Thibault (1-0, 1 K.-O.) n’a pas déçu la bruyante foule venue l’encourager à ses débuts professionnels en l’emportant face au Mexicain Cesar Ugarte (4-3, 2 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 57 secondes du troisième round.

L’athlète de 24 ans, originaire de Charlesbourg et ex-champion canadien amateur, a visité le tapis lors des deux premiers engagements. Mais chaque fois, il s’est relevé plus enragé et déterminé que jamais. Atteignant Ugarte avec puissance et régularité, Thibault a finalement réussi à l’adosser aux câbles et à le pulvériser jusqu’à ce que l’arbitre intervienne.

«Je savais que je n’avais pas le choix de l’arrêter. Je me suis arrangé pour faire ça.»

-Vincent Thibault

«Il ne voulait pas donner sa peau. J’ai des choses à apprendre aussi, notamment en défense. C’est ma première expérience. […] Mais je ne lâche jamais.»

Au final, les deux hommes se sont livrés une spectaculaire bagarre de ruelle, aisément candidate au titre de combat de l’année au Québec. Qui aurait dit cela d’un «petit» duel prévu pour quatre rounds ?

Les autres résultats

À la suite d’un combat âprement disputé, Andranik Grigoryan (3-0, 1 K.-O.) a triomphé du Mexicain Giovani Martinez (6-5-1, 2 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). Le Montréalais natif d’Arménie a tout tenté pour faire flancher son rival, mais Martinez s’est montré plus coriace qu’on ne l’aurait cru.

Mathieu Germain (11-0, 6 K.-O.) en a fait voir de toutes les couleurs au Mexicain Ricardo Lara (12-4, 7 K.-O.), tant et si bien que celui-ci a préféré lancer la serviette au terme du quatrième round. Jamais inquiété, «G-Time» a sans cesse mitraillé son opposant de rafales de coups.

Batyr Jukembayev (10-0, 9 K.-O.) a mis un terme hâtif à la soirée du Mexicain Jose Emilio Perea (24-9, 15 K.-O.) en le liquidant à 1 :04 du tout premier round. Le pugiliste d’origine kazakhe a atteint Perea, qui disputait un quatrième combat consécutif à Montréal, d’un retentissant uppercut au corps, qui a envoyé ce dernier au plancher. Se tordant de douleur, Perea est longtemps demeuré entendu au tapis.

Il aura mis un peu de temps à se mettre en marche, mais David Théroux (13-2, 9 K.-O.) a néanmoins vaincu le Philippin Junjesie Ibgos (12-3, 10 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :19 du troisième round. Tranquille lors des deux premiers assauts, l’orgueil de Sorel-Tracy a ouvert la machine au troisième, lançant une incessante rafale de coups envers son adversaire. Voyant qu’Ibgos n’arrivait plus à se défendre, l’arbitre Yvon Goulet a signalé l’arrêt des hostilités.

Nurzat Sabirov (3-0, 3 K.-O.) a signé un troisième knock-out en autant de sorties professionnelles aux dépens du Mexicain Mario Baeza (8-5, 5 K.-O.), à 1 :23 du deuxième round. Après avoir visité le tapis une première fois au round initial, Baeza y est retourné lors de l’assaut suivant. Voyant qu’il avait peine à se tenir debout, l’arbitre Steve St-Germain a choisi de mettre fin au duel.

Clovis Drolet (3-0, 2 K.-O.) a aisément disposé du Mexicain Adrian Haro Campos (2-4-2) par décision unanime (40-36 partout). En contrôle d’un bout à l’autre de l’affrontement, le boxeur de Beauport n’a eu aucun mal à percer la défensive de Campos, qui a eu fort à faire pour encaisser les vives attaques de son rival.

En lever de rideau, Artur Ziatdinov a terrassé le Mexicain Manuel Guzman en lui passant le knock-out à 1 :38 du premier round. Ziatdinov a assommé son adversaire d’un violent crochet gauche en pleine figure. C’est avec le visage et la culotte maculés de sang que Guzman a finalement pu quitter le ring.

Rappeons que Kim Clavel devait effectuer ses débuts professionnels, mais son combat a été annulé à la dernière minute après que son adversaire, la Mexicaine Liliana Borquez, eut outrepassé la limite de poids de près de 10 lb lors de la pesée officielle. En vertu des règles de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, l’affrontement ne pouvait avoir lieu.

Il est cependant fort probable que Clavel soit du gala du 16 décembre à la Place Bell de Laval, en sous-carte du combat entre David Lemieux et Billy Joe Saunders.

Clayton et InterBox : c’est fait

Pendant la soirée, InterBox a confirmé le secret pugilistique le moins bien gardé en ville, à savoir que Custio Clayton joignait ses rangs. Lui et le Groupe Yvon Michel s’étaient séparés à l’amiable récemment.

«C’est un concours de circonstances unique qui nous a permis de mettre la main sur un des plus beaux talents naturels que le Canada a créé depuis des années. J’ai été très déçu de rater l’occasion de signer Clayton il y a quelques années. Donc, cette fois-ci, elle n’allait certainement pas me glisser entre les doigts à nouveau», s’est réjoui le président d’InterBox, Antonin Décarie, par voie de communiqué.

Le promoteur a confirmé du même souffle que Clayton disputerait son premier combat au sein de sa nouvelle équipe le 16 décembre.

«Je suis vraiment heureux de faire partie de la famille InterBox/EOTTM, en qui j’ai toujours eu beaucoup de respect. Antonin et Camille croient en mon potentiel et je suis convaincu qu’ils me permettront d’atteindre mes objectifs», a déclaré le pugiliste, présenté à a foule pour l’occasion.

Dicaire toujours parfaite

[Photo archives Bob Lévesque]

Marie-Ève Dicaire gardera sans doute un bon souvenir de sa première finale « officielle » d’un gala de boxe, mercredi, au Casino du Lac-Leamy à Gatineau.

On dit « officielle », puisqu’elle avait été promue tête d’affiche d’un gala au Casino de Montréal en février après que le combat principal, qui devait impliquer Oscar Rivas, eut été annulé à quelques jours d’avis.

Quoi qu’il en soit, Dicaire (9-0) est parvenue à préserver sa fiche parfaite en signant une victoire par décision unanime contre l’Argentine Yamila Esther Reynoso (8-3-3, 7 K.-O.). Il s’agissait d’un premier combat de 10 rounds pour la boxeuse de Saint-Eustache.

Les cartes de pointages remises par les trois juges du combat – 100-90, 100-90 et 98-92 – peuvent toutefois faire sourciller. Aux yeux de plusieurs, le duel s’est disputé bien plus âprement que ce que tendent à refléter ces résultats. Ringside avait d’ailleurs un verdict nul de 95-95 sur son humble carte au moment d’entendre la dernière cloche.

La première moitié du duel, et plus particulièrement les deux premiers rounds, a été tout à l’avantage de Reynoso, âgée de 21 ans seulement. Puissante dans ses attaques, elle a entre autres atteint solidement sa rivale en plein visage d’un direct au premier engagement.

Dicaire, 31 ans, a davantage ouvert la machine en deuxième moitié d’affrontement, et a dû trimer afin d’en découdre jusqu’au bout avec une adversaire qui n’avait pas l’intention de jouer les faire-valoir.

La Québécoise, bien que dotée d’aptitudes athlétiques évidentes, n’a jamais été reconnue pour sa force de frappe. Confrontée à une pugiliste comme Reynoso, qui a remporté sept de ses huit victoires par knock-out, cette lacune sautait encore plus aux yeux. Et c’est à se demander si elle ne finira pas par causer la perte de Dicaire éventuellement, à mesure que le calibre de ses adversaires augmentera.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, cette victoire devrait permettre à Dicaire de se battre pour le titre NABF féminin des super-mi-moyens au Casino de Montréal, le 7 décembre.

Les autres résultats

En demi-finale, Patrice Volny (9-0, 7 K.-O.) s’est assuré de conserver sa fiche immaculée en l’emportant de belle façon contre l’Argentin Genaro Quiroga (14-13, 9 K.-O.) par knock-out au quatrième round. Précis et vif, le Montréalais n’a eu aucun mal à percer la garde de son adversaire. C’est finalement grâce à une série de coups décochés alors que Quiroga avait le dos aux câbles qu’il a pu envoyer ce dernier au tapis.

Danyk Croteau (3-1, 2 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Raul Correa (3-1, 1 K.-O.) en lui passant le knock-out à la toute fin du premier round grâce à une solide droite. Une victoire qui n’a pas manqué de réjouir le public réuni sur place, Croteau étant natif de Gatineau.

L’autre combat féminin de la soirée opposait l’Ottavienne Claire Hafner (2-1) et la Mexicaine Claudia Ramirez (1-2). Et c’est Hafner qui en est sortie victorieuse par décision unanime (39-37, 39-37, 40-36). Celle-ci, chanteuse d’opéra à ses heures, aura été la plus active au cours de cet affrontement.

Devin Tomko (4-0, 2 K.-O.) n’a eu aucune difficulté à triompher du Néo-Brunswickois Mitch Boudreau (0-2) et l’a emporté par décision unanime (40-36 partout). Tomko, un pugiliste de Winnipeg, a complètement dominé son adversaire, qui n’a jamais été en mesure de déployer quelque attaque que ce soit.

Dans un combat d’un ennui mortel, l’Ontarien Mladen Miljas (7-0, 7 K.-O.) a vaincu le Mexicain Oswaldo Ortega (3-6, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :23 du troisième round. Un crochet de la gauche au corps d’Ortega a envoyé ce dernier au sol. Voyant qu’il était incapable de se relever, l’arbitre Yvon Goulet a mis fin au combat. Remercions l’officiel d’avoir abrégé ce duel à peine digne de ce nom.

En lever de rideau, le Montréalais Mazlum Akdenis (2-0, 1 K.-O.) a signé le premier knock-out de sa carrière aux dépens du Mexicain Hugo Aguilar (0-4) à 2 :30 du troisième round. Après avoir visité le tapis lors du premier assaut, Akdenis a rendu la pareille à son rival à deux reprises au troisième. À son second séjour au plancher, Aguilar n’a pu se relever avant le compte de dix.

« Je te prendrai ta ceinture »

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

David Lemieux et Billy Joe Saunders ont pris un malin plaisir à s’échanger quelques pointes par l’entremise des réseaux sociaux, au cours des dernières semaines. Pensiez-vous réellement qu’ils allaient s’arrêter à l’occasion de leur premier face à face?

Si les deux hommes sont somme toute demeurés polis dans leurs échanges, les flèches ont néanmoins sifflé de part et d’autre au cours de la conférence de presse annonçant officiellement leur combat du 16 décembre à la Place Bell de Laval, au cours duquel Lemieux (38-3, 33 K.-O.) aura l’occasion de ravir la ceinture WBO des poids moyens à Saunders (25-0, 12 K.-O.).

« J’ai vu David Lemieux à son meilleur lorsqu’il s’est battu contre Gennady Golovkin, a expliqué le Britannique. Il a fait de son mieux, mais ce ne fut pas suffisant. […] C’est bien que les meilleurs affrontent les meilleurs, mais la vérité, c’est que je suis un peu trop rusé et trop bon pour lui. »

Saunders, par ailleurs, n’a pas caché qu’à ses yeux, Lemieux constitue d’abord un « tremplin » – un « cobaye », a-t-il ajouté au passage – qui lui permettrait d’affronter Golovkin ou Canelo Alvarez éventuellement.

« Je pense que tu auras une surprise, a rétorqué le Québécois, peu impressionné par les postulats de son rival. Je serai à mon meilleur contre toi. Je ne suis pas inquiet. Je serai bon contre toi et je te prendrai ta ceinture. »

La transmission des politesses s’est ensuite poursuivie pendant que les pugilistes prenaient la pose devant les caméras et les photographes. Saunders n’a pu s’empêcher de narguer à nouveau Lemieux, qui a choisi de prendre le tout avec le sourire, à l’instar du président d’Eye of the Tiger Management et promoteur du Québécois, Camille Estephan.

Comme on dit, la table est mise.

Toujours prêt pour un défi

Depuis sa défaite contre Golovkin, Lemieux a enfilé quatre victoires consécutives, dont une contre Curtis Stevens à la suite d’un retentissant knock-out. On n’a aucune difficulté à comprendre pourquoi le boxeur de 28 ans se sent aussi confiant à l’idée d’en découdre avec Saunders.

Or, la victoire n’est certes pas acquise d’avance. L’Anglais de 28 ans semble favori pour l’emporter aux yeux de plusieurs. La redoutable force de frappe de Lemieux lui permettra-t-il de venir à bout de son opposant, entre autres réputé pour sa solide mâchoire?

« David Lemieux n’a jamais eu peur de relever un défi. Quand nous avons regardé les options qui s’offraient à nous, la commande était claire : le meilleur disponible. Ce sera un vrai défi pour David. »

-Marc Ramsay, entraîneur de David Lemieux

Difficile de contredire Ramsay sur ce plan. À l’heure ou quelques pugilistes font parler d’eux grâce aux méthodes qu’ils trouvent pour éviter les adversaires que tout le monde voudrait les voir affronter, Lemieux ne s’est jamais défilé, peu importe l’ampleur de la tâche qui l’attendait.

Ajoutez à cela son style spectaculaire, où l’attaque est reine et la défense reste parfois au vestiaire, et vous n’aurez pas à chercher bien loin afin de comprendre pourquoi il jouit d’un important capital de sympathie auprès du public, et que d’aucuns le considèrent désormais comme le nouveau porte-étendard de la boxe québécoise sur la scène internationale.

« Nous avons souvent dit qu’on voulait faire un combat d’une telle envergure chez nous. On a promis, et on a tenu notre promesse », s’est félicité Camille Estephan.

Notons enfin qu’advenant une victoire, Lemieux deviendrait seulement le deuxième boxeur québécois, avec le regretté Arturo Gatti, à être sacré champion du monde une seconde fois après avoir été détrôné. Lemieux, rappelons-le, a brièvement détenu le titre IBF des 160 lb en 2015.

« On a bien l’intention de récompenser les amateurs de boxe avant Noël », a prévenu Marc Ramsay.

Lemieux-Saunders: c’est confirmé

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

C’est maintenant officiel : David Lemieux affrontera Billy Joe Saunders le 16 décembre à la Place Bell de Laval. Le Québécois tentera de ravir la ceinture WBO des poids moyens du Britannique pour ainsi redevenir champion du monde.

Cela faisait longtemps que Lemieux avait Saunders dans sa ligne de mire. Ces dernières semaines, la WBO avait ordonné la tenue d’un duel entre les deux pugilistes. Si Saunders s’était, semble-t-il, montré gourmand avec ses exigences financières, les deux clans ont tout de même réussi à s’entendre, évitant ainsi la tenue d’un appel d’offres.

Lemieux (38-3, 32 K.-O.), 28 ans, se battra donc pour un titre mondial pour la première fois depuis qu’il est devenu champion IBF des 160 lb en l’emportant contre Hassan N’Dam au Centre Bell, le 20 juin 2015. Il avait cependant perdu sa ceinture à sa première défense, contre nul autre que Gennady Golovkin. Depuis, il a remporté quatre victoires consécutives, la dernière face à Marcos Reyes au mois de mai.

Saunders (25-0, 12 K.-O.), quant à lui, est champion depuis qu’il a vaincu Andy Lee, le 19 décembre 2015. À sa dernière sortie, le boxeur de 28 ans a triomphé de Willie Monroe par décision unanime. Il en sera à un premier combat hors de son Royaume-Uni natal lorsqu’il débarquera à Laval.

On saura plus tard ce que le reste de la carte nous réservera. Mais les amateurs de boxe québécois peuvent d’ores et déjà se réjouir. Ils auront l’occasion de voir l’un de leurs favoris devenir – ou, dans le cas de Lemieux, redevenir – champion, quoique la tâche ne sera pas facile, loin de là.

Cela dit, Lemieux prouve une fois de plus qu’il ne craint pas d’affronter la crème de la division. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles il jouit d’un fort capital de sympathie de la part du public.

C’est ce qui arrive quand les meilleurs affrontent les meilleurs. Malgré ce que certains peuvent en penser.

Rivas, heureux et expéditif

[Photo Bob Lévesque]

Avant même que la cloche se fasse entendre, avant même de savoir comment le combat allait se dérouler, il y avait de quoi se réjouir jeudi soir, au Casino de Montréal : Oscar Rivas était enfin de retour sur le ring.

Les derniers mois n’ont pas exactement été tendres envers le poids lourd colombien. En plus de subir une sérieuse blessure à l’œil qui l’a longtemps gardé sur la touche, Rivas a vu les trois derniers combats qu’il devait disputer être annulés coup sur coup à la dernière minute. Tant et si bien que sa dernière sortie remontait au 29 juillet 2016, à Québec, alors qu’il avait battu Jeremiah Karpency.

Mais toutes ces malchances semblaient bien loin derrière lui, alors qu’il était de la finale du premier gala de la saison 2017-2018 de la série du Groupe Yvon Michel au Casino. Rivas (21-0, 16 K.-O.) n’avait pas certes pas l’intention de rater son retour, et il a réussi sa mission en passant le knock-out au Costaricain Carl Davis Drumond (31-5, 25 K.-O.) à 1 :08 du tout premier round.

«Il y avait trop d’émotions avant d’entrer dans le ring, a confié le vainqueur à sa sortie de l’arène. Tu ne sais pas laquelle choisir! Mais je suis demeuré tranquille, j’ai écouté mon entraîneur et tous ceux qui étaient avec moi dans le vestiaire.»

Tranquille dans le vestiaire, peut-être, mais dès le début des hostilités, le pugiliste de 30 ans s’est rué sur son opposant sans aucune pitié. Rivas a ensuite laissé partir une rafale de coups qui a amené Drumond, 42 ans, au tapis. Voyant qu’il peinait à se relever, l’arbitre Steve St-Germain a décrété la fin du duel, après seulement 68 secondes d’action.

«J’ai travaillé très fort pour ça. Je voulais donner un bon spectacle. Je m’attendais à faire plusieurs rounds, mais je me sentais trop bien dans le ring. J’ai fait les choses aussi rapidement que je le pouvais», s’est réjoui Rivas.

Pas de temps à perdre

Avec sa victoire sur Drumond, Rivas met ainsi la main sur le titre NABF des lourds, ce qui lui permet du même coup d’entrer au top-15 du classement du WBC. Et son équipe entend tout mettre en œuvre pour lui faire gravir les échelons dans un avenir rapproché.

«Si j’avais une offre demain de combat de championnat du monde, que ce soit contre [Anthony] Joshua, [Deontay] Wilder ou [Joseph] Parker, on accepterait, a lancé le promoteur Yvon Michel. Maintenant, le travail sera d’augmenter la valeur d’Oscar. Tenter de lui opposer des adversaires qui sont aguerris et qui ont une bonne notoriété.»

Ça tombe bien, car l’entraîneur de Rivas, Marc Ramsay, estime que la nouvelle ceinture de son protégé l’aidera à se dénicher des adversaires de qualité.

«On va entrer dans le top-10 mondial. On aura sans doute du pushing de la part de la télévision américaine. On va pouvoir le mettre dans des combats où on veut justement l’exposer», a-t-il décrit.

«Avec son historique de blessures, avec l’âge auquel il est rendu… C’est certain qu’on veut continuer de le développer, mais si les offres viennent, c’est sûr qu’on va se présenter. On ne perdra pas de temps», a conclu Ramsay.

Les autres résultats

En demi-finale, Shakeel Phinn (16-1, 11 K.-O.) a eu le dessus sur le Mexicain Mario Aguilar (17-3, 15 K.-O.), qui a déclaré forfait entre le quatrième et le cinquième round. Bien qu’il ne soit jamais allé au plancher durant l’affrontement, ce dernier se faisait durement marteler de toutes parts par Phinn. Légère consolation pour Aguilar : il rentre à la maison avec 20% de la bourse de son adversaire, qui s’est présenté à la pesée officielle avec un surpoids de 3,4 lb.

Au terme d’un duel qui ne sera certainement jamais consigné dans les annales de la boxe, Dario Bredicean (15-0, 4 K.-O.) a vaincu le Français Saidou Sall (10-6-2, 4 K.-O.) par décision unanime (80-71, 80-71, 79-72). Le protégé de Lucian Bute n’aura impressionné personne en venant à bout d’un adversaire qui, par le passé, a pourtant éprouvé toutes les misères du monde à battre des rivaux aux fiches nettement déficitaires.

Michael Gadbois (16-1-3, 4 K.-O.) l’a emporté contre le Mexicain Abraham Gomez (28-15-1, 13 K.-O.) par décision unanime (60-54, 60-54, 59-55). Confronté à un adversaire tenace, le boxeur de Saint-Hyacinthe est néanmoins parvenu à asséner les meilleurs coups dans ce combat où la technique a parfois semblé optionnelle.

Enfin, deux boxeurs québécois – le Montréalais Mazlum Akdeniz et le Longueuillois Terry Osias – effectuaient leurs débuts professionnels. Et ils n’ont pas raté leur entrée en scène. Ils ont respectivement vaincu le Mexicain Ricardo Burgos (1-7-1) et l’Ontarien Marco Parente (0-2-1), par décision unanime dans les deux cas.

Combat grandiose, décision révoltante

[Photo tirée du compte Twitter d’HBO]

On nous avait promis un classique. Nous avons eu un classique. C’est un combat digne des plus marquants de l’histoire du noble art que nous ont offert Gennady Golovkin et Saul « Canelo » Alvarez samedi soir, au T-Mobile Arena de Las Vegas. Dommage qu’un duel aussi épique ait été terni par une autre décision incompréhensible d’un juge du Nevada…

Après 12 rounds au cours desquels la fébrilité et l’excitation étaient souvent à leur paroxysme, tous ou presque sont repartis déçus et frustrés en apprenant que le combat s’était soldé par un verdict nul partagé. Golovkin conserve donc ses titres IBF, IBO, WBC et WBA des poids moyens.

Si les juges Don Trella et Dave Moretti ont respectivement remis des cartes de 114-114 et 115-113 pour Golovkin (37-0-1, 33 K.-O.), leur consoeur Adalaide Byrd a donné Alvarez (49-1-1, 34 K.-O.) gagnant avec un pointage de… 118-110. Or, quiconque ayant regardé le combat vous dira qu’un tel score est tout à fait aberrant. Pour ne pas dire scandaleux, tant il empeste l’incompétence.

La très grande majorité des observateurs – incluant Ringside – voyait Golovkin l’emporter. Sauf pour les deux ou trois premiers rounds, le Kazakh de 35 ans a constamment dicté le tempo face à Alvarez, qui a passé plusieurs minutes le dos aux câbles en tentant de stopper les jabs de son rival.

Si le puissant Golovkin avait sorti l’artillerie lourde, comme c’est pourtant son habitude, pas certain qu’on aurait vu un douzième round dans ce combat.

Vol de grand chemin

Or, la bonne juge Byrd n’a donné que les quatrième et septième rounds à GGG. Sans blagues.

De toute évidence, elle n’a pas remarqué qu’au neuvième assaut, pour prendre ce seul exemple, Golovkin a laissé partir un violent uppercut qui a durement ébranlé Alvarez. Heureusement pour celui-ci, le champion n’a pas été en mesure de terminer le travail et de l’envoyer au tapis.

À la limite, une victoire serrée de Golovkin, ou même un verdict nul mieux «balancé», aurait fait plus de sens. Après tout, bien que son adversaire ait eut le dessus pour l’essentiel du duel, Alvarez nous a offert quelques belles étincelles par moments, parvenant même à donner du fil à retordre à GGG à quelques reprises. Mais pas assez pour faire pencher la balance en sa faveur. Du moins, pas pour des observateurs avertis qui connaissent un tant soit peu le pugilat.

Peut-on dire que Golovkin a été victime d’un vol ? Oui, sans l’ombre d’un doute.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la juge Byrd – qui compte 442 combats d’expérience, dont 114 combats de championnat – fait parler d’elle pour les mauvaises raisons. Une simple recherche dans Google permet de recenser quelques-uns de ses «plus grands succès», tant pour des combats de boxe que d’arts martiaux mixtes, qu’elle juge depuis 2006.

Pour vous donner une idée, le promoteur américain Top Rank a tenté, en novembre dernier, de la faire exclure du combat opposant Vasyl Lomachenko et Nicholas Walters. En vain. N’empêche, quand on en est rendus là, n’est-ce pas signe que le problème est, au minimum, préoccupant ?

Une gifle pour la profession

Ce qui est le plus regrettable lorsqu’un incident comme celui de samedi soir survient, c’est que la mauvaise décision d’un seul juge vient éclabousser le travail de ses collègues lucides et raisonnables dans l’esprit des amateurs, qui en profitent pour crier au complot et leur tomber dessus à bras raccourcis. Oui, parfois, une pomme pourrie peut ruiner un panier entier.

Mais à moins d’une surprise, ne comptez pas trop sur la Commission athlétique du Nevada pour mener une enquête fouillée auprès de Mme Byrd. Ce n’est pas vraiment la première fois que des résultats litigieux émanent de la capitale du vice. Ce qui se passe à Vegas ne reste pas toujours à Vegas, malheureusement.

Avant même que les pointages des juges soient dévoilés, tout indiquait qu’un combat revanche ne finirait par être qu’une formalité. Les deux boxeurs ont d’ailleurs confirmé leur intérêt pour la chose après le combat.

Avec cet œil au beurre noir causé par la décision totalement ridicule d’une juge, un deuxième duel devient carrément impératif.

Place au (vrai) combat de l’année

[Photo tirée du compte Twitter du WBC]

Le jour du combat de l’année est enfin arrivé. C’est ce soir que Saul « Canelo » Alvarez et Gennady Golovkin vont finalement s’affronter, au T-Mobile Arena de Las Vegas.

Pardon? Le combat de l’année a déjà eu lieu, vous dites? Vous parlez de Mayweather-McGregor?

Permettez une nuance. Mayweather-McGregor était effectivement le combat de l’année… sur le plan promotionnel et financier. Mais pour ce qui est de l’aspect purement sportif, purement boxe, nul doute que le duel Canelo-Golovkin mérite la palme.

Ce soir, ce sont deux athlètes au sommet de leur discipline qui croiseront le fer. L’enjeu est énorme : Alvarez (49-1-1, 34 K.-O.) pourrait ravir les titres IBF, WBC et WBA que détient l’invaincu Golovkin (37-0, 33 K.-O.). La tâche ne sera cependant pas de tout repos pour le Mexicain de 27 ans.

Golovkin, on le sait, est l’un des cogneurs les plus puissants de sa génération. Avant Daniel Jacobs, qui s’est incliné par décision unanime le 18 mars, le dernier boxeur qui avait réussi à se rendre à la limite contre lui était un certain Amar Amari, en 2008! On parle d’une séquence de 23 victoires consécutives obtenues avant la dernière cloche.

Avez-vous eu le temps de ramasser votre mâchoire qui était tombée au plancher? Bien, alors poursuivons.

En plus d’être doté d’une terrifiante force de frappe, celui qu’on surnomme GGG est un as technicien. Et malgré le nombre impressionnant de K.-O. à sa fiche, il ne se gêne jamais pour prendre tout le temps nécessaire afin de bien étudier son adversaire… question de mieux le terrasser par la suite.

Toutefois, nombreux sont ceux qui croient qu’Alvarez pourrait infliger une première défaite au Kazakh de 35 ans. D’une part, son style est du genre qui pourrait causer des ennuis à Golovkin. Et ce dernier a eu fort à faire pour l’emporter contre Jacobs. GGG aurait-il commencé à ralentir?

Mais malgré toutes les qualités pugilistiques d’Alvarez, difficile de ne pas donner un avantage à Golovkin, pour les raisons énoncées plus haut. Oui, il vieillit. Oui, une surprise est toujours possible. Mais l’homme demeure une redoutable machine de boxe qui semble – aux yeux de Ringside, à tout le moins – encore supérieure à Alvarez.

Cet humble blogue osera donc se commettre pour le simple plaisir de la chose pour prédire une 38e victoire de Golovkin, qui gardera donc sa fiche immaculée et ses ceintures. Ajoutons que le gain sera acquis par knock-out technique au 10e round, ne serait-ce que pour pimenter la discussion – ou avoir l’air encore plus fou après le combat, c’est selon.

À noter que la présentation du gala à la télé payante débute à 20h, soit une heure plus tôt que prévu. Messieurs Alvarez et Golovkin devraient monter sur le ring aux environs de 22h30 ou 23h.

Pour reprendre l’expression consacrée : et vous, vous voyez ça comment?

Mayweather, évidemment

[Photo tirée du compte Twitter de Showtime]

Force est d’admettre que Conor McGregor a surpris tout le monde, incluant l’auteur de ces lignes, dans son combat face à Floyd Mayweather samedi soir, à Las Vegas. Après tout, à peu près personne croyait qu’il trouverait le moyen de survivre au-delà du deuxième ou troisième round.

Mais contre toute attente, donc, l’Irlandais est parvenu à étirer ça jusqu’au dixième engagement. C’est alors que l’arbitre Robert Byrd a mis un terme aux hostilités, voyant très bien que McGregor n’avait tout simplement plus l’énergie nécessaire pour se défendre contre les assauts incessants de Mayweather.

Si on fait abstraction de sa technique, disons, peu orthodoxe et de sa vilaine propension à vouloir frapper son adversaire derrière la tête, McGregor a néanmoins tenu son bout dans le ring du T-Mobile Arena. Chose certaine, le duel s’est avéré bien plus excitant que le combat entre Mayweather et Manny Pacquiao, il y a deux ans. Quoique la barre n’était pas très haute à cet égard, il faut le dire.

Ce qui aura causé la perte de McGregor, en bout de ligne, c’est sa condition physique, manifestement pas adéquate pour endurer un combat de 12 rounds. Les combats de l’UFC, rappelons-le, durent une quinzaine de minutes tout au plus. Parfois quelques secondes seulement. Le décalage entre la boxe et les arts martiaux mixtes sur ce plan sautait aux yeux.

Tout vient à point à qui sait attendre

D’ailleurs, la seule raison pour laquelle McGregor a pu avoir le dessus sur Mayweather lors des deux premiers assauts, c’est parce que ce dernier n’a lancé à peu près aucun coup, préférant étudier son rival et s’en remettre à son incomparable maestria défensive. Du moment que Mayweather s’est mis en marche, McGregor s’est retrouvé complètement débordé.

On peut reprocher bien des choses à Mayweather, mais quoi qu’on en dise, il demeure un boxeur extrêmement intelligent. Il savait très bien que McGregor n’aurait pas ce qu’il faut dans le réservoir pour combattre jusqu’à la limite. Pourquoi alors ouvrir la machine dès les départ, si ce n’est que pour se brûler soi-même inutilement?

Il a donc attendu patiemment que sa proie se serve elle-même sur un plateau d’argent. Vers la mi-combat, pendant que Mayweather souriait à pleines dents aux caméras, frais comme une rose, McGregor pompait l’huile comme s’il venait de courir un Ironman. L’image était pour le moins éloquente.

Malgré tout cela, et tout ce qui s’est dit en marge de ce duel pharaonique, il faut lever son chapeau pour McGregor, qui s’est quand même défendu de façon somme toute honorable dans un combat où tout jouait contre lui. Même si la logique a fini par s’imposer.

Une fois n’est pas coutume

Dès la fin du combat samedi, certains se demandaient fébrilement à quel moment on le reverrait dans un ring, et quel boxeur il affronterait cette fois. Calmons-nous le pompon un instant, voulez-vous?

Spéculons un peu, pour les besoins de la discussion. Vous imaginez McGregor en découdre avec, par exemple, Terence Crawford? Jermell Charlo? Ou pire, Canelo Alvarez ou Gennady Golovkin? Ça finirait par une mort d’homme, cette histoire. On exagère, mais vous comprenez le principe.

Et de toute façon, on s’entend que les paramètres financiers d’un tel affrontement n’auraient rien à voir du tout avec ceux de samedi, et ne justifieraient pas un nouveau mélange des genres.

Bref, maintenant que Mayweather-McGregor est chose du passé, que chacun de ces messieurs retourne là ou il doit aller : le premier dans son manoir pour se frotter les mains de satisfaction en reluquant sa fiche de 50-0, le second dans un octogone de l’UFC pour y défendre ses titres.

La pièce de théâtre est terminée. Il est temps de revenir à la réalité.

Battez-vous, qu’on en finisse

BILLET – Plus que quelques heures avant que Floyd Mayweather et Conor McGregor en viennent finalement aux coups dans le ring du T-Mobile Arena, à Las Vegas. Plus que quelques heures avant de crever cet abcès purulent une fois pour toutes, et qu’on passe enfin à un autre appel.

Commenciez-vous à avoir votre voyage de ce festival de la démesure sportivo-médiatique qui semblait – et semble encore, malgré sa conclusion imminente – éternel?

L’ampleur de la chose n’est pas si différente de Mayweather-Pacquiao en 2015, direz-vous. Vrai qu’en ce qui a trait aux chiffres – bourses, prix des billets, etc. – et au travail promotionnel, les deux événements se comparent. Mais au moins, on savait à ce moment qu’on aurait droit à un combat de boxe, un vrai, entre deux des meilleurs pugilistes de la planète.

Cette fois, on a plutôt l’impression qu’on s’apprête à assister à une gageure qui a mal tourné.

Mayweather-McGregor, c’est un peu comme un dessert trop sucré. À force d’en manger, il finit par nous tomber sur le cœur. Et les portions qu’on nous a servies ces dernières semaines, notamment à coup de conférences de presse aux allures de mauvais théâtre d’été où on a davantage jasé d’un veston malpoli que de boxe, étaient colossales.

Même l’auguste World Boxing Council n’a pu s’empêcher de mettre son grain de sel dans cette vaste comédie en annonçant que le vainqueur du combat se mériterait la Money Belt, ceinture spécialement créée pour l’événement et qui ne pourrait mieux porter son nom. Fait de cuir d’alligator, l’objet est orné de pas moins de 3360 diamants, 600 saphirs, 300 émeraudes et d’un kilo et demi d’or 24 carats.

MoneyBelt
Floyd Mayweather et Conor McGregor se disputeront la Money Belt, créée spécialement pour leur combat par le World Boxing Council.

Il fallait voir le président de l’organisation, Mauricio Sulaiman, brandir fièrement cette « récompense » lors de la conférence de presse finale du combat. Les puristes du noble art ont sans doute eu peine à contenir un léger haut-le-cœur devant la scène.

On en profite d’ailleurs pour transmettre nos plus sincères condoléances à la famille de ce pauvre alligator bêtement sacrifié pour la confection de cette horreur.

Pendant ce temps…

Ainsi donc, en attendant le retour aux affaires courantes, on doit se taper ce gigantesque vaudeville. Certains se demandent encore, naïvement, si McGregor a une chance de l’emporter face à Mayweather. On n’est jamais à l’abri d’une surprise, c’est un fait. Mais entre nous, vous y croyez vraiment?

Ce qui est d’autant plus regrettable, c’est que d’autres combats bien plus intéressants – et surtout, bien plus significatifs – passeront complètement sous le radar à cause de toute cette foire.

Ironie du sort, l’un de ces affrontements aura lieu tout juste avant le choc Mayweather-McGregor. Badou Jack (21-1-2, 12 K.-O.) tentera alors de ravir le titre WBA des mi-lourds à Nathan Cleverly (30-3, 16 K.-O.). On est déjà curieux de voir comment se comportera Jack dans l’arène, lui qui en sera à un premier duel chez les 175 lb.

Au même moment, au StubHub Center de Carson, en Californie, Miguel Cotto (40-5, 33 K.-O.) sortira d’une pause de près de deux ans pour affronter Yoshihiro Kamegai (27-3-2, 24 K.-O.). Les deux hommes se disputeront le titre WBO des super-mi-moyens, actuellement vacant.

Les amateurs de boxe québécois auraient intérêt à garder un œil sur ce duel, car si les choses se déroulent à l’avantage de Cotto, celui-ci pourrait fort bien revenir chez les poids moyens et se mesurer à David Lemieux vers la fin de l’année.

Mais d’ici là, pas le choix d’endurer le cirque Mayweather-McGregor encore un peu, question de repousser à nouveau les limites de notre patience. Quoique pour certains, elles ont déjà été franchies. C’est entre autres le cas d’Oscar de la Hoya, qui s’est défoulé en termes on ne peut plus clairs par l’entremise de son compte Twitter, hier soir.

Le Golden Boy est évidemment biaisé, puisqu’il est le promoteur du combat Cotto-Kamegai et que ce dernier se tiendra dans l’indifférence quasi-totale. N’empêche, plusieurs partagent un sentiment semblable et ont seulement hâte que cesse cette fanfaronnade.

Allez, messieurs Mayweather et McGregor. Soyez magnanimes et aidez-nous à apaiser notre malaise. Battez-vous, qu’on en finisse.

Affaire Beterbiev: tout le monde est perdant

[Photo Archives Bob Lévesque]

BILLET – Bon… Avant toute chose, récapitulons, si vous le voulez bien.

Artur Beterbiev devait se battre contre l’Allemand Enrico Koelling à Québec le 21 juillet. Le combat devait permettre à Beterbiev de se hisser au rang d’aspirant obligatoire au titre des mi-lourds de l’IBF que détient actuellement Andre Ward.

Or, au cours des dernières semaines, la survie du duel a semblé de plus en plus menacée. Une journée, le combat n’avait plus lieu à Québec. Le lendemain, on se demandait s’il serait plutôt présenté au mois d’août. Puis, on a laissé entendre que le Russe pourrait se battre le 29 juillet au Barclays Center de New York.

En marge du gala présenté au Casino de Montréal, le 15 juin, le Groupe Yvon Michel (GYM) nous assurait qu’un combat pour Beterbiev en juillet était « coulé dans le béton » et que les détails seraient connus lors d’une annonce officielle la semaine suivante.

Mais l’annonce n’est jamais venue. Pas plus que le combat, finalement.

Dans un communiqué envoyé mercredi après-midi, GYM a confirmé l’annulation du choc Beterbiev-Koelling, expliquant que Beterbiev n’avait pu obtenir un visa pour se rendre aux États-Unis. Une demande d’appel aurait elle aussi été rejetée.

« En conséquence, après avoir consulté le président de la IBF, M. Daryl People, le représentant du promoteur d’Enrico Koelling, M. Chris Meyer, ainsi que M. Leon Margules, GYM a pris la décision de se retirer du combat. Selon notre compréhension, l’IBF va redémarrer la procédure d’appel d’offres (purse bid) afin de permettre la tenue prochaine de ce championnat éliminatoire », explique GYM dans son envoi.

Beterbiev n’en aurait pourtant pas été à son premier voyage au sud de la frontière, lui qui a vaincu Alexander Johnson à Chicago il y a deux ans.

Beterbiev réplique

Quelques heures après l’envoi du communiqué de GYM, Beterbiev a répondu aux affirmations du promoteur dans un long message publié sur sa page Facebook. Sans surprise, il impute tout le blâme à GYM pour l’échec de ce combat.

En résumé, Beterbiev prétend que les autorités américaines ont exigé de voir une copie du contrat confirmant la tenue d’un combat aux États-Unis avant de lui accorder un visa d’affaires, et non un visa touristique, comme celui qu’il avait obtenu pour son combat face à Johnson.

Mais voilà, toujours selon Beterbiev, Yvon Michel aurait exigé de lui qu’il abandonne sa poursuite contre GYM avant de lui permettre d’obtenir le visa en question. Beterbiev, rappelons-le, a entamé des recours judiciaires afin de quitter l’écurie du promoteur.

Beterbiev aurait donc refusé de laisser tomber ses démarches, incitant GYM à annuler le combat en prétextant l’histoire du visa refusé.

« Pour être clair, ce combat a été annulé pour une seule raison : GYM qui, une fois de plus, n’arrive pas à répondre à ses obligations contractuelles. C’est uniquement en raison de l’incapacité de GYM de me fournir un contrat signé pour un combat aux États-Unis que je n’ai pu obtenir le visa nécessaire », écrit Beterbiev.

« [Les événements] ont renforcé ma conviction selon laquelle GYM n’a pas l’intention d’honorer ses obligations contractuelles et que je ne souhaite plus jamais être associé à eux. »

-Artur Beterbiev

GYM allait-il en rester là? Bien sûr que non.

Par le biais de multiples publications Facebook, le promoteur a décortiqué chacune des allégations de Beterbiev. Dans ses réponses écrites en lettres majuscules, GYM affirme que le camp du boxeur n’a jamais demandé à obtenir une copie du contrat, et qu’il a tenté d’obtenir un visa sans en informer l’entreprise. De plus, GYM nie catégoriquement avoir exigé que Beterbiev abandonne sa poursuite.

« L’équipe Beterbiev peut prétendre ce qu’elle veut, mais le fait est que GYM a été bon pour sa carrière, l’a placé dans cette position exceptionnelle aux classements, lui a permis de toucher les meilleures bourses parmi tous les aspirants au titre mondial et lui a fourni tout son personnel d’entraîneurs qui a été développé en étroite collaboration avec GYM », affirme le promoteur.

Pas de gagnant

Alors, qui de GYM ou Beterbiev dit vrai dans toute cette histoire? Impossible de trancher pour le moment. On finira bien par en avoir le cœur net un jour.

Ce qui est clair, cependant, c’est que personne ne sortira gagnant de ce lamentable roman-savon.

Beterbiev éprouvait déjà toutes sortes de difficultés à se trouver des adversaires. D’une part, parce qu’il a l’habitude de détruire tous ceux qui se dressent devant lui. D’autre part, parce qu’il n’est pas encore assez connu auprès du public. Comme le prestige associé à une éventuelle victoire contre Beterbiev est encore somme toute modeste, le risque en vaut-il alors la chandelle aux yeux d’un potentiel rival?

Ce fiasco n’aidera en rien le Tchétchène à se forger une réputation enviable. Le plus triste dans son cas, c’est qu’à 32 ans, il jouit d’une superbe position dans les différents classements et il est à deux doigts d’un combat de championnat du monde. Qu’il aurait sans doute d’excellentes chances de remporter, soit dit en passant.

S’il pouvait seulement avoir l’occasion de se battre de temps à autre, le Québec verrait un autre de ses pugilistes avec une ceinture autour de la taille avant longtemps. Mais pour un ensemble de raisons – encore là, peu importe qui dit vrai entre lui et GYM -, il ne se bat pas. Que ce soit malgré lui ou à cause de lui, Beterbiev est en train de gaspiller les plus belles années de sa carrière.

Pour le bien de celle-ci, il doit trouver le moyen de stopper l’hémorragie – que ce soit avec GYM ou quelqu’un d’autre.

GYM, justement, ne se tire pas de ce feuilleton sans égratignures non plus. Et ce n’est pas comme s’il s’agissait des premières au visage du promoteur.

Séparation houleuse avec David Lemieux, divorce tout aussi acrimonieux avec Beterbiev, la saga Stevenson-Kovalev, guerre de mots avec le président d’Eye of the Tiger Management Camille Estephan, trois combats d’Oscar Rivas annulés coup sur coup… Il aura beau prétendre le contraire, la réalité est que l’image de GYM est sérieusement mise à mal depuis quelques années. Avait-il vraiment besoin d’un nouvel épisode comme celui-là?

Bref, que ce soit à tort ou à raison, les fondations de l’empire GYM présentent d’inquiétantes fissures que le promoteur aurait intérêt à colmater au plus vite. Autrement, c’est toute la boxe québécoise qui finira par en payer le prix.

Le plus grand perdant de « l’affaire Beterbiev » demeure toutefois l’amateur de boxe. Pendant que ça se tape sur la gueule sur les réseaux sociaux, il ne se passe rien dans le ring.

Il est là, le vrai drame.