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Pascal-Bute 2: le scénario parfait

[Photo tirée de Twitter]

Depuis que Jean Pascal a laissé entendre qu’il souhaitait sortir de sa retraite pour livrer un dernier combat au Québec, le nom de Steve Bossé s’est hissé au sommet de la liste des adversaires potentiels qu’il pourrait affronter. Et si Pascal convenait plutôt d’un deuxième rendez-vous avec Lucian Bute pour tirer sa révérence?

Chose certaine, la machine à rumeurs s’est emballée à cet effet après que le Lavallois a publié sur son compte Twitter, vendredi, une photo de Bute et lui assis côte à côte, assortie d’une question des plus sibyllines : « Qu’est-ce qu’on mijote? ».

Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, voici le tweet en question :

Il n’en fallait pas plus pour que les réactions fusent de toutes parts. Si on se fie aux réponses à ce gazouillis, la plupart des fans de boxe seraient d’accord pour la tenue d’un second choc entre les deux hommes.

Bien sûr, un message comme celui de Pascal est loin de constituer une annonce officielle. Mais ce n’est pas une raison pour s’empêcher de rêver.

Avec respect pour Bossé, un deuxième affrontement Pascal-Bute serait nettement plus intéressant. Vrai que le premier duel, en 2014, en avait laissé plusieurs sur leur faim. Mais on parle quand même ici de deux ex-champions adulés du public. Un combattant d’arts martiaux mixtes récemment converti au pugilat, quel qu’il soit, n’a pas le même prestige et ne suscite certainement pas le même intérêt.

Par ailleurs, à l’instar de Pascal, Bute pourrait lui aussi en profiter pour faire ses adieux officiels à ses admirateurs. Il n’a jamais annoncé formellement sa retraite, mais entre nous, depuis sa défaite par knock-out contre Eleider Alvarez en février 2017, c’est tout comme. Le Roumain mérite une sortie plus élégante, ne serait-ce qu’en raison de la manière dont il a fait rayonner la boxe québécoise sur la scène internationale.

Deux grands champions locaux qui mettent les gants une dernière fois pour se battre l’un contre l’autre. Avouez que le scénario a de quoi faire saliver n’importe quel promoteur.

Allons, messieurs, faites donc de ce projet une réalité. Battez-vous quand vous voudrez et là où vous le voudrez. Centre Bell, Place Bell, Centre Vidéotron… Qu’importe. On vous suivra volontiers.

Votre public est prêt. L’êtes-vous?

Qu’on amène Braidwood, maintenant

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

QUÉBEC – Soyons francs : Simon Kean avait beau affronter Ignacio Esparza samedi soir, tous ceux qui étaient réunis au Centre Vidéotron de Québec pour l’occasion n’avaient que le nom d’Adam Braidwood en tête.

On sait qu’après des mois d’injures lancées tantôt en personne, tantôt via les réseaux sociaux, Kean et Braidwood s’affronteront enfin dans le ring le 16 juin, l’un espérant fermer le clapet de l’autre une bonne fois pour toutes. Tout en lui infligeant, tant qu’à y être, la correction la plus rude possible.

Mais bon, au préalable, Kean devait passer par Esparza, essentiellement pour garder la forme et ne pas arriver devant Braidwood trop rouillé. Le Trifluvien s’est arrangé pour ne pas veiller trop tard en terrassant le rondouillet Mexicain par knock-out à 2 :56 du cinquième round.

C’était parfois à se demander si Esparza, 40 ans, avait envie d’être là. Constamment appuyé dans les câbles, il a passé plus de temps à protester contre l’arbitre qu’à lancer des coups.

«Souvent, ces gars-là ne veulent pas se compromettre. Ils ne veulent pas se faire passer le knock-out. Ils veulent juste essayer de survivre. C’est ce qu’il a essayé de faire. Il a attendu», a déploré Kean.

Le promoteur Camille Estephan a quant à lui salué la «maturité» de son boxeur, qui ne s’est pas laissé déconcentré par le style pour le moins passif de son adversaire. «C’est très important dans les plus hautes sphères de la boxe, et on y sera bientôt», a-t-il souligné.

Sans surprise, la foule a ponctué le duel de huées pleinement justifiées devant un tel refus de compétitionner de la part d’Esparza.

«Je comprends la foule qui s’attendait à un gros combat et qui tombe sur un gars qui ne voulait pas se battre. J’espère juste que ce n’est pas moi qu’ils huaient !»

-Simon Kean

Au cinquième engagement, le Grizzly a fini par trouver l’ouverture nécessaire pour asséner une rafale de coups à Esparza, rafale couronnée par une droite au visage qui a conclu la soirée du Mexicain.

Le triste cas d’Esparza étant désormais réglé, Kean et son équipe se concentrent maintenant entièrement sur Braidwood. Aucun doute que d’un point de vue promotionnel, ce duel est l’un des plus intéressants de l’année au Québec.

Et d’un point de vue pugilistique ?

Difficile à dire. Oh, il y aura des flammèches à la tonne, c’est évident. La grande question est de savoir comment Kean pourra tirer son épingle du jeu. Car l’opposition que lui offrira Braidwood sera nettement plus relevée que celle à laquelle il a dû faire face jusqu’à présent.

Braidwood n’est peut-être pas le plus talentueux. Il ne sera peut-être jamais champion du monde. N’empêche, c’est en voyant de quoi aura l’air Kean devant lui qu’on devrait savoir ce que ce dernier a vraiment dans le ventre.

«Pendant le combat, je ne pensais pas à [Braidwood], mais pendant ma préparation, j’y pense, a admis Kean. C’est dur de ne pas y penser. Tout le monde m’en parle.»

Germain l’emporte à l’usure

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Mathieu Germain (à droite) a mené la vie dure à Miguel Zamudio. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

En demi-finale, Mathieu Germain (14-0, 8 K.-O.) a servi une leçon de boxe au Mexicain Miguel Zamudio (40-11-1, 24 K.-O.), qu’il a forcé à l’abandon à 0 :56 du huitième round.

Germain avait indiqué cette semaine qu’il souhaitait signer un gain éclatant pour ce gala. Il a réussi son pari. Mais malgré cela, le boxeur montréalais s’est dit somme toute insatisfait de sa performance, s’accordant une note de «6 ou 6,5» sur 10.

«J’aurais vraiment pu mieux faire. En défense, c’était correct. Au plan de l’attaque, j’aurais pu davantage choisir mes coups au lieu de les lancer en rafale pour rien», a-t-il analysé.

«Je me critique après chaque combat parce que, pour moi, la perfection est difficile à atteindre et je veux être près de la perfection. Et en ce moment, je n’en suis pas près.»

-Mathieu Germain

Avec sa main gauche, notamment, celui qu’on appelle G-Time a donné énormément de fil à retordre à son adversaire. Et plus le duel avançait, moins Zamudio – qui, malgré qu’il n’ait que 26 ans, en était déjà à un 52e combat professionnel – était en mesure de se défendre.

La garde s’est effritée peu à peu, jusqu’à ce qu’il visite le canevas en toute fin de septième round. Voyant qu’il n’était toujours pas remis au début du huitième, le coin du Mexicain de 26 ans a sagement demandé la fin du combat.

«Je savais qu’il était tough, a indiqué Germain. Il s’agissait vraiment de savoir comment on allait l’achever. Ce n’est pas comme ça que je voulais l’achever, mais on a quand même la victoire. On n’a pas de blessure et je suis prêt à me battre à nouveau après-demain.»

À 28 ans et avec une 14e victoire en autant de sorties à sa fiche, Germain estime qu’il est maintenant prêt à gravir les échelons des différentes classements et ainsi faire passer sa carrière en deuxième vitesse.

«Je veux les choses sérieuses. Je veux les ceintures. Je suis prêt pour n’importe quel défi. Je suis né pour boxer», a-t-il énuméré.

Les recrues impressionnent

Le gala de samedi était aussi l’occasion de voir à l’œuvre les deux plus récentes acquisitions kazakhes d’Eye of the Tiger Management, à savoir le poids lourd Arslanbek Makhkudov et le super-mi-moyen Sadriddin Akhmedov.

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Sadriddin Akhmedov (à gauche) s’est amusé ferme durant son combat. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Dans un premier temps, Akhmedov (1-0, 1 K.-O.) n’a eu besoin que de 31 secondes pour passer le knock-out au Mexicain Tony Barreras (1-2, 1 K.-O.) et souligner en grand ses débuts professionnels.

L’ex-champion mondial junior s’est rué sur son rival dès le départ avant de l’envoyer au tapis au premier coup de poing. Barreras s’est relevé, mais trois ou quatre coups plus tard, Akhmedov l’a renvoyé au sol, le faisant presque passer à travers les câbles. L’arbitre a aussitôt mis fin au combat. Malheureusement pour lui, Akhmedov a dû souligner son triomphe sous les huées de la foule, restée sur sa faim devant ce spectacle beaucoup trop bref à son goût.

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Arslanbek Makhmudov (à gauche) s’est déchaîné sur le Mexicain Christian Larrondo. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Makhmudov (2-0, 2 K.-O.), pour sa part, a fait ça presque aussi court que son compatriote, liquidant le Mexicain Christian Larrondo (4-4-1, 3 K.-O.) en 46 secondes.

Le colossal Makhmudov (6 pi 6 po et 253 lb à la pesée officielle) s’est carrément amusé aux dépens de Larrondo en le harcelant de rafales de coups dès le départ. Le Mexicain – qui, on s’entend, n’avait rien d’une grande menace – a tout simplement été incapable de faire quoi que ce soit. L’arbitre Alberto Padulo fils a bien fait de s’interposer aussi tôt pour faire cesser cette rince en règle.

On disait d’Akhmedov et de Makhmudov qu’ils étaient bourrés de talent et très prometteurs. On a rapidement compris pourquoi. Impossible cependant de saisir toute l’étendue de leur potentiel avec un aussi petit échantillon de boxe. On est déjà curieux de voir la suite.

Les autres résultats

Vincent Thibault (4-0, 2 K.-O.) n’a eu aucun problème à se départir du Mexicain Arturo de la Cruz (5-9, 1 K.-O.) et signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 2 :29 du troisième round. Jamais inquiété par son rival, l’athlète de Charlemagne a mis à profit sa puissante main gauche pour l’emporter et mettre un terme au séjour de De la Cruz dans la Capitale.

Clovis Drolet (6-0, 3 K.-O.) a complètement neutralisé le Mexicain Sergio De Leon (7-3, 1 K.-O.) pour finalement l’emporter par décision unanime (60-54 partout). La fierté de Beauport a dominé de la première à la dernière seconde, forçant son coriace adversaire à faire ce qu’il pouvait pour encaisser les nombreuses attaques dirigées vers lui.

Nurzat Sabirov (5-0, 5 K.-O.) est demeuré parfait grâce à une victoire aux dépens du Tchèque Stanislav Eschner (8-9-1, 5 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 0 :56 du quatrième round. Malmenant son opposant du début à la fin, Sabirov a terminé le travail avec un vif coup au corps qui a forcé Eschner à poser un genou au sol. L’officiel Alain Villeneuve a aussitôt décrété la fin des hostilités, alors qu’Eschner était déjà mal en point depuis un moment.

Chez les femmes, Kim Clavel (3-0, 1 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée de la Mexicaine Ana Karen Compean (0-3) en lui passant le knock-out après seulement 43 secondes d’action. Débordée par les furieux assauts de la Montréalaise, Compean a subitement arrêté de se défendre. L’arbitre Steve St-Germain a aussitôt entamé un compte de 10. La Mexicaine, debout dans le coin, n’a jamais pu reprendre ses esprits avant la fin.

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Éric Martel Bahoeli (à gauche) a conclu sa carrière sur une note victorieuse. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Après une retraite d’un peu plus d’un an, Éric Martel Bahoeli (12-7-1, 7 K.-O.) était de retour dans le ring pour un ultime tour de piste. Et il s’est assuré de quitter de belle façon en forçant le Mexicain Hector Aguilar (7-4, 5 K.-O.) à l’abandon à 1 :12 du premier round. Bahoeli avait envoyé son replet opposant – un autre du genre à posséder sa carte de fidélité au buffet du coin – au tapis quelques secondes plus tôt.

S’adressant au public après sa victoire, Bahoeli, la voix tremblante, a tenu à saluer son ami David Whittom, récemment décédé après avoir passé plusieurs mois dans le coma à la suite d’un combat au Nouveau-Brunswick.

«J’ai perdu un frère, mais je sais qu’il est ici ce soir. David, je t’aime.»

-Éric Martel Bahoeli

Sébastien Roy (3-0, 1 K.-O.) n’a eu aucun mal à se débarrasser du Mexicain Rodolfo Lopez (6-4, 4 K.-O.) et a signé une victoire par décision unanime (40-36 partout). Nettement plus actif et incisif, le boxeur de Thetford Mines est parvenu à ébranler durement son adversaire à quelques reprises, notamment au premier engagement, alors qu’il l’a atteint d’un solide uppercut au menton.

Pour lancer la soirée, le Lavallois Whitney Baille (6-0, 2 K.-O.) a pris la mesure de Dave Leblond (2-4) par décision unanime (60-54, 58-56, 58-56). Plus rapide et offrant les meilleures attaques, Baille a signé une deuxième victoire en autant de combats contre Leblond. Il avait vaincu le Thetfordois le 28 octobre par décision majoritaire.

Soulignons enfin que le combat devant opposer Ariane Goyette et Samantha Johnson a dû être annulé à la dernière minute, les résultats des tests médicaux subis par la Manitobaine n’ayant pas satisfait les critères de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.

Affaire classée

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Steven Butler et Jaime Herrera avaient des comptes à régler samedi soir. Leur premier affrontement, en 2015, s’était soldé par un verdict nul majoritaire. Un nul amer pour Butler, qui avait survécu de peine et de misère à l’affrontement après s’être fracturé la main au deuxième round.

Le cogneur québécois s’est donc amené dans le ring du Casino de Montréal avec la ferme intention d’effacer – en partie, du moins – cette tache à son dossier. Et il a accompli sa mission de belle façon en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 2 :00 du 10e et dernier round.

En plus de savourer sa revanche aux dépens de l’Américain Herrera (15-6-1, 8 K.-O.), Butler (23-1-1, 20 K.-O.) met la main sur le titre IBO International des super mi-moyens, jusqu’alors vacant.

Malgré la victoire, l’entraîneur de Butler, Rénald Boisvert, a admis qu’il n’était pas entièrement satisfait de la performance de son protégé de 22 ans. Bien que celui-ci ait démontré de belles choses dans ce combat, notamment un bien meilleur jab qu’auparavant et une plus grande patience pour dénicher les failles dans la défense adverse, il lui est arrivé de laisser ressortir son côté arrogant et casse-cou aux dépens de la stratégie établie au préalable.

«Il y a encore beaucoup de choses qu’on va devoir améliorer, a signalé Boisvert. […] Quand il suivait le plan de match […], il se donnait un combat facile et se donnait des ouvertures pour les coups puissants. Mais lorsqu’il laisse un peu la fatigue [prendre le dessus] ou qu’il manque de concentration, il ne lance plus son jab et se laisse un peu emporter.

«Ce que je veux voir, c’est : lorsque tu te fais pincer, qu’est-ce que tu fais après ? Tu te ressaisis. On repart la machine. Il ne faut pas embarquer dans le jeu de l’adversaire. […] On s’était entendus sur un plan de match. Steven doit le suivre.»

-Rénald Boisvert

Le boxeur, pour sa part, n’a pas rencontré les médias après le combat. Il faut dire qu’il a subi une blessure à l’épaule et qu’il a dû recevoir des points de suture pour soigner une coupure. Rien de sérieux dans les deux cas, a cependant assuré Boisvert.

Le combat est passé près d’atteindre la limite, mais il aurait très bien pu se terminer beaucoup plus tôt. Au deuxième engagement, Butler a envoyé Herrera au plancher à deux reprises, dont l’une à la suite d’un violent crochet au visage qu’Herrera n’a jamais vu venir. Puis une autre fois au septième assaut, encore là grâce à un crochet aussi sournois que destructeur.

À chacune de ces occasions, personne n’aurait été étonné de voir l’arbitre Yvon Goulet ou le coin d’Herrera décréter la fin de l’affrontement. C’est plutôt l’inverse qui fut surprenant. Contre toute attente, Herrera, le visage boursouflé et ensanglanté, a tenu le fort tant bien que mal, parvenant même à atteindre Butler à quelques reprises.

Mais au dixième round, c’en était tout simplement devenu trop pour lui, incapable de se défendre des furieuses attaques de Butler.

La bonne nouvelle, c’est que Butler a disputé son combat le plus long en carrière. L’expérience acquise au cours de ces dix rounds de boxe représente ni plus ni moins qu’une « bénédiction du ciel » aux yeux de Rénald Boisvert.

« Si ça s’était fini au deuxième round, ç’aurait été trop beau. […] Les huit autres rounds nous ont montré que Steven a encore des choses à travailler : sa discipline, et s’en tenir au plan et à la stratégie.»

-Rénald Boisvert

Maintenant que le dossier Herrera est réglé, Butler sera-t-il tenté d’effacer la «vraie» tache à sa fiche ? Celle laissée par Brandon Cook, qui lui a infligé son unique défaite en carrière ? Chose certaine, son promoteur Camille Estephan est ouvert à l’idée.

«Brandon Cook en septembre, j’aimerais bien ça, a-t-il indiqué. Il est prêt pour nous. Brandon Cook nous a battus. Bravo, on est contents pour lui. Mais sur dix combats, il nous battrait une fois.»

Avant cet autre combat revanche, Butler remontera dans le ring le 23 juin au Casino, a fait savoir Estephan. Pour l’instant, on ignore évidemment qui sera son adversaire, mais ce qui certain, c’est que le rival en question sera «meilleur que Cook», jure le promoteur.

La table est donc mise pour un Butler-Cook II. Si le tout se concrétise, on verra si le résultat sera aussi heureux que celui de samedi soir pour le Montréalais.

Clayton expéditif, mais déçu

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Custio Clayton (photo) n’a mis que 26 secondes pour vaincre le Hongrois Gabor Kovacs. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

En demi-finale, Custio Clayton (14-0, 10 K.-O.) s’est assuré d’écourter au maximum le séjour du Hongrois Gabor Kovacs (28-10-1, 7 K.-O.) à Montréal en lui réglant son cas après seulement 26 petites secondes de boxe.

Le Néo-Écossais a à peine eu le temps de lancer une poignée de coups sur le pauvre Kovacs que, déjà, ce dernier se retrouvait étendu de tout son long sous les câbles, presque complètement sorti du ring. Il n’en fallait pas plus pour convaincre l’arbitre Steve St-Germain que l’affrontement avait déjà assez duré.

Heureux du résultat, Clayton ? Pas vraiment, non. En voilà un qui avait le visage long au moment de rencontrer les médias. Une victoire demeure une victoire, bien sûr. Mais il aurait nettement préféré prendre la mesure d’un rival de meilleur calibre.

« Dans un sens, c’est difficile [de se satisfaire d’un tel résultat]. On souhaite au moins disputer un round complet. Mais nous étions conscients de ce qui nous attendait. »

-Custio Clayton

Clayton, rappelons-le, éprouve toutes les difficultés du monde à se trouver un adversaire digne de ce nom. Ceux-ci semblent le fuir comme la peste, estimant que le risque lié au fait de l’affronter n’en vaut pas la chandelle. Qui plus est, Clayton a dû renoncer aux séances de sparring pendant cinq semaines en raison d’une infection à un œil. Il n’a pu reprendre le collier qu’au début du mois de mars.

« Depuis le mois de novembre dernier, on essaie de trouver quelqu’un du top-10. Ils ont tous refusé. L’IBF et la WBO sont en train de leur dire : si vous ne prenez pas Custio, on vous exclut. On a besoin d’aide. Ce n’est pas parce qu’on donne de mauvaises bourses, c’est que les gens ont peur de Custio », explique le gérant de Clayton, Douggy Bernèche.

L’objectif, ajoute-t-il, est que Clayton remonte dans le ring d’ici la fin du mois de juin pour y affronter un membre du top-10 mondial. « On veut devenir aspirant obligatoire d’ici la fin de 2018 », précise Bernèche.

Braidwood et Kean: c’est réglé

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Simon Kean et Adam Braidwood (à droite) ont poursuivi leur guerre de mots dans l’arène du Casino de Montréal. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

De son côté, Adam Braidwood (12-1, 11 K.-O.) en a fait voir de toutes les couleurs au Mexicain Jesus Manuel Paez (9-5, 7 K.-O.) en lui passant aisément le knock-out à 2 :15 du premier round.

En fait, c’est surtout l’escarmouche entre Braidwood et Simon Kean suivant la victoire du premier qu’on retiendra de cet affrontement. Les deux hommes, qui se livrent une guerre de mots depuis des mois, croiseront finalement le fer dans l’arène le 16 juin. L’événement se tiendra dans la région de Montréal, à Québec ou à Shawinigan, a mentionné Camille Estephan.

«Tu en veux ? (You want some ?)», a lancé Braidwood à Kean, assis aux abords du ring, une fois sa victoire annoncée. Le Trifluvien, tout sourire, est monté à sa rencontre avant de lui lancer quelques pointes de son cru. Braidwood, lui, continuait de le narguer comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Les deux belligérants se sont ensuite rapprochés pour s’échanger d’autres politesses, avant d’être séparés. Le tout, sous les acclamations de la foule.

« C’est un dur, je le respecte, a affirmé le pugiliste de Vancouver au sujet de Kean. Il est le numéro un [au Canada]. Il est le meilleur au pays et je veux me battre contre les meilleurs au monde. Je ne vois aucune peur [chez lui]. Je peux vous garantir qu’il s’entraînera fort. Je veux seulement qu’il prenne le combat au sérieux, car c’est ce que je vais faire.

« J’espère qu’ils auront un tout petit ring comme [celui du Casino] et que ce ne sera pas un grand, afin que [Kean] puisse sauter sur son vélo et commencer à se sauver. Je veux me battre contre lui. Je ne veux pas lui faire de câlins », a ajouté le volubile Braidwood.

Les autres résultats

Si vous avez cligné des yeux, vous avez peut-être raté le combat entre Batyr Jukembayev (12-0, 10 K.-O.) et le Mexicain Noe Nunez (18-6-1, 13 K.-O.). C’est que le Kazakh n’a mis que 36 secondes pour envoyer son rival au tapis à deux reprises, incitant l’officiel Martin Forest à stopper l’affrontement. Et dire que ce ne fut même pas le combat le plus court de la soirée…

À son premier combat au sein de l’écurie d’Eye of the Tiger Management, Erik Bazinyan (18-0, 12 K.-O.) a aisément triomphé du Hongrois Ferenc Albert (26-13, 14 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :35 du troisième round. Bazinyan a envoyé son rival au tapis à pas moins de cinq reprises, dont trois lors du troisième engagement. Il a ainsi eu droit aux chaleureuses félicitations d’Estephan et de son nouvel entraîneur, Stéphan Larouche.

Artur Ziatdinov (4-0, 4 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée de l’Albertain Markhaile Wedderburn (2-2, 2 K.-O.) pour signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 3 :00 du premier round. Ziatdinov a envoyé son adversaire de Calgary au tapis à deux reprises au cours de ce bref duel. Bien que Wedderburn ait réussi à se relever après la seconde, l’arbitre Yvon Goulet a préféré mettre un terme aux hostilités.

Raphaël Courchesne (2-0, 1 K.-O.) en est un autre qui a connu une courte soirée de travail en l’emportant face au Mexicain Luis Acuna Rojas (2-3). Au terme d’un violent premier engagement, Rojas est retourné dans son coin avec le nez fracturé, saignant abondamment. N’étant plus en mesure de se battre, son équipe a déclaré forfait.

En lever de rideau, Ablaikhan Khussainov (8-0, 5 K.-O.) et le Mexicain Gilberto Meza (8-4-1, 5 K.-O.) se sont livrés un furieux combat qui s’est soldé à l’avantage du Kazakh par décision unanime (76-75, 77-74, 77-74). Khussainov a visité le tapis en fin de septième round après avoir été surpris par un dur uppercut au foie, mais rien pour effacer l’ensemble de sa performance, alors qu’il a abusé à cœur joie de la défense poreuse de son adversaire.

Un cadeau signé Pascal

[Photo Vincent Éthier]

BILLET – C’était écrit dans le ciel. Quiconque a côtoyé un tant soit peu Jean Pascal savait qu’il ne pourrait jamais faire ses adieux à la boxe sans donner à ses partisans l’occasion de l’applaudir une dernière fois.

Un dernier combat en Floride, loin de chez lui, contre un adversaire méconnu des Québécois, dans un ring de fortune planté au milieu d’un hippodrome décrépit et voisin d’un casino miteux? Allons donc, soyons sérieux. Ce n’est pas le Pascal qu’on a connu durant sa carrière. Mais alors là, pas du tout.

Jean Pascal est un showman. Un vrai. Peu de boxeurs maîtrisent aussi bien que lui le volet promotionnel de leur sport. Sa grande gueule – ceci dit en tout respect – lui a valu l’opprobre de certains, incapables de blairer ses envolées oratoires et ses déclarations souvent fracassantes. Mais peut-on affirmer que sa carrière en a souffert? Pas exactement, disons. Comme on dit, parlez-en en bien ou en mal, mais parlez-en. Pascal l’a vite compris.

Il n’y avait donc aucune raison d’être étonné lorsqu’il a laissé entendre qu’il souhaitait sortir brièvement de sa retraite pour disputer un ultime combat devant son public qui l’a adulé et soutenu pendant toutes ces années. Voilà le genre de bonne nouvelle que les amateurs voudraient avoir plus souvent.

N’oublions pas qu’au-delà de son personnage, si on se concentre uniquement sur le plan sportif, l’apport de Pascal à la boxe québécoise a été titanesque. Tout au long de son parcours, couronné par l’acquisition de son titre WBC des mi-lourds en 2009, il a su insuffler une dose d’énergie pure au pugilat d’ici lorsque celui-ci en avait souvent bien besoin. Les dernières années ont été difficiles pour lui, c’est vrai. Ces récents déboires ne peuvent toutefois pas effacer son illustre carrière.

D’autant qu’il ne s’est jamais défilé devant un adversaire, aussi menaçant soit-il, et sachant très bien à quel point la tâche pourrait s’avérer colossale. Qu’il s’agisse de Carl Froch, Bernard Hopkins ou Sergey Kovalev, Pascal a toujours répondu présent – avec un résultat parfois douloureux. On ne peut certainement pas en dire autant de tous ses confrères…

Déjà, des noms d’adversaires potentiels circulent pour la deuxième prise de son chant du cygne. Celui de Steve Bossé est mentionné abondamment depuis quelques jours. Et pourquoi pas? Nul doute que le public se déplacerait en grand nombre pour assister à cette confrontation locale entre deux guerriers qu’ils connaissent bien et qu’ils apprécient. Parions qu’Yvon Michel, promoteur de Bossé, doit saliver à l’idée d’organiser un tel événement.

Pascal affirmait récemment qu’un duel contre Bossé, ex-combattant d’arts martiaux mixtes devenu boxeur, serait l’équivalent québécois du choc entre Floyd Mayweather et Conor McGregor. Quand on vous dit qu’il a du flair pour la promotion…

Mais peu importe qui sera l’opposant retenu, on ne peut que se réjouir de cette occasion que Pascal nous offrira de l’acclamer une dernière fois. Et surtout, de le remercier chaleureusement pour services rendus. Au risque de se répéter, sans lui, la boxe québécoise ne serait pas là où elle est aujourd’hui.

Jean Pascal a amplement donné au public durant sa carrière. Le temps est venu pour le public de lui rendre la pareille.

Soirée amère pour Lafrenière

[Photo Ariane Théberge, fournie par GYM]

Bien peu de boxeurs – en supposant qu’il y en ait – peuvent se vanter d’avoir plus de volonté et de cœur au ventre que Francis Lafrenière dans l’arène. Mais parfois, toute la volonté du monde ne suffit pas.

L’athlète de Coteau-du-Lac l’a appris à la dure jeudi soir, au Casino de Montréal, alors qu’il été désagréablement surpris par l’Albertain Albert Onolunose (22-2-1, 7 K.-O.), qui l’a vaincu par décision majoritaire (97-93, 96-94, 95-95).

En plus de voir sa séquence de 13 victoires consécutives prendre fin, Lafrenière (16-6-2, 9 K.-O.) perd son titre NABO des poids moyens.

«Honnêtement, je ne sais pas quoi dire. Je suis surpris. Nous nous étions bien préparés», a-t-il laissé tomber, visiblement sonné par le résultat.

Fidèle à ses habitudes, Lafrenière (16-6-2, 9 K.-O.) a passé le combat le nez collé dans le visage de son rival, livrant presque un combat hybride de boxe et de lutte. Or, Onolunose avait de toute évidence décidé d’adopter une stratégie semblable. Résultat : une guerre de tranchées avec des frappes à bout portant et beaucoup, beaucoup d’accrochage.

«Je pense que j’ai donné de bons coups. Mais je pense qu’il ne voulait pas se battre», a déploré Lafrenière, reprochant à Onolunose d’avoir passé l’affrontement à l’accrocher pour ne pas avoir à en découdre avec lui aux poings.

«Il avait tellement l’air fatigué après deux ou trois rounds. Il voulait toujours accrocher. Et quand j’utilisais mon jab, c’est vrai que ça allait bien. On était sûrs de pouvoir faire plus.»

-Francis Lafrenière

Son entraîneur Otis Grant, pour sa part, aurait voulu que l’arbitre Sparkle Lee – qui, de mémoire de journaliste, est la première femme à officier un combat de boxe au Québec – sévisse à l’endroit d’Onolunose pour ses accrochages répétés. Qu’on soit d’accord ou non avec lui, on ne peut nier que Lee a accompli un travail remarquable dans l’ensemble durant ce combat.

Il sera maintenant intéressant de voir ce que ce revers signifiera pour la suite de la carrière de Lafrenière. Dans l’immédiat, cependant, ceux qui espéraient toujours le voir affronter Steven Butler devront sans doute prendre leur mal en patience. La perte de sa ceinture rend le duel bien moins intéressant pour le camp Butler.

«Je suis un exemple de détermination et de persévérance, a rappelé Lafrenière. On va continuer là-dessus. On va discuter avec la gang de ce qui s’en vient. J’aimerais revenir assez vite. Je ne comprends pas ce qui s’est passé.»

Chose certaine, il faudra plus qu’une défaite pour anéantir sa bonne humeur contagieuse. Il fallait le voir à la sortie du Cabaret du Casino, le visage rougi et tuméfié, en train de discuter et prendre des photos avec un groupe d’amateurs massés autour de machines à sous. Non, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle The People’s Champ.

Solide Mbilli

En demi-finale, Christian Mbilli (8-0, 8 K.-O.) est demeuré parfait avec brio en passant le knock-out au Mexicain Jesus Gurrola (24-13-3, 12 K.-O.) à 1 :45 du deuxième round.

Le jeune Français n’a pas mis de temps à faire la démonstration de son grand talent en imposant sa loi dès les premiers instants du duel. Précis, puissant et méthodique, Mbilli donnait du fil à retordre à son adversaire après seulement quelques secondes.

Au deuxième engagement, il a envoyé Gurrola au plancher une première fois en le pilonnant sans merci dans le coin de l’arène. Mbilli a achevé les hostilités un instant plus tard, grâce à un vif coup au corps qui n’a laissé aucune chance au Mexicain.

Les autres résultats

Les combats de Dario Bredicean (16-0, 4 K.-O.) passent rarement à l’histoire, et son duel de jeudi soir face au Mexicain Guillermo Romero (12-5, 9 K.-O.) n’a pas fait exception à la règle. Cette fois, le protégé de Lucian Bute l’a emporté par décision unanime (60-53 partout) face à un adversaire qui s’est surtout fait remarquer pour ses coups bas, qui lui ont d’ailleurs coûté un point au troisième round.

Louisbert Altidor (7-2, 3 K.-O.) a vaincu le Mexicain Genaro Ortiz (8-3-1, 4 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :41 du quatrième round. Après trois assauts sans histoire, le boxeur de Longueuil a envoyé son adversaire au plancher deux fois au round suivant. La deuxième chute fut celle de trop pour Ortiz, terrassé par un vif coup au corps.

En début de gala, Terry Osias (3-0, 1 K.-O.) a signé un premier knock-out en carrière en ne faisant qu’une bouchée du Mexicain Jorge David Vargas (3-2) par arrêt de l’arbitre à 2 :57 du deuxième round. Manifestement pas de calibre, Vargas a visité le tapis à quatre reprises au cours de l’affrontement. Voyant qu’il n’arrivait plus à se défendre, l’officiel Yvon Goulet a sagement mis un terme aux hostilités.

Notons enfin que Shakeel Phinn, qui devait assurer la demi-finale de la soirée à l’origine, n’a pu monter dans le ring comme prévu. Son adversaire, le Polonais Remigiusz Woz, a échoué un test sanguin obligatoire. Phinn se battra toutefois au Casino le 19 avril.

Départ victorieux pour le Boss

[Photo tirée de Facebook]

Le parcours de Steve Bossé en arts martiaux mixtes et au hockey semi-professionnel était déjà bien connu. Mais de quoi aurait-il l’air dans un ring de boxe en amorçant un nouveau pan de sa carrière ? Et à 36 ans, de surcroît ?

Réponse : difficile à dire, en fait. C’est vrai, le Boss (1-0, 1 K.-O.) a vécu avec succès son baptême du feu jeudi soir, au Casino de Montréal, en passant le knock-out au Bolivien Julio Cuellar Cabrera (12-7, 11 K.-O.) à 52 secondes du deuxième round.

«J’ai hâte aux deuxième combat. La glace est brisée», s’est d’ailleurs réjoui Bossé en rencontrant les médias après sa victoire.

Sauf qu’on ne peut pas vraiment tirer de grandes conclusions d’un duel aussi bref, et surtout, disputé face à un adversaire qu’on ne confondra jamais avec un champion. Qui plus est, tant pour Bossé que Cabrera, la technique semblait avoir été laissée au vestiaire. À tel point, en fait, qu’on avait parfois la vague impression d’avoir assisté dans le passé à une échauffourée semblable quelque part sur le boulevard Saint-Laurent, aux environs de 3h du matin…

De son propre aveu, Bossé était rouillé en montant dans l’arène. Son dernier combat dans l’octogone, après tout, datait de juin 2016. C’est sans doute ce qui explique pourquoi Cabrera est parvenu à l’atteindre de belle façon à quelques reprises dans les premiers instants du combat.

«Il s’agissait simplement de me retrouver au premier round, a expliqué le désormais boxeur de Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais au-delà de ça, je me sens à l’aise d’utiliser seulement mes poings et de combattre dans un ring.»

Une fois ressaisi, Bossé a enchaîné les combinaisons jusqu’à ce qu’il finisse par percer la garde de Cabrera avec deux crochets au visage. Le second fut fatal pour le Sud-Américain, qui est violemment tombé au plancher.

«La journée où j’affronterai un adversaire qui aura une bonne mâchoire, ça durera plus longtemps, a convenu Bossé. Mais il faut que je lance des coups. Quand je lance et que je touche, Ça fait comme [jeudi] soir. La plupart du temps, le combat se termine.»

Bossé est sorti gagnant de son premier tour de piste pugilistique, et c’est tant mieux pour lui. On attendra cependant un peu avant de s’emballer, si vous le permettez. Rendons tout de même à César ce qui lui appartient : il a obtenu le knock-out qu’il visait et il a réjoui le bruyant public venu l’encourager. De ce point de vue, Bossé peut dire mission accomplie.

Dicaire, de peine et de misère

En demi-finale, Marie-Ève Dicaire (11-0) a dû trimer comme jamais pour venir à bout de l’Argentine Marisa Gabriela Nunez (7-9-2), devenant ainsi championne NABF des super-mi-moyens par décision majoritaire (95-95, 96-94, 96-94).

Cela dit, un verdict favorable à Nunez n’aurait surpris personne. Il s’agit sans contredit du combat le plus difficile que la boxeuse de Saint-Eustache ait disputé au cours de sa carrière. Se montrant d’abord plus incisive qu’à l’habitude, elle a laissé sa rivale l’atteindre bien trop souvent en contre-attaque. Dicaire a ainsi dû ralentir quelque peu le tempo afin de recentrer sa stratégie au fil du combat.

«Habituellement, tout ce que j’essaie fonctionne, a-t-elle expliqué. Et là, dans les quatre premiers rounds, tout ce que j’essayais ne fonctionnait pas. J’ai dû me dire de prendre un pas de recul, d’oublier de faire un combat pour la foule et de vraiment me concentrer à gagner.

«C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait. C’était la première fois de ma vie où je n’étais pas assez à l’aise dans le ring pour faire ce que je veux et m’amuser comme je veux.»

-Marie-Ève Dicaire

Il faut dire que Nunez, malgré une fiche négative, n’est pas la dernière venue, ayant été championne IBF des super-légers de 2014 à 2016. Son expérience était manifeste dans l’arène. Et contagieuse, aussi, à entendre Dicaire dire à quel point ce combat lui a injecté une bonne dose de maturité.

«L’an dernier, j’aurais vraiment perdu ce combat, car j’aurais laissé mes émotions dans le ring. Je suis une combattante avec cœur. Mais comme on l’a vu aux Jeux olympiques récemment, la préparation psychologique est cruciale pour un athlète, et je crois avoir gagné ce combat avec ma tête», a noté celle qui présentait une profonde coupure au front après le combat.

Zewski l’emporte dans la douleur

Mikaël Zewski (30-1, 22 K.-O.) a pour sa part signé une troisième victoire depuis qu’il est associé au Groupe Yvon Michel – une 30e en carrière – face au Mexicain Jose de Jesus Macias (23-8-2, 12 K.-O.). Mais bon Dieu qu’elle a fait mal, celle-là.

En plus d’être ennuyé par des saignements de nez dès le premier round, le Trifluvien a dû en découdre avec un adversaire à la fois coriace et hargneux au possible. Bref, le genre qui n’était visiblement pas venu à Montréal en touriste. Au terme des huit assauts, Zewski s’en est tiré avec un gain par décision unanime (77-74, 78-73, 78-73).

Un peu à la façon de Marie-Ève Dicaire, le vainqueur a tenu à souligner à grands traits la précieuse expérience que ce combat lui a permis d’acquérir.

«On savait qu’il était fort, qu’il allait tomber et se relever. C’est ce qu’il a fait. […] J’ai dû puiser dans mes ressources. C’était seulement un combat de huit rounds, mais de l’expérience comme ça, je n’en ai pas eu beaucoup dans ma carrière. Ce sont des rounds très, très payants pour mon futur», a signalé Zewski, le visage lourdement tuméfié.

Lui et Macias se sont échangé de furieuses combinaisons tout au long de l’affrontement. Le Mexicain a chuté au quatrième engagement, mais s’est relevé avant de continuer à marteler Zewski sans aucune pitié. Non, vraiment, c’est à une bagarre de ruelle qu’on a assisté entre ces deux hommes.

«On voit souvent des Mexicains qui arrivent ici pour prendre leur chèque. Lui, il était ici pour prendre la victoire. C’est en battant des adversaires comme ça qu’on progresse. Je n’en ai pas eu assez dans le passé, je l’admets. J’ai toujours demandé un plus grand niveau d’opposition. [Jeudi] soir, c’était au niveau que ça prend pour monter», a conclu Zewski.

Les autres résultats

Dans un duel bref mais explosif, Bruno Bredicean (10-0, 4 K.-O.) a réglé le cas du vétéran mexicain Cesar Chavez (32-13, 18 K.-O.) en lui passant le knock-out à 49 secondes du deuxième round à l’aide d’une vive droite au visage. Chavez avait déjà visité le plancher lors du premier engagement.

Comme Steve Bossé, Yan Pellerin (1-0) faisait ses débuts professionnels en boxe après une carrière en arts martiaux mixtes. Le combattant de Granby n’a pas raté sa rentrée, signant une victoire par décision majoritaire (38-38, 39-37, 39-37) contre le Mexicain Fernando Castillo (2-3, 2 K.-O.). Si Pellerin a démontré quelques bonnes aptitudes, il devra impérativement améliorer sa défense. On ne compte plus le nombre de fois où Castillo l’a atteint de plein fouet au visage. Rien pour énerver Pellerin, cependant, qui souriait à pleines dents durant le combat.

Jessica Camara (4-0) a arraché une victoire par décision majoritaire (38-38, 40-36, 40-36) à la Mexicaine Guadalupe Lincer Ortiz (2-6, 1 K.-O.). En toute honnêteté, cette dernière aurait mérité de l’emporter. Bien plus active et agressive que sa rivale, elle a semblé avoir le dessus sur Camara tout au long du combat. Les juges en ont toutefois décidé autrement.

En ouverture de gala, Mazlum Akdeniz (3-0, 1 K.-O.) a aisément disposé du Mexicain Luis Acuna Rojas (2-2) par décision unanime (40-36, 40-36, 40-35). Akdeniz est demeuré en parfait contrôle du début à la fin de l’affrontement, atteignant la cible avec une facilité déconcertante. Un juge a d’ailleurs noté un round 10-8 en faveur du Montréalais sans même que Rojas aille au tapis.

Test réussi pour Kean

[Photo fournie par EOTTM]

On disait depuis un moment que Simon Kean était dû pour un vrai test. Dû pour affronter un boxeur qui lui donnerait du fil à retordre. C’est ce qui s’est produit samedi soir, au Centre Gervais Auto de Shawinigan.

Contrairement aux derniers adversaires du Grizzly de Trois-Rivières, l’Américain Alexis Santos (18-3, 15 K.-O.) aura eu le mérite d’offrir une opposition digne de ce nom. Mais en bout de ligne, il n’a pas su résister au travail de Kean (13-0, 12 K.-O.), qui l’a emporté par knock-out à 2 :01 du huitième round. Il a ainsi défendu avec succès son titre IBO International des poids lourds.

Celui a qui a défendu avec succès son titre IBO International des poids lourds a livré un combat à deux vitesses, en quelque sorte. Tantôt agressif, tantôt passif, laissant parfois même Santos profiter de ces moments de relâchements pour lui asséner quelques bonnes attaques.

Kean a reconnu après le combat qu’il avait volontairement modéré ses ardeurs à l’occasion.

«J’ai voulu gérer mon énergie, et j’ai ralenti jusqu’au point de perdre un round. […] Je n’étais pas fatigué. J’avais surtout peur de manquer d’énergie. Je ne suis pas habitué d’éterniser ça très longtemps», a-t-il expliqué, ajoutant que Santos représentait « définitivement » l’adversaire le plus coriace qu’il avait croisé jusqu’ici.

Mais heureusement pour Kean, il a su faire le boulot lors de ses phases agressives. Ç’a commencé au deuxième round avec de solides combinaisons au corps. Puis, après quelques rounds d’accalmie, le Trifluvien a envoyé son rival au tapis à deux reprises durant le sixième engagement, grâce entre autres à une puissante main droite.

Sentant la soupe chaude, Santos a bien tenté de donner tout ce qu’il avait au round suivant. Ce ne fut pas suffisant, toutefois. À la huitième reprise, le pugiliste du Massachusetts s’est de nouveau retrouvé au plancher après que Kean eut lancé une autre de ses combinaisons, efficaces tout au long du duel.

Cette fois-ci, Santos a été incapable de se relever. Visiblement sonné, il a mis plusieurs secondes avant de se remettre sur ses deux pieds. Pendant ce temps, Kean célébrait sa victoire dans le ring, sous les chaudes acclamations de son public local.

83 secondes suffisent à Butler

L’année est encore très jeune, bien sûr. Mais déjà, on a un candidat pour le knock-out par excellence de 2018, gracieuseté de Steven Butler (22-1-1, 19 K.-O.).

Le jeune cogneur n’a eu besoin que d’un coup de poing et de 83 secondes d’action pour mettre fin au séjour en Mauricie du Mexicain Uriel Gonzalez (16-4-1, 12 K.-O.), qui doit encore se demander quel train lui est passé dessus.

Tel un prédateur qui traque sa proie, Butler s’est avancé vers Gonzalez lentement, mais sûrement. Puis, sans prévenir, il a lancé un missile depuis sa main droite qui a abouti directement sur le menton de son adversaire. Ou qui lui a explosé en plein visage, devrait-on dire.

Gonzalez a aussitôt chuté comme une tonne de briques, affalé de tout son long sous les câbles. Compte de dix. Merci, bonsoir.

Gonzalez, rappelons-le, avait livré une chaude lutte à Francis Lafrenière l’an dernier, avant de s’incliner par décision partagée. Et Lafrenière, rappelons-le, se trouve actuellement dans le viseur de Butler, alors que ce dernier aimerait bien en découdre avec « The People’s Champ » maintenant qu’il évolue à son tour chez les 160 lb.

«Le message est passé», a lancé Butler dans le ring après le combat. Reste à voir s’il sera entendu.

Le Germain Show se poursuit

Plus le temps passe, plus Mathieu Germain (13-0, 7 K.-O.) se bâtit une réputation de showman chaque fois qu’il monte dans le ring. Il l’a de nouveau confirmé en prenant la mesure de l’Albertain Cam O’Connell (16-2-1, 10 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :51 du huitième round.

«G-Time» s’est amusé du début à la fin aux dépens de O’Connell, au vif plaisir de la foule. Sa main gauche, en particulier, aura fait de violents ravages.

C’est d’ailleurs grâce à un percutant crochet gauche que Germain a envoyé son adversaire au tapis une première fois, au quatrième round. O’Connell ne s’en est jamais vraiment remis. De nouveau harcelé de coups au huitième assaut, il a choisi de mettre un genou au sol, complètement épuisé. C’était la fin des émissions.

Si la tendance se maintient, pour reprendre l’expression consacrée, Germain semble à nouveau promis à de belles choses au courant de l’année. Ses performances et son charisme dans l’arène en font de plus en plus un favori du public. Un nom à surveiller, sans doute plus que jamais.

Les autres résultats

  • Jordan Balmir (8-0, 5 K.-O.) bat Uriel Hernandez (13-5, 7 K.-O.): décision unanime
  • Clovis Drolet (5-0, 3 K.-O.) bat Adriel Juzaino (26-17-3, 12 K.-O.) : arrêt de l’arbitre, 2e round
  • Kim Clavel (2-0) bat Jessica Guerrero (3-3, 2 K.-O.) : décision unanime
  • Vincent Thibault (3-0, 1 K.-O.) bat Piotr Brzoska (1-2): décision unanime
  • François Pratte (6-0) bat Daniel Cruz (4-1, 1 K.-O.) : décision unanime
  • Raphaël Courchesne (1-0) bat Luis Ernesto Granados (2-5, 2 K.-O.) : décision unanime

Les bons (et moins bons) coups de 2017

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Dans l’ensemble, l’année 2017 aura été très bonne pour la boxe québécoise. Puisqu’il ne reste que quelques heures avant de lui dire au revoir, et parce que le temps est propice aux rétrospectives, Ringside vous propose son palmarès des boxeurs québécois qui se sont illustrés au cours des douze derniers mois. Que ce soit pour les bonnes ou les mauvaises raisons…

LE BOXEUR DE L’ANNÉE – David Lemieux

Rangez vos fourches et vos torches, par pitié! Bon, d’accord, l’année s’est plutôt mal terminée pour Lemieux, complètement déclassé par Billy Joe Saunders il y a quelques semaines, dans leur affrontement pour la ceinture WBO des poids moyens. Mais avant cette douloureuse défaite, Lemieux a tout de même remporté deux éclatantes victoires contre Curtis Stevens (voir plus bas) et Marcos Reyes. Et l’engouement autour du choc face à Saunders a confirmé qu’il est désormais le visage de la boxe au Québec, que ce soit dans la victoire ou la défaite. Pour toutes ces raisons, il mérite d’être nommé boxeur de l’année 2017 de la province.

LA MENTION HONORABLE – Artur Beterbiev

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Artur Beterbiev (à droite) est devenu champion IBF des mi-lourds en l’emportant contre Enrico Koelling. / Photo tirée du compte Twitter de Top Rank

S’il avait été plus actif (un seul combat en 2017), nul doute que Beterbiev aurait aisément remporté le titre de boxeur de l’année. Grâce à sa victoire contre Enrico Koelling, le 11 novembre, le Tchétchène est devenu champion IBF des mi-lourds, division fort achalandée par les temps qui courent. Dommage que son triomphe ait eu lieu en Californie, loin de ses partisans, et qu’il soit passé sous le radar à cause du litige contractuel qui l’oppose au Groupe Yvon Michel.

LA SURPRISE – Yves Ulysse Jr

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Yves Ulysse Jr (à droite) a envoyé Cletus Seldin au tapis trois fois en autant de rounds, le 16 décembre. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

On se doutait bien qu’Ulysse finirait par rebondir de sa défaite controversée du 27 octobre face à Steve Claggett. Mais peu de gens croyaient qu’il le ferait dès son combat suivant, et surtout, de façon aussi spectaculaire. Le 16 décembre, à sa première sortie à l’antenne du réseau HBO, Ulysse a envoyé au plancher l’étoile montante américaine Cletus Seldin trois fois en autant de rounds, avant de signer une victoire par décision unanime. Le jeune homme s’est aussitôt fait un nom sur la planète boxe. On a déjà hâte de voir ce que 2018 lui réserve.

LA DÉCEPTION – Adonis Stevenson

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À son unique combat en 2017, Adonis Stevenson (à gauche) n’a fait qu’une bouchée d’Andrzej Fonfara. / Photo Bob Lévesque

Nombreux seront ceux qui auront envie d’accorder cette mention peu enviable à Lemieux après sa contre-performance contre Saunders. Mais entre nous, plus le temps passe, et plus le nom d’Adonis Stevenson devient le punch d’une mauvaise blague dans le monde de la boxe. Son refus obstiné d’affronter Eleider Alvarez, qui est pourtant son aspirant obligatoire depuis deux ans, relève carrément de l’enfantillage. Il faut dire que le WBC sert bien la cause de son champion des mi-lourds dans ce dossier… En raison de son comportement, celui qui aurait dû être un fleuron de notre boxe s’est transformé en paria. Dommage.

LE HÉROS OBSCUR – Eleider Alvarez

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Eleider Alvarez (à droite) a vaincu Jean Pascal par décision majoritaire le 3 juin. / Photo Bob Lévesque

Parlant d’Alvarez, on oublie qu’il a signé deux brillantes victoires cette année, et pas contre n’importe qui : Lucian Bute (24 février) et Jean Pascal (3 juin). Si on place le Colombien dans cette catégorie, c’est parce que ses exploits ont malheureusement été occultés par les incessantes frasques de Stevenson. Et parce que sa patience, justement, commence à frôler l’héroïsme…

LE KNOCK-OUT DE L’ANNÉE – David Lemieux c. Curtis Stevens

En plus d’être le knock-out de l’année sur la scène québécoise, le coup d’assommoir que David Lemieux a servi à Curtis Stevens au troisième round de leur duel du 11 mars a retenti partout sur la scène internationale, comme en ont témoigné d’autres palmarès semblables à celui-ci. On remarquera d’ailleurs que Stevens n’est pas remonté dans le ring depuis cette cinglante visite au tapis. Peut-être gît-il encore aux abords de l’arène, complètement sonné?

LE PLUS BEAU RETOUR – Steven Butler

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Steven Butler (debout) a été le premier à envoyer Lanardo Tyner au tapis. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

L’année 2017 a bien mal commencé pour Butler, qui a encaissé un premier revers en carrière face à Brandon Cook, le 27 janvier. On se souvient tous de l’énorme brouhaha qui a suivi au Centre Bell ce soir-là… Le jeune cogneur s’est cependant bien repris en ajoutant trois knock-out consécutifs à sa fiche, dont le dernier aux dépens du vétéran Lanardo Tyner, qui n’avait jamais été couché auparavant. On a également constaté un style quelque peu différent chez Butler depuis sa défaite contre Cook, qui le sert bien jusqu’ici. À seulement 22 ans, tous les espoirs sont encore permis pour lui.

L’ESPOIR À SURVEILLER – Marie-Ève Dicaire

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Marie-Ève Dicaire a remporté ses quatre combats en 2017. / Photo Archives Bob Lévesque

Plusieurs boxeurs auraient pu se mériter cette mention : Christian M’Billi, Batyr Jukembayev ou encore Mathieu Germain, pour ne nommer que ceux-là. Mais parce qu’elle s’est améliorée à chacune de ses quatre sorties cette année, accordons cet honneur à Marie-Ève Dicaire. Toujours parfaite en dix combats, l’athlète de Saint-Eustache s’est également taillé une place de choix dans le cœur du public grâce, entre autres, à son charisme débordant. Le Québec peut se compter chanceux d’avoir une ambassadrice de la boxe féminine de sa trempe.

QUELQUES SOUHAITS POUR 2018

-La conclusion la plus hâtive possible du litige entre Artur Beterbiev et le Groupe Yvon Michel, et ce, peu importe le camp qui obtient gain de cause. Plus le dossier traîne, plus les dommages se multiplient pour tout le monde, à commencer par l’amateur de boxe. Les parties ont rendez-vous devant le tribunal au mois de mai.

-Une meilleure année pour le Groupe Yvon Michel, tout simplement. Les clowneries d’Adonis Stevenson, Eleider Alvarez qui en subit les contrecoups, le conflit avec Beterbiev, Custio Clayton qui quitte pour joindre l’écurie d’Eye of the Tiger Management… Non, vraiment, GYM voudra oublier 2017 le plus vite possible.

-Un vrai bon test pour Simon Kean. Le poids lourd a haché menu toute l’opposition qui s’est dressée devant lui jusqu’ici, mais on n’a pas toujours croisé d’adversaires particulièrement menaçants. Le Grizzly est dû pour passer à l’échelon supérieur. Peut-être qu’il franchira cette étape lorsqu’il affrontera le Néo-Zélandais Solomon Haumono le 10 février, à Shawinigan.

-Une remise sur pieds rapide pour David Théroux, battu devant les siens à Sorel-Tracy le 14 décembre. Il s’agissait d’une deuxième défaite à ses quatre derniers combats.

-On espère que le public québécois appréciera Mikaël Zewski à sa juste valeur. Après avoir passé la quasi-totalité de sa carrière aux États-Unis, le Trifluvien de 28 ans est revenu chez lui après un an et demi d’inactivité en tant que membre de GYM. Si on sentait la rouille à sa première sortie de 2017, Zewski a été nettement plus convaincant lors de la seconde. Il a quand même remporté 29 de ses 30 combats, ne l’oublions pas.

-Une bonne retraite pour Jean Pascal qui, malgré son côté parfois polarisant, a été un digne représentant de la boxe québécoise tout au long de sa carrière. Idem pour Lucian Bute, bien qu’il n’y ait toujours pas eu d’annonce officielle à cet égard.

-Et, en terminant, une bonne année à vous tous!

Lemieux déçu, mais déterminé

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Déçu, David Lemieux? Oui, bien sûr. Abattu? Pas le moins du monde.

Le boxeur a rencontré les médias pour la première fois, mercredi, depuis sa douloureuse défaite face au Britannique Billy Joe Saunders, samedi à la Place Bell. Flanqué de son entraîneur Marc Ramsay et de son promoteur Camille Estephan, Lemieux (38-4, 33 K.-O.) ne s’est pas défilé et a admis que le revers a été dur à avaler.

« Quand tu es sûr de gagner, mais que tu coules… Tu ressens de la déception et de la frustration », a-t-il reconnu.

Bien qu’il ait tenu à souligner le talent de son rival, Lemieux estime qu’il aurait vaincu Saunders n’eut été de la blessure à l’épaule qui l’a embêté à partir du deuxième round.

Il s’agit d’ailleurs de la même blessure qui l’avait tenaillé lors de son combat contre Marcos Reyes. Il se soumettra prochainement à des examens médicaux afin d’en apprendre davantage sur l’étendue du problème.

« J’avais de la misère à calculer ma distance, a décrit Lemieux. Je n’étais pas confortable avec mes outils. Ce sont de petits détails qui ont fait une grande différence. »

Pas question de lâcher

D’aucuns se sont demandé si cette défaite sans appel face à Saunders ne marquerait pas le début de la fin pour Lemieux. S’il y avait là un signe qu’il ne pourrait plus rivaliser avec l’élite des poids moyens. Le clan du boxeur n’a pas tardé à remettre les pendules à l’heure.

« Je vais me rebâtir. Il y a des détails à changer et ça vaudra pour le reste de ma carrière. Je vais revenir sur la voie ascendante », a promis Lemieux avec conviction.

« Vous n’avez pas vu ma fin. Ce n’était pas ma meilleure performance, mais il y en aura de beaucoup plus belles dans le futur. »

-David Lemieux

« David ressent toujours ce désir de vaincre et de payer le prix. Je suis persuadé à 110% que le feu brûle plus que jamais », a pour sa part insisté Camille Estephan, ajoutant que son protégé lui avait fait savoir qu’il souhaitait encore boxer pour au moins les six prochaines années. Lemieux fêtera ses 29 ans dans quelques jours.

Un plan bien établi

Comment Lemieux et son équipe comptent-ils se relever de cet échec? Camille Estephan a fait savoir que le groupe avait identifié deux facettes « spécifiques » à améliorer en vue de son prochain combat. Il a toutefois refusé de préciser lesquelles.

« C’était important de se rendre rapidement jusqu’à Saunders, a cependant noté Marc Ramsay. Il fallait couper le ring. […] C’était le même problème que face à [Gennady] Golovkin. Ce n’était pas son jab, c’était la distance. Il faut travailler notre positionnement. »

« En vérité, Golovkin a été plus facile à affronter que Saunders. Je n’avais pas d’ampoules sous les pieds après Golovkin », a illustré Lemieux en boutade, faisant référence à la grande mobilité dont l’Anglais a fait preuve durant l’affrontement.

Chose certaine : pas question pour Lemieux de remanier le personnel qui l’entoure. Questionné à ce sujet, il a clairement réitéré son appui à Marc Ramsay, qui avait donné un second souffle à la carrière du pugiliste lorsqu’il l’a pris sous son aile en 2011, après deux défaites consécutives.

Pas question non plus pour lui de changer de catégorie de poids. Si Lemieux redevient champion un jour, ce sera à 160 lb ou nulle part.

Et aux dires de Camille Estephan, les bonzes de HBO n’ont pas été échaudés par cette contre-performance de Lemieux. Le président d’Eye of the Tiger Management s’est dit « persuadé » que le prochain combat de Lemieux serait présenté à l’antenne du réseau américain. Selon ses dires, les discussions en ce sens sont déjà entamées.

« On n’a pas peur de perdre la bataille. On a peur de perdre la guerre. Et on va la gagner », a martelé Estephan.

Saunders sert une leçon à Lemieux

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

Être un boxeur doté d’une terrifiante force de frappe, c’est bien. Mais encore faut-il être en mesure de la mettre à profit. David Lemieux l’a appris dans la douleur samedi soir, à la Place Bell de Laval.

Le Québécois (38-4, 33 K.-O.) s’est fait servir une véritable leçon de boxe par Billy Joe Saunders (26-0, 12 K.-O.), qui n’a eu aucun mal à l’emporter par décision unanime (120-108, 117-111, 118-110) et ainsi défendre avec succès sa ceinture des poids moyens de la World Boxing Organization (WBO).

«C’était une bonne performance de la part de David. Je respecte quiconque monte dans le ring. Mais ce n’était simplement pas assez bon», a résumé le champion, qui a prouvé que son talent ne se limitait pas aux insultes et à la provocation.

«Lemieux a la puissance, mais vous devez être capable de frapper et d’atteindre la cible. Et [samedi] soir, il n’a pas été capable d’atteindre Billy avec quoi que ce soit de significatif.»

-Dominic Ingle, entraîneur de Billy Joe Saunders

Il a cependant été permis d’apprendre après le duel que Lemieux s’est blessé à l’épaule gauche lors du deuxième round, de sorte qu’il n’arrivait plus à placer ses coups avec autant de force. Le plan de match de Lemieux et de son entraîneur Marc Ramsay est aussitôt tombé à l’eau.

«On avait prévu de l’attaquer au corps dès le premier round. On avait prévu de lui couper les jambes très rapidement. La distance a été difficile à trouver. […] On avait prévu contre-attaquer le jab de Saunders avec un check hook, qui est un crochet un peu de côté, pour ouvrir la porte aux approches. Et là, on n’était pas vraiment en mesure de le faire. Chaque jab que David lançait ‘tombait’. La résistance n’était pas la même. Ça nous a enlevé un gros outil», a détaillé Ramsay.

Ce n’est pas que Lemieux n’a pas essayé. Il n’avait simplement aucune réponse aux jambes ultra-rapides de Saunders, qui lui permettent d’éluder l’opposition avec une aisance déconcertante. Le Britannique a passé le combat à tournoyer autour de Lemieux tel un ouragan, forçant celui-ci à se lancer à sa poursuite. Sans succès.

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Billy Joe Saunders a défendu avec succès sa ceinture WBO des poids moyens. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

«Je pense qu’on a peut-être sous-estimé la rapidité de ces jambes, a avoué Ramsay. On savait qu’il allait s’en servir. Lors du camp d’entraînement, on a beaucoup travaillé sur le fait de s’approcher de la cible le plus rapidement possible. Je ne pensais pas que [Saunders] serait en mesure de le faire pendant 12 rounds.»

La question est maintenant de savoir ce que l’avenir réserve pour David Lemieux, qui n’était pas disponible pour rencontrer les médias au moment d’écrire ces lignes. Si sa place dans l’élite mondiale des poids moyens ne fait aucun doute, ce dur revers contre Saunders nous a permis de constater qu’il doit encore franchir le pas qui le sépare d’une reconquête d’un titre mondial.

«Ça ne nous avance pas, mais ça ne nous fait pas trop reculer, honnêtement. La télévision américaine voudra toujours l’avoir. Il a quand même très bien essayé [samedi] soir. On voyait très bien qu’il n’avait pas toutes ses habiletés», a affirmé le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan.

Ulysse s’éclate contre Seldin

Outre Saunders, l’autre grand gagnant de cette soirée de boxe s’appelle Yves Ulysse Jr. Disputant un premier combat en carrière télédiffusé à l’antenne de HBO, le pugiliste souhaitait rebondir de son amère défaite subie contre Steve Claggett en octobre. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a réussi sa mission avec brio.

Ulysse (15-1, 9 K.-O.) a livré une performance presque sans failles face à l’Américain Cletus Seldin (21-1, 17 K.-O.), l’emportant par décision unanime (99-88 partout) et infligeant du même coup un premier revers à son adversaire, qui s’était battu pas plus tard que le mois dernier.

«Après la pluie, le beau temps, a illustré le vainqueur, toujours aussi philosophe. Regardez ce qui s’est passé. Il y a eu ma défaite. J’étais le négligé. On m’a amené un adversaire qui me sous-estimait. Mais j’étais là mentalement. Et regardez ce qui est arrivé.»

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Yves Ulysse Jr (à droite) a envoyé Cletus Seldin au tapis lors de chacun des trois premiers rounds. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Le Montréalais a amorcé le duel sur les chapeaux de roue, envoyant Seldin au tapis à chacun des trois premiers rounds. Le «Hebrew Hammer» – c’est bien son surnom – était déjà hors compétition. Son langage corporel ne mentait pas à cet égard.

Ulysse a ralenti le tempo dans les rounds suivants, forçant Seldin à se lancer à sa poursuite dans le ring. Une stratégie qui n’a pas plu à la foule qui a bruyamment manifesté son désaccord, mais qui a permis à Ulysse d’essouffler son rival encore davantage.

Ce dernier, excédé par le comportement d’Ulysse, a répliqué en y allant de quelques pas de danse moqueurs dans l’arène. L’arbitre Alain Villeneuve a convié les deux hommes à une petite réunion afin de les ramener à l’ordre. Ulysse a quelque peu rouvert les vannes en fin de combat, juste assez pour regagner la faveur populaire.

Avec ce brillant gain présenté à HBO, Ulysse estime s’être fait un nom sur la scène pugilistique internationale. Et il commence déjà à rêver à de grands projets. Rien de surprenant quand on connaît son optimisme et sa bonne humeur légendaires.

«Il y a encore de la boxe au Québec. C’est vrai que des gens sont partis. [Jean] Pascal, [Lucian] Bute… La relève arrive en force», a conclu Ulysse.

Les autres résultats

En demi-finale, l’Irlandais Gary O’Sullivan (27-2, 19 K.-O.) a vaincu l’Américain Antoine Douglas (22-2-1, 16 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :03 du septième round. O’Sullivan avait son adversaire dans les câbles lorsqu’il l’a achevé avec une furieuse combinaison. Il devient ainsi champion WBO Intercontinental des poids moyens, et pourrait être appelé un jour à être l’aspirant de Billy Joe Saunders dans une défense de son titre.

Acclamé par de bruyants partisans, Vincent Thibault (2-0, 1 K.-O.) a facilement disposé du Mexicain Adrian Haro Campos (2-5-2) par décision unanime (40-36 partout). Le boxeur de Charlemagne a été en parfait contrôle d’un bout à l’autre du duel, ébranlant son rival à quelques reprises grâce à de solides coups au menton.

Batyr Jukembayev (11-0, 9 K.-O.) aura eu beau pilonner Wilberth Lopez (20-9 14 K.-O.) avec de durs crochets au visage pendant les huit rounds de ce combat, l’Américain n’a jamais rien voulu savoir d’aller au tapis. Pas trop de regrets pour le Kazakh, qui l’a néanmoins emporté facilement par décision unanime (80-72). Jukembayev est d’ailleurs allé féliciter Lopez pour la solidité de sa mâchoire au terme de l’affrontement.

À son premier combat en tant que poulain de l’écurie Eye of the Tiger Management, Custio Clayton (13-0, 9 K.-O.) a remporté une victoire par décision unanime (100-88 partout) aux dépens de l’Argentin Christian Rafael Coria (27-6-2, 11 K.-O.). Clayton a envoyé son rival au tapis lors des deux derniers assauts. Il s’empare du même coup du titre WBO International des mi-moyens, auparavant vacant.

Mathieu Germain (12-0, 6 K.-O.) et le Mexicain Juan Garcia Mendez (19-4-2, 12 K.-O.) se sont livrés une rude bagarre pendant huit rounds, que le Québécois a remporté par décision unanime (80-72 partout). Comme l’indique le pointage des juges, «G-Time» a largement dominé l’affrontement, et n’eut été de la grande ténacité de Mendez, il aurait sans doute fini par ajouter un knock-out à sa fiche.

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Kim Clavel (à droite) a souligné ses débuts professionnels avec une victoire. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Chez les dames, Kim Clavel (1-0) a réussi ses débuts professionnels en l’emportant contre la Mexicaine Yoseline Martinez Jose (3-3) par décision unanime (40-36, 40-36, 39-37). Tout au long de l’affrontement, la Montréalaise a fait preuve d’un dynamisme et d’une vivacité qui laissent entrevoir un avenir intéressant chez les pros pour elle.

Toujours du côté féminin, la double médaillée olympique britannique Nicola Adams (3-0, 2 K.-O.) a aisément pris la mesure de l’Uruguayenne Soledad Macedo (13-14-1, 4 K.-O.) et a signé une victoire par arrêt de l’arbitre à 1 :26 du troisième round. Celle qu’on surnomme «The Lioness» («La lionne») s’est ruée sur sa proie dès le départ et l’a complètement étouffée. Voyant que Macedo était incapable de riposter, le dos aux câbles, l’officiel a sonné la fin des hostilités.

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Steven Butler (à droite) a terrassé Lanardo Tyner au deuxième round. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Steven Butler (21-1-1, 18 K.-O.) a vite réglé le cas de l’Américain Lanardo Tyner (32-12-2, 20 K.-O.) en lui passant le knock-out à 2 :29 du deuxième round. Butler a solidement atteint d’un uppercut au visage le vétéran Tyner – qui s’est incliné devant Dierry Jean et Kevin Bizier par le passé – pour l’envoyer au tapis. Tyner a eu besoin de tout son petit change pour se remettre sur pieds.

L’Américain Ryan Garcia (13-0, 12 K.-O.) est demeuré parfait en l’emportant contre le Mexicain Noe Martinez (23-10-2, 10 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :45 du huitième round. Après avoir forcé son adversaire à poser un genou au sol quelques instants plus tôt, le jeune homme de 19 ans a martelé Martinez avec de violentes combinaisons qui ont convaincu l’arbitre de mettre un terme au duel.

En lever de rideau, Simon Kean (12-0, 11 K.-O.) a dévoré tout rond l’Américain Mike Sheppard (25-22-2, 11 K.-O.) en lui passant le knock-out à 0 :39 du deuxième round. Sheppard, en méforme évidente, a eu toutes les misères du monde à encaisser les assauts du poids lourds trifluvien. Kean l’aura envoyé deux fois au tapis au cours de ce bref combat.