Le Grizzly dégriffé

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

QUÉBEC – Le top-10 du classement mondial devra attendre pour Simon Kean. Samedi soir, au Centre Vidéotron de Québec, le boxeur de Trois-Rivières a frappé un mur. Un mur nommé Dillon Carman.

Et le choc fut brutal, c’est le moins qu’on puisse dire. Kean (15-1, 14 K.-O.) et Carman (14-3, 13 K.-O.) ont offert au public une véritable bagarre de ruelle. Au bout d’un affrontement aussi brutal que spectaculaire, il ne pouvait y avoir qu’un survivant. Et malheureusement pour les partisans réunis dans les gradins, c’est Carman qui a triomphé, passant le knock-out à Kean à 1 :28 du quatrième round.

Complètement sonné, se demandant visiblement ce qui venait de se passer, le Grizzly n’a pu que balbutier quelques mots dans l’arène après le combat, le temps de se dire ouvert à un combat revanche. Kean, qui a ainsi subi sa première défaite professionnelle, n’a pas rencontré les médias par la suite.

«C’est décevant. Peut-être que Simon n’a pas pris ce combat aussi au sérieux que celui contre Adam Braidwood. Il ne bougeait pas. Il était peut-être aussi trop lourd», a résumé le président d’Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, la mine déconfite.

Carman, pour sa part, rayonnait malgré son visage parsemé d’ecchymoses. Sa victoire lui permet de mettre la main sur les ceintures WBC Francophone et NABA des poids lourds.

«Je savais que je l’avais dès le premier round. Je devais seulement attendre [le bon moment].»

-Dillon Carman

Il n’est pas le seul à avoir eu cette impression. L’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, a constaté très tôt dans l’affrontement que son poulain ne connaîtrait pas une bonne soirée au bureau.

«Je l’ai trouvé à plat dès le départ, même dans le vestiaire. Ses jambes n’étaient pas assez mobiles. Il n’était pas aussi aguerri qu’avant. Il n’était pas comme ça pendant le camp d’entraînement», a-t-il relaté.

Kean a en effet passé la majeure partie du combat en déséquilibre, maîtrisant difficilement les attaques de Carman. À tel point qu’il s’est retrouvé au tapis au second round. Carman a visité le plancher à son tour au round suivant, mais le mal était fait pour Kean.

Au quatrième, il est tombé les quatre fers en l’airs après avoir reçu une combinaison de coups à la tête. Kean n’a jamais pu reprendre le collier, et l’arbitre Steve St-Germain a ainsi signalé la fin de l’affrontement.

«Je pense que ses principales faiblesses sont son menton et sa défense, a analysé Carman. Je l’ai frappé fort et je l’ai sonné avec mes jabs. J’ai vu dans ses yeux qu’il ne pourrait pas encaisser mes jabs.»

Comment expliquer cette déconvenue de Kean, qui surfait jusque là sur une séquence de sept victoires consécutives avant la limite ? Camille Estephan a évoqué, de manière plutôt sibylline, un problème se situant dans l’entourage du boxeur.

«Il est devenu une vedette. Et des fois, les gens veulent bien faire. Parfois un peu trop.»

-Camille Estephan 

«Je suis persuadé qu’il va remonter la pente. C’est à lui de faire ce qu’il faut. Peut-être qu’il est trop ouvert avec son monde», a-t-il expliqué sans élaborer davantage.

Jimmy Boisvert, pour sa part, ajoute que son protégé devra aussi apporter des changements à la façon dont il se prépare avant un combat, notamment en s’accordant davantage de temps de repos. Boisvert est cependant catégorique : Kean a malgré tout eu un bon camp d’entraînement en prévision du duel contre Carman.

À la lumière de ces explications, il apparaît évident que Kean devra procéder à un profond et sérieux examen de conscience avant de remonter dans le ring. Autrement, ses rêves de combats d’envergure mondiale pourraient s’évanouir plus vite qu’il ne le croit.

Butler trop fort pour Balmir

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Steven Butler (à gauche) a facilement vaincu Jordan Balmir. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Après sa victoire contre Vito Vendetta en juillet à Laval, Jordan Balmir avait pris le micro pour défier Steven Butler et l’inviter à se battre. Quelques secondes plus tard – littéralement –, Butler acceptait l’offre. Et dès le lendemain, le combat était officialisé.

La tension était donc à son comble lorsque les deux pugilistes se sont amenés dans le ring, en demi-finale de la soirée. Tout le monde attendait de voir de quelle façon l’animosité entre les deux jeunes hommes, fort bien alimentée dans les jours précédant le gala, allait connaître son apothéose.

Réponse : Butler (25-1-1, 22 K.-O.) a vite fait ravaler ses paroles à Balmir (10-1, 6 K.-O.), signant une victoire sans appel par arrêt de l’arbitre à 1 :59 du troisième round. Il met ainsi la main sur le titre WBC Francophone des poids moyens.

«J’ai dit que j’allais le retourner à l’école. C’est un gars qui commence, mais il a beaucoup de cœur. Il a du talent. Mais il a sauté des étapes.»

-Steven Butler

Étant donné le caractère émotif de l’affrontement, le défi pour Butler était d’abord de conserver son calme afin de ne pas dévier de son plan de match et ainsi pécher par arrogance, comme il avait coutume de le faire par le passé. Or, le cogneur est demeuré en parfait contrôle du début à la fin.

«Mon équipe m’a demandé de me concentrer, de prendre ça business. [Samedi], c’était la fête de mon fils. Je ne voulais pas faire d’erreur, sinon, je m’en serais voulu», a-t-il expliqué.

Dès le départ, Butler s’est rué sur Balmir et n’a pas tardé à imposer le tempo de ce duel. Balmir a bien essayé de décocher quelques attaques, mais rien de suffisant pour inquiéter son adversaire.

Au troisième round, les coups de Butler ont fait tournoyer Balmir sur lui-même, tant et si bien que ce dernier n’a eu d’autre choix que de mettre un gant au tapis, bon pour un compte de huit.

Mais Butler, tel un requin flairant du sang frais, a vu là une occasion rêvée d’en finir. Et c’est précisément ce qu’il a fait, pulvérisant Balmir sans aucune pitié jusqu’à ce que l’arbitre Michael Griffin décide que le supplice du boxeur de Drummondville avait assez duré.

Les autres résultats

Clovis Drolet (7-0, 4 K.-O.) a vaincu le Bulgare Evgeni Borisov (3-2-1, 1 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 1 :35 du quatrième round. Le boxeur de Beauport a envoyé son rival au tapis une première fois lors du troisième engagement, avant de remettre ça deux fois plutôt qu’une au round suivant. Borisov s’est bien relevé de son ultime chute, mais l’officiel Albert Padulo fils a jugé qu’il avait assez souffert pour la soirée.

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Batyr Jukembayev (à droite). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Batyr Jukembayev (14-0, 12 K.-O.) s’est remis d’une visite au tapis dès le premier round pour finalement vaincre le Mexicain Patricio Moreno (20-3, 14 K.-O.) par knock-out à 2 :47 du septième round. Après sa chute, le Kazakh a rendu la politesse à son rival au deuxième assaut, avant de l’achever au septième grâce à un sournois coup au foie. Pour Jukembayev, il s’agissait d’un premier combat sans son entraîneur Stéphan Larouche, récemment libéré par Eye of the Tiger dans des circonstances à la fois houleuses et mystérieuses.

Vincent Thibault (7-0, 2 K.-O.) a de nouveau fait la soirée des nombreux et bruyants membres de Team Tibo venus l’encourager en l’emportant sur le Mexicain Sergio de Leon (8-4, 1 K.-O.) par décision unanime (59-55, 58-54, 60-53). Un combat divertissant où on s’est échangé généreusement les tapes sur le museau. La fierté de Charlesbourg a notamment envoyé son adversaire au plancher lors du second round.

Andranik Grigoryan (8-0, 1 K.-O.) a pris la mesure de l’Argentin Kevin Leonel Acevedo (15-2-2, 5 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (80-72, 80-72, 79-73). Méthodique, le Montréalais d’origine arménienne a constamment mis de la pression sur Acevedo, qui n’a jamais pu déployer quoi que ce soit de menaçant.

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Artem Oganesyan (à gauche). / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Artem Oganesyan (7-0, 6 K.-O.), récemment recruté par Eye of the Tiger, n’a fait qu’une bouchée de l’Argentin Sergio Samuel Castellano (11-8, 7 K.-O.) en lui passant le knock-out après seulement 98 secondes d’action. Le Russe maintenant établi à Montréal, ancien champion du monde junior, a asséné un violent crochet gauche au visage de son adversaire, qui s’est aussitôt effondré comme une tonne de briques. De quoi impressionner son nouveau promoteur.

Une autre recrue d’Eye of the Tiger, Keamy Cloutier (1-0), a réussi son entrée dans les rangs professionnels en disposant aisément du Mexicain Miguel Angel Covarrubias (3-7-3, 2 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). On évitera de s’emballer trop rapidement après un seul combat, mais le jeune Cloutier, un Trifluvien de 23 ans, a quand même démontré un potentiel intéressant. À suivre.

Sébastien Roy (5-0, 1 K.-O.) est demeuré parfait en l’emportant face au Mexicain Mario Bedolla Orozco (2-2-1, 1 K.-O.) par décision unanime (40-36 partout). Un résultat un peu étonnant dans la mesure où Orozco aurait sans doute mérité au moins un round, en particulier le deuxième, alors qu’il s’est montré bien plus actif que son adversaire.

En lever de rideau, Yannick Parent (1-0, 1 K.-O.) et le Mexicain Rodolfo Lopez (6-6, 4 K.-O.) se sont livré un combat aussi bref que rocambolesque, alternant les chutes à qui mieux mieux. Au total, le pugiliste de Québec est allé deux fois au tapis, contre trois visites pour son rival. L’arbitre Alain Villeneuve a mis fin aux hostilités à la troisième chute de Lopez, permettant ainsi à Parent de signer un premier gain professionnel à 2 :33 du premier round de ce duel échevelé.

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Lemieux, envers et contre tout

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

QUÉBEC – La veille de la pesée officielle en vue de son combat contre Karim Achour, David Lemieux a passé une nuit blanche en essayant de perdre ses dernières livres en trop afin de respecter le poids limite. Le jour J, il avait l’air d’un zombie en montant sur le pèse-personne. Et malgré tout cela, il était encore trop lourd.

Tout jouait donc contre lui lorsqu’il s’est amené dans le ring du Centre Vidéotron de Québec, samedi soir, pour y affronter Achour. Or, le cogneur montréalais a fait fi de cette adversité pour signer une victoire convaincante par décision unanime (119-108, 120-107, 119-107). Ringside avait Lemieux gagnant à 118-109 sur son humble carte.

Lemieux devra cependant se passer des ceintures WBC International et Francophonie des moyens que détenait Achour étant donné qu’il n’a pas fait le poids. Ces titres deviennent donc vacants.

«Il y a certaines choses que j’aurais aimé mieux faire, mais tout allait bien. J’étais le meneur de A à Z. Je ne pense pas qu’il ait gagné plusieurs rounds», a résumé le vainqueur après le combat.

«Je suis très déçu, surtout que j’avais la possibilité de gagner. J’ai surtout senti qu’il y avait des rounds au cours desquels j’aurais pu faire la différence», a pour sa part regretté Achour.

Bien des gens s’attendaient à une victoire expéditive de Lemieux. Ce qu’ils ignoraient sans doute, c’était l’incroyable capacité d’Achour à encaisser les puissantes attaques de son adversaire, dont la force de frappe n’a plus besoin de présentation.

«C’est un gars qui est très solide. Je l’ai atteint solidement plusieurs fois. Je voyais qu’il n’aimait pas ça, mais il revenait. Il m’a surpris un peu.»

-David Lemieux

Après avoir passé le premier tiers du combat à résister aux attaques de Lemieux, Achour s’est décidé à ouvrir la machine à partir du cinquième round. Et ses coups, sans être particulièrement violents, ont néanmoins donné quelques maux de tête à Lemieux à l’occasion.

Lemieux s’est cependant repris à partir du neuvième engagement, redevenant l’agresseur et plaçant Achour en difficulté. Il a continué de marteler son rival jusqu’à ce qu’un crochet gauche envoie ce dernier au tapis au début du dernier round, scellant ainsi sa victoire pour de bon.

«J’étais en recul lorsqu’il m’a touché, et ça m’a déséquilibré», a décrit Achour.

À noter que Lemieux s’est blessé à la main gauche en fin de combat. Rien de sérieux, a cependant assuré le camp du boxeur.

Il faudra maintenant voir si Lemieux continuera de se battre chez les poids moyens, ou s’il fera le saut chez les 168 lb, comme le souhaitait son promoteur Camille Estephan. Lemieux et son entraîneur Marc Ramsay ont indiqué qu’ils prendraient le soin de bien analyser la question.

On y reviendra plus en détails au cours des prochains jours.

Victoire sans équivoque pour Clayton

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Custio Clayton (à droite) a vancu Stephen Danyo en demi-finale. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

En demi-finale, Custio Clayton (15-0, 10 K.-O.) a signé un gain sans appel aux dépens du Britannique d’origine néerlandaise Stephen Danyo (14-1-3, 6 K.-O.), l’emportant par décision unanime (120-108 partout).

En plus d’avoir défendu avec succès sa ceinture WBO International des mi-moyens, Clayton s’empare aussi du titre équivalent de l’IBF. Il devrait ainsi pouvoir s’inscrire au classement de cette dernière fédération, en plus d’améliorer sa position (il était 7e avant son combat) à celui de la WBO.

Pourtant, Danyo paraissait plutôt bien en début de duel. Or, il s’est complètement éteint lorsque Clayton l’a atteint solidement une première fois dans le combat, au cours du deuxième engagement. Dès lors, le Néo-Écossais a pu faire ce qu’il voulait avec son adversaire.

Vers la fin de l’affrontement, voyant qu’il n’avait plus le choix, Danyo a tenté le coup de circuit. Mais Clayton, fin renard, a évité le piège et a poursuivi son bon travail pour confirmer sa victoire.

À défaut d’être le plus flamboyant dans le ring, Clayton s’avère un expert technicien. Et la recette l’a bien servi jusqu’ici.

Jukembayev survit à une guerre

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Batyr Jukembayev (à gauche) a trouvé le moyen d’éviter le pire pour remporter son combat. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, le combat entre Batyr Jukembayev (13-0, 11 K.-O.) et l’Argentin Jonathan Jose Eniz (20-10-1, 7 K.-O.) a eu des allures de montagnes russes. Mais quel spectacle ce fut !

Le Kazakhe a survécu à un mauvais début de combat et à une chute au cinquième round pour revenir de l’arrière et finalement triompher d’Eniz par arrêt de l’arbitre à 2 :34 du septième round. Il met ainsi la main sur le titre WBC Continental des Amériques de la catégorie des super-légers.

Aidé par une main gauche diablement efficace, Jukembayev a trouvé un second souffle on ne sait trop comment, avant d’envoyer Eniz au tapis une première fois lors du septième engagement. Énergisé par la chute de son rival, Jukembayev s’est rué sur lui comme un taureau, enfilant les violents crochets au visage d’Eniz.

Ce dernier a fini par tomber une deuxième fois, mais s’est relevé malgré tout. Qu’à cela ne tienne, Jukembayev a poursuivi son travail de démolition jusqu’à ce que l’arbitre Alain Villeneuve intervienne, voyant que l’Argentin n’était plus en mesure de se défendre.

Oui, le jeune protégé de Stéphan Larouche a eu chaud durant ce combat. Mais la façon dont il s’est remis, physiquement et mentalement, pour s’emparer de la victoire nous a fourni une nouvelle preuve de toute l’étendue de son talent et de son potentiel.

Les autres résultats

Erik Bazinyan (19-0, 14 K.-O.) a aisément triomphé de l’Argentin Alejandro Gustavo Falliga (30-13-5, 16 K.-O.) par knock-out technique à 1 :38 du troisième round. Bazinyan a envoyé son adversaire au tapis à trois reprises au cours de l’ultime engagement. En conséquence, l’arbitre Martin Forest a mis fin au combat.

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Vincent Thibault (à droite) a fait plaisir à ses nombreux partisans venus l’encourager. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Vincent Thibault (5-0, 2 K.-O.) s’est repris de belle façon après un départ difficile pour prendre la mesure du vétéran argentin Carlos Jerez (45-22-4, 18 K.-O.) par décision unanime (59-55, 59-55, 59-53). Un gain qui a évidemment réjoui les très nombreux membres de son fan club Team Tibo venus encourager le pugiliste de Charlesbourg, affiches et t-shirts à la clé.

Andranik Grigoryan (6-0, 1 K.-O.) a infligé une première défaite au Mexicain Jesus Amperan (12-1, 11 K.-O.) en l’emportant par décision unanime (59-55 partout). Malgré les pointages, ce ne fut pas le combat le plus facile pour Grigoryan, qui a dû composer avec un rival aussi agressif que tenace. Les deux hommes se sont échangés de furieuses rafales de coups dans les dernières secondes de l’affrontement, suscitant une chaleureuse ovation de la foule.

Pour la première fois de sa jeune carrière professionnelle, Nurzat Sabirov (6-0, 5 K.-O.) s’est battu au-delà du quatrième round. Ce qui ne l’a pas empêché de vaincre le Mexicain Rolando Paredes (13-7-2, 10 K.-O.) par décision unanime (60-54 partout) au terme d’un duel de six assauts. Paredes peut se vanter d’avoir brillamment encaissé les violentes frappes de Sabirov, incessantes au cours de ce duel.

Le monstrueux poids lourd Arslanbek Makhmudov (3-0, 3 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée du Mexicain Elder Hernandez (5-2, 3 K.-O.) en l’emportant par arrêt de l’arbitre à 1 :07 du premier round. Hernandez est allé quatre fois au tapis au cours de ces 77 secondes d’action. Même s’il paraissait avoir été poussé lors des deux premières chutes, l’arbitre Martin Forest a amorcé un compte de huit. La troisième fut bel et bien une glissade, tandis qu’un solide uppercut a sonné la fin des émissions pour le Mexicain. Pas la soirée la plus épuisante pour Makhmudov…

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Saddridin Akhmedov (à gauche) célèbre sa victoire face à Ariel Alejandro Zampedri. / Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM

Saddridin Akhmedov (2-0, 2 K.-O.) n’a mis que 84 secondes pour passer un violent knock-out à l’Argentin Ariel Alejandro Zampedri (9-4, 7 K.-O.). Le Kazakh maintenant établi à Montréal, l’un des plus beaux espoirs d’Eye of the Tiger Management, a asséné un vif crochet gauche au foie de Zampedri, qui a aussitôt mis un genou au sol. C’était terminé pour lui.

Raphaël Courchesne (3-0, 2 K.-O.) l’a emporté face à l’Argentin Ivan Banach (4-3, 2 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 2 :39 du deuxième round. Un arrêt qui pouvait sembler quelque peu hâtif, même si Courchesne dominait aisément son rival. Quelques observateurs aux abords du ring, ainsi que Banach lui-même, se demandaient si l’arbitre Alain Villeneuve n’avait pas été un peu vite sur la gâchette pour décréter la fin de l’affrontement.

Chez les femmes, Ariane Goyette (0-1) a trébuché à ses débuts professionnels devant la Manitobaine Christina Barry (1-4) par décision partagée. Deux juges ont donné Barry gagnante à 39-36, tandis que le troisième a estimé que Goyette l’avait emporté 39-37. La Longueuilloise a visité le tapis dès le premier round – quoique sa chute pouvait ressembler à une glissade accidentelle – et c’est ce qui aura fini par causer sa perte.

En lever de rideau, Sébastien Roy (4-0, 1 K.-O.) a pris la mesure de Patrick Lafleur (1-3-1, 1 K.-O.), un Sherbrookois maintenant établi à Edmonton, par décision unanime (39-37, 39-37, 40-36). Roy, de Thetford Mines, a eu le dessus sur son adversaire tout au long du combat, même si celui-ci a connu quelques beaux moments en fin de duel.

Objectif: survivre

[Photo Vincent Éthier, fournie par EOTTM]

Disons les choses franchement : David Lemieux faisait peur à voir, vendredi, lors de la pesée officielle en vue de son combat de ce soir face à Karim Achour, au Centre Vidéotron de Québec.

On savait que sa perte de poids serait difficile. Elle l’est depuis longtemps dans son cas. Mais jamais n’avait-elle été aussi rude. Ou du moins, jamais n’avait-elle eu de conséquences aussi visibles sur le corps du boxeur.

Visage émacié, regard hagard… On aurait juré que c’était un homme malade qui s’est présenté sur le pèse-personne.

Comble de malheur, malgré tous ses efforts, Lemieux (38-4, 33 K.-O.) a quand même dépassé la limite de 2 lb, enregistrant un poids de 162 lb. Il devra donc remettre 20% de sa bourse à Achour (26-4-3, 4 K.-O.), et ne pourra s’emparer des ceintures WBC International et Francophone des poids moyens détenus par le Français. En cas de victoire de Lemieux, les titres deviendront vacants.

Oublions les pertes financières et les ceintures désormais inaccessibles en raison de cette pesée ratée – la deuxième de Lemieux après le fiasco James de la Rosa, en mars 2016. Ce qui inquiète, maintenant, c’est de savoir dans quel état le pugiliste se présentera dans le ring pour y affronter Achour qui, pour sa part, a fait osciller le pèse-personne à 159 lb.

Lemieux a passé une nuit blanche à souffrir, la veille de la pesée, afin de respecter le poids limite. En vain. On veut bien croire qu’il aura tout fait pour reprendre des forces en vue du combat par la suite, mais il est impossible qu’un tel supplice ne laisse aucune trace rendu au duel.

Lemieux était déjà condamné à gagner le combat de ce soir de façon convaincante, voire spectaculaire. Pour faire oublier sa contre-performance face à Billy Joe Saunders, en décembre dernier. Pour prouver que ce revers n’était qu’un incident de parcours. Et pour reprendre sa route vers les plus hautes sphères de son sport.

Mais maintenant, une nouvelle contrainte s’ajoute à cette liste : survivre.

Achour, sans être la plus terrifiante des menaces, est loin d’être piqué des vers pour autant. Le combat s’annonçait au départ comme un beau défi pour Lemieux. Désormais, le défi semble bien plus ardu à relever.

Le promoteur de Lemieux, Camille Estephan, a d’ailleurs indiqué après la pesée qu’il s’agirait du dernier combat de Lemieux chez les 160 lb. Ne serait-ce que pour épargner la santé du pugiliste, c’est une sage décision, il va sans dire.

Reste à voir de quoi aura l’air le chant du cygne de Lemieux chez les moyens. Espérons pour lui qu’il ne se terminera pas sur une fausse note.

Qu’on amène Braidwood, maintenant

[Photo Vincent Éthier, EOTTM]

QUÉBEC – Soyons francs : Simon Kean avait beau affronter Ignacio Esparza samedi soir, tous ceux qui étaient réunis au Centre Vidéotron de Québec pour l’occasion n’avaient que le nom d’Adam Braidwood en tête.

On sait qu’après des mois d’injures lancées tantôt en personne, tantôt via les réseaux sociaux, Kean et Braidwood s’affronteront enfin dans le ring le 16 juin, l’un espérant fermer le clapet de l’autre une bonne fois pour toutes. Tout en lui infligeant, tant qu’à y être, la correction la plus rude possible.

Mais bon, au préalable, Kean devait passer par Esparza, essentiellement pour garder la forme et ne pas arriver devant Braidwood trop rouillé. Le Trifluvien s’est arrangé pour ne pas veiller trop tard en terrassant le rondouillet Mexicain par knock-out à 2 :56 du cinquième round.

C’était parfois à se demander si Esparza, 40 ans, avait envie d’être là. Constamment appuyé dans les câbles, il a passé plus de temps à protester contre l’arbitre qu’à lancer des coups.

«Souvent, ces gars-là ne veulent pas se compromettre. Ils ne veulent pas se faire passer le knock-out. Ils veulent juste essayer de survivre. C’est ce qu’il a essayé de faire. Il a attendu», a déploré Kean.

Le promoteur Camille Estephan a quant à lui salué la «maturité» de son boxeur, qui ne s’est pas laissé déconcentré par le style pour le moins passif de son adversaire. «C’est très important dans les plus hautes sphères de la boxe, et on y sera bientôt», a-t-il souligné.

Sans surprise, la foule a ponctué le duel de huées pleinement justifiées devant un tel refus de compétitionner de la part d’Esparza.

«Je comprends la foule qui s’attendait à un gros combat et qui tombe sur un gars qui ne voulait pas se battre. J’espère juste que ce n’est pas moi qu’ils huaient !»

-Simon Kean

Au cinquième engagement, le Grizzly a fini par trouver l’ouverture nécessaire pour asséner une rafale de coups à Esparza, rafale couronnée par une droite au visage qui a conclu la soirée du Mexicain.

Le triste cas d’Esparza étant désormais réglé, Kean et son équipe se concentrent maintenant entièrement sur Braidwood. Aucun doute que d’un point de vue promotionnel, ce duel est l’un des plus intéressants de l’année au Québec.

Et d’un point de vue pugilistique ?

Difficile à dire. Oh, il y aura des flammèches à la tonne, c’est évident. La grande question est de savoir comment Kean pourra tirer son épingle du jeu. Car l’opposition que lui offrira Braidwood sera nettement plus relevée que celle à laquelle il a dû faire face jusqu’à présent.

Braidwood n’est peut-être pas le plus talentueux. Il ne sera peut-être jamais champion du monde. N’empêche, c’est en voyant de quoi aura l’air Kean devant lui qu’on devrait savoir ce que ce dernier a vraiment dans le ventre.

«Pendant le combat, je ne pensais pas à [Braidwood], mais pendant ma préparation, j’y pense, a admis Kean. C’est dur de ne pas y penser. Tout le monde m’en parle.»

Germain l’emporte à l’usure

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Mathieu Germain (à droite) a mené la vie dure à Miguel Zamudio. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

En demi-finale, Mathieu Germain (14-0, 8 K.-O.) a servi une leçon de boxe au Mexicain Miguel Zamudio (40-11-1, 24 K.-O.), qu’il a forcé à l’abandon à 0 :56 du huitième round.

Germain avait indiqué cette semaine qu’il souhaitait signer un gain éclatant pour ce gala. Il a réussi son pari. Mais malgré cela, le boxeur montréalais s’est dit somme toute insatisfait de sa performance, s’accordant une note de «6 ou 6,5» sur 10.

«J’aurais vraiment pu mieux faire. En défense, c’était correct. Au plan de l’attaque, j’aurais pu davantage choisir mes coups au lieu de les lancer en rafale pour rien», a-t-il analysé.

«Je me critique après chaque combat parce que, pour moi, la perfection est difficile à atteindre et je veux être près de la perfection. Et en ce moment, je n’en suis pas près.»

-Mathieu Germain

Avec sa main gauche, notamment, celui qu’on appelle G-Time a donné énormément de fil à retordre à son adversaire. Et plus le duel avançait, moins Zamudio – qui, malgré qu’il n’ait que 26 ans, en était déjà à un 52e combat professionnel – était en mesure de se défendre.

La garde s’est effritée peu à peu, jusqu’à ce qu’il visite le canevas en toute fin de septième round. Voyant qu’il n’était toujours pas remis au début du huitième, le coin du Mexicain de 26 ans a sagement demandé la fin du combat.

«Je savais qu’il était tough, a indiqué Germain. Il s’agissait vraiment de savoir comment on allait l’achever. Ce n’est pas comme ça que je voulais l’achever, mais on a quand même la victoire. On n’a pas de blessure et je suis prêt à me battre à nouveau après-demain.»

À 28 ans et avec une 14e victoire en autant de sorties à sa fiche, Germain estime qu’il est maintenant prêt à gravir les échelons des différentes classements et ainsi faire passer sa carrière en deuxième vitesse.

«Je veux les choses sérieuses. Je veux les ceintures. Je suis prêt pour n’importe quel défi. Je suis né pour boxer», a-t-il énuméré.

Les recrues impressionnent

Le gala de samedi était aussi l’occasion de voir à l’œuvre les deux plus récentes acquisitions kazakhes d’Eye of the Tiger Management, à savoir le poids lourd Arslanbek Makhkudov et le super-mi-moyen Sadriddin Akhmedov.

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Sadriddin Akhmedov (à gauche) s’est amusé ferme durant son combat. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Dans un premier temps, Akhmedov (1-0, 1 K.-O.) n’a eu besoin que de 31 secondes pour passer le knock-out au Mexicain Tony Barreras (1-2, 1 K.-O.) et souligner en grand ses débuts professionnels.

L’ex-champion mondial junior s’est rué sur son rival dès le départ avant de l’envoyer au tapis au premier coup de poing. Barreras s’est relevé, mais trois ou quatre coups plus tard, Akhmedov l’a renvoyé au sol, le faisant presque passer à travers les câbles. L’arbitre a aussitôt mis fin au combat. Malheureusement pour lui, Akhmedov a dû souligner son triomphe sous les huées de la foule, restée sur sa faim devant ce spectacle beaucoup trop bref à son goût.

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Arslanbek Makhmudov (à gauche) s’est déchaîné sur le Mexicain Christian Larrondo. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Makhmudov (2-0, 2 K.-O.), pour sa part, a fait ça presque aussi court que son compatriote, liquidant le Mexicain Christian Larrondo (4-4-1, 3 K.-O.) en 46 secondes.

Le colossal Makhmudov (6 pi 6 po et 253 lb à la pesée officielle) s’est carrément amusé aux dépens de Larrondo en le harcelant de rafales de coups dès le départ. Le Mexicain – qui, on s’entend, n’avait rien d’une grande menace – a tout simplement été incapable de faire quoi que ce soit. L’arbitre Alberto Padulo fils a bien fait de s’interposer aussi tôt pour faire cesser cette rince en règle.

On disait d’Akhmedov et de Makhmudov qu’ils étaient bourrés de talent et très prometteurs. On a rapidement compris pourquoi. Impossible cependant de saisir toute l’étendue de leur potentiel avec un aussi petit échantillon de boxe. On est déjà curieux de voir la suite.

Les autres résultats

Vincent Thibault (4-0, 2 K.-O.) n’a eu aucun problème à se départir du Mexicain Arturo de la Cruz (5-9, 1 K.-O.) et signer une victoire par arrêt de l’arbitre à 2 :29 du troisième round. Jamais inquiété par son rival, l’athlète de Charlemagne a mis à profit sa puissante main gauche pour l’emporter et mettre un terme au séjour de De la Cruz dans la Capitale.

Clovis Drolet (6-0, 3 K.-O.) a complètement neutralisé le Mexicain Sergio De Leon (7-3, 1 K.-O.) pour finalement l’emporter par décision unanime (60-54 partout). La fierté de Beauport a dominé de la première à la dernière seconde, forçant son coriace adversaire à faire ce qu’il pouvait pour encaisser les nombreuses attaques dirigées vers lui.

Nurzat Sabirov (5-0, 5 K.-O.) est demeuré parfait grâce à une victoire aux dépens du Tchèque Stanislav Eschner (8-9-1, 5 K.-O.) par arrêt de l’arbitre à 0 :56 du quatrième round. Malmenant son opposant du début à la fin, Sabirov a terminé le travail avec un vif coup au corps qui a forcé Eschner à poser un genou au sol. L’officiel Alain Villeneuve a aussitôt décrété la fin des hostilités, alors qu’Eschner était déjà mal en point depuis un moment.

Chez les femmes, Kim Clavel (3-0, 1 K.-O.) n’a fait qu’une bouchée de la Mexicaine Ana Karen Compean (0-3) en lui passant le knock-out après seulement 43 secondes d’action. Débordée par les furieux assauts de la Montréalaise, Compean a subitement arrêté de se défendre. L’arbitre Steve St-Germain a aussitôt entamé un compte de 10. La Mexicaine, debout dans le coin, n’a jamais pu reprendre ses esprits avant la fin.

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Éric Martel Bahoeli (à gauche) a conclu sa carrière sur une note victorieuse. / Photo Vincent Éthier, EOTTM

Après une retraite d’un peu plus d’un an, Éric Martel Bahoeli (12-7-1, 7 K.-O.) était de retour dans le ring pour un ultime tour de piste. Et il s’est assuré de quitter de belle façon en forçant le Mexicain Hector Aguilar (7-4, 5 K.-O.) à l’abandon à 1 :12 du premier round. Bahoeli avait envoyé son replet opposant – un autre du genre à posséder sa carte de fidélité au buffet du coin – au tapis quelques secondes plus tôt.

S’adressant au public après sa victoire, Bahoeli, la voix tremblante, a tenu à saluer son ami David Whittom, récemment décédé après avoir passé plusieurs mois dans le coma à la suite d’un combat au Nouveau-Brunswick.

«J’ai perdu un frère, mais je sais qu’il est ici ce soir. David, je t’aime.»

-Éric Martel Bahoeli

Sébastien Roy (3-0, 1 K.-O.) n’a eu aucun mal à se débarrasser du Mexicain Rodolfo Lopez (6-4, 4 K.-O.) et a signé une victoire par décision unanime (40-36 partout). Nettement plus actif et incisif, le boxeur de Thetford Mines est parvenu à ébranler durement son adversaire à quelques reprises, notamment au premier engagement, alors qu’il l’a atteint d’un solide uppercut au menton.

Pour lancer la soirée, le Lavallois Whitney Baille (6-0, 2 K.-O.) a pris la mesure de Dave Leblond (2-4) par décision unanime (60-54, 58-56, 58-56). Plus rapide et offrant les meilleures attaques, Baille a signé une deuxième victoire en autant de combats contre Leblond. Il avait vaincu le Thetfordois le 28 octobre par décision majoritaire.

Soulignons enfin que le combat devant opposer Ariane Goyette et Samantha Johnson a dû être annulé à la dernière minute, les résultats des tests médicaux subis par la Manitobaine n’ayant pas satisfait les critères de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.