Mayweather, évidemment

[Photo tirée du compte Twitter de Showtime]

Force est d’admettre que Conor McGregor a surpris tout le monde, incluant l’auteur de ces lignes, dans son combat face à Floyd Mayweather samedi soir, à Las Vegas. Après tout, à peu près personne croyait qu’il trouverait le moyen de survivre au-delà du deuxième ou troisième round.

Mais contre toute attente, donc, l’Irlandais est parvenu à étirer ça jusqu’au dixième engagement. C’est alors que l’arbitre Robert Byrd a mis un terme aux hostilités, voyant très bien que McGregor n’avait tout simplement plus l’énergie nécessaire pour se défendre contre les assauts incessants de Mayweather.

Si on fait abstraction de sa technique, disons, peu orthodoxe et de sa vilaine propension à vouloir frapper son adversaire derrière la tête, McGregor a néanmoins tenu son bout dans le ring du T-Mobile Arena. Chose certaine, le duel s’est avéré bien plus excitant que le combat entre Mayweather et Manny Pacquiao, il y a deux ans. Quoique la barre n’était pas très haute à cet égard, il faut le dire.

Ce qui aura causé la perte de McGregor, en bout de ligne, c’est sa condition physique, manifestement pas adéquate pour endurer un combat de 12 rounds. Les combats de l’UFC, rappelons-le, durent une quinzaine de minutes tout au plus. Parfois quelques secondes seulement. Le décalage entre la boxe et les arts martiaux mixtes sur ce plan sautait aux yeux.

Tout vient à point à qui sait attendre

D’ailleurs, la seule raison pour laquelle McGregor a pu avoir le dessus sur Mayweather lors des deux premiers assauts, c’est parce que ce dernier n’a lancé à peu près aucun coup, préférant étudier son rival et s’en remettre à son incomparable maestria défensive. Du moment que Mayweather s’est mis en marche, McGregor s’est retrouvé complètement débordé.

On peut reprocher bien des choses à Mayweather, mais quoi qu’on en dise, il demeure un boxeur extrêmement intelligent. Il savait très bien que McGregor n’aurait pas ce qu’il faut dans le réservoir pour combattre jusqu’à la limite. Pourquoi alors ouvrir la machine dès les départ, si ce n’est que pour se brûler soi-même inutilement?

Il a donc attendu patiemment que sa proie se serve elle-même sur un plateau d’argent. Vers la mi-combat, pendant que Mayweather souriait à pleines dents aux caméras, frais comme une rose, McGregor pompait l’huile comme s’il venait de courir un Ironman. L’image était pour le moins éloquente.

Malgré tout cela, et tout ce qui s’est dit en marge de ce duel pharaonique, il faut lever son chapeau pour McGregor, qui s’est quand même défendu de façon somme toute honorable dans un combat où tout jouait contre lui. Même si la logique a fini par s’imposer.

Une fois n’est pas coutume

Dès la fin du combat samedi, certains se demandaient fébrilement à quel moment on le reverrait dans un ring, et quel boxeur il affronterait cette fois. Calmons-nous le pompon un instant, voulez-vous?

Spéculons un peu, pour les besoins de la discussion. Vous imaginez McGregor en découdre avec, par exemple, Terence Crawford? Jermell Charlo? Ou pire, Canelo Alvarez ou Gennady Golovkin? Ça finirait par une mort d’homme, cette histoire. On exagère, mais vous comprenez le principe.

Et de toute façon, on s’entend que les paramètres financiers d’un tel affrontement n’auraient rien à voir du tout avec ceux de samedi, et ne justifieraient pas un nouveau mélange des genres.

Bref, maintenant que Mayweather-McGregor est chose du passé, que chacun de ces messieurs retourne là ou il doit aller : le premier dans son manoir pour se frotter les mains de satisfaction en reluquant sa fiche de 50-0, le second dans un octogone de l’UFC pour y défendre ses titres.

La pièce de théâtre est terminée. Il est temps de revenir à la réalité.

Battez-vous, qu’on en finisse

BILLET – Plus que quelques heures avant que Floyd Mayweather et Conor McGregor en viennent finalement aux coups dans le ring du T-Mobile Arena, à Las Vegas. Plus que quelques heures avant de crever cet abcès purulent une fois pour toutes, et qu’on passe enfin à un autre appel.

Commenciez-vous à avoir votre voyage de ce festival de la démesure sportivo-médiatique qui semblait – et semble encore, malgré sa conclusion imminente – éternel?

L’ampleur de la chose n’est pas si différente de Mayweather-Pacquiao en 2015, direz-vous. Vrai qu’en ce qui a trait aux chiffres – bourses, prix des billets, etc. – et au travail promotionnel, les deux événements se comparent. Mais au moins, on savait à ce moment qu’on aurait droit à un combat de boxe, un vrai, entre deux des meilleurs pugilistes de la planète.

Cette fois, on a plutôt l’impression qu’on s’apprête à assister à une gageure qui a mal tourné.

Mayweather-McGregor, c’est un peu comme un dessert trop sucré. À force d’en manger, il finit par nous tomber sur le cœur. Et les portions qu’on nous a servies ces dernières semaines, notamment à coup de conférences de presse aux allures de mauvais théâtre d’été où on a davantage jasé d’un veston malpoli que de boxe, étaient colossales.

Même l’auguste World Boxing Council n’a pu s’empêcher de mettre son grain de sel dans cette vaste comédie en annonçant que le vainqueur du combat se mériterait la Money Belt, ceinture spécialement créée pour l’événement et qui ne pourrait mieux porter son nom. Fait de cuir d’alligator, l’objet est orné de pas moins de 3360 diamants, 600 saphirs, 300 émeraudes et d’un kilo et demi d’or 24 carats.

MoneyBelt
Floyd Mayweather et Conor McGregor se disputeront la Money Belt, créée spécialement pour leur combat par le World Boxing Council.

Il fallait voir le président de l’organisation, Mauricio Sulaiman, brandir fièrement cette « récompense » lors de la conférence de presse finale du combat. Les puristes du noble art ont sans doute eu peine à contenir un léger haut-le-cœur devant la scène.

On en profite d’ailleurs pour transmettre nos plus sincères condoléances à la famille de ce pauvre alligator bêtement sacrifié pour la confection de cette horreur.

Pendant ce temps…

Ainsi donc, en attendant le retour aux affaires courantes, on doit se taper ce gigantesque vaudeville. Certains se demandent encore, naïvement, si McGregor a une chance de l’emporter face à Mayweather. On n’est jamais à l’abri d’une surprise, c’est un fait. Mais entre nous, vous y croyez vraiment?

Ce qui est d’autant plus regrettable, c’est que d’autres combats bien plus intéressants – et surtout, bien plus significatifs – passeront complètement sous le radar à cause de toute cette foire.

Ironie du sort, l’un de ces affrontements aura lieu tout juste avant le choc Mayweather-McGregor. Badou Jack (21-1-2, 12 K.-O.) tentera alors de ravir le titre WBA des mi-lourds à Nathan Cleverly (30-3, 16 K.-O.). On est déjà curieux de voir comment se comportera Jack dans l’arène, lui qui en sera à un premier duel chez les 175 lb.

Au même moment, au StubHub Center de Carson, en Californie, Miguel Cotto (40-5, 33 K.-O.) sortira d’une pause de près de deux ans pour affronter Yoshihiro Kamegai (27-3-2, 24 K.-O.). Les deux hommes se disputeront le titre WBO des super-mi-moyens, actuellement vacant.

Les amateurs de boxe québécois auraient intérêt à garder un œil sur ce duel, car si les choses se déroulent à l’avantage de Cotto, celui-ci pourrait fort bien revenir chez les poids moyens et se mesurer à David Lemieux vers la fin de l’année.

Mais d’ici là, pas le choix d’endurer le cirque Mayweather-McGregor encore un peu, question de repousser à nouveau les limites de notre patience. Quoique pour certains, elles ont déjà été franchies. C’est entre autres le cas d’Oscar de la Hoya, qui s’est défoulé en termes on ne peut plus clairs par l’entremise de son compte Twitter, hier soir.

Le Golden Boy est évidemment biaisé, puisqu’il est le promoteur du combat Cotto-Kamegai et que ce dernier se tiendra dans l’indifférence quasi-totale. N’empêche, plusieurs partagent un sentiment semblable et ont seulement hâte que cesse cette fanfaronnade.

Allez, messieurs Mayweather et McGregor. Soyez magnanimes et aidez-nous à apaiser notre malaise. Battez-vous, qu’on en finisse.

Mayweather c. McGregor: la farce devient réalité

BILLET – Ainsi donc, c’est bien vrai. Après deux ans de rumeurs, de tergiversations et autres conjectures, Floyd Mayweather et Conor McGregor vont finalement s’affronter dans un combat de boxe le 26 août, au T-Mobile Arena de Las Vegas.

L’Américain Mayweather (49-0, 26 K.-O.), considéré comme l’un des meilleurs boxeurs de tous les temps, sortira de sa retraite pour se frotter à l’Irlandais McGregor, super-vedette de l’UFC et des arts martiaux mixtes. Le grand patron de l’UFC, Dana White, a fait savoir que le duel serait disputé à 154 lb. Dieu merci, aucune ceinture ne sera en jeu.

L’idée traînait depuis si longtemps que peu de gens y croyaient encore vraiment. D’autres espéraient que le projet meure dans l’œuf, estimant qu’il s’agirait d’un œil au beurre noir pour le noble art. Plusieurs croyaient assister à un simple « show de boucane ». Les deux athlètes, après tout, figurent parmi les plus grandes gueules de leurs disciplines respectives.

Eh bien, non. Il faut croire qu’ils étaient sérieux. Pourtant, sur le plan sportif, on parle d’une immense farce.

McGregor est peut-être très doué pour les arts martiaux mixtes, mais voilà, il est question de boxe, ici. Ce n’est pas parce que, comme Mayweather, il gagne sa vie en tapant sur la gueule d’un autre type dans un octogone qu’il devient aussitôt compétitif dans un ring de boxe. Ce n’est pas le même entraînement, les mêmes techniques, les mêmes règles… Bref, pas le même sport, tout simplement.

Au surplus, McGregor, 29 ans, aura devant lui un maître de la défense et de l’évasion dans une arène. Est-il logique de croire qu’un néophyte de la boxe comme lui puisse causer des ennuis à Mayweather, ne serait-ce qu’un instant?

Je lisais quelque part que Mayweather, 40 ans, « allait mettre sa fiche parfaite en jeu » dans ce combat. Allons donc… Un peu de sérieux, de grâce. Y a-t-il vraiment quelqu’un qui est convaincu que McGregor possède une chance réelle de l’emporter? Outre ce dernier, entendons-nous. Je vous pose la question.

Soyons réalistes, donc. Une seule raison justifie la tenue de ce combat : l’argent.

On ose à peine imaginer les bourses que les deux hommes encaisseront pour l’occasion – à titre d’exemple, Mayweather avait touché 250 millions pour se battre contre Manny Pacquiao. Sans parler des revenus à la billetterie et à la télé payante. Car, oui, évidemment que le T-Mobile Arena sera quand même rempli à craquer de gens qui auront payé le gros prix pour obtenir le privilège (!) d’assister à ce duel historique (!!).

En toute logique, Mayweather et McGregor devraient empocher un salaire dans les neuf chiffres. On imagine déjà Mayweather, dont l’appétit pour les billets verts est bien connu, se frotter les mains de satisfaction, l’esprit avide et le sourire étincelant. Pas pour rien qu’on le surnomme Money, tout de même.

À l’inverse, savez-vous qui est sans doute le plus déçu de cette annonce? Miguel Cotto, qui effectuera son retour dans le ring à la même date, le 26 août, lui aussi après presque deux ans d’absence. En plus de se préparer à affronter son adversaire Yoshihiro Kamegai, il devra se préparer à passer sous le radar de l’actualité pugilistique, circonstances obligent.

Nos excuses, Miguel. Ce n’est pas de notre faute, on le jure.

Quoi qu’il en soit, vous pouvez déjà parier sur une victoire facile de Mayweather. Et à en juger par les cotes des paris à Las Vegas, vous ne serez pas les seuls.

En l’emportant, celui-ci présenterait une fiche de 50-0, dépassant ainsi le légendaire Rocky Marciano. Mais compte tenu des circonstances dans lesquelles cette 50e victoire serait acquise, pourra-t-on lui accoler tout le prestige et la valeur historique qu’elle mériterait?

Permettez-moi d’en douter.